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  • The smiling lab

    Smile birth, biology, psychology, mussels, geometry and marketing

    The Smiling Lab met en scène la conversion progressive d’un sourire humain en objet d’examen, en données puis en ressource exploitable. Le dispositif adopte l’apparence rassurante d’un laboratoire médical et suit un même « patient » depuis la naissance presque imperceptible de son sourire jusqu’au compte rendu final censé en établir la valeur, les défauts, les effets sociaux et le potentiel marketing. Le mouvement initial est décomposé en cent images successives, comme si la multiplication des fragments permettait de saisir ce qui, dans le vivant, demeure pourtant fugitif, contextuel et instable. Des sourires prélevés dans des photographies personnelles sont ensuite recadrés, comparés et classés selon des états d’esprit supposés, poli, gêné, soulagé, sadique, méprisant ou amoureux. Cette catégorisation révèle moins une vérité émotionnelle qu’un désir contemporain d’assigner chaque expression à une signification stable, calculable et directement utilisable. Le visage est ensuite soumis à plusieurs régimes de lecture, radiographie osseuse, mesures biologiques, analyse musculaire, géométrie des lèvres, dynamique du mouvement, cartographie des tensions et identification de points d’amélioration. Ces planches empruntent les codes visuels de l’imagerie médicale, de la biométrie, de l’orthodontie et du diagnostic automatisé, mais elles contiennent aussi des données incohérentes, des mesures inventées, des structures anatomiques approximatives et des informations scientifiquement fausses produites par intelligence artificielle. Leur précision graphique fabrique une autorité de surface : tableaux, pourcentages, repères, courbes et légendes donnent l’impression d’un savoir objectif alors que l’image peut halluciner aussi facilement un muscle, un os, une corrélation psychologique ou un diagnostic. Le faux ne se présente plus comme une erreur visible, mais comme une expertise parfaitement mise en page. La chaîne se poursuit avec l’analyse marketing, où le sourire devient indice de confiance, niveau d’attention, probabilité d’adhésion, capacité de séduction et promesse de conversion. Il est ensuite simplifié en smiley, réduit à quelques signes transmissibles, standardisés et reproductibles, jusqu’à pouvoir être appliqué numériquement à d’autres visages. Ce passage du sourire singulier à l’icône universelle montre comment une expression intime est progressivement séparée de la personne qui l’a produite. En cherchant à mesurer le vivant, la machine ne se contente pas de l’observer : elle le découpe, le normalise, le compare à des modèles, définit ses écarts puis propose de le corriger. Le sourire devient simultanément symptôme, interface, score, marchandise et instrument de contrôle. La section finale rappelle qu’en juin 2026, l’analyse automatisée des émotions, de la voix, des écrits, de la peau, du sommeil, du stress ou des paramètres sanguins appartient déjà au champ des services commerciaux, du coaching comportemental et de la médecine prédictive. Smile Factory ne décrit donc pas un futur lointain, mais l’extension déjà engagée d’une industrie qui transforme les manifestations les plus ordinaires du corps en informations mesurables, comparables, modifiables et vendables, tout en laissant ouverte une question centrale : que reste-t-il d’un sourire lorsque la technologie prétend en connaître la cause, la qualité, la fonction et la valeur mieux que celui qui le produit ?

  • The turtle

    Box x Phone x Tech neck x sorrow x loneliness

    the Turtle enferme une figure adolescente dans une boîte blanche, comme si l’espace lui-même devenait une chambre mentale, un volume clos où le corps se replie au lieu de s’ouvrir. La sculpture joue sur une rupture visible et une rupture intérieure : lors du séchage, la tête a éclaté puis s’est détachée du corps, accident de fabrication qui devient le cœur du sens. Cette cassure n’est plus seulement matérielle, elle contamine la lecture du personnage. Est-ce le téléphone posé au sol qui est hors d’usage, devenu objet inutile, coupé de sa fonction de lien, ou est-ce l’adolescent lui-même qui est broken, déconnecté, atteint, silencieusement effondré ? Le doute reste volontairement ouvert. La posture courbée, le cou incliné en tech neck le faisait presque ressembler à une tortue, son dos carapace, traduit à la fois l’habitude numérique et l’écrasement psychique. Le corps semble pris entre mouvement et paralysie : les pieds levés suggèrent peut-être l’instant où il va se relever, mais rien ne garantit qu’il y parvienne. La boîte agit comme un espace d’isolement, quatre murs réduits à l’essentiel, sans décor, sans échappée, presque sans air. La blancheur renforce la sensation clinique, froide, mentale, comme si la solitude était devenue architecture. The Turtle laisse planer une ambiguïté essentielle sur la nature du désarroi : panne technique, chagrin intime, fatigue numérique, enfermement social, fragilité mentale. La sculpture ne tranche pas, elle maintient le spectateur face à cette zone instable où l’immobilité ressemble déjà à une chute.

  • Appliance store

    Cette sculpture prend la forme d’une frise chronologique de l’obsolescence programmée. Nous ne sommes pas face à une vitrine d’électroménager, ni devant une maquette de magasin : ces objets réduits, blanchis, fissurés, alignés sur un socle daté de 2027 à 2030, deviennent les vestiges anticipés d’un monde qui fabrique déjà ses ruines. Le téléphone ouvre la séquence, car il incarne sans doute l’obsolescence la plus rapide : remplacé tous les deux ou trois ans, parfois avant même d’être réellement hors d’usage, il concentre la violence du renouvellement imposé, du désir organisé et de la mise à jour permanente. L’ordinateur portable lui succède, avec son cycle de trois à cinq ans, pris entre ralentissement logiciel, incompatibilités, batterie épuisée et pression de performance. Viennent ensuite la machine à laver, le micro-ondes et le grille-pain, objets domestiques supposés durer, mais eux aussi fragilisés par la complexité technique, les pièces introuvables, le coût absurde de la réparation et la normalisation du remplacement. Le choix du ciment blanc introduit une contradiction volontaire : matériau massif, minéral, réputé durable, il est aussi l’un des plus lourds contributeurs aux émissions de gaz à effet de serre. Ici, il fossilise des objets conçus pour disparaître vite. Ce qui devait être solide devient cassé ; ce qui devait durer représente ce qui s’épuise. La frise met ainsi en tension deux pollutions majeures : celle du béton, déjà visible, mesurable, industrielle, et celle de l’électronique et du digital, plus diffuse, plus séduisante, mais peut-être appelée à la dépasser un jour. Les fissures ne figurent pas seulement la casse matérielle : elles montrent l’échec d’un modèle économique fondé sur la rotation, l’abandon et l’amnésie. Chaque objet semble avoir été produit après sa propre fin, comme s’il sortait déjà du futur sous forme de déchet. Le socle devient une ligne de temps courte, presque dérisoire, où quelques années suffisent pour transformer l’usage en rebut. La blancheur clinique efface la couleur commerciale des appareils pour ne garder que leur squelette symbolique. La sculpture parle moins de technologie que de fatigue, moins de progrès que d’usure organisée. Elle donne à voir une archéologie du présent, où nos objets les plus ordinaires apparaissent déjà comme les fossiles d’un système qui consomme sa propre durée.

  • La chute

    28 Dominos x Fall

    Cette sculpture aligne 28 dominos de ciment blanc, calqués sur la forme d’une gomme, espacés d’e l’épaisseur d’un crayon,sur une étroite tablette, dans un équilibre presque clinique, classés par niveau d’abimement. La matière évoque d’abord la solidité, la durée, l’architecture, la permanence : le ciment est fait pour tenir, porter, résister. Pourtant, ici, il devient fragile, instable, vulnérable. La chaîne n’est pas encore entièrement tombée, mais l’image contient déjà sa fin. Quelques blocs se sont inclinés, d’autres se touchent, le mouvement a commencé, et le regard complète immédiatement ce qui manque : le cerveau anticipe la chute avant même qu’elle n’ait lieu. La sculpture montre moins un effondrement qu’un instant suspendu, le moment exact où la catastrophe devient inévitable sans être encore accomplie. Rien n’indique la cause. Aucun choc, aucune main, aucun événement extérieur n’est visible. Il ne reste que la conséquence, comme si le système portait en lui sa propre défaillance. Les premiers dominos tombés sont les plus fragiles, les plus abîmés, ceux dont la matière semble déjà usée ou fissurée. Le dernier, lui, n’est pas encore brisé, mais tout annonce qu’il le sera. Cette progression transforme une mécanique simple en allégorie de l’épuisement : ce qui semblait durable cède d’abord par ses points faibles. Le ciment blanc, presque silencieux, porte aussi une contradiction plus vaste. Le béton est l’un des matériaux les plus emblématiques du monde moderne, mais aussi l’une des grandes sources d’émissions de gaz à effet de serre. La sculpture met donc en scène une matière conçue pour durer, mais prise dans une logique de chute, d’usure et d’impact. Elle ne montre pas l’origine du désastre ; elle montre le moment où il devient lisible, quand la stabilité n’est déjà plus qu’un souvenir.

  • The Golden Bug

    PI x Gold number x symetries x broken symetry

    Cette sculpture en ciment blanc met en scène une dégradation progressive de l’ordre : à gauche, la forme est stable, frontale, presque primitive ; au centre, elle devient plus complexe, plus construite, traversée par des rapports de mesure ; à droite, elle se brise et se disperse. Le point de départ n’est pas un calcul froid imposé à la matière, mais une découverte : certaines formes sorties des moules présentaient, par le plus grand des hasards, des proportions proches du nombre d’or. À partir de cette coïncidence, l’image a été organisée comme si la matière révélait une structure déjà présente en elle. La nature comporte des mathématiques : dans les spirales, les rythmes, les symétries, les croissances, les équilibres imparfaits. Ici, ces mathématiques ne sont pas décoratives, elles servent de trame invisible. Le plan convoque Pi, Fibonacci, les barycentres, les équidistances, les cercles circonscrits, les rapports de longueur et de largeur. Mais cette précision reste presque secrète. Le spectateur, lui, ne perçoit d’abord ni Pi ni le nombre d’or : il voit une forme qui se tient, puis une forme qui se complique, puis une forme qui casse. C’est cette distance entre l’ordre caché et l’accident visible qui fait basculer la sculpture dans l’univers de Clear Shadows. L’image parle d’un monde obsédé par la mesure, la performance, l’optimisation, la construction de systèmes supposés parfaits. À gauche, la perfection rassure ; au centre, la complexité commence à fragiliser l’ensemble ; à droite, le bug devient la seule chose réellement lisible. La suite de Fibonacci organise alors le chaos lui-même : un carré, deux cercles, trois rectangles, cinq débris non ordonnés, huit débris ordonnés, treize éclats moyens, vingt et une poussières. Ce qui semblait naturel, harmonieux, presque idéal, accompagne finalement la fracture. Le ciment blanc renforce cette contradiction : matériau brut mais pur, fragile dans ses arêtes, minéral mais cassant. La sculpture ne montre donc pas seulement une destruction. Elle montre un ordre qui se retourne contre lui-même, une beauté mathématique devenue structure d’effondrement. Derrière la cassure apparente, il reste un plan ; derrière le bug, il reste une logique ; derrière le chaos, il reste la trace froide d’un système qui a trop voulu tenir.

  • The new Xian

    1,7 trillions AI investment x Domino x rare Lands

    The New Xian prend la forme d’un graphique devenu sculpture : une armée de dominos en ciment blanc, alignée sur une planche comme une statistique pétrifiée. La référence à l’armée enterrée de Xi’an déplace l’imaginaire archéologique vers une guerre économique contemporaine, celle de l’intelligence artificielle, des infrastructures numériques et des terres rares chinoises nécessaires à leur matérialisation. Chaque rang semble abstrait, presque neutre, mais il renvoie à une répartition en centaines de milliards : data centers, puces, cloud, modèles, services, énergie, logiciels, équipements, toutes ces couches invisibles sans lesquelles l’IA ne fonctionne pas. En 2025, l’investissement mondial annoncé autour de l’IA atteint environ 1,7 trilliard de dollars selon plusieurs analystes, soit une masse financière qui ne relève plus seulement de l’innovation, mais d’un réarmement industriel. Les dominos ne sont pas ici des signes de jeu, mais des unités de capital, de calcul, de dette énergétique et de dépendance géopolitique. Leur alignement évoque à la fois l’ordre militaire, la planification, la compétition entre blocs et la fragilité d’un système où chaque pièce tient parce que les autres tiennent encore. The New Xian interroge la soutenabilité de cette accumulation : jusqu’à quand les entreprises pourront-elles investir à cette échelle sans demande payante équivalente des utilisateurs, des annonceurs ou des clients professionnels ? Que se passe-t-il si la promesse de productivité ne rembourse pas les infrastructures construites pour l’attendre ? Sous son apparente pureté formelle, la sculpture montre un monde qui transforme la croyance dans l’IA en architecture matérielle, en ciment, en énergie, en minerais, en machines. Le blanc efface les couleurs du marché pour ne garder que l’ossature d’une bataille. Comme dans Clear Shadows, l’image froide et minimale révèle ce que le numérique tente de rendre invisible : derrière l’automatisation, il y a une extraction, une logistique, une rivalité, une armée immobile prête à tomber en chaîne. Légende : 965 milliards $ : infrastructure, serveurs IA, capacité cloud, data centers, hardware spécialisé ; 439 milliards $ : services IA, conseil, intégration, services professionnels, déploiement ; 273 milliards $ : logiciels IA, applications, outils, logiciels intégrant l’IA.

