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Vue du ciel, l’image compose un plateau parfaitement quadrillé, presque abstrait. À gauche, des entrepôts bleus rangés comme des briques de Lego, ludiques, plastiques, rassurantes. À droite, la masse sombre d’une des plus grandes usines d’acier au monde, ses tours à charbon, ses cheminées, ses fumées blanches malgré les efforts annoncés pour limiter les émissions. L’eau longe le site, ressource captée, utilisée, transformée. Deux pollutions coexistent sans se confondre, celle du plastique diffus et celle du charbon brûlé, lourde et atmosphérique. La vue aérienne rend l’ensemble presque esthétique, maîtrisé, comme si la destruction pouvait être organisée avec méthode. Dans ce décor qui ressemble à un jeu de construction géant, la satisfaction immédiate prime sur le collectif. End of the Game? suggère que la partie continue, même lorsque les règles semblent déjà nous échapper.

Bride – Provence sky x brownian motion
Cette image naît d’une chevelure gravée dans le plexiglass. Les sillons, tracés avec précision, laissent passer la lumière et captent le ciel. La matière transparente devient surface d’inscription et de diffusion. Suspendue devant le bleu de Provence, la figure s’élève et se dissout dans les nuages. La chevelure est réseau. Elle n’est plus attribut, elle est système. Chaque filament évoque une connexion, une notification, un flux continu. Rien n’est stable. Les lignes se frôlent, se croisent, se dispersent. Elles semblent animées d’un mouvement brownien, agitation microscopique, imprévisible, permanente. Une vibration sans centre, sans repos. La mariée n’a pas de visage. Elle n’a pas de corps. Elle est pure propagation. Dissoute dans le cloud, elle devient donnée flottante, identité fragmentée, présence sans incarnation. Le ciel n’est plus paysage, il est infrastructure invisible. Les nuages ne sont plus météorologiques, ils sont stockage, circulation, mémoire externalisée. Le plexiglass agit comme interface. Il sépare et relie. Il laisse voir et filtre. L’image dépend de la lumière réelle, du déplacement du regardeur, des variations du ciel. Rien n’est fixe. L’œuvre vit par interférence avec l’environnement, comme un flux numérique dépend de ses serveurs, de ses algorithmes, de ses réseaux. Bride in the clouds met en tension deux régimes. La pureté supposée de la mariée, symbole de promesse, et l’instabilité incessante des flux sociaux. Sous l’apparente légèreté du ciel provençal, l’agitation ne cesse jamais. Une beauté diffuse, presque éthérée, masque une turbulence continue. Cette image interroge l’automatisation silencieuse de nos existences et la dilution des corps dans des architectures invisibles. Ici, la mariée ne s’unit pas à un autre, elle s’unit au réseau. Elle épouse le mouvement perpétuel.
Photo 30 x 20

Microplastic x cells x party
Cette image montre une cellule observée au microscope, un monde circulaire, vibrant, où chaque bulle colorée semble incarner une forme de joie primitive, une énergie douce, une promesse de vie, les ballons d’une fête. Les teintes éclatantes diffusent en dégradés fluides, comme si la matière elle-même respirait, comme si chaque sphère contenait un fragment d’élan vital. L’ensemble paraît léger, presque enfantin, et pourtant deux masses noires troublent cette harmonie. Elles ne vibrent pas, ne rayonnent pas, elles absorbent. Ces formes opaques sont des fragments de microplastiques, intrus silencieux ayant réussi à pénétrer l’espace cellulaire, à s’infiltrer au cœur même du vivant. Leur présence rompt l’équilibre chromatique, introduit une gravité étrangère, une densité sans vie au milieu de la transparence organique. De plus en plus d’études établissent des liens entre notre ingestion quotidienne de microplastiques et l’émergence de troubles, d’inflammations, de pathologies diffuses encore mal comprises. Ici, la cellule devient territoire contaminé, la couleur se confronte à l’ombre, et la joie microscopique se voit traversée par une matière issue de notre propre production. Cette image oppose la fragilité du vivant à la persistance artificielle du plastique, elle montre comment l’invisible industriel s’invite dans l’intime biologique, comment l’éclat de la vie cohabite désormais avec une présence qui ne se dégrade pas et qui s’accumule.
Aquarelle 20 x 30

