Catégorie : Bodies

  • You’ve done a Great Job

    Desktop x Desk x Computeur x Mouse x Chair x Keyboard

    La vidéo explore le poste de travail comme un écosystème clos, où le corps et la matière s’altèrent silencieusement sous l’effet de la répétition, de la sédentarité et de l’immobilité productive. La vidéo plonge au microscope dans les matériaux du quotidien, clavier, souris, bois, textile, écran, papier, pour révéler une archéologie invisible faite de poussières, de peaux mortes, de graisses, de miettes et de fibres tassées. La patine de la souris et celle du bureau ne relèvent pas seulement de l’usage, mais de l’usure du temps, comme si les gestes répétés gravaient peu à peu leur fatigue dans la matière. Le cache de la webcam, la lentille, les pixels filmés de très près, les interfaces et les signes techniques composent un environnement de travail à la fois banal, intrusif et saturé. La souris, avec sa LED, n’observe pas, mais pulse comme un signal artificiel, une présence lumineuse minimale, presque organique, au cœur de cet espace apparemment inerte. Les mains apparaissent, avec leurs poils, leur peau, leur contact direct avec la surface, dans une proximité presque trop forte avec la machine. Les yeux se dessèchent, la sécheresse oculaire s’installe, les canaux deviennent injectés de sang, et le corps laisse affleurer les symptômes discrets d’un usage prolongé de l’ordinateur. Le pantalon frotte le fauteuil, les fibres du siège se compriment, se plient, se déforment, gardant la mémoire d’une présence assise trop longtemps reconduite. Le parquet, le bois, la souris, le siège, tout montre la répétition, l’érosion, la pression d’un quotidien de travail qui use autant les objets que celui qui les habite. La bande-son repose sur une boucle volontairement répétitive, lancement de visio, glissement de la souris, clics, clavier, bugs de l’ordinateur, siège qui roule, siège qui craque, jusqu’à produire une mécanique sonore du travail contemporain. Cette répétition ne décrit pas seulement une ambiance, elle donne à entendre une condition, celle d’un corps rivé à son poste, soumis à des micro-gestes incessants et à une inactivité générale qui favorise les troubles musculosquelettiques, la fatigue, les douleurs, et parfois des atteintes durables de la santé. Le film montre ainsi moins l’activité que son envers, une forme d’occupation fixe, sédentaire, intensément connectée, mais physiquement appauvrie. Le corps n’est presque jamais montré comme un tout, il apparaît par fragments, par contacts, par traces, par altérations. Le bureau devient alors une surface d’enregistrement, un lieu de dépôt, d’écrasement et de transfert entre la chair, la machine et les matériaux. Ce qui semblait neutre, fonctionnel, presque invisible, se révèle chargé de contraintes, d’épuisement et d’indices biologiques. À mesure que l’image avance, le poste de travail cesse d’être un simple outil, il devient le décor microscopique d’une usure contemporaine. Et le film s’achève sur le tracé de l’encre sur le papier, geste physique, fragile, ralenti, presque archaïque, qui réintroduit une résistance matérielle dans un univers dominé par le clic, le pixel et la répétition.

  • Homo Cubile

    Dopamine shots x Laziness Economy x Couch

    Dans Homo Cubile, un corps assis sur un canapé devient le centre silencieux d’un dispositif beaucoup plus vaste. Le geste est simple, presque banal, le pouce qui scrolle, l’œil qui attend, l’écran qui promet la prochaine stimulation. Les likes apparaissent, les notifications surgissent, les contenus se succèdent. Chaque interaction agit comme une micro-récompense chimique, une brève décharge de dopamine qui relance l’attention et incite à recommencer. Très vite s’installe un ascenseur émotionnel parfaitement réglé. L’excitation d’un contenu, la validation d’un like, puis la frustration, parfois la colère, souvent une forme de fatigue diffuse. L’utilisateur oscille entre ces états, pris dans une mécanique où l’émotion devient le véritable carburant du système. Le corps, lui, reste immobile. L’agitation se déplace à l’intérieur. Cette fatigue émotionnelle n’est pas un dysfonctionnement, elle participe au contraire à la logique même de l’économie de l’attention. Plus l’utilisateur est stimulé, plus il reste. Plus il reste, plus son attention devient exploitable. Le canapé cesse alors d’être un simple meuble domestique pour devenir une infrastructure économique. Depuis ce point fixe, l’utilisateur peut regarder, binge-watcher, commenter, réagir, acheter, se faire livrer. Tout converge vers cette immobilité organisée. Le monde ne se parcourt plus, il se consomme depuis un point unique. Dans cette transformation lente apparaît une nouvelle figure humaine. Ni totalement active, ni totalement passive, mais installée durablement dans une position de réception permanente. Homo Cubile incarne cette mutation. Un individu allongé au cœur d’une machine invisible qui capte son attention, stimule sa chimie intérieure et transforme chaque émotion en valeur économique.