  • Three-legged horse

    Cette collection de jouets neufs, anciens ou cassés, alignés sur des étagères blanches comme des spécimens, observe l’économie du jouet comme on observerait l’anatomie d’un secteur. Chaque objet semble d’abord familier, presque innocent: figurine, voiture, animal, accessoire, fragment de jeu. Mais leur accumulation révèle autre chose: une industrie de la promesse courte, de l’achat réflexe, du plastique coloré, du cadeau surprise, de l’objet éphémère pensé pour circuler vite, séduire vite, être oublié vite. Le jouet, censé structurer l’imaginaire de l’enfant, devient ici un produit de flux, souvent acheté en excès, remplacé avant d’être réellement usé, cassé avant d’avoir construit une mémoire. L’alignement propre, presque muséal, transforme ces restes en classification froide: formes, matières, couleurs, membres manquants, roues perdues, accessoires isolés, personnages sans récit. La collection n’est plus seulement affective, elle devient comptable. Elle montre ce que l’enfance absorbe sans toujours le comprendre: une pédagogie de la consommation, du neuf permanent, du plastique jetable, de la surprise emballée. En donnant une seconde vie à ces jouets, l’image ne les sauve pas totalement; elle les expose comme les preuves matérielles d’un système. Les étagères blanches neutralisent la nostalgie et imposent une lecture plus sèche: derrière le souvenir, il y a la production de masse; derrière le jeu, il y a le déchet; derrière la collection, il y a l’inventaire d’un monde qui fabrique de l’attachement avec des objets déjà presque destinés à disparaître.

  • The mechanical minute

    Mouse x Keyboard x Chair x Eye x Repetitive work x Tracked

    Mechanical Minute observe le travail de bureau comme une mécanique du corps prise dans le temps. Pendant une minute, l’écran splitté en quatre isole les yeux, la souris, le clavier et les roulettes de la chaise, comme si le corps avait été découpé en postes d’exécution. Chaque geste devient une mesure, un indice, un symptôme. Le titre fait écho aux Mechanical Turks, ces travailleurs invisibles de l’économie numérique que l’on croit remplacés par la machine alors qu’ils continuent, dans l’ombre, à exécuter des micro-tâches fragmentées, répétitives, sous-traitées à des corps que l’interface rend presque abstraits. Ici, l’artiste devient à son tour ce travailleur mécanique : ni totalement libre, ni totalement automate, pris dans une minute où tout s’enregistre, se répète, se valide, se corrige. La bande son ne vient pas illustrer la vidéo, elle l’enferme dans une cacophonie organisée. Les sons se superposent comme dans un open space : clavier, clics, double-clics, molette, frottements de souris, grincements du parquet, roulement des roulettes, notifications. Rien n’est spectaculaire, mais rien ne laisse de repos. Le clavier frappe en continu, avec des appuis plus secs lorsque la touche Entrée valide ou lorsque Retour arrière efface l’erreur. La souris glisse sur le bois, clique, double-clique, fait tourner sa molette ; elle parcourt virtuellement des centaines de mètres par heure et produit plus de cent clics, comme si la main n’était plus qu’un organe d’exécution. Les roulettes de la chaise frottent le parquet, roulent, grincent, dessinent environ cinq mètres par heure dans un périmètre étroit : un déplacement qui semble libre, mais qui reste prisonnier du bureau. L’œil, lui, est happé par les notifications. Il ne lit plus seulement, il répond à des appels. Il saute, scanne, revient, saccade, se dessèche ; il ne suit plus la continuité lente d’un livre, mais la discontinuité nerveuse d’une interface. La vidéo évoque environ 80 sollicitations professionnelles par heure, non comme une statistique universelle, mais comme le pouls artificiel d’un environnement saturé : mails, messages, alertes, rappels, validations. La notification devient une pulsation extérieure, un battement qui ne vient plus du corps mais du système. La saleté du clavier, l’usure de la souris, les traces des roulettes et les marques du parquet deviennent les archives matérielles d’un temps passé devant l’écran. Tout est minuscule, quotidien, presque banal, mais l’accumulation produit une violence sourde : celle des automatismes, des micro-contractions, des troubles musculo-squelettiques, de l’œil sec, de la main crispée, du corps assis trop longtemps. Mechanical Minute ne montre pas une action, mais une condition : un corps converti en données, un espace réduit en tableau de bord, une journée condensée dans une pulsation qui dérange. Le bureau devient une cage sonore, l’écran un aimant, la notification un métronome, et l’usure des objets la preuve discrète de l’usure humaine.

  • The chair

    felt chair leg pad x 218 days x AI process x printer

    Cette image organise 218 impressions sur une grille régulière, soit l’équivalent du nombre moyen de jours travaillés par an en France, chaque empreinte devenant une unité de temps, de présence et d’usure. Le protocole repose sur une décision binaire, rond ou carré, décidé par une IA, puis sur une exécution manuelle à l’aide de feutrines de pieds de chaise imbibées d’encre de Chine. L’objet qui soutient habituellement le corps au bureau devient ici l’outil même de l’impression : la chaise, symbole discret du travail assis, répétitif, sédentaire, produit la trace de ce qu’elle contribue à épuiser. La lecture se fait de gauche à droite et de haut en bas, comme dans un tableur, une chaîne de traitement, un planning ou un process d’entreprise parfaitement rodé. L’artiste exécute, mais dans un cadre contraint, sous la logique d’un système qui décide, ordonne, répartit et répète. Les formes sont simples, presque pauvres : un rond, un carré, deux signes élémentaires qui réduisent le geste à une alternance minimale, comme si la complexité du travail humain était ramenée à une suite d’instructions. Au fil de l’image, l’encre se raréfie, les noirs se fragmentent, les empreintes deviennent incomplètes, trouées, asséchées. Cette disparition progressive montre l’épuisement du tampon, mais aussi celui du salarié : le jus diminue, la densité baisse, la présence se vide. Trois recharges relancent artificiellement le processus, comme on recharge une imprimante, une équipe, un service, une organisation, sans jamais résoudre l’usure de fond. Le rond peut évoquer un cycle, une lune, un retour permanent du même ; le carré renvoie à la case, au bureau, à la grille, à l’organisation productive. Ensemble, ils forment une partition d’abrutissement, une mécanique froide où l’humain continue de produire des signes alors que sa matière intérieure s’épuise. Les accidents d’encre, les bavures et les manques sont les seuls endroits où le corps résiste encore à l’automatisme. L’image met en tension le travail manuel et la logique algorithmique : une intelligence décide, l’artiste exécute, la grille absorbe, le protocole avance. Elle parle aussi des troubles musculo-squelettiques, de ces corps immobilisés toute la journée devant un écran, sollicités par des tâches abstraites, fragmentées, répétitives, parfois déjà prêtes à être remplacées par l’intelligence artificielle. L’effacement des formes annonce alors une autre disparition : celle de certains emplois, de certaines fonctions, de certains gestes professionnels qui se vident avant même de disparaître. Comme une imprimante dont le toner s’épuise, l’image continue de fonctionner tout en montrant sa propre panne. Elle devient le relevé d’un burn-out diffus, non pas spectaculaire, mais distribué dans la répétition quotidienne. Chez Clear Shadows, cette grille n’est pas seulement une composition abstraite : c’est une cartographie du travail contemporain, de son automatisation, de son assèchement et de la fatigue invisible qu’il inscrit lentement dans les corps. L’imprimante s’éteint.

  • The Dust Machine

    Dusts from my home

    Cette pièce rassemble ce que l’habitat rejette sans jamais vraiment toujours l’expulser : poussière domestique, cheveux, poils d’animaux, fibres textiles de la machine à laver, fibres de tapis, poussières plastiques, poussière de bois aggloméré, miettes du grille pain, résidus de café, plumes de duvet, poussière de plante, fragments de papier, taille de crayon, reste de savon et résidus issus de la poubelle jaune…..Chaque élément est pauvre, minuscule, presque honteux, mais son alignement sur plexiglas et sa recoloration volontaire parfois, le déplace vers une forme de classification froide presque esthétique. Ce qui devait disparaître dans l’aspirateur, la poubelle ou le chiffon devient ici matière d’observation. La présentation évoque une planche entomologique, mais il ne s’agit plus d’insectes rares : ce sont les restes ordinaires de nos gestes, de nos objets, de nos corps et de nos consommations. L’intérieur domestique apparaît comme un écosystème de dépôts, un paysage pulvérisé où cohabitent le vivant, l’industriel et le synthétique. Les cheveux et les poils rappellent la présence des corps ; les fibres textiles et de tapis disent l’usure lente des surfaces ; la poussière plastique et les résidus de poubelle jaune prolongent la vie invisible des emballages ; le bois aggloméré, les miettes, le café, la plante et le crayon témoignent d’une activité quotidienne réduite à ses particules. Rien n’est spectaculaire, et c’est précisément cette absence de spectacle qui rend l’image dérangeante. Le plexiglas protège autant qu’il accuse : il fige ces déchets minuscules dans une vitrine propre, presque scientifique, comme si notre habitat produisait en continu ses propres archives. La grille impose une discipline à ce qui d’ordinaire échappe au regard. Elle transforme le désordre domestique en inventaire, le rebut en spécimen, la saleté en donnée. Ce classement met à nu une vérité simple : vivre, consommer, écrire, manger, s’habiller, nettoyer, c’est aussi produire sans cesse des traces matérielles. La maison n’est pas seulement un refuge ; c’est une machine lente à fabriquer des poussières.

  • Scanned

    Radiographies

    Cette composition rassemble des cyanotypes réalisés à partir de radiographies de mon propre corps. Crâne, mâchoire, dents, côtes, fragments osseux : ce qui relève habituellement du dossier médical devient ici une surface exposée. L’image ne montre plus le visage social, mais son envers clinique, l’intérieur rendu visible, l’intime converti en document. À l’époque des réseaux sociaux, l’exposition de soi ne s’arrête plus à la peau : elle glisse vers les données, les profils, les habitudes, les signaux biologiques, les traces que nous laissons derrière nous. Le corps n’est plus seulement photographié, il est lu, découpé, archivé, interprété. Les radiographies deviennent alors des autoportraits sans visage, des images où l’identité ne passe plus par l’expression, mais par l’infrastructure physique qui nous soutient. Le cyanotype ajoute à cette révélation une forme de distance : le bleu transforme la donnée médicale en image fragile, presque spectrale, comme si le corps apparaissait déjà sous la forme d’une archive ancienne. Le passe-partout et le cadre blanc organisent ces fragments comme une planche anatomique, mais cette taxinomie reste profondément personnelle. Chaque élément semble classé, isolé, rendu propre, alors qu’il provient d’une zone vulnérable : dents, sinus, cage thoracique, mâchoire, architecture interne. L’image interroge ce moment où le corps humain devient une surface d’analyse disponible. Un lecteur averti sait désormais que les intelligences artificielles apprennent à lire ces images médicales avec une précision parfois supérieure à celle des praticiens. Certaines recherches suggèrent même que leurs réponses peuvent être perçues comme plus empathiques que celles de médecins humains. Ce renversement trouble déplace la radiographie : elle n’est plus seulement un outil de diagnostic, mais un territoire d’interprétation automatisée. Ce qui était autrefois confié au regard médical entre désormais dans une chaîne plus vaste de calcul, de comparaison et de prédiction. L’intime devient lisible par des systèmes qui ne connaissent ni la douleur, ni la peur, ni l’histoire du patient. Dans cette série, le corps se présente donc comme une donnée exposée, offerte au regard humain autant qu’au regard machinique. Le bleu cyanotype conserve pourtant une part de résistance : il ralentit la lecture, brouille la froideur du scan, réintroduit de la matière, du temps, de l’accident. Ce corps montré de l’intérieur ne livre pas une vérité totale ; il rappelle au contraire que toute image médicale est aussi une image de pouvoir. Elle révèle, classe, rassure, inquiète, mais ne dit jamais entièrement ce qu’est une vie.