Cette image montre des neurones dopaminergiques, irradiés d’un rouge sang, comme si la pensée elle-même était traversée par une inflammation lumineuse. On hésite entre des filaments d’ampoule surchauffés, des feux d’artifice mal maîtrisés, des éclairs figés dans la nuit ou des ramifications nerveuses prêtes à s’embraser. Les corps cellulaires brillent comme des noyaux incandescents, leurs prolongements s’étendent, se cherchent, se relient, tissant une cartographie fragile du désir et de l’impulsion. La dopamine circule ici comme une promesse, une récompense immédiate, un signal court et intense qui allume le cerveau avant de le laisser dans une pénombre plus lourde. La science établit désormais des liens précis entre ces décharges et les stimulations numériques répétées, la gratification instantanée, le défilement infini, la notification qui pulse comme une micro étincelle. À force d’excitation brève, le système s’emballe, puis s’épuise, et la motivation profonde se fragilise, comme si le feu intérieur ne savait plus brûler sans déclencheur externe. Cette image ne montre pas seulement des neurones, elle expose une économie du court terme inscrite dans la chair, une biologie du clic, où la lumière rouge oscille entre énergie vitale et colère électrique.

Breathing x Sinus x Radiography x Obstruction
Cette œuvre est une radiographie de mes propres sinus.
Une image clinique, presque banale, mais ici déplacée vers le champ de l’intime.
On y voit la congestion, la cloison nasale déviée, le passage de l’air entravé.
Là où la respiration devrait être fluide, un obstacle.
Là où le vide devrait circuler, une masse.
La science permet de révéler l’invisible.
Elle pénètre l’os, traverse les chairs, éclaire les cavités.
Elle montre ce que le corps tait.
Mais voir n’est pas guérir.
L’œuvre oscille entre précision médicale et introspection.
La radiographie devient autoportrait.
Non pas celui du visage, mais celui d’un flux interrompu.
Respirer est un acte automatique, mécanique, inconscient.
Quand il se dérègle, tout devient conscient.
Chaque inspiration devient effort.
Chaque nuit devient attente d’air.
Faut-il opérer ?
Corriger la matière pour restaurer le passage ?
Redresser la cloison comme on redresse une ligne de code défaillante ?
La question dépasse le geste chirurgical.
Que fait l’âme quand le corps ne respire plus librement ?
Se contracte-t-elle ?
Cherche-t-elle un autre passage ?
Se met-elle en apnée, elle aussi ?
Il ne s’agit pas seulement d’un diagnostic.
C’est une mise à nu.
Une tentative de comprendre ce qui, en nous, entrave la circulation.
Encres sur papier – 20 x 30

Sur une feuille blanche, presque nue, une constellation de points rouges semble flotter dans le vide. Ils sont alignés comme une partition fragile, une portée musicale qui se répète, se décale, s’amenuise. À mesure que l’œil descend, le rythme se raréfie, la phrase s’étiole, puis disparaît dans le silence du papier.
L’encre n’est pas déposée en surface. Elle s’infiltre. Elle pénètre les entailles invisibles creusées au cutter. Par capillarité, elle suit les sillons, s’y love, s’y disperse comme un liquide vital cherchant sa voie. Le support est blessé avant d’être écrit. Le message naît d’une incision.
La phrase est encodée en morse. Elle est donc invisible pour les humains qui regardent, mais lisible en pensée pour ceux qui savent entendre les silences. Il n’y a aucun relief. Aucun braille. Les aveugles pourraient la voir, les voyants ne peuvent que la deviner. L’œuvre renverse les régimes de perception. Elle parle à ceux que l’on n’écoute pas.
Le texte crypté est la voix d’un arbre qui supplie qu’on ne le coupe pas. Il énumère, dans un langage réduit à des impulsions, tout ce qu’il offre sans bruit. L’absorption du CO₂, la respiration qu’il restitue, la rétention des eaux, l’ombre, la fraîcheur, l’ancrage des sols, la lenteur du temps. Il rappelle qu’il est infrastructure invisible du vivant.
Face à cela, l’homme avance aveuglément. Il tranche. Il déboise. Il nie ce qui le maintient en vie. La répétition des points rouges devient une petite musique entêtante, presque mécanique, comme un battement cardiaque qui s’affaiblit. La portée ne va pas jusqu’au bout. Elle se dissout avant la fin.
Ce qui reste est une trace. Une respiration interrompue. Un message que personne ne lit.
Dessin 30 x 40