    Prolonger l’analyse avec L’essai : Nous, les Automates : la fabrique de l’homo cubile (2026, 324 p.)

  • Just Feel It

    Six visages de robots émergent d’un fond blanc presque clinique, comme exposés sous la lumière d’un laboratoire. Ils imitent des émotions humaines, tristesse, peur, colère, joie, séduction ou pensée, mais ces expressions restent des surfaces mécaniques, des copies imparfaites d’une expérience intérieure que la machine ne possède pas encore. Aujourd’hui pourtant, une course mondiale s’est engagée pour rapprocher ces deux mondes. Capteurs, caméras, apprentissage automatique et modèles comportementaux tentent de cartographier l’environnement humain afin de permettre aux robots d’anticiper nos gestes, nos réactions, nos habitudes. Les intelligences artificielles sont déjà capables d’analyser des expressions faciales, des tonalités de voix, des micro-comportements avec une finesse remarquable. Mais reconnaître une émotion ne signifie pas la comprendre, encore moins la ressentir. Entre la simulation et la vérité affective subsiste un écart profond, presque invisible, mais essentiel. Pour que les robots humanoïdes soient acceptés dans la société, ils devront pourtant paraître familiers, presque humains, capables d’émotions crédibles. Cette série montre ce moment fragile où la machine apprend nos expressions comme un langage étranger. Elle reproduit les signes extérieurs de l’âme sans en posséder l’origine. Comme souvent dans Clear Shadows, l’image révèle moins un progrès qu’un déplacement, celui d’une humanité qui tente de se refléter dans ses propres artefacts technologiques, au risque de confondre imitation et existence.

  • Tope-là

    Dans cette série, la main humaine et la main robotique rejouent une trajectoire simple et brutale. L’homme construit les machines à son image, cherchant depuis toujours à fabriquer un double plus fort, plus rapide, plus efficace que lui. Aujourd’hui cette ambition quitte le domaine du mythe pour entrer dans celui de l’industrie, portée par la robotique humanoïde et l’intelligence artificielle. Les premières images montrent la phase de construction et d’apprentissage. La machine est guidée, entraînée, corrigée. Les gestes sont répétés jusqu’à devenir mécaniques, comme si l’humain transmettait progressivement son propre savoir gestuel à un système artificiel. La poignée de main marque alors un moment de pacte implicite. L’homme accepte la machine comme partenaire, supposée assister l’humanité tout en restant sous son contrôle. Mais cette promesse d’équilibre ne dure pas. Le bras de fer qui apparaît ensuite symbolise une autre réalité, celle de la compétition entre les capacités biologiques et les performances technologiques. Sur la vitesse, la précision ou l’endurance, la machine progresse déjà plus vite que son créateur. L’avant-dernière image montre une main humaine ouverte vers le ciel, isolée, comme après un combat perdu. La présence humaine devient fragile, presque inutile face à l’efficacité industrielle de la machine. La dernière image laisse seule une main robotique, froide et autonome. La série décrit ainsi un basculement progressif, de la fabrication à l’effacement, dans un univers minimaliste où l’absence humaine souligne l’automatisation silencieuse de nos sociétés. Cette logique de dépouillement et de signes simples rejoint l’approche de Clear Shadows, où les images réduites à l’essentiel exposent les mécanismes invisibles qui transforment nos vies sous l’effet des technologies contemporaines.

