GIEC x forecasts x Pharmacy lights x global warming
Croix de pharmacie, fixée au mur, elle ne soigne rien. Elle informe. Elle déroule. Elle répète. Le vert médical devient un flux continu, un signal d’alerte qui n’interrompt jamais sa course. Les données défilent comme des constantes vitales, mais ce ne sont plus celles du corps, ce sont celles du climat.
La croix, symbole de soin, bascule vers un indicateur de dégradation. Elle ne promet plus la guérison, elle enregistre l’aggravation. Température, UV, pluies extrêmes, nuits tropicales, tout s’enchaîne sans rupture, comme une perfusion d’informations. Le message n’est pas exceptionnel, il est plausible. C’est précisément là que réside la tension.
Rien n’explose, rien ne dramatise. Tout est déjà là. Une normalité altérée, intégrée, acceptée. Le dispositif reprend les codes urbains familiers, ceux que l’on ne regarde plus. Il s’insère dans le quotidien sans résistance. Il informe comme on annonce une météo, mais cette météo ne relève plus du cycle naturel.
Le spectateur ne fait pas face à une catastrophe, mais à une continuité. Une lente dérive. Une saturation progressive des seuils. Le corps humain est absent, mais tout parle de lui. Sa peau brûlée, son effort limité, son hydratation surveillée. Un corps déjà contraint, déjà adapté.
La répétition du texte agit comme une boucle. Elle anesthésie autant qu’elle alerte. À force de défiler, l’urgence devient décor. Le regard glisse. L’esprit s’habitue. L’exception devient norme.
La planète apparaît en creux, jamais représentée, mais partout présente dans ses symptômes.
Ce n’est pas une image de fin. C’est une image d’installation. Un système déjà en place, déjà fonctionnel, déjà intégré dans nos flux d’information. La croix ne sauve plus, elle mesure l’état d’un organisme plus vaste, devenu instable.
Vintage dolls founded in bins x plastic dress x toys
À gauche, une maison transparente expose des poupées enfermées dans des volumes de plexiglas. Elles sont visibles sous tous les angles mais contenues dans des compartiments fermés. L’espace domestique devient une structure de rangement, propre, nette, entièrement organisée. Chaque case isole, classe, distribue.
Au centre, ces mêmes figures sont disposées sur des podiums en kraft. Elles sont sorties de la structure, mises en avant, présentées individuellement. Le dispositif change, pas la logique : on passe du stockage à la mise en scène, de la boîte à l’exposition.
À droite, un cercle vient refermer l’ensemble. Les poupées y sont contenues dans une forme continue, sans angle, sans rupture. Le cadre devient total, englobant, presque autonome.
Au-dessus, des poissons en plastique sont suspendus à une branche morte. Ils sont fabriqués à partir de sacs plastiques usagés. Leur apparence évoque une forme vivante, mais leur matière trahit une fabrication artificielle. La branche ne supporte plus le vivant, seulement ses équivalents reconstruits.
Les poupées portent des vêtements conçus à partir de sacs plastiques utilisés. La même matière circule d’un élément à l’autre, des corps aux poissons, jusqu’à l’environnement lui-même. Elle habille, remplace, recouvre.
Ces poupées ont été trouvées dans une poubelle (une quarantaine d’un coup), jetées ensemble comme une collection devenue inutile. Elles sont ici réassemblées, redistribuées dans différents dispositifs, sans retrouver leur fonction initiale.
Les visages sont maquillés comme après des pleurs, les traits accentués, presque excessifs. L’enfant roi a finalement eu les jouets qu’il convoitait.
24 Magnets x Memory x Non Digital to do list x Fridge
Une surface blanche, banale, domestique. Un réfrigérateur, centre logistique du quotidien, devient ici un tableau saturé d’injonctions. Vingt-quatre magnets carrés, disposés comme un jeu de memory laissé en suspens, alignent des fragments de vie ordinaire. Chaque pièce porte une tâche simple, presque anodine. Aller chercher le drive. Payer facture cantine. Remplir feuille impôts. Rien d’exceptionnel, rien de spectaculaire. Pourtant, leur accumulation compose une cartographie mentale dense, fragmentée, envahissante.