Couch x Remote Control x Pause
Le blanc éclaire tout, jusqu’à l’effacement.
La place est encore tiède, creusée, comme si le corps venait de se dissoudre dans la lumière. Rien ne bouge, rien ne parle, et pourtant quelque chose insiste. Une empreinte demeure, molle, silencieuse, irréfutable. Le sujet s’est levé, peut-être pour une absence brève, peut-être pour autre chose. Une pause triviale, ou une fuite plus profonde, indiscernable.
La télécommande repose là, non comme un oubli, mais comme une promesse de retour jamais formulée. Elle attend, inutile, témoin d’un temps suspendu. Le canapé garde la mémoire du poids, de l’abandon répété, de la fatigue accumulée. Ce n’est pas un vide, c’est une trace. Une preuve qu’un corps a choisi l’immobilité assez longtemps pour que le meuble s’y adapte.
Ici, l’absence n’est pas un manque, elle est une forme. Elle s’imprime, elle façonne, elle modifie l’espace. Le sujet n’est plus visible, mais il continue d’agir par ce qu’il a laissé. Une cavité douce, presque accueillante, qui semble attendre que quelqu’un revienne s’y dissoudre à nouveau.

Fenêtre sur cour x Gafam logo x Privacy
Cette image est une cour silencieuse. Un rectangle de murs, un puits de regards, un espace où l’on habite sans jamais se rencontrer. Elle naît de Fenêtre sur cour, mais n’en retient que la tension immobile, ce moment où tout est visible et rien ne se dit.
Les fenêtres flottent comme des aplats de couleur. Elles ne racontent plus des vies, elles signalent des présences. Chaque teinte évoque un monde extérieur qui s’est glissé à l’intérieur, une lumière artificielle posée sur l’architecture. La cour n’est plus un refuge, elle est une surface. On ne ferme plus ses volets pour se protéger, on s’allume pour exister.
Les lignes sombres traversent l’image comme des nerfs. Ce sont des escaliers de secours, mais ils n’offrent aucune issue. Ils dessinent des chemins suspendus, des gestes répétés, des fuites qui tournent sur place. Leur forme rappelle celle d’une souris, prolongement discret de la main, indice d’un autre type de mouvement, plus abstrait, plus docile.
Rien ne bouge, et pourtant tout circule. Le regard passe d’une fenêtre à l’autre, sans s’attarder, sans rencontrer de corps. L’absence humaine n’est pas un manque, elle est le sujet. Ce qui reste, ce sont des cadres, des couleurs, des trajectoires, comme si l’intimité avait quitté les lieux avant même que l’on s’en aperçoive.
La cour devient un écran collectif. Un espace où l’on se voit sans se toucher, où l’on est exposé sans être présent. Une veille permanente, douce, presque belle, qui ne fait pas de bruit mais ne s’éteint jamais.

My couch, my desk, my sink, my friends, my home x My loneliness x Blue screens x Cavern Myth

Cette série rejoue le mythe de la caverne, mais en inversant la source de lumière. Ici, ce n’est pas l’écran qui éclaire. En négatif, l’écran devient une masse sombre, presque muette. La vraie émission lumineuse vient du corps lui-même, un corps surexposé, éblouissant, comme s’il avait été converti en signal. L’humain n’est plus celui qui regarde la projection, il devient le projecteur, la batterie, le combustible.
Ce renversement change tout. Le dispositif ne vole pas seulement l’attention, il transforme le sujet en surface lumineuse, en objet visible, en silhouette blanche qui irradie malgré elle. La lumière n’exprime pas une puissance, elle dit une fuite. Elle est l’effet d’une extraction, d’une consommation lente, d’une présence trop sollicitée jusqu’à devenir transparente.
Le face-à-face est d’abord un face-à-face avec soi. Le personnage se tient seul devant une surface qui ressemble à un miroir, mais qui fonctionne comme un écran. Il n’y cherche pas son reflet, il y cherche une version idéale, une ombre parfaite, droite, stable, presque héroïque. Or cette projection n’est pas vraie. Elle n’a ni poids, ni fatigue, ni contraintes. Elle est une vie rêvée, une posture corrigée, une existence qui ne se courbe pas.
En contrepoint, le corps réel est incliné, tête penchée, résigné. Le tech neck apparaît alors comme une écriture du renoncement. Un corps qui cède, qui se plie à l’angle imposé, qui vit en regardant vers le bas, même lorsqu’il est debout. La nuque cassée devient le signe physique d’une soumission douce, quotidienne, sans drame, mais irréversible.
La solitude n’est jamais un décor, c’est le mécanisme. Les espaces sont vides, les interactions impossibles. Même quand plusieurs figures coexistent, elles n’entrent pas en contact. Elles sont côte à côte comme des doubles, des clones, des instances d’un même être séparées par des parois invisibles. Le collectif devient une addition de solitudes lumineuses.
La dominante bleue renvoie à la lumière froide des interfaces, mais ici elle sert surtout à faire ressortir l’éblouissement des corps. Un bleu de veille, de nuit numérique, de pièce fermée, qui encadre des silhouettes trop blanches, presque fantomatiques. La photographie en négatif agit comme une preuve que quelque chose est inversé dans l’ordre des choses, le sujet n’est plus éclairé par le monde, il se consume pour maintenir l’image.