  • Wild data

    Data flows x Animals x Cyanotype

    Ces cyanotypes enregistrent des flux de mouvement animal, non comme des scènes spectaculaires, mais comme des traces fragiles du vivant en action. Chaque image fixe ce qui, d’ordinaire, disparaît aussitôt qu’il a eu lieu : un déplacement, une hésitation, une fuite, une vibration du corps dans l’espace. Les canards et les canetons tournent autour d’une mère immobile, presque solaire, dont la stabilité devient le centre invisible d’une agitation douce. Le scarabée, lui, ne compose pas une forme : il lutte, il se débat, il cherche à se désenfouir, et son effort laisse une cartographie nerveuse, presque désespérée. La chenille inscrit une ligne plus lente, plus sinueuse, suspendue à l’attente d’un passage humain sur lequel elle pourrait s’accrocher. Les daims d’élevage produisent une trace plus inquiète : ils scrutent, reculent, bougent frénétiquement, mais leur mouvement contient déjà la possibilité d’une échappée. Présentées comme une galerie d’entomologie, ces images reprennent les codes du classement scientifique, mais elles ne classent pas des corps morts : elles exposent des intensités de vie. Le cartel nomme l’espèce, tandis que le cyanotype révèle ce que le nom ne peut pas contenir : le trouble, l’instinct, la peur, l’orientation, la pulsation. Rien ici n’est utile, productif ou mesurable au sens industriel du terme. Ces mouvements ne nourrissent aucune base de données, n’optimisent aucun comportement, ne servent aucune machine. Ils existent seulement parce qu’un animal a bougé, parce qu’un corps a réagi, parce qu’une présence a traversé un fragment du monde. La série donne ainsi une valeur à ce qui échappe d’habitude à toute capture : les micro-événements du vivant, les trajectoires sans rendement, les gestes sans destination claire. Le cyanotype devient moins une image qu’une empreinte temporelle, une manière de graver l’infime avant son effacement. Dans cette collection de flux, on oppose à la logique de l’automatisation une attention lente, presque archaïque, portée aux signes minuscules de la vie. Le vivant y apparaît dans sa beauté propre : imprévisible, inutile, vulnérable, irréductible.

  • 44

    Drosophila x fruit & vegetable waste

    Cette pièce réunit 44 drosophiles prises dans une plaque de plexiglas, comme autant de traces minuscules d’un désastre ordinaire. Le chiffre n’est pas anecdotique : il renvoie aux 44 % de fruits et légumes qui périssent avant d’être mangés. La drosophile apparaît ici comme l’indice biologique de cette perte, l’insecte qui arrive quand l’aliment a déjà basculé dans la décomposition. Elle n’est pas représentée, elle est là, physiquement présente, arrêtée dans la matière. Son corps minuscule devient le témoin direct d’un système alimentaire qui produit, transporte, stocke, expose, puis jette. L’alignement évoque les vitrines d’entomologie, les collections scientifiques, le classement patient du vivant. Mais cette rigueur est immédiatement contredite par l’état des insectes. Les drosophiles sont écrasées, déplacées, salies, comme happées par une vitesse qui les dépasse. Elles semblent avoir été percutées, projetées, réduites à des impacts noirs sur une surface blanche. Le tableau fonctionne alors comme une collision entre deux langages : celui de la science et celui de l’accident. Le plexiglas enferme les corps, les fige, les conserve, mais il ne les sauve pas. Il transforme le rebut organique en archive froide, transparente, presque administrative. Chaque insecte devient une unité de perte, une donnée, un résidu comptable d’un gâchis invisible. La grille accentue cette lecture : elle ordonne ce qui, dans le réel, relève de la fermentation, du débordement, de la pourriture. Elle donne une apparence rationnelle à un phénomène profondément irrationnel. Ce ne sont pas seulement des mouches de fruits, mais les marqueurs d’une chaîne entière où l’abondance produit mécaniquement du déchet. Leur petitesse oblige à regarder de près, à s’approcher de ce que l’on préfère habituellement repousser. La pièce fait entrer dans l’espace de la galerie un signe pauvre, sale, presque honteux : l’insecte de cuisine, l’indice du fruit oublié. Le nombre 44 transforme cette présence en accusation silencieuse. Ce qui est écrasé ici, ce n’est pas seulement la drosophile, c’est la valeur même du vivant dans une économie de la surproduction.

  • Kanban

    AI Process x Kanban stickers x Human work disappearance

    Cette pièce est construite à partir de chutes de cartels et de papiers destinés à la poubelle, récupérés avant leur disparition matérielle. Les fragments ont été découpés, triés, classés selon sept formats différents, comme une petite réserve de données physiques. Chaque morceau devient une unité minimale, presque une case, presque une tâche. L’artiste a ensuite demandé à une intelligence artificielle de produire un algorithme capable de choisir deux paramètres simples : la taille du fragment et son orientation, verticale ou horizontale. Pendant les trois premiers quarts de la composition, le collage suit donc les instructions précises de la machine. Le geste humain est réduit à l’exécution : prendre, encoller, positionner, appuyer, recommencer. La décision disparaît presque entièrement au profit d’un protocole extérieur, froid, arbitraire, mais présenté comme rationnel. Lorsque certaines tailles venaient à manquer, l’algorithme était recalibré, comme dans une chaîne de production qui s’adapte à la pénurie sans jamais remettre en cause le principe du système. Au début, des trous apparaissent dans la composition. Ils ne sont pas corrigés, car lorsque la machine décide, l’exécutant n’a plus le droit de combler ce qui dérange l’œil. L’image accepte donc ses manques, ses absurdités, ses zones incomplètes, comme les conséquences visibles d’une obéissance au process. Par moments, l’attente de la réponse algorithmique devient trop longue. L’artiste désobéit alors, prend une décision lui-même, colle un fragment sans autorisation, rompt discrètement la chaîne de commande. Cette désobéissance n’est pas spectaculaire : elle est minuscule, presque invisible, mais elle réintroduit une présence humaine dans un dispositif qui cherchait à l’effacer. Le travail devient volontairement pénible. Les grands morceaux vont vite, les petits ralentissent tout, collent aux doigts, imposent une attention répétitive, presque absurde. Chaque petit fragment concentre la fatigue des tâches minuscules que le numérique délègue encore aux humains. La pièce évoque ainsi l’abrutissement de nombreux métiers contemporains, notamment dans le digital : remplir des cases, suivre des procédures, valider des étapes, obéir à des interfaces. L’humain n’y pense plus vraiment ; il applique. Il devient le bras manuel d’une machine qui calcule, hiérarchise, distribue et ordonne. Mais l’image raconte aussi ce qui échappe au contrôle. En entreprise, certains utilisent déjà l’intelligence artificielle malgré les interdictions, contournent les règles, automatisent leur propre travail, délèguent en secret ce qu’on leur demande encore de faire. La désobéissance devient alors ambiguë : paresse, survie, résistance, optimisation ou anticipation du remplacement à venir. Cette pièce est dédiée à tous ceux dont le travail consiste encore à exécuter des tâches répétitives, à nourrir des systèmes, à manipuler des données ou des objets selon des consignes venues d’ailleurs. Elle parle de ces emplois dont la pérennité est désormais menacée par l’intelligence artificielle, puis par la robotisation qui finira par prendre aussi les gestes matériels. À la fin, épuisé par le protocole, l’artiste abandonne la machine et termine seul le dernier quart de la composition. Il remplit davantage les vides, corrige instinctivement les déséquilibres, cherche peut-être une forme plus agréable, moins mécanique. Pourtant, il devient difficile de distinguer ce qui a été dicté par l’algorithme et ce qui relève de la main humaine. Cette confusion est le cœur de la pièce : à partir de quel moment l’obéissance ressemble-t-elle à une décision, et à partir de quel moment la décision humaine n’est-elle plus qu’un automatisme intériorisé ?
    Le collage matérialise un point de bascule dans la société du travail, là où la machine ne remplace pas seulement les métiers, mais commence à dicter les gestes, les rythmes, les choix et les renoncements.

  • Autopsy

    Phone components

    Téléphone ouvert, disséqué, étalé sans logique de réparation mais comme une mise à plat d’un corps technique. Chaque fragment est classé par type de composant, non pour expliquer, mais pour révéler une organisation cachée. Cartes mères et filles, centre nerveux d’une machine devenue intime. Composants électroniques miniatures, invisibles à l’usage, essentiels au fonctionnement. L’optique, regard froid qui capte et archive sans mémoire. Les fils, lignes de circulation, veines sèches d’un système fermé. Les raccords, points de jonction où transitent les flux. Le feuilletage de l’écran, surface lisse devenue strate, peau démontée. Le vibreur, signal primaire, rappel physique d’une présence distante. Les micros, captation permanente, écoute diffuse. Tout est exposé, mais rien ne se livre vraiment. Une boîte noire rendue visible, mais toujours incompréhensible dans sa totalité. Objet tenu chaque jour, connu par usage, inconnu par structure. Et derrière cette précision, une matérialité lourde, terres rares, eau, plastiques, extraction, transformation, chaîne industrielle. Une empreinte écologique diffuse, invisible dans l’objet fini mais massive dans ses conditions d’existence. Une anatomie technique qui renvoie à notre propre dépendance.

  • Recycled!

    My own recycled yellow bin paper x Industrial yellow ink x My life bin cubage

    À partir de sa propre poubelle jaune, l’artiste récupère, broie, transforme puis recompose la matière même de ce qui devait disparaître. Le déchet ménager recyclable cesse ici d’être un flux abstrait pour devenir surface, densité, trace, presque peau. Enduit d’une encre fluo industrielle, ce papier fabriqué à la main conserve une ambiguïté volontaire, entre geste pauvre et couleur de signalétique, entre récupération domestique et imaginaire productiviste. La pièce naît d’une question simple et vertigineuse, combien de tonnes de consommables un individu peut-il produire, utiliser, intégrer puis rejeter dans les poubelles jaunes au cours d’une vie entière. L’estimation avancée approche les 9 tonnes. Les différents formats rectangulaires donnent forme à cette masse invisible. Chacun agit comme l’équivalent proportionnel d’une poubelle jaune, démultipliée jusqu’à faire apparaître l’ampleur réelle de ce volume. Cette image prolonge une première recherche dans laquelle l’artiste photographiait ses propres poubelles jaunes avant de demander à une intelligence artificielle d’en reconstruire la logique visuelle à l’échelle de ces 9 tonnes théoriques. Le passage du sac photographié au papier recyclé, puis du rebut au module abstrait, déplace le regard. Ce qui relevait du banal, du quotidien, du presque rien, devient ici mesure d’une vie consommée par ses propres restes.

  • Boo-boo

    GIEC x forecasts x Pharmacy lights x global warming

    Croix de pharmacie, fixée au mur, elle ne soigne rien. Elle informe. Elle déroule. Elle répète. Le vert médical devient un flux continu, un signal d’alerte qui n’interrompt jamais sa course. Les données défilent comme des constantes vitales, mais ce ne sont plus celles du corps, ce sont celles du climat.

    La croix, symbole de soin, bascule vers un indicateur de dégradation. Elle ne promet plus la guérison, elle enregistre l’aggravation. Température, UV, pluies extrêmes, nuits tropicales, tout s’enchaîne sans rupture, comme une perfusion d’informations. Le message n’est pas exceptionnel, il est plausible. C’est précisément là que réside la tension.

    Rien n’explose, rien ne dramatise. Tout est déjà là. Une normalité altérée, intégrée, acceptée. Le dispositif reprend les codes urbains familiers, ceux que l’on ne regarde plus. Il s’insère dans le quotidien sans résistance. Il informe comme on annonce une météo, mais cette météo ne relève plus du cycle naturel.

    Le spectateur ne fait pas face à une catastrophe, mais à une continuité. Une lente dérive. Une saturation progressive des seuils. Le corps humain est absent, mais tout parle de lui. Sa peau brûlée, son effort limité, son hydratation surveillée. Un corps déjà contraint, déjà adapté.

    La répétition du texte agit comme une boucle. Elle anesthésie autant qu’elle alerte. À force de défiler, l’urgence devient décor. Le regard glisse. L’esprit s’habitue. L’exception devient norme.

    La planète apparaît en creux, jamais représentée, mais partout présente dans ses symptômes.

    Ce n’est pas une image de fin. C’est une image d’installation. Un système déjà en place, déjà fonctionnel, déjà intégré dans nos flux d’information. La croix ne sauve plus, elle mesure l’état d’un organisme plus vaste, devenu instable.

  • idolls

    Vintage dolls founded in bins x plastic dress x toys

    À gauche, une maison transparente expose des poupées enfermées dans des volumes de plexiglas. Elles sont visibles sous tous les angles mais contenues dans des compartiments fermés. L’espace domestique devient une structure de rangement, propre, nette, entièrement organisée. Chaque case isole, classe, distribue.

    Au centre, ces mêmes figures sont disposées sur des podiums en kraft. Elles sont sorties de la structure, mises en avant, présentées individuellement. Le dispositif change, pas la logique : on passe du stockage à la mise en scène, de la boîte à l’exposition.

    À droite, un cercle vient refermer l’ensemble. Les poupées y sont contenues dans une forme continue, sans angle, sans rupture. Le cadre devient total, englobant, presque autonome.

    Au-dessus, des poissons en plastique sont suspendus à une branche morte. Ils sont fabriqués à partir de sacs plastiques usagés. Leur apparence évoque une forme vivante, mais leur matière trahit une fabrication artificielle. La branche ne supporte plus le vivant, seulement ses équivalents reconstruits.

    Les poupées portent des vêtements conçus à partir de sacs plastiques utilisés. La même matière circule d’un élément à l’autre, des corps aux poissons, jusqu’à l’environnement lui-même. Elle habille, remplace, recouvre.

    Ces poupées ont été trouvées dans une poubelle (une quarantaine d’un coup), jetées ensemble comme une collection devenue inutile. Elles sont ici réassemblées, redistribuées dans différents dispositifs, sans retrouver leur fonction initiale.