Le jeu de Memory avec 24 magnets, est faussé dès le départ. Les cartes ne sont pas retournées. Il n’y a rien à découvrir, rien à associer, rien à retenir. La mémoire est devenue inutile. L’exercice cognitif est remplacé par une exécution continue. Lire, faire, passer à la suivante. Une boucle sans apprentissage, sans appropriation. L’intelligence n’est plus sollicitée, seule la conformité l’est.
Aucun écran n’apparaît, et pourtant tout y renvoie. Chaque action est le symptôme d’un système invisible, entièrement médié par le mobile. L’objet a disparu, mais sa logique structure l’ensemble. Notifications implicites, rappels silencieux, pression diffuse. Le réel est fragmenté en micro-tâches, chacune optimisée, externalisée, déléguée à une interface absente mais omniprésente.
Le réfrigérateur, autrefois lieu de stockage et de subsistance, devient interface passive. Il ne conserve plus la nourriture, mais les instructions. Il ne nourrit plus le corps, mais alimente la charge mentale. Les magnets, objets ludiques et décoratifs, deviennent les vecteurs d’une discipline douce, intégrée, presque invisible.
Le temps se dissout dans ces actions discontinues. Quelques secondes par tâche, répétées, empilées, jusqu’à saturer l’espace mental. Une économie de l’attention fragmentée, où chaque geste est minime mais l’ensemble écrasant. L’autonomie s’efface au profit d’une gestion permanente de soi, pilotée par des impératifs extérieurs.
Ce memory sans mémoire ne cherche pas à entraîner l’esprit, mais à révéler son épuisement. Il n’y a plus de jeu, plus de distance. Seulement une liste, infinie, qui s’auto-alimente.
Micro-influencers x sorrow x plugs x pink & blue lights
Sur un angle de mur, deux systèmes lumineux coexistent sans jamais se rencontrer. À gauche, le rose sature l’espace. Il met en scène une vie idéale, découpée en fragments simples, lisibles, immédiatement désirables. Corps performants, vacances, discipline alimentaire, soleil permanent. Tout est propre, réduit à des pictogrammes séduisants, calibrés pour être vus, likés, répétés. Le monde des influenceurs devient une grammaire visuelle minimale, sans friction, sans épaisseur, où chaque scène est une promesse.
À droite, le bleu absorbe. Un corps replié, sans visage, sans projection possible. Il ne produit plus d’image, il subit. La lumière n’éclaire pas, elle isole. Elle rappelle celle des écrans, froide, nocturne, persistante. Ici, plus de narration, plus de performance. Seulement des états diffus, tristesse, anxiété, jalousie, haine, qui ne trouvent plus de forme partageable. Le corps se tourne, se retire, se place dans l’angle comme une variable sortie du système.
Les deux champs sont proches, presque contigus, mais ne communiquent pas. Ils sont pourtant branchés sur une même source. Une seule prise alimente simultanément l’idéal et l’effondrement. Ce détail discret reconfigure toute la lecture. Ce qui produit la projection rose produit aussi la chute bleue. Même infrastructure, mêmes logiques, mêmes boucles.
Le face-à-face est impossible. Les néons ne se voient pas. Ils opèrent dans des régimes distincts, mais synchrones. D’un côté, la mise en scène permanente d’une vie optimisée. De l’autre, les effets secondaires invisibles de cette exposition continue. La comparaison devient structurelle, automatique, intégrée.
Le titre agit comme une injonction douce. T’inquiète. Il masque, il rassure, il neutralise. Il dit exactement l’inverse de ce qui se joue. Derrière la légèreté apparente, une mécanique psychique se met en place, documentée, répétée, mesurée. Une désestime lente, une fatigue émotionnelle, particulièrement chez les plus jeunes, pris dans ces flux d’images irréconciliables.
Chemical vegetal growth x Outdoor sports x Nature sculpting x My Gardener
Dans un fragment d’une de mes jardinières urbaines, réduit à une échelle presque macroscopique, une agitation persistante s’installe. Des silhouettes anonymes apparaissent, disparaissent, reviennent, prises dans une chorégraphie sans origine visible. Elles ne construisent pas un monde, elles le manipulent, le testent, le fragmentent. Le geste est ambigu, parfois protecteur, souvent destructeur, toujours répétitif. Le vivant est approché comme une matière à corriger.