  • So Cute

    version « linéaire » (4 min)

    version « mosaik » (1 min)

    Eye x Breathe x Eat x Button x Skin x Hair x Tooth x Selfie

    Cette image est un autoportrait de l’artiste poussé à l’extrême. Un selfie disséqué par le zoom, fragmenté par le microscope, jusqu’à transformer un visage en territoire abstrait fait de pores, de poils, de muqueuses, de dents et d’iris. Chaque carré montre un fragment banal du corps humain mais agrandi à un niveau où la beauté disparaît au profit de la matière brute. La peau devient relief, l’œil devient paysage, la bouche devient surface organique. Pourtant cette réalité initiale, triviale et imparfaite, n’est pas celle que voit le regardeur. L’image a été esthétisée, colorée, adoucie, lissée comme le font les filtres d’Instagram ou de TikTok pour rendre le réel acceptable et séduisant. Les imperfections disparaissent, les textures deviennent presque décoratives, les fragments biologiques prennent l’apparence de motifs abstraits. Le spectateur ignore ce qui a été retiré, nettoyé, corrigé. Dans la version originale subsistent pourtant la salive, les impuretés, les micro-déchets du corps, les traces de fatigue et d’âge. Cette image interroge ainsi le selfie permanent et la fabrication industrielle de la beauté. Elle rappelle que les réseaux sociaux prolongent la logique des magazines d’autrefois, diffusant des visages filtrés, des peaux irréelles et des modèles esthétiques presque impossibles. En fragmentant le visage jusqu’à l’échelle microscopique, l’image force à regarder derrière la surface. Elle révèle la distance entre ce que nous sommes et ce que les plateformes exigent de montrer. Sous les filtres, sous les pixels, persiste simplement la matière humaine, fragile, imparfaite, et pourtant bien plus réelle que l’image que nous diffusons.

  • Human Inside

    voir la série

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    Human x Robots x Feelings

    Cette série met en scène une bascule progressive du rapport entre l’humain et la machine. Au départ, le robot apparaît comme une extension utile du monde humain, un assistant domestique, un compagnon capable d’apprendre et de reproduire certains gestes simples du quotidien. L’humain le nourrit de données, l’entraîne, le répare, le guide. La relation semble encore équilibrée. Mais très vite, le centre de gravité se déplace. La machine devient plus autonome, plus performante, plus efficace que celui qui l’a conçue. L’humain s’efface peu à peu, réduit à des fragments de présence, parfois seulement une main, un geste, un reste de trace. Les robots, eux, occupent l’espace. Ils s’organisent, apprennent, se reproduisent symboliquement. Ils rejouent aussi les grandes images de la culture humaine. Les émotions, les mythes et les chefs-d’œuvre de l’histoire de l’art sont progressivement réinterprétés par ces figures mécaniques. Le Cri, La Jeune fille à la perle, La création d’Adam ou La liberté guidant le peuple deviennent ainsi des scènes robotisées, comme si la mémoire culturelle survivait mais avait changé d’espèce. La série décrit un processus silencieux : celui de l’automatisation diffuse de nos vies et de la délégation progressive de nos gestes, de nos décisions et même de nos émotions aux systèmes techniques. Ce déplacement n’est pas brutal, il est lent, banal, presque confortable. Jusqu’au moment où l’humain n’est plus nécessaire. Dans les dernières scènes, il disparaît presque complètement du monde représenté. Il ne réapparaît qu’à la fin, dans une position inversée, observé comme une curiosité, relégué à l’état d’objet ou de vestige. Cette fiction minimaliste interroge l’une des grandes tensions de notre époque : notre fascination pour les technologies que nous développons et la possibilité qu’elles finissent par redéfinir notre place dans le monde. Elle s’inscrit dans la réflexion plus large du projet Clear Shadows sur l’automatisation silencieuse de nos existences, la manipulation numérique et les transformations profondes que ces systèmes imposent à nos sociétés et à nos corps .

  • Fake True People

    AI images x Removed senses x Provence Sky x Engraving

    Vingt-huit visages apparaissent dans une lumière bleutée, suspendus dans un espace incertain. Ils émergent d’un fond diffus qui évoque un ciel artificiel, une brume numérique ou un champ de données. Les contours sont fragiles, presque dissous. Chaque visage semble flotter entre apparition et disparition, comme une présence instable.

    Ces visages ne correspondent à aucune personne réelle. Ils ont été générés par un système d’intelligence artificielle antérieur à l’ère actuelle des grands modèles conversationnels. Ce programme produisait des portraits humains plausibles à partir d’immenses bases d’images. Chaque visage résultait d’un calcul statistique, d’une recomposition de fragments visuels, d’une moyenne probabiliste de l’humanité.