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AGILE – Periodic Table x Tetris x NVidia GPU x Acido Basic
AGILE propose une cartographie abstraite des éléments matériels nécessaires à la fabrication des cartes graphiques dédiées à l’intelligence artificielle, notamment celles de Nvidia. Les formes géométriques ne représentent pas des lieux précis mais l’agencement réel, supposé et documenté, des minéraux et éléments chimiques entrant dans la composition des puces et de leurs infrastructures. Les carrés ne sont pas décoratifs. Leur position correspond à une organisation matérielle exacte, un empilement fonctionnel de ressources, comme une table de Mendeleïev fragmentée et déplacée dans l’espace. La référence à Mendeleïev est centrale. Ce qui fut à l’origine une tentative de mettre de l’ordre dans la matière devient ici une grille éclatée, où les éléments ne dialoguent plus pour comprendre le monde mais pour nourrir une machine de calcul. Silicium, métaux conducteurs, terres rares et dopants sont réduits à des blocs, abstraits, interchangeables, privés de leur histoire géologique et humaine. L’ensemble évoque une carte d’extraction des terres rares ou un Tetris suspendu. Un équilibre précaire, figé, où chaque pièce est indispensable et où le moindre manque ferait s’effondrer l’édifice. Ce jeu visuel masque une réalité lourde. Derrière cette apparente simplicité se cachent des chaînes industrielles complexes et des dépenses colossales. À l’échelle mondiale, près d’un milliard par jour est investi pour maintenir et étendre les infrastructures nécessaires au calcul intensif, usines de gravure, data centers, réseaux énergétiques et systèmes de refroidissement. Les vides sont aussi importants que les formes. Ils symbolisent ce qui disparaît du récit technologique, les coûts environnementaux, l’extraction, l’épuisement des ressources et la violence silencieuse d’une industrie présentée comme immatérielle. L’œuvre montre une organisation froide et rationnelle, où l’ordre apparent dissimule une dépendance extrême à la matière et un monde physique constamment sollicité, mais toujours tenu hors champ.

Gear x Blood x cell
Les engrenages apparaissent disjoints, dispersés, comme si le mécanisme avait perdu son axe. Ils ne s’imbriquent plus, ils flottent, rappelant davantage des cellules que des pièces industrielles. Le corps devient système, fragmenté, morcelé, observé à une échelle presque organique. Chaque forme évoque une unité vivante isolée, autonome en apparence, mais privée de relation fonctionnelle avec l’ensemble.
Les taches colorées évoquent des saignements de nez, non pas réalistes mais transposés, filtrés, esthétisés. Le sang n’est plus rouge, il devient signal, donnée, émotion chromatique. Il circule sans blessure visible, comme une fatigue interne, un trop-plein invisible. Le corps saigne sans choc, comme nos esprits saturent sans impact immédiat.
Les bulles éclatées rappellent celles que l’on lance, que l’on partage, que l’on consomme dans les réseaux. Elles promettent une légèreté, une vie merveilleuse, mais finissent toujours par imploser. L’éclatement est silencieux, sans drame, presque normalisé. Il ne reste que des traces, des auréoles, des résidus colorés sur un fond neutre, clinique.
L’ensemble compose une anatomie contemporaine, ni totalement humaine ni totalement mécanique. Un corps soumis à des micro-pressions continues, enfermé dans des bulles successives, convaincu de sa liberté alors qu’il ne fait que circuler d’un espace clos à un autre. L’œuvre ne montre pas la violence frontale, mais l’usure lente, la désorganisation douce, la perte de cohérence d’un corps devenu réseau.
Ink on paper 100 x 40
Gear II