La nature n’est plus observée, elle est opérée. Coupée, percée, pulvérisée, recomposée. Les corps s’activent comme des outils, sans intention lisible, guidés par une logique extérieure, presque algorithmique. Une main invisible coordonne l’ensemble, distribue les actions, impose un rythme. Rien ne semble spontané, tout paraît inscrit dans une boucle fonctionnelle.
Le sport en plein air devient ici une extension de cette emprise. Courir, grimper, manipuler, intervenir, autant de gestes qui miment une connexion au vivant tout en accélérant sa transformation. L’attachement à la nature coexiste avec sa dégradation progressive, lente, silencieuse, acceptée.
Le chimique s’infiltre partout. Traitements, engrais, luttes contre les “nuisibles”, standardisation des cultures. Le sol se vide, devient support. La biodiversité recule, remplacée par des systèmes optimisés, stériles, contrôlés. Même la résistance du vivant, insectes, plantes, devient un paramètre à intégrer, à contourner.
Ces vidéos condensent une tension centrale, aimer profondément ce que l’on altère. Observer, toucher, transformer, jusqu’à ne plus distinguer protection et destruction. À cette échelle réduite, tout devient lisible, presque clinique. Le monde n’est plus un paysage, mais un système manipulable, une surface d’intervention continue.
Gaming x Manipulation x Circuit x Rewards x Social networks x Lemmings x Maze x Shepard music x Vibe coding
Un espace blanc, sans bord, sans profondeur, où quelques lignes noires imparfaites dessinent un enchevêtrement de plateformes suspendues, comme un labyrinthe ouvert qui ne laisse pourtant presque aucune sortie. Rien n’est fermé, tout est accessible, et pourtant tout ramène ailleurs, toujours dans le même circuit, dans la même dérive contrôlée. Des silhouettes noires apparaissent, régulières, presque mécaniques, glissent d’une plateforme à l’autre, hésitent brièvement, se trompent, se corrigent, se percutent, se dispersent, puis se réalignent, comme si chaque trajectoire contenait déjà sa propre rectification. Le mouvement ne s’interrompt jamais, il se recompose en permanence, absorbant chaque incident comme une simple variation interne.
La chute n’est pas un échec, elle est une production. Disparaître ne rompt rien, bien au contraire. Le système intègre la perte comme un carburant discret, une micro-optimisation silencieuse, une augmentation du score du jeu. Les corps s’accumulent parfois, s’engorgent sur une plateforme, attendent une élévation qui tarde, puis cèdent, débordent, tombent, et le flux reprend, intact, légèrement modifié mais jamais altéré. Une plateforme monte, sans câble, portée par une vis sans fin visible, pure mécanique sans finalité, image minimale d’un progrès circulaire.
Au milieu de cette circulation, une figure rose subsiste, à peine distincte, presque noyée dans la masse, mais dont la disparition suffit à interrompre l’ensemble et marquer la fin du jeu. Le joueur agit, injecte des états, déclenche des anomalies locales, attire les corps, les ralentit, les alourdit, les excite, les suspend. Il peut provoquer des pleurs, de la colère, de l’immobilité, faire apparaître des charges, des objets, des ralentissements, créer des points d’attraction ou de friction. Mais chaque action, loin de rompre le cycle, l’épaissit, le densifie, le rend plus stable encore. Le pouvoir proposé est un pouvoir de modulation.
Le score s’accumule sans plafond, s’étire vers l’infini comme une promesse qui ne s’achève pas. Il récompense la chute, la perturbation, l’émotion injectée, la désorganisation contrôlée. Plus le système est sollicité, plus il répond, plus il produit de points, plus il incite à continuer. Il n’y a plus de temps à battre, plus de fin à atteindre, seulement une progression abstraite, un chiffre qui monte, indépendamment de toute réussite réelle. Perdre est possible, mais assez rare sauf à le provoquer, presque accidentel, comme si le système préférait conserver le joueur à l’intérieur plutôt que de le sanctionner.