    Les visages sont maquillés comme après des pleurs, les traits accentués, presque excessifs. L’enfant roi a finalement eu les jouets qu’il convoitait.

  • T’inquiète!

    Micro-influencers x sorrow x plugs x pink & blue lights

    Sur un angle de mur, deux systèmes lumineux coexistent sans jamais se rencontrer. À gauche, le rose sature l’espace. Il met en scène une vie idéale, découpée en fragments simples, lisibles, immédiatement désirables. Corps performants, vacances, discipline alimentaire, soleil permanent. Tout est propre, réduit à des pictogrammes séduisants, calibrés pour être vus, likés, répétés. Le monde des influenceurs devient une grammaire visuelle minimale, sans friction, sans épaisseur, où chaque scène est une promesse.

    À droite, le bleu absorbe. Un corps replié, sans visage, sans projection possible. Il ne produit plus d’image, il subit. La lumière n’éclaire pas, elle isole. Elle rappelle celle des écrans, froide, nocturne, persistante. Ici, plus de narration, plus de performance. Seulement des états diffus, tristesse, anxiété, jalousie, haine, qui ne trouvent plus de forme partageable. Le corps se tourne, se retire, se place dans l’angle comme une variable sortie du système.

    Les deux champs sont proches, presque contigus, mais ne communiquent pas. Ils sont pourtant branchés sur une même source. Une seule prise alimente simultanément l’idéal et l’effondrement. Ce détail discret reconfigure toute la lecture. Ce qui produit la projection rose produit aussi la chute bleue. Même infrastructure, mêmes logiques, mêmes boucles.

    Le face-à-face est impossible. Les néons ne se voient pas. Ils opèrent dans des régimes distincts, mais synchrones. D’un côté, la mise en scène permanente d’une vie optimisée. De l’autre, les effets secondaires invisibles de cette exposition continue. La comparaison devient structurelle, automatique, intégrée.

    Le titre agit comme une injonction douce. T’inquiète. Il masque, il rassure, il neutralise. Il dit exactement l’inverse de ce qui se joue. Derrière la légèreté apparente, une mécanique psychique se met en place, documentée, répétée, mesurée. Une désestime lente, une fatigue émotionnelle, particulièrement chez les plus jeunes, pris dans ces flux d’images irréconciliables.

  • 8957

     

    Voir aussi la version moins explicite de ce concept

    Yellow bins x my total consumption x hallucination

    Cette image s’organise comme une accumulation méthodique qui prétend mesurer, classer, stabiliser quelque chose qui, par nature, échappe à toute stabilisation. Une grille de poubelles jaunes, répétées, alignées, chacune associée à un poids supposé. L’ensemble évoque une tentative d’inventaire, presque scientifique, mais dont la rigueur se fissure à mesure que l’on regarde.

    Le point de départ est concret, presque banal. Des poubelles photographiées dans une rue commerçante, saisies dans leur banalité fonctionnelle. Puis vient le glissement. L’image ne se contente pas de documenter, elle extrapole. L’artiste délègue à une intelligence artificielle la capacité de prolonger le réel, de produire d’autres poubelles, d’en dériver les formes, d’en estimer le contenu. Le protocole est simple en apparence. Il devient rapidement incontrôlable.

    Les formes commencent à dériver. Certaines restent crédibles, ancrées dans un imaginaire français identifiable. D’autres basculent. Les proportions changent, les volumes deviennent incohérents, les détails disparaissent. L’outil, entraîné sur des bases hétérogènes et insuffisantes, mélange des typologies de poubelles issues d’autres contextes géographiques. L’artiste tente de corriger, de recadrer, d’imposer une cohérence. La machine résiste. Elle simplifie, standardise, réduit la diversité. Elle impose sa propre définition de ce qu’est une poubelle.

    Ce conflit devient le cœur de l’image. Non pas une représentation des déchets, mais une représentation de l’impossibilité à représenter fidèlement le réel à travers un système génératif. Chaque série visible correspond à un ajustement, à un changement de prompt, à une tentative de reprise en main. L’image garde les traces de ces échecs successifs. Elle ne les corrige pas. Elle les expose.

    Les chiffres, eux aussi, participent à cette illusion de maîtrise. Chaque poubelle est associée à un poids. Une donnée chiffrée qui semble objective. Pourtant, elle est produite par une IA mal entraînée, incapable de calibrer correctement ses estimations. Le calcul global existe en creux. Il est théoriquement accessible, tout est visible. Et pourtant, ni la machine ni l’artiste ne le vérifient réellement. Le chiffre final est accepté, ajusté, presque bricolé, pour éviter de relancer une génération. La précision devient secondaire. Ce qui compte, c’est le processus.

    L’image glisse alors vers une forme de collection. Une accumulation presque trophée. Non pas des objets, mais des tentatives. Des erreurs répétées, industrialisées, produites à la chaîne. Une production d’emballages qui, par définition, est vouée à être jetée. L’œuvre elle-même s’inscrit dans cette logique. Une partie de ce qui est généré est déjà condamné à disparaître.

    Ce travail met en tension plusieurs niveaux. Le réel photographié, la simulation générée, la donnée calculée, et l’impossibilité de faire coïncider ces couches. Il ne s’agit pas de montrer des poubelles. Il s’agit de montrer un système qui prétend organiser le monde, mais qui produit du bruit, de l’approximation, de l’incohérence.

    Et pour l’histoire, 8957 est l’estimation sur la durée de vie de l’artiste, en prenant en compte les cycles de sa vie et les changements de mode, le nombre de kilos de poubelles jaunes qu’il aura fait produire, et partiellement recyclé….et c’est aussi le total théorique des kilos de chaque poubelle de l’image calculé par l’IA (une a approximé en donnant une fourchette, une autre IA a menti)

  • Small worlds

    Chemical vegetal growth x Outdoor sports x Nature sculpting x My Garden

    Dans un fragment d’une de mes jardinières urbaines, réduit à une échelle presque macroscopique, une agitation persistante s’installe. Des silhouettes anonymes apparaissent, disparaissent, reviennent, prises dans une chorégraphie sans origine visible. Elles ne construisent pas un monde, elles le manipulent, le testent, le fragmentent. Le geste est ambigu, parfois protecteur, souvent destructeur, toujours répétitif. Le vivant est approché comme une matière à corriger.

    La nature n’est plus observée, elle est opérée. Coupée, percée, pulvérisée, recomposée. Les corps s’activent comme des outils, sans intention lisible, guidés par une logique extérieure, presque algorithmique. Une main invisible coordonne l’ensemble, distribue les actions, impose un rythme. Rien ne semble spontané, tout paraît inscrit dans une boucle fonctionnelle.

    Le sport en plein air devient ici une extension de cette emprise. Courir, grimper, manipuler, intervenir, autant de gestes qui miment une connexion au vivant tout en accélérant sa transformation. L’attachement à la nature coexiste avec sa dégradation progressive, lente, silencieuse, acceptée.

    Le chimique s’infiltre partout. Traitements, engrais, luttes contre les “nuisibles”, standardisation des cultures. Le sol se vide, devient support. La biodiversité recule, remplacée par des systèmes optimisés, stériles, contrôlés. Même la résistance du vivant, insectes, plantes, devient un paramètre à intégrer, à contourner.

    Ces vidéos condensent une tension centrale, aimer profondément ce que l’on altère. Observer, toucher, transformer, jusqu’à ne plus distinguer protection et destruction. À cette échelle réduite, tout devient lisible, presque clinique. Le monde n’est plus un paysage, mais un système manipulable, une surface d’intervention continue.

    exemple jumping in tulip

  • Peanuts

    Une partie filmée:

    La grille de points

    Gaming x Manipulation x Circuit x Rewards x Social networks x Lemmings x Maze x Shepard music x Vibe coding

    Un espace blanc, sans bord, sans profondeur, où quelques lignes noires imparfaites dessinent un enchevêtrement de plateformes suspendues, comme un labyrinthe ouvert qui ne laisse pourtant presque aucune sortie. Rien n’est fermé, tout est accessible, et pourtant tout ramène ailleurs, toujours dans le même circuit, dans la même dérive contrôlée. Des silhouettes noires apparaissent, régulières, presque mécaniques, glissent d’une plateforme à l’autre, hésitent brièvement, se trompent, se corrigent, se percutent, se dispersent, puis se réalignent, comme si chaque trajectoire contenait déjà sa propre rectification. Le mouvement ne s’interrompt jamais, il se recompose en permanence, absorbant chaque incident comme une simple variation interne.

    La chute n’est pas un échec, elle est une production. Disparaître ne rompt rien, bien au contraire. Le système intègre la perte comme un carburant discret, une micro-optimisation silencieuse, une augmentation du score du jeu. Les corps s’accumulent parfois, s’engorgent sur une plateforme, attendent une élévation qui tarde, puis cèdent, débordent, tombent, et le flux reprend, intact, légèrement modifié mais jamais altéré. Une plateforme monte, sans câble, portée par une vis sans fin visible, pure mécanique sans finalité, image minimale d’un progrès circulaire.

    Au milieu de cette circulation, une figure rose subsiste, à peine distincte, presque noyée dans la masse, mais dont la disparition suffit à interrompre l’ensemble et marquer la fin du jeu. Le joueur agit, injecte des états, déclenche des anomalies locales, attire les corps, les ralentit, les alourdit, les excite, les suspend. Il peut provoquer des pleurs, de la colère, de l’immobilité, faire apparaître des charges, des objets, des ralentissements, créer des points d’attraction ou de friction. Mais chaque action, loin de rompre le cycle, l’épaissit, le densifie, le rend plus stable encore. Le pouvoir proposé est un pouvoir de modulation.

    Le score s’accumule sans plafond, s’étire vers l’infini comme une promesse qui ne s’achève pas. Il récompense la chute, la perturbation, l’émotion injectée, la désorganisation contrôlée. Plus le système est sollicité, plus il répond, plus il produit de points, plus il incite à continuer. Il n’y a plus de temps à battre, plus de fin à atteindre, seulement une progression abstraite, un chiffre qui monte, indépendamment de toute réussite réelle. Perdre est possible, mais assez rare sauf à le provoquer, presque accidentel, comme si le système préférait conserver le joueur à l’intérieur plutôt que de le sanctionner.

    Le rythme s’installe, répétitif, hypnotique, proche des architectures anciennes du jeu vidéo, mais vidé de leur logique de défi. Ici, on ne gagne pas, on prolonge. Une montée sonore continue comme une boucle de Shepard accompagne cette sensation, tension permanente qui ne se résout jamais, une ascension perceptive sans sommet, qui maintient le corps et l’attention dans un état intermédiaire, ni satisfaction, ni frustration totale.

    Vibecodé, produit rapidement, presque sans recul, le jeu conserve les traces de cette fabrication accélérée, lignes imparfaites, proportions instables, répétitions visibles. Cette économie de moyens n’est pas un manque, elle devient un langage, celui d’un secteur saturé, qui produit des boucles plus vite qu’il ne produit du sens. Le labyrinthe n’est pas un décor, c’est une structure mentale, une machine à capter, à retenir, à faire circuler. Chaque action du joueur confirme son appartenance au système, chaque tentative de contrôle renforce l’architecture qui l’englobe. On ne cherche plus à sortir, on apprend à rester, à optimiser sa présence, à accompagner le flux, dans un espace où tout semble ouvert, mais où rien ne s’échappe.

  • You’ve done a Great Job

    Desktop x Desk x Computeur x Mouse x Chair x Keyboard

    La vidéo explore le poste de travail comme un écosystème clos, où le corps et la matière s’altèrent silencieusement sous l’effet de la répétition, de la sédentarité et de l’immobilité productive. La vidéo plonge au microscope dans les matériaux du quotidien, clavier, souris, bois, textile, écran, papier, pour révéler une archéologie invisible faite de poussières, de peaux mortes, de graisses, de miettes et de fibres tassées. La patine de la souris et celle du bureau ne relèvent pas seulement de l’usage, mais de l’usure du temps, comme si les gestes répétés gravaient peu à peu leur fatigue dans la matière. Le cache de la webcam, la lentille, les pixels filmés de très près, les interfaces et les signes techniques composent un environnement de travail à la fois banal, intrusif et saturé. La souris, avec sa LED, n’observe pas, mais pulse comme un signal artificiel, une présence lumineuse minimale, presque organique, au cœur de cet espace apparemment inerte. Les mains apparaissent, avec leurs poils, leur peau, leur contact direct avec la surface, dans une proximité presque trop forte avec la machine. Les yeux se dessèchent, la sécheresse oculaire s’installe, les canaux deviennent injectés de sang, et le corps laisse affleurer les symptômes discrets d’un usage prolongé de l’ordinateur. Le pantalon frotte le fauteuil, les fibres du siège se compriment, se plient, se déforment, gardant la mémoire d’une présence assise trop longtemps reconduite. Le parquet, le bois, la souris, le siège, tout montre la répétition, l’érosion, la pression d’un quotidien de travail qui use autant les objets que celui qui les habite. La bande-son repose sur une boucle volontairement répétitive, lancement de visio, glissement de la souris, clics, clavier, bugs de l’ordinateur, siège qui roule, siège qui craque, jusqu’à produire une mécanique sonore du travail contemporain. Cette répétition ne décrit pas seulement une ambiance, elle donne à entendre une condition, celle d’un corps rivé à son poste, soumis à des micro-gestes incessants et à une inactivité générale qui favorise les troubles musculosquelettiques, la fatigue, les douleurs, et parfois des atteintes durables de la santé. Le film montre ainsi moins l’activité que son envers, une forme d’occupation fixe, sédentaire, intensément connectée, mais physiquement appauvrie. Le corps n’est presque jamais montré comme un tout, il apparaît par fragments, par contacts, par traces, par altérations. Le bureau devient alors une surface d’enregistrement, un lieu de dépôt, d’écrasement et de transfert entre la chair, la machine et les matériaux. Ce qui semblait neutre, fonctionnel, presque invisible, se révèle chargé de contraintes, d’épuisement et d’indices biologiques. À mesure que l’image avance, le poste de travail cesse d’être un simple outil, il devient le décor microscopique d’une usure contemporaine. Et le film s’achève sur le tracé de l’encre sur le papier, geste physique, fragile, ralenti, presque archaïque, qui réintroduit une résistance matérielle dans un univers dominé par le clic, le pixel et la répétition.