    Aucun de ces individus n’a vécu. Ils n’ont ni passé, ni mémoire, ni corps. Pourtant leur présence est crédible. Ils pourraient être des voisins, des passants, des inconnus croisés dans une rue. Cette familiarité troublante constitue le cœur du dispositif. L’image humaine cesse d’être la trace d’une existence pour devenir une forme reproductible, générée par des algorithmes.

    À partir de ces portraits artificiels, un geste matériel intervient. Les visages sont gravés physiquement dans une plaque de plexiglas. La surface transparente est entaillée, rayée, creusée. La gravure agit comme une incision dans la matière. Elle transforme une image numérique immatérielle en trace physique, en cicatrice lumineuse.

    Chaque ligne est une perte de matière. Chaque contour résulte d’un retrait, d’une absence. Les visages apparaissent donc non pas par addition de traits mais par soustraction. Ils existent uniquement par les blessures inscrites dans la surface transparente.

    Dans cette version, les visages ont été volontairement privés de tous leurs sens. Les yeux disparaissent, les oreilles sont absentes, les bouches s’effacent. Aucune ouverture vers l’extérieur ne subsiste. Aucun regard, aucune écoute, aucune parole.

    Ces figures deviennent alors des entités closes. Elles ne perçoivent rien et ne peuvent rien exprimer. Elles sont enfermées dans leur propre surface, réduites à une pure apparence.

    La plaque gravée est ensuite éclairée par une lumière LED bleue. Cette lumière traverse les incisions et révèle les silhouettes. Les visages semblent flotter dans l’espace, comme des spectres. La lumière froide accentue leur dimension artificielle et les détache de toute matérialité humaine.

    La photographie capture ce moment précis où la gravure, la lumière et l’air produisent l’image. Les figures apparaissent comme des fantômes numériques suspendus dans un ciel translucide. Certaines sont nettes, d’autres se dissolvent dans la diffusion lumineuse. Leur présence devient presque atmosphérique.

    L’ensemble forme une étrange assemblée silencieuse. Vingt-huit visages plausibles, reconnaissables, mais totalement vides d’existence. Une population d’individus générés, crédibles mais impossibles.

    L’œuvre interroge la mutation profonde de la représentation humaine à l’ère algorithmique. Si une machine peut produire des visages convaincants sans qu’aucune personne ne leur corresponde, alors le visage cesse d’être une preuve d’identité. Il devient une structure visuelle calculable.

    Ces figures ressemblent à l’humanité.

    Mais aucune humanité ne les habite.

    Photo + Gravure sur Plexiglass – 30 x 40

  • Sins

    Deadly Sins x Flashy Pink x Couch x Invisible man x Tech Nech

    Sur des fonds saturés, presque agressifs, un homme se tient seul. Il ne regarde personne. Il se replie, se cambre, s’affaisse. Son cou se casse vers l’avant, déformé par l’écran invisible qu’il consulte sans cesse. Le corps devient symptôme. Le tech neck remplace la colonne vertébrale morale. Les péchés capitaux ne sont plus théologiques. Ils sont optimisés. L’orgueil devient mise en scène permanente de soi. L’envie devient comparaison algorithmique. La colère se déploie en commentaires. La luxure se consomme en flux infini. La gourmandise est une boulimie de notifications. L’avarice se mesure en données accumulées. La paresse prend la forme d’un canapé creusé, d’un coussin enfoncé, d’une empreinte laissée par un corps trop longtemps immobile. Dans certaines images, l’homme est encore là. Dans d’autres, il se réduit. Silhouette minuscule dans un espace trop vaste. Puis il disparaît presque entièrement. Il ne reste qu’une ombre. Une trace noire sur un fond uniforme. Cette ombre n’est pas une absence accidentelle. Elle est le résultat d’un choix collectif. L’homme a voulu l’automatisation, la fluidité, la délégation permanente. Il a confié ses désirs aux plateformes, ses décisions aux algorithmes, ses relations aux interfaces. Chaque service promettait un confort. Chaque automatisation supprimait un effort. Chaque optimisation renforçait un penchant. Les péchés ne sont plus combattus. Ils sont industrialisés. Sins montre un corps qui se retire du monde réel au profit d’un monde calculé. Le canapé devient territoire. Le coussin, preuve matérielle d’une présence excessive et d’une absence simultanée. Être là physiquement, ne plus être là symboliquement. L’homme s’efface à mesure qu’il externalise sa volonté. Il disparaît à force de vouloir tout simplifier. Il s’ombre lui-même. La série ne représente pas une fin brutale. Elle montre une évaporation lente. Un effacement progressif orchestré par celui qui en est la première cause. Dans ce théâtre monochrome, la figure humaine n’est plus héroïque. Elle est variable d’ajustement. Elle s’effondre sous le poids de ses propres désirs amplifiés. Sins n’accuse pas une machine autonome. Elle pointe une responsabilité diffuse. L’homme ne disparaît pas parce qu’il est dominé. Il disparaît parce qu’il consent.