Le rythme s’installe, répétitif, hypnotique, proche des architectures anciennes du jeu vidéo, mais vidé de leur logique de défi. Ici, on ne gagne pas, on prolonge. Une montée sonore continue comme une boucle de Shepard accompagne cette sensation, tension permanente qui ne se résout jamais, une ascension perceptive sans sommet, qui maintient le corps et l’attention dans un état intermédiaire, ni satisfaction, ni frustration totale.
Vibecodé, produit rapidement, presque sans recul, le jeu conserve les traces de cette fabrication accélérée, lignes imparfaites, proportions instables, répétitions visibles. Cette économie de moyens n’est pas un manque, elle devient un langage, celui d’un secteur saturé, qui produit des boucles plus vite qu’il ne produit du sens. Le labyrinthe n’est pas un décor, c’est une structure mentale, une machine à capter, à retenir, à faire circuler. Chaque action du joueur confirme son appartenance au système, chaque tentative de contrôle renforce l’architecture qui l’englobe. On ne cherche plus à sortir, on apprend à rester, à optimiser sa présence, à accompagner le flux, dans un espace où tout semble ouvert, mais où rien ne s’échappe.
Lab x Fertilizer x Pesticide x Grow Lighting x Dashboard
Une paillasse blanche, froide, presque clinique, mais déjà traversée par une logique industrielle qui la dépasse, un espace de laboratoire qui n’est plus un lieu de recherche mais un poste de pilotage, une interface de production du vivant à grande échelle, où quatre boutons seulement suffisent à activer des chaînes entières de transformation, OGM, engrais, pesticides, lumière, quatre entrées simples pour une complexité biologique écrasée et réduite à des paramètres réglables, derrière l’écran, huit images, mais seulement quatre réellement actives ici, comme un système encore en construction, encore en expansion, où chaque levier enclenche une modification profonde du vivant, non plus observé mais programmé, optimisé, calibré pour produire plus, plus vite, nourrir des populations toujours plus nombreuses dans une logique de rendement maximal, quitte à perdre en route plus de 30% de cette production, gaspillée avant même d’atteindre l’assiette, absurdité structurelle intégrée au système lui-même, sur le paperboard, les traces d’un raisonnement scientifique devenu industriel, phénotypage des plantes, analyse des morphologies, sélection accélérée, flash lumineux pour lever la dormance, déclencher artificiellement ce que le cycle naturel aurait mis des semaines à produire, longueurs d’onde rouges, bleues, vertes, modulées avec précision pour activer ou inhiber certains mécanismes, jouer sur les ratios rouge / rouge lointain pour augmenter les rendements de plus de 30%, transformer la lumière en outil de productivité, la croissance en variable contrôlable, au fond, une usine d’engrais reconstruite en lego, réduction enfantine d’une infrastructure colossale, presque ironique, comme si la complexité chimique pouvait être manipulée comme un jeu, tandis qu’au premier plan, des plants de tomates hors sol, racines nues, baignées de lumière artificielle, grandissent sous perfusion spectrale, stimulées, accélérées, poussées, et dans l’air, une brume fine, presque invisible, diffusion de pesticides, geste banal devenu réflexe, couche supplémentaire de contrôle, de protection, ou de dépendance, tout est propre, trop propre, carrelage blanc, fioles alignées, mais derrière cette esthétique de maîtrise se lit une tension, celle d’un système agricole mécanisé, optimisé, automatisé, où l’homme n’intervient plus que par interface, en appuyant sur des boutons, en réglant des curseurs, en observant des indicateurs, et où le vivant devient un flux à gérer, une matière à transformer, une production à sécuriser, dans une logique qui ne tolère ni lenteur, ni incertitude, ni perte, sauf celle déjà intégrée, massive, silencieuse, acceptée.