  • Unboxed

    Cardboard x Microscope x Delivery noises x Inks x e-commerce

    Filmé à l’échelle microscopique, le carton de livraison devient un territoire dense, traversé de fibres, d’encres, de colles et de strates recyclées, les codes-barres, les étiquettes, les fils d’ouverture et les surfaces abrasées ne sont plus des détails mais des structures, la matière s’organise en paysage, presque en cartographie, où chaque fragment révèle une chaîne industrielle comprimée dans quelques millimètres. À cette matière répond une autre surface, celle de l’écran, pixels, surbrillance, bouton d’achat, navigation rapide, gestes répétés, le flux numérique n’est pas montré frontalement mais affleure, perceptible dans la granularité de l’image et dans le rythme, le passage du digital au physique n’est pas une transition, c’est une continuité, le carton prolonge l’interface. La bande sonore installe une présence sans visage, bruits de pas, gestes domestiques, sonnette, manipulations, l’acheteur est là, sans être vu, le livreur aussi, réduit à des traces sonores, à des impacts, à des déplacements suggérés, aucun corps n’apparaît, mais tout agit, le système fonctionne sans représentation directe de ceux qu’il mobilise. Les sons se répètent, se dédoublent, se répondent en boucle, claquements, frottements, déchirures, scans implicites, la structure sonore devient mécanique, une répétition qui évoque la cadence, l’automatisation, l’absence de pause, l’ensemble produit une tension sourde, presque organique. Le carton traverse plusieurs états sans narration explicite, production, circulation, réception, ouverture puis dégradation, déchiré, compressé, jeté, ce moment n’est pas une fin mais un point de passage, derrière lui une accumulation invisible, des milliards de cartons produits, transportés, consommés, éliminés, une empreinte écologique massive, diffuse, silencieuse. La matière garde la trace de cette violence douce, chaque fibre, chaque résidu d’encre, chaque couche collée contient une mémoire logistique et énergétique, le geste d’achat rendu instantané externalise ses conséquences dans des chaînes éloignées, invisibles, fragmentées. L’image n’explique pas, elle expose, elle rapproche l’infime et le systémique, elle montre comment un objet banal concentre une infrastructure globale, et comment cette infrastructure s’inscrit jusque dans la texture même des choses.

  • Homo Cubile

    Dopamine shots x Laziness Economy x Couch

    Dans Homo Cubile, un corps assis sur un canapé devient le centre silencieux d’un dispositif beaucoup plus vaste. Le geste est simple, presque banal, le pouce qui scrolle, l’œil qui attend, l’écran qui promet la prochaine stimulation. Les likes apparaissent, les notifications surgissent, les contenus se succèdent. Chaque interaction agit comme une micro-récompense chimique, une brève décharge de dopamine qui relance l’attention et incite à recommencer. Très vite s’installe un ascenseur émotionnel parfaitement réglé. L’excitation d’un contenu, la validation d’un like, puis la frustration, parfois la colère, souvent une forme de fatigue diffuse. L’utilisateur oscille entre ces états, pris dans une mécanique où l’émotion devient le véritable carburant du système. Le corps, lui, reste immobile. L’agitation se déplace à l’intérieur. Cette fatigue émotionnelle n’est pas un dysfonctionnement, elle participe au contraire à la logique même de l’économie de l’attention. Plus l’utilisateur est stimulé, plus il reste. Plus il reste, plus son attention devient exploitable. Le canapé cesse alors d’être un simple meuble domestique pour devenir une infrastructure économique. Depuis ce point fixe, l’utilisateur peut regarder, binge-watcher, commenter, réagir, acheter, se faire livrer. Tout converge vers cette immobilité organisée. Le monde ne se parcourt plus, il se consomme depuis un point unique. Dans cette transformation lente apparaît une nouvelle figure humaine. Ni totalement active, ni totalement passive, mais installée durablement dans une position de réception permanente. Homo Cubile incarne cette mutation. Un individu allongé au cœur d’une machine invisible qui capte son attention, stimule sa chimie intérieure et transforme chaque émotion en valeur économique.

    Prolonger l’analyse avec L’essai : Nous, les Automates : la fabrique de l’homo cubile (2026, 324 p.)

  • So Cute

    Eye x Breathe x Eat x Button x Skin x Hair x Tooth x Selfie

    Cette image est un autoportrait de l’artiste poussé à l’extrême. Un selfie disséqué par le zoom, fragmenté par le microscope, jusqu’à transformer un visage en territoire abstrait fait de pores, de poils, de muqueuses, de dents et d’iris. Chaque carré montre un fragment banal du corps humain mais agrandi à un niveau où la beauté disparaît au profit de la matière brute. La peau devient relief, l’œil devient paysage, la bouche devient surface organique. Pourtant cette réalité initiale, triviale et imparfaite, n’est pas celle que voit le regardeur. L’image a été esthétisée, colorée, adoucie, lissée comme le font les filtres d’Instagram ou de TikTok pour rendre le réel acceptable et séduisant. Les imperfections disparaissent, les textures deviennent presque décoratives, les fragments biologiques prennent l’apparence de motifs abstraits. Le spectateur ignore ce qui a été retiré, nettoyé, corrigé. Dans la version originale subsistent pourtant la salive, les impuretés, les micro-déchets du corps, les traces de fatigue et d’âge. Cette image interroge ainsi le selfie permanent et la fabrication industrielle de la beauté. Elle rappelle que les réseaux sociaux prolongent la logique des magazines d’autrefois, diffusant des visages filtrés, des peaux irréelles et des modèles esthétiques presque impossibles. En fragmentant le visage jusqu’à l’échelle microscopique, l’image force à regarder derrière la surface. Elle révèle la distance entre ce que nous sommes et ce que les plateformes exigent de montrer. Sous les filtres, sous les pixels, persiste simplement la matière humaine, fragile, imparfaite, et pourtant bien plus réelle que l’image que nous diffusons.

  • Human Inside

    voir la série

    voir la série

    Human x Robots x Feelings

    Cette série met en scène une bascule progressive du rapport entre l’humain et la machine. Au départ, le robot apparaît comme une extension utile du monde humain, un assistant domestique, un compagnon capable d’apprendre et de reproduire certains gestes simples du quotidien. L’humain le nourrit de données, l’entraîne, le répare, le guide. La relation semble encore équilibrée. Mais très vite, le centre de gravité se déplace. La machine devient plus autonome, plus performante, plus efficace que celui qui l’a conçue. L’humain s’efface peu à peu, réduit à des fragments de présence, parfois seulement une main, un geste, un reste de trace. Les robots, eux, occupent l’espace. Ils s’organisent, apprennent, se reproduisent symboliquement. Ils rejouent aussi les grandes images de la culture humaine. Les émotions, les mythes et les chefs-d’œuvre de l’histoire de l’art sont progressivement réinterprétés par ces figures mécaniques. Le Cri, La Jeune fille à la perle, La création d’Adam ou La liberté guidant le peuple deviennent ainsi des scènes robotisées, comme si la mémoire culturelle survivait mais avait changé d’espèce. La série décrit un processus silencieux : celui de l’automatisation diffuse de nos vies et de la délégation progressive de nos gestes, de nos décisions et même de nos émotions aux systèmes techniques. Ce déplacement n’est pas brutal, il est lent, banal, presque confortable. Jusqu’au moment où l’humain n’est plus nécessaire. Dans les dernières scènes, il disparaît presque complètement du monde représenté. Il ne réapparaît qu’à la fin, dans une position inversée, observé comme une curiosité, relégué à l’état d’objet ou de vestige. Cette fiction minimaliste interroge l’une des grandes tensions de notre époque : notre fascination pour les technologies que nous développons et la possibilité qu’elles finissent par redéfinir notre place dans le monde. Elle s’inscrit dans la réflexion plus large du projet Clear Shadows sur l’automatisation silencieuse de nos existences, la manipulation numérique et les transformations profondes que ces systèmes imposent à nos sociétés et à nos corps .

  • Bagatelle

    Flowers x Trees x Spring x Water x La Défense x Flood

    Un îlot surgit dans une eau calme. Un fragment de jardin isolé, presque détaché du monde, comme une parcelle de terre prélevée et déposée dans une coupe transparente.

    Tout provient de Bagatelle. Arbres, herbes, graines, fleurs, fruits. Un condensé de biodiversité rassemblé dans un espace minuscule. Dans ce parc vivent plus de quinze mille espèces végétales. Ici, elles semblent regroupées comme si la diversité entière devait tenir sur ce morceau de terre.

    Les formes deviennent étranges. Un arbre porte des sphères brunes suspendues comme des constellations figées. Un autre apparaît nu, presque fossile. Autour d’eux surgissent des plantes aux couleurs vives, aux textures épaisses, presque irréelles. Pourtant elles existent réellement dans ce jardin. Rien n’est inventé. La nature est simplement observée, déplacée, recomposée.

    Les proportions vacillent. Les fleurs deviennent plus grandes que les arbres. Les herbes dominent le paysage. Le regard perd ses repères habituels. Comme si l’ordre végétal avait été légèrement déplacé, modifié, transformé.

    Sous la surface apparaît l’eau. Elle entoure l’îlot, ronge ses bords, submerge les racines. Elle évoque les pluies qui ruissellent désormais sur les surfaces imperméables des villes. L’eau ne pénètre plus la terre. Elle circule, s’accumule, déborde, finit par engloutir.

    Ce morceau de nature ressemble alors à une réserve fragile. Une biodiversité conservée, presque comme un herbier vivant, maintenue dans un équilibre précaire.

    L’horizon de la ville, lui, a été retiré du champ. Il existe pourtant. Hors image. Comme une présence silencieuse qui continue d’avancer.

    La nature n’a pas disparu. Elle se transforme. Elle s’adapte, se déforme, persiste dans des formes parfois inattendues. Les plantes deviennent étranges non parce qu’elles changent d’essence, mais parce que le monde autour d’elles change plus vite qu’elles.

  • Fake True People

    AI images x Removed senses x Provence Sky x Engraving

    Vingt-huit visages apparaissent dans une lumière bleutée, suspendus dans un espace incertain. Ils émergent d’un fond diffus qui évoque un ciel artificiel, une brume numérique ou un champ de données. Les contours sont fragiles, presque dissous. Chaque visage semble flotter entre apparition et disparition, comme une présence instable.

    Ces visages ne correspondent à aucune personne réelle. Ils ont été générés par un système d’intelligence artificielle antérieur à l’ère actuelle des grands modèles conversationnels. Ce programme produisait des portraits humains plausibles à partir d’immenses bases d’images. Chaque visage résultait d’un calcul statistique, d’une recomposition de fragments visuels, d’une moyenne probabiliste de l’humanité.

    Aucun de ces individus n’a vécu. Ils n’ont ni passé, ni mémoire, ni corps. Pourtant leur présence est crédible. Ils pourraient être des voisins, des passants, des inconnus croisés dans une rue. Cette familiarité troublante constitue le cœur du dispositif. L’image humaine cesse d’être la trace d’une existence pour devenir une forme reproductible, générée par des algorithmes.

    À partir de ces portraits artificiels, un geste matériel intervient. Les visages sont gravés physiquement dans une plaque de plexiglas. La surface transparente est entaillée, rayée, creusée. La gravure agit comme une incision dans la matière. Elle transforme une image numérique immatérielle en trace physique, en cicatrice lumineuse.

    Chaque ligne est une perte de matière. Chaque contour résulte d’un retrait, d’une absence. Les visages apparaissent donc non pas par addition de traits mais par soustraction. Ils existent uniquement par les blessures inscrites dans la surface transparente.

    Dans cette version, les visages ont été volontairement privés de tous leurs sens. Les yeux disparaissent, les oreilles sont absentes, les bouches s’effacent. Aucune ouverture vers l’extérieur ne subsiste. Aucun regard, aucune écoute, aucune parole.