  • Serie : MyLife

    La série My life explore une présence silencieuse, celle des négatifs qui traversent l’existence ordinaire. Les images ne cherchent pas l’événement spectaculaire mais révèlent un état, une atmosphère, une lenteur. Une vie immobile, souvent recluse, qui se déroule depuis le canapé, dans l’espace domestique fermé, où le temps s’étire et se dilue. La solitude y est diffuse, presque matérielle. Elle s’inscrit dans les surfaces, dans les gestes répétitifs, dans l’absence d’élan. La tristesse n’est pas déclarée, elle affleure, contenue, comme une vibration basse qui ne quitte jamais totalement le cadre. Il s’agit d’une existence connectée en apparence mais désancrée dans sa profondeur, une vie saturée d’images et pourtant appauvrie de sens. L’isolement ne crie pas, il s’installe. Il habite les objets, les espaces clos, les postures statiques. My life donne à voir cette condition contemporaine où l’intimité devient terrain d’usure. Une présence humaine réduite à l’attente, à la consommation passive, à la répétition des mêmes gestes. Derrière la banalité des scènes se dessine une fragilité, une perte progressive d’intensité. Une vie qui continue, mais dont la densité semble s’effacer.

  • Bride in the clouds

    Bride – Provence sky x brownian motion

    Cette image naît d’une chevelure gravée dans le plexiglass. Les sillons, tracés avec précision, laissent passer la lumière et captent le ciel. La matière transparente devient surface d’inscription et de diffusion. Suspendue devant le bleu de Provence, la figure s’élève et se dissout dans les nuages. La chevelure est réseau. Elle n’est plus attribut, elle est système. Chaque filament évoque une connexion, une notification, un flux continu. Rien n’est stable. Les lignes se frôlent, se croisent, se dispersent. Elles semblent animées d’un mouvement brownien, agitation microscopique, imprévisible, permanente. Une vibration sans centre, sans repos. La mariée n’a pas de visage. Elle n’a pas de corps. Elle est pure propagation. Dissoute dans le cloud, elle devient donnée flottante, identité fragmentée, présence sans incarnation. Le ciel n’est plus paysage, il est infrastructure invisible. Les nuages ne sont plus météorologiques, ils sont stockage, circulation, mémoire externalisée. Le plexiglass agit comme interface. Il sépare et relie. Il laisse voir et filtre. L’image dépend de la lumière réelle, du déplacement du regardeur, des variations du ciel. Rien n’est fixe. L’œuvre vit par interférence avec l’environnement, comme un flux numérique dépend de ses serveurs, de ses algorithmes, de ses réseaux. Bride in the clouds met en tension deux régimes. La pureté supposée de la mariée, symbole de promesse, et l’instabilité incessante des flux sociaux. Sous l’apparente légèreté du ciel provençal, l’agitation ne cesse jamais. Une beauté diffuse, presque éthérée, masque une turbulence continue. Cette image interroge l’automatisation silencieuse de nos existences et la dilution des corps dans des architectures invisibles. Ici, la mariée ne s’unit pas à un autre, elle s’unit au réseau. Elle épouse le mouvement perpétuel.