Dans la série Recomposed Nature, la nature n’apparaît plus comme un état originel mais comme un territoire transformé, recomposé et artificialisé par l’action humaine. Les images montrent des fragments de nature modifiée, hybridée, parfois reconstruite à partir de déchets, de structures techniques ou de matières altérées. L’homme ne contemple plus un écosystème intact, il le recompose, le corrige, le scénarise et le codifie selon ses propres logiques esthétiques et industrielles. Le microscopique occupe une place centrale, des formes invisibles, agrandies et isolées deviennent paysages, motifs ou architectures biologiques. Ces fragments de vie sont amplifiés, mis en scène et esthétisés jusqu’à produire des images séduisantes, parfois presque décoratives. Dans ce monde recomposé, la nature brute ne suscite plus l’attention, tandis que sa version stylisée et visuellement optimisée provoque fascination et circulation sur les réseaux. La vitalité réelle du vivant disparaît derrière une nature filtrée, calibrée et visuellement séduisante. L’homme ne s’adapte plus à la nature, il la transforme pour qu’elle corresponde à ses usages, à ses flux et à ses systèmes techniques. Ce processus conduit à une nature recomposée, modifiée, contaminée et intégrée dans les cycles industriels et alimentaires. Les images de cette série montrent une nature qui absorbe les traces humaines, les pollutions et les structures artificielles jusqu’à devenir un paysage hybride où le biologique et l’industriel ne peuvent plus être séparés.
Cette série met en scène une bascule progressive du rapport entre l’humain et la machine. Au départ, le robot apparaît comme une extension utile du monde humain, un assistant domestique, un compagnon capable d’apprendre et de reproduire certains gestes simples du quotidien. L’humain le nourrit de données, l’entraîne, le répare, le guide. La relation semble encore équilibrée. Mais très vite, le centre de gravité se déplace. La machine devient plus autonome, plus performante, plus efficace que celui qui l’a conçue. L’humain s’efface peu à peu, réduit à des fragments de présence, parfois seulement une main, un geste, un reste de trace. Les robots, eux, occupent l’espace. Ils s’organisent, apprennent, se reproduisent symboliquement. Ils rejouent aussi les grandes images de la culture humaine. Les émotions, les mythes et les chefs-d’œuvre de l’histoire de l’art sont progressivement réinterprétés par ces figures mécaniques. Le Cri, La Jeune fille à la perle, La création d’Adam ou La liberté guidant le peuple deviennent ainsi des scènes robotisées, comme si la mémoire culturelle survivait mais avait changé d’espèce. La série décrit un processus silencieux : celui de l’automatisation diffuse de nos vies et de la délégation progressive de nos gestes, de nos décisions et même de nos émotions aux systèmes techniques. Ce déplacement n’est pas brutal, il est lent, banal, presque confortable. Jusqu’au moment où l’humain n’est plus nécessaire. Dans les dernières scènes, il disparaît presque complètement du monde représenté. Il ne réapparaît qu’à la fin, dans une position inversée, observé comme une curiosité, relégué à l’état d’objet ou de vestige. Cette fiction minimaliste interroge l’une des grandes tensions de notre époque : notre fascination pour les technologies que nous développons et la possibilité qu’elles finissent par redéfinir notre place dans le monde. Elle s’inscrit dans la réflexion plus large du projet Clear Shadows sur l’automatisation silencieuse de nos existences, la manipulation numérique et les transformations profondes que ces systèmes imposent à nos sociétés et à nos corps .
Flowers x Trees x Spring x Water x La Défense x Flood
Un îlot surgit dans une eau calme. Un fragment de jardin isolé, presque détaché du monde, comme une parcelle de terre prélevée et déposée dans une coupe transparente.
Tout provient de Bagatelle. Arbres, herbes, graines, fleurs, fruits. Un condensé de biodiversité rassemblé dans un espace minuscule. Dans ce parc vivent plus de quinze mille espèces végétales. Ici, elles semblent regroupées comme si la diversité entière devait tenir sur ce morceau de terre.
Les formes deviennent étranges. Un arbre porte des sphères brunes suspendues comme des constellations figées. Un autre apparaît nu, presque fossile. Autour d’eux surgissent des plantes aux couleurs vives, aux textures épaisses, presque irréelles. Pourtant elles existent réellement dans ce jardin. Rien n’est inventé. La nature est simplement observée, déplacée, recomposée.