    Ces figures deviennent alors des entités closes. Elles ne perçoivent rien et ne peuvent rien exprimer. Elles sont enfermées dans leur propre surface, réduites à une pure apparence.

    La plaque gravée est ensuite éclairée par une lumière LED bleue. Cette lumière traverse les incisions et révèle les silhouettes. Les visages semblent flotter dans l’espace, comme des spectres. La lumière froide accentue leur dimension artificielle et les détache de toute matérialité humaine.

    La photographie capture ce moment précis où la gravure, la lumière et l’air produisent l’image. Les figures apparaissent comme des fantômes numériques suspendus dans un ciel translucide. Certaines sont nettes, d’autres se dissolvent dans la diffusion lumineuse. Leur présence devient presque atmosphérique.

    L’ensemble forme une étrange assemblée silencieuse. Vingt-huit visages plausibles, reconnaissables, mais totalement vides d’existence. Une population d’individus générés, crédibles mais impossibles.

    L’œuvre interroge la mutation profonde de la représentation humaine à l’ère algorithmique. Si une machine peut produire des visages convaincants sans qu’aucune personne ne leur corresponde, alors le visage cesse d’être une preuve d’identité. Il devient une structure visuelle calculable.

    Ces figures ressemblent à l’humanité.

    Mais aucune humanité ne les habite.

    Photo + Gravure sur Plexiglass – 30 x 40

  • Flooded

    Microplastics x Food x Delivery boxes x Carpet x Camelia x Wood dust

    Flooded met en scène une ligne fragile entre deux mondes, celui qui respire encore et celui que nous fabriquons sans le voir. À la surface de l’eau, des pistils de camélia de mon jardin se dressent avec une obstination silencieuse, porteurs d’un élan vital intact, presque candide. Autour d’eux s’entrelacent des végétaux réels, des filaments encore verts, promesse de croissance, de lumière, d’enracinement. Mais cette poussée vers le haut est déjà menacée. L’eau monte, envahit, suspend les tiges dans une transparence trompeuse. Sous la surface affleurent d’autres matières, moins avouables : poussières textiles arrachées à la machine à laver, microfibres issues du tapis plastifié, particules synthétiques déposées sur les meubles, résidus domestiques devenus pollution microscopique. Le foyer déborde dans le jardin. Le plastique se mêle aux fibres naturelles au point de les singer, de les imiter presque parfaitement. Dans cette confusion, la nature ne disparaît pas brutalement : elle est lentement submergée, saturée, hybridée. À l’horizon, un soleil aux allures de vue microscopique rayonne encore, cellule géante ou organisme flottant, rappel d’une énergie première qui persiste. Flooded confronte ainsi deux forces contradictoires : la vitalité obstinée des pistils qui ne demandent qu’à pousser, et l’environnement plastique qui colonise, infiltre, étouffe. L’eau n’est plus seulement source de vie, elle devient vecteur de dispersion, de propagation invisible. Ce paysage semble paisible, presque esthétique, pourtant il raconte une lente noyade : celle d’un vivant envahi par nos déchets minuscules, celle d’une nature qui continue de croître alors même que nous la saturons de nos traces.

  • Delivered

    Delivery boxes materials x Microscope

    Vue au microscope, la scène ne raconte rien de ce qu’elle montre d’abord. Ce ne sont ni une tige qui pousse, ni des ciseaux ouverts, ni un œuf de Pâques abandonné dans l’herbe. Ce sont des fragments de carton de livraison. Du banal. Du jetable. Du quotidien.

    À gauche, une masse noire, presque architecturale, se dresse comme une tour découpée dans l’ombre. C’est la tranche du carton, écrasée, comprimée, révélée par l’agrandissement. Sa verticalité devient monument. Elle semble solide, presque sacrée, alors qu’elle n’est qu’emballage promis à l’oubli.

    Au centre, un cercle gris, dense, granuleux. Le QR code, dissous dans la matière. Non plus lisible, non plus scannable. Simple trame mécanique, poussière d’encre et de fibres. Le signe de traçabilité, de contrôle logistique, réduit à une peau rugueuse. La promesse d’efficacité devenue texture.

    À droite, les fibres tissées du papier ancré s’étirent en rouge. L’encre a pénétré la chair végétale. Elle circule comme un système vasculaire, fragile, éclaté, presque organique. On croit voir une croissance, une blessure, une racine sanguine. Mais ce n’est qu’un marquage industriel, une trace d’impression, une donnée injectée dans la cellulose.

    Delivered renverse le récit. Ce qui semblait vivant est logistique. Ce qui semblait naturel est industriel. La livraison, geste invisible et quotidien, laisse derrière elle une cartographie microscopique de flux, de contrôle et de matière exploitée.

    Le carton, le code, les fibres. Trois strates d’un même système.
    Un monde qui circule, s’emballe, se trace, puis s’abandonne.

  • All will be white

    Color disparition x Time x Shrinking x Marketing goal x Color book

    Cette image présente une cartographie chromatique du siècle, un relevé silencieux de l’évolution des couleurs dominantes depuis les années 1920 dans les espaces intérieurs et extérieurs. Rangées en grille, les teintes semblent d’abord nombreuses, presque variées. Pourtant, à mesure que l’œil circule, une autre réalité apparaît. Les couleurs vives s’espacent, s’éteignent, se diluent dans des gammes sourdes, pastel, grèges, taupes, gris, beiges. La saturation recule. L’intensité s’adoucit. Le monde se neutralise. All is white ne montre pas le blanc de manière frontale. Il montre son avancée progressive. Le blanc comme horizon, comme norme implicite, comme idéal de neutralité. Il ne s’agit pas d’une disparition brutale des couleurs, mais d’un phénomène de shrinking chromatique. Une réduction lente du spectre visible dans l’environnement quotidien, qu’il s’agisse des façades, des habitacles, des objets domestiques ou des véhicules. Les statistiques industrielles le confirment année après année, le blanc, le noir et le gris dominent très largement les ventes automobiles mondiales, reléguant les rouges, verts ou bleus vifs à des parts marginales. La grille évoque un nuancier, un outil de design ou de marketing. Elle rappelle que la couleur n’est pas qu’esthétique, elle est stratégique. Même si chaque saison annonce une teinte « tendance », ces éclats restent périphériques. Le socle demeure universel, consensuel, compatible avec la revente, l’optimisation, la standardisation. La neutralité devient valeur refuge. La couleur se conforme aux logiques de la société de consommation, elle rassure, elle uniformise, elle évite le risque. L’image interroge ainsi le lien entre homogénéisation visuelle et homogénéisation sociale. Le suivi de patterns, la répétition des palettes, la domination des tons neutres traduisent une recherche d’acceptabilité maximale. Ce qui plaît à tous finit par effacer les singularités. La modernité, autrefois éclatante, se replie vers des surfaces blanches, lisses, interchangeables. All is white n’est pas une célébration du minimalisme. C’est un constat froid. Derrière l’apparente douceur des teintes se lit une standardisation profonde, presque algorithmique, du goût collectif. La couleur ne disparaît pas totalement, elle est absorbée, disciplinée, rendue compatible avec un marché globalisé. À force de vouloir plaire au plus grand nombre, le monde se rapproche d’un blanc généralisé, non pas absence de couleur, mais synthèse consensuelle de toutes les concessions.

  • Sins

    Deadly Sins x Flashy Pink x Couch x Invisible man x Tech Nech

    Sur des fonds saturés, presque agressifs, un homme se tient seul. Il ne regarde personne. Il se replie, se cambre, s’affaisse. Son cou se casse vers l’avant, déformé par l’écran invisible qu’il consulte sans cesse. Le corps devient symptôme. Le tech neck remplace la colonne vertébrale morale. Les péchés capitaux ne sont plus théologiques. Ils sont optimisés. L’orgueil devient mise en scène permanente de soi. L’envie devient comparaison algorithmique. La colère se déploie en commentaires. La luxure se consomme en flux infini. La gourmandise est une boulimie de notifications. L’avarice se mesure en données accumulées. La paresse prend la forme d’un canapé creusé, d’un coussin enfoncé, d’une empreinte laissée par un corps trop longtemps immobile. Dans certaines images, l’homme est encore là. Dans d’autres, il se réduit. Silhouette minuscule dans un espace trop vaste. Puis il disparaît presque entièrement. Il ne reste qu’une ombre. Une trace noire sur un fond uniforme. Cette ombre n’est pas une absence accidentelle. Elle est le résultat d’un choix collectif. L’homme a voulu l’automatisation, la fluidité, la délégation permanente. Il a confié ses désirs aux plateformes, ses décisions aux algorithmes, ses relations aux interfaces. Chaque service promettait un confort. Chaque automatisation supprimait un effort. Chaque optimisation renforçait un penchant. Les péchés ne sont plus combattus. Ils sont industrialisés. Sins montre un corps qui se retire du monde réel au profit d’un monde calculé. Le canapé devient territoire. Le coussin, preuve matérielle d’une présence excessive et d’une absence simultanée. Être là physiquement, ne plus être là symboliquement. L’homme s’efface à mesure qu’il externalise sa volonté. Il disparaît à force de vouloir tout simplifier. Il s’ombre lui-même. La série ne représente pas une fin brutale. Elle montre une évaporation lente. Un effacement progressif orchestré par celui qui en est la première cause. Dans ce théâtre monochrome, la figure humaine n’est plus héroïque. Elle est variable d’ajustement. Elle s’effondre sous le poids de ses propres désirs amplifiés. Sins n’accuse pas une machine autonome. Elle pointe une responsabilité diffuse. L’homme ne disparaît pas parce qu’il est dominé. Il disparaît parce qu’il consent.

  • End of the game?

    Steel factory x earth view x smoke x water x Lego

    Vue du ciel, l’image compose un plateau parfaitement quadrillé, presque abstrait. À gauche, des entrepôts bleus rangés comme des briques de Lego, ludiques, plastiques, rassurantes. À droite, la masse sombre d’une des plus grandes usines d’acier au monde, ses tours à charbon, ses cheminées, ses fumées blanches malgré les efforts annoncés pour limiter les émissions. L’eau longe le site, ressource captée, utilisée, transformée. Deux pollutions coexistent sans se confondre, celle du plastique diffus et celle du charbon brûlé, lourde et atmosphérique. La vue aérienne rend l’ensemble presque esthétique, maîtrisé, comme si la destruction pouvait être organisée avec méthode. Dans ce décor qui ressemble à un jeu de construction géant, la satisfaction immédiate prime sur le collectif. End of the Game? suggère que la partie continue, même lorsque les règles semblent déjà nous échapper.

  • Bride in the clouds

    Bride – Provence sky x brownian motion

    Cette image naît d’une chevelure gravée dans le plexiglass. Les sillons, tracés avec précision, laissent passer la lumière et captent le ciel. La matière transparente devient surface d’inscription et de diffusion. Suspendue devant le bleu de Provence, la figure s’élève et se dissout dans les nuages. La chevelure est réseau. Elle n’est plus attribut, elle est système. Chaque filament évoque une connexion, une notification, un flux continu. Rien n’est stable. Les lignes se frôlent, se croisent, se dispersent. Elles semblent animées d’un mouvement brownien, agitation microscopique, imprévisible, permanente. Une vibration sans centre, sans repos. La mariée n’a pas de visage. Elle n’a pas de corps. Elle est pure propagation. Dissoute dans le cloud, elle devient donnée flottante, identité fragmentée, présence sans incarnation. Le ciel n’est plus paysage, il est infrastructure invisible. Les nuages ne sont plus météorologiques, ils sont stockage, circulation, mémoire externalisée. Le plexiglass agit comme interface. Il sépare et relie. Il laisse voir et filtre. L’image dépend de la lumière réelle, du déplacement du regardeur, des variations du ciel. Rien n’est fixe. L’œuvre vit par interférence avec l’environnement, comme un flux numérique dépend de ses serveurs, de ses algorithmes, de ses réseaux. Bride in the clouds met en tension deux régimes. La pureté supposée de la mariée, symbole de promesse, et l’instabilité incessante des flux sociaux. Sous l’apparente légèreté du ciel provençal, l’agitation ne cesse jamais. Une beauté diffuse, presque éthérée, masque une turbulence continue. Cette image interroge l’automatisation silencieuse de nos existences et la dilution des corps dans des architectures invisibles. Ici, la mariée ne s’unit pas à un autre, elle s’unit au réseau. Elle épouse le mouvement perpétuel.

    Photo 30 x 20

  • The scream of the trees

    Sur une feuille blanche, presque nue, une constellation de points rouges semble flotter dans le vide. Ils sont alignés comme une partition fragile, une portée musicale qui se répète, se décale, s’amenuise. À mesure que l’œil descend, le rythme se raréfie, la phrase s’étiole, puis disparaît dans le silence du papier.

    L’encre n’est pas déposée en surface. Elle s’infiltre. Elle pénètre les entailles invisibles creusées au cutter. Par capillarité, elle suit les sillons, s’y love, s’y disperse comme un liquide vital cherchant sa voie. Le support est blessé avant d’être écrit. Le message naît d’une incision.