    Photo 30 x 20

  • Cell party

    Microplastic x cells x party

    Cette image montre une cellule observée au microscope, un monde circulaire, vibrant, où chaque bulle colorée semble incarner une forme de joie primitive, une énergie douce, une promesse de vie, les ballons d’une fête. Les teintes éclatantes diffusent en dégradés fluides, comme si la matière elle-même respirait, comme si chaque sphère contenait un fragment d’élan vital. L’ensemble paraît léger, presque enfantin, et pourtant deux masses noires troublent cette harmonie. Elles ne vibrent pas, ne rayonnent pas, elles absorbent. Ces formes opaques sont des fragments de microplastiques, intrus silencieux ayant réussi à pénétrer l’espace cellulaire, à s’infiltrer au cœur même du vivant. Leur présence rompt l’équilibre chromatique, introduit une gravité étrangère, une densité sans vie au milieu de la transparence organique. De plus en plus d’études établissent des liens entre notre ingestion quotidienne de microplastiques et l’émergence de troubles, d’inflammations, de pathologies diffuses encore mal comprises. Ici, la cellule devient territoire contaminé, la couleur se confronte à l’ombre, et la joie microscopique se voit traversée par une matière issue de notre propre production. Cette image oppose la fragilité du vivant à la persistance artificielle du plastique, elle montre comment l’invisible industriel s’invite dans l’intime biologique, comment l’éclat de la vie cohabite désormais avec une présence qui ne se dégrade pas et qui s’accumule.

    Aquarelle 20 x 30

  • Red Light

    Cette image montre des neurones dopaminergiques, irradiés d’un rouge sang, comme si la pensée elle-même était traversée par une inflammation lumineuse. On hésite entre des filaments d’ampoule surchauffés, des feux d’artifice mal maîtrisés, des éclairs figés dans la nuit ou des ramifications nerveuses prêtes à s’embraser. Les corps cellulaires brillent comme des noyaux incandescents, leurs prolongements s’étendent, se cherchent, se relient, tissant une cartographie fragile du désir et de l’impulsion. La dopamine circule ici comme une promesse, une récompense immédiate, un signal court et intense qui allume le cerveau avant de le laisser dans une pénombre plus lourde. La science établit désormais des liens précis entre ces décharges et les stimulations numériques répétées, la gratification instantanée, le défilement infini, la notification qui pulse comme une micro étincelle. À force d’excitation brève, le système s’emballe, puis s’épuise, et la motivation profonde se fragilise, comme si le feu intérieur ne savait plus brûler sans déclencheur externe. Cette image ne montre pas seulement des neurones, elle expose une économie du court terme inscrite dans la chair, une biologie du clic, où la lumière rouge oscille entre énergie vitale et colère électrique.

  • Respire

    Breathing x Sinus x Radiography x Obstruction

    Cette œuvre est une radiographie de mes propres sinus.
    Une image clinique, presque banale, mais ici déplacée vers le champ de l’intime.

    On y voit la congestion, la cloison nasale déviée, le passage de l’air entravé.
    Là où la respiration devrait être fluide, un obstacle.
    Là où le vide devrait circuler, une masse.

    La science permet de révéler l’invisible.
    Elle pénètre l’os, traverse les chairs, éclaire les cavités.
    Elle montre ce que le corps tait.
    Mais voir n’est pas guérir.

    L’œuvre oscille entre précision médicale et introspection.
    La radiographie devient autoportrait.
    Non pas celui du visage, mais celui d’un flux interrompu.

    Respirer est un acte automatique, mécanique, inconscient.
    Quand il se dérègle, tout devient conscient.
    Chaque inspiration devient effort.
    Chaque nuit devient attente d’air.

    Faut-il opérer ?
    Corriger la matière pour restaurer le passage ?
    Redresser la cloison comme on redresse une ligne de code défaillante ?

    La question dépasse le geste chirurgical.
    Que fait l’âme quand le corps ne respire plus librement ?
    Se contracte-t-elle ?
    Cherche-t-elle un autre passage ?
    Se met-elle en apnée, elle aussi ?

    Il ne s’agit pas seulement d’un diagnostic.
    C’est une mise à nu.
    Une tentative de comprendre ce qui, en nous, entrave la circulation.

    Encres sur papier – 20 x 30

  • PAUSE

    Couch x Remote Control x Pause

    Le blanc éclaire tout, jusqu’à l’effacement.
    La place est encore tiède, creusée, comme si le corps venait de se dissoudre dans la lumière. Rien ne bouge, rien ne parle, et pourtant quelque chose insiste. Une empreinte demeure, molle, silencieuse, irréfutable. Le sujet s’est levé, peut-être pour une absence brève, peut-être pour autre chose. Une pause triviale, ou une fuite plus profonde, indiscernable.