Les proportions vacillent. Les fleurs deviennent plus grandes que les arbres. Les herbes dominent le paysage. Le regard perd ses repères habituels. Comme si l’ordre végétal avait été légèrement déplacé, modifié, transformé.
Sous la surface apparaît l’eau. Elle entoure l’îlot, ronge ses bords, submerge les racines. Elle évoque les pluies qui ruissellent désormais sur les surfaces imperméables des villes. L’eau ne pénètre plus la terre. Elle circule, s’accumule, déborde, finit par engloutir.
Ce morceau de nature ressemble alors à une réserve fragile. Une biodiversité conservée, presque comme un herbier vivant, maintenue dans un équilibre précaire.
L’horizon de la ville, lui, a été retiré du champ. Il existe pourtant. Hors image. Comme une présence silencieuse qui continue d’avancer.
La nature n’a pas disparu. Elle se transforme. Elle s’adapte, se déforme, persiste dans des formes parfois inattendues. Les plantes deviennent étranges non parce qu’elles changent d’essence, mais parce que le monde autour d’elles change plus vite qu’elles.
Deadly Sins x Flashy Pink x Couch x Invisible man x Tech Nech
Sur des fonds saturés, presque agressifs, un homme se tient seul. Il ne regarde personne. Il se replie, se cambre, s’affaisse. Son cou se casse vers l’avant, déformé par l’écran invisible qu’il consulte sans cesse. Le corps devient symptôme. Le tech neck remplace la colonne vertébrale morale. Les péchés capitaux ne sont plus théologiques. Ils sont optimisés. L’orgueil devient mise en scène permanente de soi. L’envie devient comparaison algorithmique. La colère se déploie en commentaires. La luxure se consomme en flux infini. La gourmandise est une boulimie de notifications. L’avarice se mesure en données accumulées. La paresse prend la forme d’un canapé creusé, d’un coussin enfoncé, d’une empreinte laissée par un corps trop longtemps immobile. Dans certaines images, l’homme est encore là. Dans d’autres, il se réduit. Silhouette minuscule dans un espace trop vaste. Puis il disparaît presque entièrement. Il ne reste qu’une ombre. Une trace noire sur un fond uniforme. Cette ombre n’est pas une absence accidentelle. Elle est le résultat d’un choix collectif. L’homme a voulu l’automatisation, la fluidité, la délégation permanente. Il a confié ses désirs aux plateformes, ses décisions aux algorithmes, ses relations aux interfaces. Chaque service promettait un confort. Chaque automatisation supprimait un effort. Chaque optimisation renforçait un penchant. Les péchés ne sont plus combattus. Ils sont industrialisés. Sins montre un corps qui se retire du monde réel au profit d’un monde calculé. Le canapé devient territoire. Le coussin, preuve matérielle d’une présence excessive et d’une absence simultanée. Être là physiquement, ne plus être là symboliquement. L’homme s’efface à mesure qu’il externalise sa volonté. Il disparaît à force de vouloir tout simplifier. Il s’ombre lui-même. La série ne représente pas une fin brutale. Elle montre une évaporation lente. Un effacement progressif orchestré par celui qui en est la première cause. Dans ce théâtre monochrome, la figure humaine n’est plus héroïque. Elle est variable d’ajustement. Elle s’effondre sous le poids de ses propres désirs amplifiés. Sins n’accuse pas une machine autonome. Elle pointe une responsabilité diffuse. L’homme ne disparaît pas parce qu’il est dominé. Il disparaît parce qu’il consent.
La série My life explore une présence silencieuse, celle des négatifs qui traversent l’existence ordinaire. Les images ne cherchent pas l’événement spectaculaire mais révèlent un état, une atmosphère, une lenteur. Une vie immobile, souvent recluse, qui se déroule depuis le canapé, dans l’espace domestique fermé, où le temps s’étire et se dilue. La solitude y est diffuse, presque matérielle. Elle s’inscrit dans les surfaces, dans les gestes répétitifs, dans l’absence d’élan. La tristesse n’est pas déclarée, elle affleure, contenue, comme une vibration basse qui ne quitte jamais totalement le cadre. Il s’agit d’une existence connectée en apparence mais désancrée dans sa profondeur, une vie saturée d’images et pourtant appauvrie de sens. L’isolement ne crie pas, il s’installe. Il habite les objets, les espaces clos, les postures statiques. My life donne à voir cette condition contemporaine où l’intimité devient terrain d’usure. Une présence humaine réduite à l’attente, à la consommation passive, à la répétition des mêmes gestes. Derrière la banalité des scènes se dessine une fragilité, une perte progressive d’intensité. Une vie qui continue, mais dont la densité semble s’effacer.