    La phrase est encodée en braille. Elle est donc invisible pour les humains , mais lisible en pensée pour ceux qui savent entendre les silences. Il n’y a aucun relief. Aucun braille. Les aveugles pourraient la voir, les voyants ne peuvent que la deviner. L’œuvre renverse les régimes de perception. Elle parle à ceux que l’on n’écoute pas.

    Le texte crypté est la voix d’un arbre qui supplie qu’on ne le coupe pas. Il énumère, dans un langage réduit à des impulsions, tout ce qu’il offre sans bruit. L’absorption du CO₂, la respiration qu’il restitue, la rétention des eaux, l’ombre, la fraîcheur, l’ancrage des sols, la lenteur du temps. Il rappelle qu’il est infrastructure invisible du vivant.

    Face à cela, l’homme avance aveuglément. Il tranche. Il déboise. Il nie ce qui le maintient en vie. La répétition des points rouges devient une petite musique entêtante, presque mécanique, comme un battement cardiaque qui s’affaiblit. La portée ne va pas jusqu’au bout. Elle se dissout avant la fin.

    Ce qui reste est une trace. Une respiration interrompue. Un message que personne ne lit.

  • Gear I

    Gear x Blood x cell

    Les engrenages apparaissent disjoints, dispersés, comme si le mécanisme avait perdu son axe. Ils ne s’imbriquent plus, ils flottent, rappelant davantage des cellules que des pièces industrielles. Le corps devient système, fragmenté, morcelé, observé à une échelle presque organique. Chaque forme évoque une unité vivante isolée, autonome en apparence, mais privée de relation fonctionnelle avec l’ensemble.

    Les taches colorées évoquent des saignements de nez, non pas réalistes mais transposés, filtrés, esthétisés. Le sang n’est plus rouge, il devient signal, donnée, émotion chromatique. Il circule sans blessure visible, comme une fatigue interne, un trop-plein invisible. Le corps saigne sans choc, comme nos esprits saturent sans impact immédiat.

    Les bulles éclatées rappellent celles que l’on lance, que l’on partage, que l’on consomme dans les réseaux. Elles promettent une légèreté, une vie merveilleuse, mais finissent toujours par imploser. L’éclatement est silencieux, sans drame, presque normalisé. Il ne reste que des traces, des auréoles, des résidus colorés sur un fond neutre, clinique.

    L’ensemble compose une anatomie contemporaine, ni totalement humaine ni totalement mécanique. Un corps soumis à des micro-pressions continues, enfermé dans des bulles successives, convaincu de sa liberté alors qu’il ne fait que circuler d’un espace clos à un autre. L’œuvre ne montre pas la violence frontale, mais l’usure lente, la désorganisation douce, la perte de cohérence d’un corps devenu réseau.

    Ink on paper 100 x 40

    Gear II

    Ink on paper 40×60

  • The Cavern

    Projection x blue screen x couch economy x cavern myth

    Un corps assis.
    Un canapé réduit à sa fonction minimale.
    Un écran, face à lui.

    La lumière ne vient pas de l’image. Elle vient d’ailleurs. Invisible, directive, elle projette sans éclairer. Ce qui apparaît sur l’écran n’est pas une représentation fidèle, mais une ombre recomposée, légèrement décalée, déjà séparée de celui qui la produit. Un infime glissement suffit à installer le trouble.

    L’homme ne regarde rien d’extérieur.
    Il assiste à sa propre projection.

    Le corps est lisse, anonyme, sans signes distinctifs. Ni visage, ni regard identifiable. L’individu est là, présent physiquement, mais absent à lui-même. Il ne fait plus face au monde, il fait face à un système qui le lui renvoie sous une forme simplifiée, stabilisée, contrôlée.

    Le canapé n’est pas un objet de repos. C’est un dispositif d’arrêt. Il accueille le corps pour mieux le fixer, pour installer la durée, pour rendre l’immobilité acceptable. Le confort devient une condition de la passivité.

    L’écran ne raconte rien. Il confirme. Il boucle. Il renvoie l’individu à une version de lui-même déjà traitée, déjà normalisée. L’image ne ment pas, elle réduit.

    La scène évoque une caverne sans murs, sans chaînes, sans contrainte visible. Une caverne domestique, douce, volontaire. Ici, l’ombre n’est pas imposée, elle est préférée. Elle rassure. Elle évite la confrontation. Elle protège du réel.

    L’œuvre parle d’un basculement silencieux.
    Celui d’un monde où l’on ne regarde plus ce qui est, mais ce que le système accepte de projeter de nous.
    Une existence vécue par procuration, assise, stable, optimisée.

  • Full Moon Party

    Moon dark side x Attraction x Craters x Holes x Circles x Smoke

    Elle ne produit rien, elle renvoie. Elle éblouit. Elle attire. Comme l’écran que l’on fixe sans y penser. La lumière passe à travers les perforations du papier, agit comme un révélateur. Le dessin n’est pas déposé dessus, mais creusé dedans, vidé, révélé par ce qui disparaît. L’astre existe par des manques. On n’en voit qu’une face, l’autre reste dissimulée. Comme dans la réalité, la face cachée n’est dévoilée qu’avec de la technologie, tardivement, grâce aux instruments et à la science.

    L’astre agit sur les corps. À distance, il déplace les marées, règle des cycles, dérange les nuits, nourrit des légendes, métamorphose. Il est une force discrète mais constante, dont l’influence traverse l’espace.

    Le geste est répété, percée après percée, jusqu’à l’automatisme. La respiration est mécanique. Les impacts s’accumulent, s’organisent, se troublent. Ils forment des cratères, nets ou diffus. De loin, la surface semble lisse. De près, elle devient un relevé de chocs, une cartographie de cicatrices. Une peau marquée. La surface est paysage, épiderme marqué, matière sensible, traces, empreintes, ombres.

    Chaque trou est un minuscule déplacement, une pression, un impact muet.

    Présence lointaine qui modèle en silence. Attraction permanente, réfléchie, passive. Lumière que l’on regarde trop longtemps sans s’en rendre compte. 

    La Full Moon Party est ici vidée de son folklore. La fête n’est plus un moment d’excès collectif, mais une surface surexposée, blanchie par la lumière, saturée jusqu’à l’épuisement. Ce qui reste après la nuit, ce ne sont pas les corps, ni la musique, mais des traces, des impacts, des manques. La célébration s’est dissoute dans sa propre intensité. La fête est finie, il ne subsiste qu’un sol criblé, une lune cratérisée, témoin muet d’une attraction consommée jusqu’à l’usure. L’œuvre montre l’après, quand l’éblouissement retombe et que l’on découvre, dans le silence, les marques laissées par une fascination prolongée.

    50*70 – gravure – Led

  • Tadam

    Blood x Gears x Social Noise x Tear Drops

    Ink on paper 60 x 40 cm

    Cette composition se déploie comme une constellation fragmentée de taches rouges, évoquant à la fois des éclaboussures de sang, des micro-engrenages défectueux et des larmes isolées. Le fond d’un blanc éclatant amplifie la violence silencieuse de chaque trace, telle une surface clinique troublée par un traumatisme invisible. L’œuvre oscille entre l’organique et le mécanique, entre la blessure intime et le dérèglement collectif. Chaque point semble à la fois accidentel et programmé, renvoyant à un système où émotion, données et altération se fondent sans distinction. D’une esthétique minimale mais d’une densité conceptuelle marquée, la pièce interroge les seuils du contrôle et de l’effondrement dans un monde gouverné par un code invisible.

    This composition unfolds as a fragmented constellation of red stains, evoking at once blood splatters, malfunctioning micro-gears, and isolated teardrops. The stark white background amplifies the silent violence of each mark, like a clinical surface disrupted by unseen trauma. The work oscillates between the organic and the mechanical, the intimate wound and collective disturbance. Each dot feels both accidental and programmed, pointing to a system where emotion, data, and damage are indistinguishably merged. Aesthetically minimal, conceptually dense, the piece questions the thresholds of control and collapse in a world governed by invisible code.

  • Go Away

    Brownian motion x phone notifications x Intruder

    Video

    Dans un cadre sombre, presque étouffant, des éclats blancs et des pulsations violettes dérivent de façon erratique — de minuscules lumières sans direction, rebondissant en boucle dans une agitation brownienne. Mais ce ne sont pas des particules de poussière : ce sont des métaphores de notifications mobiles, surgissant sans fin, se heurtant, interrompant.

    Ce chaos lumineux gravite autour d’un vide croissant — une bouche, une plaie, un seuil — d’où semble résonner en silence un seul mot : « Va-t’en. »

    Go Away explore les micro-intrusions permanentes du monde connecté : des notifications comme parasites numériques, conçues pour fracturer l’attention et ancrer la dépendance. Leur mouvement est imprévisible, mais constant — comme des pensées non sollicitées, ou comme quelqu’un qui frapperait à l’intérieur du crâne.

    L’œuvre ne se clôt pas.
    L’intrus est déjà là.
    Et le cerveau ne sait plus ce qu’il a laissé entrer, ni ce qu’il voulait repousser.

    In a dim, almost claustrophobic frame, white flickers and purple pulses drift erratically across the screen—tiny, directionless lights bouncing in a loop of Brownian agitation. But these aren’t dust particles: they’re metaphors for mobile notifications, endlessly appearing, colliding, interrupting.

    The luminous chaos centers around a growing void—a mouth, a wound, a threshold—from which one word seems to echo silently: “Go Away.”

    Go Away explores the constant micro-intrusions of the connected world: notifications as digital parasites, designed to fracture attention and anchor dependency. Their motion is unpredictable, yet permanent—like thoughts we didn’t invite, or like someone knocking on your skull from the inside.

    The piece ends unresolved.
    The intruder is already inside.
    And the brain no longer knows what it asked to stay, or leave.

  • The forest

    Ink on paper 30 x 20 cm

    Un enchevêtrement de racines, vrilles, dendrites et structures cellulaires s’étend sur la page — à la fois réseau neuronal, vestige végétal et ruine topographique. La composition refuse tout point focal, obligeant le regard à errer, comme à travers le fantôme d’une forêt ou d’un système d’exploitation oublié, encore traversé de données perdues.

    Cette pièce évoque l’architecture de la mémoire, comme saisie au moment où elle commence à se dissoudre — neurones qui se fracturent, racines qui se rétractent, systèmes qui se désagrègent en motifs épars. Elle semble vivante, mais à peine. Un mycélium post-biologique, ou l’ultime écho d’une carte cognitive dessinée à la main avant que l’introspection ne soit remplacée par l’apprentissage machine.

    A tangle of roots, tendrils, dendrites, and cellular structures spreads across the page—part neural network, part vegetal relic, part topographic ruin. The composition resists a focal point, demanding the viewer to wander through it, like through the ghost of a forest or a forgotten operating system still pulsing faintly with lost data.

    This piece evokes the architecture of memory, as if captured in the moment it begins to dissolve—neurons fracturing, roots retracting, systems breaking down into scattered patterns. It feels alive, but barely. A post-biological mycelium, or the last echo of a cognitive map drawn by hand before machine learning replaced introspection.

  • Pirates attack

    Transparency  x Spike x Flagship x Pirate

    Photo of glass waste sculpture (50 x 60 cm) on my bed

    Cette photographie saisit une sculpture fantomatique composée d’éclats de verre, assemblés telle une frégate spectrale échouée sur une surface douce et domestique. Le jeu entre la translucidité et la netteté évoque à la fois la vulnérabilité et la menace — des formes fragiles dressées comme des voiles menaçantes dans une tempête invisible. Chaque pointe suggère à la fois une arme et un avertissement, comme si l’entropie avait pris le commandement d’un navire jadis fier.

    L’œuvre brouille les frontières entre ruine et rébellion, transparence et opacité, sécurité et intrusion.
    Intrusion radicale d’une élégance violente, elle transforme l’intime en champ de bataille d’une piraterie symbolique.


    This photograph captures a ghostly sculpture made of glass shards, assembled like a spectral flagship run aground on a soft, domestic surface. The interplay of translucence and sharpness evokes both vulnerability and threat—fragile forms rising as menacing sails in an invisible storm. Each spike suggests both a weapon and a warning, as if entropy had taken command of a once-proud vessel. The piece blurs the line between ruin and rebellion, transparency and opacity, safety and incursion. A radical intrusion of violent elegance, it turns the intimate into a battleground of symbolic piracy.

  • supernature

    Real Parrots x Fake background

    Photo stolen behind iron fence 30 x 40 cm

    Deux perroquets fusionnent en une seule forme — miroir, cœur, flamme — perchés avec délicatesse sur une corde tendue, devant une illusion de ciel infini. Leurs têtes, pressées l’une contre l’autre, effacent toute séparation, dessinant une symétrie organique parfaite, qui aurait pu être conçue par une IA si elle n’était pas aussi accidentellement sublime.

    Mais ce n’est pas la nature sauvage. C’est la nature en captivité. Le ciel est un décor peint, la corde est un dispositif, et l’amour se vit sous surveillance, derrière des barreaux de métal. La tension de l’œuvre naît de cette contradiction : les oiseaux sont plus libres dans leur étreinte que nous en tant que spectateurs.