Ink on paper 40×60

Prometheus x Olympic fire x Smartphone x Canvas x Negative x Phone
Un écran monumental se tient debout dans l’espace. Sa forme rappelle immédiatement celle d’un smartphone, mais vidé de toute fonction, de toute interface, de tout usage. Il ne renvoie plus à un objet personnel, mais à une présence verticale, blanche, presque silencieuse.
L’image est en négatif. La lumière n’éclaire plus, elle consume. Ce qui devrait révéler semble avoir déjà brûlé la surface qu’il habite.
Au centre, une trace sombre apparaît. Une flamme, ou plutôt ce qu’il en reste. Un feu inversé, absorbé, comme s’il avait laissé son empreinte plutôt que sa lumière. Certains y reconnaissent le feu de Prométhée, d’autres la flamme olympique. Un feu censé unir, transmettre, élever. Un feu devenu image, rituel, symbole figé.
Ici, le feu ne circule plus. Il ne passe plus de main en main. Il reste enfermé dans l’écran, stabilisé, contenu, neutralisé. Il n’éclaire pas l’espace réel. Il se suffit à lui-même.
L’ombre qu’il laisse dessine une autre origine. Plus ancienne, plus organique. Une forme qui évoque l’Origine du monde, déplacée, désincarnée, technologisée. L’origine n’est plus le corps, elle est devenue surface.
Mais une autre lecture demeure possible, plus triviale. Un matelas. Un mégot de cigarette. Une brûlure accidentelle, laissée là comme une trace de passage. Le feu n’est plus sacré. Il est devenu résidu.
Le mythe de Prométhée affleure sans être raconté. La transgression a déjà eu lieu. Le feu a été pris. Mais le châtiment ne frappe plus un héros. Il s’est diffusé, dissous dans l’image, dans l’objet, dans le regard.
Le feu n’éclaire plus le monde. Il éclaire l’écran. Et l’humanité, immobile, ne reçoit plus la flamme. Elle la contemple.Lighting
Photo 40×60

Projection x blue screen x couch economy x cavern myth
Un corps assis.
Un canapé réduit à sa fonction minimale.
Un écran, face à lui.
La lumière ne vient pas de l’image. Elle vient d’ailleurs. Invisible, directive, elle projette sans éclairer. Ce qui apparaît sur l’écran n’est pas une représentation fidèle, mais une ombre recomposée, légèrement décalée, déjà séparée de celui qui la produit. Un infime glissement suffit à installer le trouble.
L’homme ne regarde rien d’extérieur.
Il assiste à sa propre projection.
Le corps est lisse, anonyme, sans signes distinctifs. Ni visage, ni regard identifiable. L’individu est là, présent physiquement, mais absent à lui-même. Il ne fait plus face au monde, il fait face à un système qui le lui renvoie sous une forme simplifiée, stabilisée, contrôlée.
Le canapé n’est pas un objet de repos. C’est un dispositif d’arrêt. Il accueille le corps pour mieux le fixer, pour installer la durée, pour rendre l’immobilité acceptable. Le confort devient une condition de la passivité.
L’écran ne raconte rien. Il confirme. Il boucle. Il renvoie l’individu à une version de lui-même déjà traitée, déjà normalisée. L’image ne ment pas, elle réduit.
La scène évoque une caverne sans murs, sans chaînes, sans contrainte visible. Une caverne domestique, douce, volontaire. Ici, l’ombre n’est pas imposée, elle est préférée. Elle rassure. Elle évite la confrontation. Elle protège du réel.
L’œuvre parle d’un basculement silencieux.
Celui d’un monde où l’on ne regarde plus ce qui est, mais ce que le système accepte de projeter de nous.
Une existence vécue par procuration, assise, stable, optimisée.

Flag x rating stars x Tech Giants
Please rate me détourne le drapeau américain en remplaçant ses étoiles par celles du rating numérique. Des étoiles de confiance, jaunes et standardisées, celles que l’on distribue, que l’on collecte, que l’on attend avant d’agir. Sans elles, plus de réservation, plus d’achat, plus de service. La transaction n’existe que si elle est notée. Ici, la confiance n’est plus politique ni symbolique, elle est calculée. Elle repose sur des scores, des moyennes, des avis agrégés. Les étoiles ne représentent plus des États mais des niveaux d’acceptabilité. Être visible, fiable, fréquentable. Le drapeau devient une interface. Toutes ces étoiles renvoient à un même territoire. Les plateformes qui structurent la confiance mondiale sont presque exclusivement américaines. Elles organisent les flux, arbitrent la crédibilité, hiérarchisent les acteurs. Internet n’a pas de frontière, mais il a un centre de gravité. Plusieurs étoiles s’ajoutent aux cinquante autres. J’ai demandé 5 fois à ChatGPT de ne m’en mettre que 51, il n’a jamais réussi. Elles ne sont pas géographiques. Ce sont les géants de la Tech. Un État sans sol, sans citoyens déclarés, mais doté de lois, de normes et de sanctions. Un pouvoir qui ne s’affiche pas comme tel, mais qui conditionne l’accès, la visibilité et l’existence économique. Please rate me montre comment un symbole de souveraineté se transforme en tableau de scores. Comment la confiance, devenue métrique, gouverne silencieusement les échanges. Un drapeau qui ne protège plus, mais qui demande à être validé. Encore. Toujours
Impression sur papier – 40 x 30