Photo of glass waste sculpture (50 x 60 cm) on my bed
Cette photographie saisit une sculpture fantomatique composée d’éclats de verre, assemblés telle une frégate spectrale échouée sur une surface douce et domestique. Le jeu entre la translucidité et la netteté évoque à la fois la vulnérabilité et la menace — des formes fragiles dressées comme des voiles menaçantes dans une tempête invisible. Chaque pointe suggère à la fois une arme et un avertissement, comme si l’entropie avait pris le commandement d’un navire jadis fier.
L’œuvre brouille les frontières entre ruine et rébellion, transparence et opacité, sécurité et intrusion. Intrusion radicale d’une élégance violente, elle transforme l’intime en champ de bataille d’une piraterie symbolique.
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This photograph captures a ghostly sculpture made of glass shards, assembled like a spectral flagship run aground on a soft, domestic surface. The interplay of translucence and sharpness evokes both vulnerability and threat—fragile forms rising as menacing sails in an invisible storm. Each spike suggests both a weapon and a warning, as if entropy had taken command of a once-proud vessel. The piece blurs the line between ruin and rebellion, transparency and opacity, safety and incursion. A radical intrusion of violent elegance, it turns the intimate into a battleground of symbolic piracy.
Cette sculpture, faussement délicate, met en scène un drame écologique silencieux : une branche morte, tordue, évoque un bois flotté immergé ou un corail blanchi, tandis que des fragments de plastique rose vif imitent des poissons ou une flore dérivante. La tension réside dans leur ambiguïté — sont-ils vivants ou déjà des vestiges synthétiques ?
Ces « créatures » en plastique dérivent sans but, prises dans une chorégraphie de disparition, suspendues dans un océan hors du temps. L’œuvre rend visible la violence poétique de la pollution, suggérant un futur où même la beauté est artificielle, détachée de toute racine.
Ici, la nature ne renaît plus. Elle est mise en scène. Et lentement, elle s’étouffe.
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This deceptively delicate sculpture stages a silent ecological drama: a twisted dead branch evokes submerged driftwood or bleached coral, while fragments of bright pink plastic mimic fish or floating flora. The tension lies in their ambiguity—are they alive or already synthetic remains? The plastic « creatures » drift aimlessly, caught in a choreography of disappearance, suspended in a timeless ocean. The piece renders visible the poetic violence of pollution, suggesting a future where even beauty is artificial, detached from all roots. Nature here is no longer reborn, only staged, and slowly suffocated.
This seemingly technical layout, reminiscent of a computer motherboard, is in fact the stylised transcription of a portion of the chemical pathway for dopamine synthesis—the neurochemical responsible for reward, motivation and compulsion. The lines and nodes retrace not an electronic signal, but the molecular construction of desire itself.
Beyond biology, this representation highlights how platforms and tech companies have appropriated these neurological circuits. Notification systems in mobile apps have been deliberately engineered to trigger short-term dopamine bursts—designed for immediate satisfaction rather than sustained happiness. The goal is not long-term fulfilment, but repeated engagement, dependence, loops.
Here, chemical formula, interface mechanics and business objectives intersect. If equations could be drawn between dopamine synthesis, tech giants’ retention models, and UX designs exploiting human vulnerability, this piece would be their visual map. What remains of autonomy when emotions are systematically stimulated for profit?
Pharmacy marketing plastic rubish x Light transparency x Low hanging fruit
Plastic sculpture 90 x 50 x 50 cm
Suspendue à une chaîne métallique, cette forme spectrale émerge d’un amas de fragments plastiques transparents — éléments d’étagères jetés, avant même d’être utilisés pour mettre en valeur des produits pharmaceutiques. Des rebuts. Des coproduits produits inutilement. La sculpture flotte comme un fruit contaminé de l’économie moderne : fragile, lumineux, mais saturé des résidus de l’hyperconsommation.