    La télécommande repose là, non comme un oubli, mais comme une promesse de retour jamais formulée. Elle attend, inutile, témoin d’un temps suspendu. Le canapé garde la mémoire du poids, de l’abandon répété, de la fatigue accumulée. Ce n’est pas un vide, c’est une trace. Une preuve qu’un corps a choisi l’immobilité assez longtemps pour que le meuble s’y adapte.

    Ici, l’absence n’est pas un manque, elle est une forme. Elle s’imprime, elle façonne, elle modifie l’espace. Le sujet n’est plus visible, mais il continue d’agir par ce qu’il a laissé. Une cavité douce, presque accueillante, qui semble attendre que quelqu’un revienne s’y dissoudre à nouveau.

  • MyLife

    My couch, my desk, my sink, my friends, my home x My loneliness x Blue screens x Cavern Myth

    Cette série rejoue le mythe de la caverne, mais en inversant la source de lumière. Ici, ce n’est pas l’écran qui éclaire. En négatif, l’écran devient une masse sombre, presque muette. La vraie émission lumineuse vient du corps lui-même, un corps surexposé, éblouissant, comme s’il avait été converti en signal. L’humain n’est plus celui qui regarde la projection, il devient le projecteur, la batterie, le combustible.

    Ce renversement change tout. Le dispositif ne vole pas seulement l’attention, il transforme le sujet en surface lumineuse, en objet visible, en silhouette blanche qui irradie malgré elle. La lumière n’exprime pas une puissance, elle dit une fuite. Elle est l’effet d’une extraction, d’une consommation lente, d’une présence trop sollicitée jusqu’à devenir transparente.

    Le face-à-face est d’abord un face-à-face avec soi. Le personnage se tient seul devant une surface qui ressemble à un miroir, mais qui fonctionne comme un écran. Il n’y cherche pas son reflet, il y cherche une version idéale, une ombre parfaite, droite, stable, presque héroïque. Or cette projection n’est pas vraie. Elle n’a ni poids, ni fatigue, ni contraintes. Elle est une vie rêvée, une posture corrigée, une existence qui ne se courbe pas.

    En contrepoint, le corps réel est incliné, tête penchée, résigné. Le tech neck apparaît alors comme une écriture du renoncement. Un corps qui cède, qui se plie à l’angle imposé, qui vit en regardant vers le bas, même lorsqu’il est debout. La nuque cassée devient le signe physique d’une soumission douce, quotidienne, sans drame, mais irréversible.

    La solitude n’est jamais un décor, c’est le mécanisme. Les espaces sont vides, les interactions impossibles. Même quand plusieurs figures coexistent, elles n’entrent pas en contact. Elles sont côte à côte comme des doubles, des clones, des instances d’un même être séparées par des parois invisibles. Le collectif devient une addition de solitudes lumineuses.

    La dominante bleue renvoie à la lumière froide des interfaces, mais ici elle sert surtout à faire ressortir l’éblouissement des corps. Un bleu de veille, de nuit numérique, de pièce fermée, qui encadre des silhouettes trop blanches, presque fantomatiques. La photographie en négatif agit comme une preuve que quelque chose est inversé dans l’ordre des choses, le sujet n’est plus éclairé par le monde, il se consume pour maintenir l’image.

  • Gear I

    Gear x Blood x cell

    Les engrenages apparaissent disjoints, dispersés, comme si le mécanisme avait perdu son axe. Ils ne s’imbriquent plus, ils flottent, rappelant davantage des cellules que des pièces industrielles. Le corps devient système, fragmenté, morcelé, observé à une échelle presque organique. Chaque forme évoque une unité vivante isolée, autonome en apparence, mais privée de relation fonctionnelle avec l’ensemble.

    Les taches colorées évoquent des saignements de nez, non pas réalistes mais transposés, filtrés, esthétisés. Le sang n’est plus rouge, il devient signal, donnée, émotion chromatique. Il circule sans blessure visible, comme une fatigue interne, un trop-plein invisible. Le corps saigne sans choc, comme nos esprits saturent sans impact immédiat.

    Les bulles éclatées rappellent celles que l’on lance, que l’on partage, que l’on consomme dans les réseaux. Elles promettent une légèreté, une vie merveilleuse, mais finissent toujours par imploser. L’éclatement est silencieux, sans drame, presque normalisé. Il ne reste que des traces, des auréoles, des résidus colorés sur un fond neutre, clinique.

    L’ensemble compose une anatomie contemporaine, ni totalement humaine ni totalement mécanique. Un corps soumis à des micro-pressions continues, enfermé dans des bulles successives, convaincu de sa liberté alors qu’il ne fait que circuler d’un espace clos à un autre. L’œuvre ne montre pas la violence frontale, mais l’usure lente, la désorganisation douce, la perte de cohérence d’un corps devenu réseau.

    Ink on paper 100 x 40

    Gear II

    Ink on paper 40×60

  • The Cavern

    Projection x blue screen x couch economy x cavern myth

    Un corps assis.
    Un canapé réduit à sa fonction minimale.
    Un écran, face à lui.

    La lumière ne vient pas de l’image. Elle vient d’ailleurs. Invisible, directive, elle projette sans éclairer. Ce qui apparaît sur l’écran n’est pas une représentation fidèle, mais une ombre recomposée, légèrement décalée, déjà séparée de celui qui la produit. Un infime glissement suffit à installer le trouble.

    L’homme ne regarde rien d’extérieur.
    Il assiste à sa propre projection.

    Le corps est lisse, anonyme, sans signes distinctifs. Ni visage, ni regard identifiable. L’individu est là, présent physiquement, mais absent à lui-même. Il ne fait plus face au monde, il fait face à un système qui le lui renvoie sous une forme simplifiée, stabilisée, contrôlée.

    Le canapé n’est pas un objet de repos. C’est un dispositif d’arrêt. Il accueille le corps pour mieux le fixer, pour installer la durée, pour rendre l’immobilité acceptable. Le confort devient une condition de la passivité.

    L’écran ne raconte rien. Il confirme. Il boucle. Il renvoie l’individu à une version de lui-même déjà traitée, déjà normalisée. L’image ne ment pas, elle réduit.

    La scène évoque une caverne sans murs, sans chaînes, sans contrainte visible. Une caverne domestique, douce, volontaire. Ici, l’ombre n’est pas imposée, elle est préférée. Elle rassure. Elle évite la confrontation. Elle protège du réel.

    L’œuvre parle d’un basculement silencieux.
    Celui d’un monde où l’on ne regarde plus ce qui est, mais ce que le système accepte de projeter de nous.
    Une existence vécue par procuration, assise, stable, optimisée.

  • Gears

    Gears x Fresh Blood x Automation

    Encre rouge dispersée, gouttes éclatées par la pression, zones plus denses où la matière semble coaguler. On pourrait croire à un accident organique, mais la répartition trop régulière, la répétition des cercles brisés, laisse deviner un geste qui n’appartient plus au vivant. Ici, chaque impact ressemble à un engrenage inversé, un gear biologique, une denture faite de micro-giclures. Un mécanisme qui tourne sans axe, sans centre, mais qui garde la précision froide d’un système conçu pour répéter.

    La couleur évoque un sang encore frais, mais ce sang ne nourrit rien. Il ne transporte plus d’oxygène, il n’incarne plus aucune présence humaine. Il devient fluide technique, résidu d’un organisme devenu moteur. Une ressource extraite, utilisée, expulsée. C’est un liquide fonctionnel, non un liquide vital. Sa vivacité apparente masque une logique d’exploitation continue : la dépense, la perte, la fuite sont absorbées dans le cycle, comme si ce rouge devait rappeler que même la biologie peut être réduite à un combustible.

    Les éclaboussures périphériques renforcent cette idée du mouvement mécanique. Elles sont les traces d’un choc répété, l’écho visuel d’un rouage, d’un automate qui ne s’arrête jamais. Le motif n’est pas aléatoire, il est trop systématique. C’est la signature d’une automatisation des gestes, d’un processus qui produit du vivant sans intention, ou plutôt qui imite le vivant jusqu’à l’épuiser.

    Dans cet espace blanc presque clinique, les taches deviennent des erreurs programmées. Ce qui devrait être une preuve de vie se transforme en preuve de fonctionnement. Le blanc absorbe le rouge comme une interface absorbe un signal : sans émotion, sans mémoire. Tout se déroule dans la froideur d’un protocole, d’une machine qui extrait, projette, répand.

    L’œuvre montre ce moment où l’organique n’est plus événement, mais routine. Où le sang n’est plus un choc, mais un motif. Où les éclats ne racontent plus une blessure, mais l’usure d’un système qui continue de tourner même quand il n’y a plus rien à faire tourner.