La lumière traverse la structure, projetant un halo chaotique qui révèle la violence invisible des déchets marketing du quotidien. Plastic Tree se dresse comme un monument au cycle de vie invisible de la marchandisation — montrant comment même les structures censées « aider » sont vouées à l’excès, à la pollution, à l’effondrement.
Un fossile de la logique promotionnelle, suspendu dans un silence stérile.
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Suspended by a metal chain, this ghostly form emerges from a mass of transparent plastic fragments—discarded shelving elements once used to promote pharmaceutical products. The sculpture hangs like a contaminated fruit of the modern economy: fragile, luminous, yet saturated with the residues of hyper-consumption. Light penetrates the structure, projecting a chaotic halo that reveals the invisible violence of everyday marketing debris. Plastic Tree stands as a monument to the unseen lifecycle of commodification—how even the structures meant to “help” are wasteful, polluting, and destined to collapse. A fossil of promotional logic suspended in sterile silence.
Trois silhouettes filiformes surgissent dans un mouvement spectral, façonnées en fil de fer torsadé — humanoïdes mais fracturées, comme sculptées en plein spasme. Leurs formes fantomatiques évoquent à la fois la vitalité et la déformation, prises dans une danse sans rythme ni intention.
Dancing Puppets met en scène une chorégraphie du contrôle et du désordre : des corps animés par des forces invisibles, privés de volonté, dansant au rythme d’un algorithme. Ce chaos n’est pas aléatoire — il reflète nos gestes sous des systèmes que nous ne maîtrisons plus.
Ces marionnettes, c’est nous : emmêlés, réactifs, déconnectés, mais synchronisés avec une machinerie devenue trop complexe pour être comprise.
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Three wiry figures emerge in spectral motion, crafted from twisted iron wire—humanoid but fractured, as if sculpted mid-twitch. Their ghostly forms suggest both vitality and distortion, caught in an endless dance without rhythm or intent. Dancing Puppets stages the choreography of control and disarray: bodies animated by invisible forces, stripped of agency, dancing to an algorithmic beat. The chaos is not random—it mirrors our movements under systems we no longer master. These puppets are us: tangled, reactive, disconnected yet in sync with a machinery too complex to grasp.
Une cascade de fils métalliques, emmêlés et denses, flotte comme une tresse fantôme dans le vide. La forme évoque une tête penchée, accablée, voilée par son propre poids — à la fois absente et présente. Avoir de beaux cheveux est crucial, se comparer aux autres est devenu normal.
Entièrement façonnée en fer, la sculpture reflète la lourdeur du chagrin numérique. Les cheveux, symbole de vitalité et d’expression de soi, deviennent ici un linceul inerte — rigide, enraciné dans la peine. Son enchevêtrement chaotique rappelle une trajectoire brownienne : sans direction, nerveuse, incontrôlable — comme les spirales émotionnelles provoquées par l’usage des réseaux sociaux.
Cette pièce donne un poids visuel à ce que les plateformes s’efforcent de dissimuler : la tristesse post-consultation ressentie par une génération. Une tristesse reconnue, puis étouffée par ceux qui en tirent profit.
Ce n’est pas un portrait, mais une conséquence. Pas une tête, mais un vide.
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A cascade of metallic threads, tangled and dense, floats like a phantom braid in the void. The form evokes a head bowed, overwhelmed, veiled in its own weight—both absent and present. Having nice hair is crucial, comparison to others is normal.
Crafted entirely of iron, the sculpture echoes the heaviness of digital grief. The hair, symbol of vitality and self-expression, is here reduced to a lifeless shroud—rigid, rooted in sorrow. Its chaotic weave mirrors a Brownian path: directionless, nervous, impossible to control—just like the emotional spirals provoked by social media use.
This piece gives visual weight to what platforms work hard to hide: the post-consultation sadness felt by a generation. A sadness acknowledged, then buried by those who benefit most.
It’s not a portrait, but a consequence. Not a head, but a void.