    Supernature évoque la sensation de surprendre un moment qu’on n’était pas censé voir — une faille dans un paradis fabriqué.
    Un habitat manufacturé donne naissance à un acte pur.

    Two parrots fuse into a single form—mirror, heart, flame—perched delicately on a taut rope with the illusion of infinite sky behind them. Their heads, pressed together, erase all separation, forming a perfect organic symmetry that could have been designed by AI if it weren’t so accidentally sublime.

    But this isn’t nature untouched. This is nature in captivity. The sky is a painted backdrop, the rope is engineered, and the love is watched through metal bars. The tension of the piece lies in this contradiction: the birds are more free in their embrace than we are as viewers.

    Supernature evokes the feeling of catching a moment you weren’t supposed to see, like a glitch in a fabricated paradise.
    A manufactured habitat gives rise to a pure act.

  • Persephone

    Half Greek statue from Persephone x No Brain x Jewels x Closed eyes

    Drawing on paper 40 x 30 cm

    Cette apparition pâle de Perséphone n’émerge pas du marbre, mais de l’absence. Rendue visible par une constellation fantomatique de points, la figure flotte à mi-chemin entre la forme et le vide — inachevée, effacée, ou simplement en train de disparaître.

    L’allusion mythologique est explicite : Perséphone, déesse des deux mondes — lumière et souterrain, surface et ombre — est ici suspendue. Mais sa couronne a disparu, remplacée par le néant, son regard est clos, sa tête vide — une critique directe des icônes modernes, vidées de pensée, de conscience, de résistance.

    Les bijoux, encore visibles, brillent avec ironie — symboles de valeur sans identité, de beauté sans voix. Son cerveau manquant n’est pas une absence, mais une extraction — peut-être délibérée. Peut-être une stratégie de survie.

    Perséphone devient ainsi une allégorie du corps passif à l’ère de l’automatisation :
    Élégant, inerte, orné, aveugle.


    This faint apparition of Persephone emerges not from marble, but from absence. Rendered through a ghostly constellation of dots, the figure floats halfway between form and void—unfinished, erased, or simply fading.

    The mythological allusion is clear: Persephone, goddess of dual worlds—light and underworld, surface and shadow—is caught in suspension. But here, her crown is replaced by nothingness, her gaze closed, her head empty—a critique of modern icons stripped of thought, awareness, or resistance.

    The jewels, still visible, mockingly gleam—symbols of value without identity, of beauty without voice. Her missing brain is not a lack, but a removal—perhaps deliberate. Perhaps a survival tactic.

    Persephone becomes a commentary on the passive body in the age of automation:
    Elegant, inert, adorned, blind.

  • Under the sea

    Plastic bags x fishes x dead trees

    Plastic – Wood – Flowers | 70 x 50 x 50 cm

    Cette sculpture, faussement délicate, met en scène un drame écologique silencieux : une branche morte, tordue, évoque un bois flotté immergé ou un corail blanchi, tandis que des fragments de plastique rose vif imitent des poissons ou une flore dérivante. La tension réside dans leur ambiguïté — sont-ils vivants ou déjà des vestiges synthétiques ?

    Ces « créatures » en plastique dérivent sans but, prises dans une chorégraphie de disparition, suspendues dans un océan hors du temps. L’œuvre rend visible la violence poétique de la pollution, suggérant un futur où même la beauté est artificielle, détachée de toute racine.

    Ici, la nature ne renaît plus. Elle est mise en scène. Et lentement, elle s’étouffe.

    This deceptively delicate sculpture stages a silent ecological drama: a twisted dead branch evokes submerged driftwood or bleached coral, while fragments of bright pink plastic mimic fish or floating flora. The tension lies in their ambiguity—are they alive or already synthetic remains? The plastic « creatures » drift aimlessly, caught in a choreography of disappearance, suspended in a timeless ocean. The piece renders visible the poetic violence of pollution, suggesting a future where even beauty is artificial, detached from all roots. Nature here is no longer reborn, only staged, and slowly suffocated.

  • Spider

    Iron – 10 x 20 x 20 cm

    Avec une élégance troublante, cette créature arachnéenne étend ses pattes comme des antennes — prêtes à piéger, ressentir, cartographier. Forgée en fil de fer, sa matière n’est pas un hasard : froide, conductrice, invasive. Elle ne rampe pas sur les murs — elle circule dans le domaine numérique, tissant un réseau qui capture bien plus que des insectes. Elle scanne.

    Cette araignée n’est pas biologique. C’est une métaphore du Web lui-même. Silencieuse, omniprésente, résiliente, elle érige des architectures invisibles où la donnée devient proie. La sculpture évoque la surveillance, le traçage, le ciblage comportemental — et surtout, l’enfermement.

    La forme est légère, mais le sens est lourd.

    La toile est absente

    With unsettling elegance, this arachnid creature extends its legs like antennae—ready to trap, feel, map. Forged from wire, its material is no accident: cold, conductive, invasive. It does not crawl across walls—it crawls across the digital realm, spinning a network that entangles more than insects. It scans.

    This spider is not biological. It’s a metaphor for the Web itself. Silent, omnipresent, and resilient, it builds invisible architectures where data becomes prey. The sculpture references surveillance, tracking, behavioral targeting, and above all, entrapment.

    The form is light, but the meaning is heavy.

  • I ‘m a Unicorn

    Dead tree x Wood x Color Pencil x Trophy Hunting

    Wood – pencil – Iron | 70 x 40 x 30 cm

    Cette sculpture fusionne la solennité d’un trophée de chasse avec la fragilité d’une créature fantasmée. Une branche noueuse de romarin, évoquant des bois, s’élève depuis un tronc incrusté de copeaux de crayons pastel — traces de création, d’érosion et d’épuisement. La naiveté de l’enfant a cessé.

    La licorne, icône de pureté et d’imaginaire, est étrangement absente : ne subsiste que son socle évidé, exposé comme une conquête. Ici, la licorne devient la proie ultime — non des chasseurs d’autrefois, mais des start-ups modernes lancées dans une course effrénée à la disruption.

    C’est la tête trophée du capitalisme de l’innovation, où même le merveilleux doit être dompté, scalé et monétisé.

    This sculptural hybrid merges the solemnity of a hunting trophy with the fragility of a fantasized creature. A gnarled branch, shaped like antlers or a horn, rises from a trunk encrusted with pastel pencil shavings—traces of creation, erosion, and overuse. The unicorn, icon of purity and imagination, is conspicuously absent: what remains is its hollowed pedestal, a relic displayed like a conquest. In this reading, the unicorn becomes the ultimate prey—not of ancient hunters, but of modern start-ups chasing disruption at all costs. It is the prize head mounted by innovation’s self-congratulatory culture, where even the fantastical must be subdued, scaled, and monetized.

  • Puppets

    Gold Love x Iron Puppets x Web trapp x Gafam x Dead Tree shadow

    100 x 50 cm

  • Fake True

    IA generated faces x Removed senses

    Iron sculpture|

    Suspendus dans le silence, ces masques en fil de fer évoquent des visages humains déformés — réceptacles vides, sans oreilles, sans bouche, sans yeux, originalement généré par une IA. Ils flottent tels des fantômes numériques, hantant l’espace par une absence troublante d’identité et de perception. Chaque forme rappelle le bruit génératif de l’intelligence artificielle tentant de simuler l’humain sans jamais en saisir l’essence.

    Ces « visages » ne sont ni vrais ni faux, mais des composites dérangeants, nés d’ensembles d’entraînement et d’abstraction. Leurs sens manquants témoignent d’un monde où la donnée remplace l’expérience, où l’expression devient un écho sans origine. Ou le digital remplace l’humain.

    Le spectateur se retrouve face à un miroir… qui ne reflète plus rien.

    Suspended in silence, these wireframe masks evoke distorted human faces—empty vessels devoid of ears, mouths, or eyes. They float like digital phantoms, haunting the space with an eerie absence of identity and perception. Each form recalls the generative noise of artificial intelligence attempting to simulate the human without ever grasping its essence. These “faces” are neither real nor false, but unsettling composites born from training sets and abstraction. Their missing senses speak to a world where data replaces experience, and expression becomes an echo without origin. The viewer confronts a mirror that does not reflect.

  • City of Lights

    Skyline version

    Manhattan version (glass)

    Plastic Rubish x SkyLine x Shadows

    Plastic sculpture 50 x 100 x 20 cm

    Cette ligne d’horizon n’est pas faite d’acier ni d’ambition, mais de plateaux plastiques de médicaments jetés, soigneusement agencés et éclairés pour imiter la grandeur d’une ville moderne.

    Chaque fragment translucide projette une ombre haute — verticale, stérile, répétitive — formant des tours fantomatiques qui rappellent les silhouettes des quartiers financiers ou des pôles technologiques, ou des tours de serveurs, mais ne sont en réalité que des coquilles vides issues de la surconsommation. La prétendue transparence y est de mise.

    Ce sont des villes nées du déchet, non de la croissance. L’infrastructure même de nos vies — de la santé à l’espoir — se dessine à travers ce que nous jetons, ce que nous oublions, ce que nous surmédicalisons.
    Derrière chaque skyline lumineux se profile une silhouette plus sombre, celle de notre dépendance au bien-être, à la technologie, à la vitesse — le tout enveloppé dans l’illusion du progrès.

    Et si nos villes n’étaient que des distorsions de lumière, construites sur le vide, projetées par nos propres mains ?

    This skyline isn’t built of steel or ambition, but of discarded plastic drug trays, carefully arranged and lit to mimic the grandeur of a modern city.

    Each translucent fragment throws a tall shadow — vertical, sterile, and repetitive — forming ghostly towers that recall the silhouettes of financial districts and tech hubs, but are, in fact, empty shells of overconsumption.

    These are cities born from waste, not growth. The very infrastructure of our lives — from health to hope — is shaped by what we throw away, what we forget, and what we over-medicate.
    Behind every glowing skyline is a darker silhouette, cast by our addiction to well-being, tech, and speed, wrapped in the illusion of progress.
    What if our cities were just light distortions, built on emptiness, projected from our own hands?

  • Addictions

    Mobile x Addiction molecules

    Iron – Wood – Pine balls | 70 x 40 x 40 cm

    Cette sculpture cinétique flotte avec délicatesse dans l’espace, mais son élégance dissimule une vérité brutale : chaque forme géométrique reproduit la structure moléculaire exacte de substances addictives — alcool, cocaïne, nicotine, opioïdes. Suspendue comme un mobile d’enfant, l’œuvre détourne son innocence en incarnant les mécanismes biochimiques de la dépendance.

    L’équilibre est trompeur : un simple mouvement dérègle l’ensemble, rappelant la fragilité du contrôle neurochimique. La lumière projette des ombres emmêlées, prolongeant l’emprise chimique au-delà de l’objet lui-même.

    L’œuvre met en scène l’addiction comme un système, une chorégraphie — silencieuse, belle, et profondément destructrice.

    Une innocence perdue

    This kinetic sculpture floats delicately in space, yet its elegance masks a brutal truth: each geometric shape reproduces the exact molecular structure of addictive substances—alcohol, cocaine, nicotine, opioids. Suspended like a child’s mobile, the piece subverts its innocence by embodying the biochemical mechanisms of dependency. The balance is deceptive: a single movement disrupts the whole, echoing the fragile equilibrium of neurochemical control. Light casts tangled shadows, extending the chemical grip beyond the object itself. The work stages addiction as both system and choreography—silent, beautiful, and deeply destructive.

  • Dopa Screen

    Dopamine synthesis x screen shadows x kids hands x universe x La nuit étoilée

    Photo 30 x 40 cm

    Des dizaines de petites perforations irrégulières illuminent une surface brun poussiéreux, comme une carte céleste. Pourtant, il ne s’agit pas d’une vision du cosmos, mais d’un plan biochimique : le motif reproduit avec exactitude la synthèse moléculaire de la dopamine, ce neurotransmetteur qui régule nos récompenses, nos pulsions, nos dépendances.

    Le carton est tenu par la main d’un enfant — à peine visible, mais essentielle. C’est ce geste qui transforme cette carte de signaux neuronaux en ciel étoilé. Une tension fragile émerge : entre l’innocence du jeu et l’omniprésence du conditionnement comportemental.

    La surface est déchirée, imparfaite. La lumière est artificielle. Mais l’évocation est immense. Il ne s’agit pas simplement d’une molécule représentée. C’est un écran — au sens propre comme au figuré — à travers lequel toute une génération voit, ressent, réagit, clique. Une réflexion poétique mais incisive sur la manière dont les environnements numériques détournent, dès l’enfance, nos circuits neurochimiques les plus primitifs.

    Dozens of small, irregular punctures light up a dusty brown surface like a constellation map. Yet this isn’t a view of the cosmos—it’s a biochemical blueprint. The pattern mimics the exact molecular synthesis pathway of dopamine, the neurotransmitter that governs our rewards, urges, and dependencies.

    The cardboard is held by a child’s hand—barely visible, but crucial. Their gesture is what transforms this map of neuronal signals into a starry sky. A fragile tension appears: between the innocence of play and the omnipresence of behavioural conditioning.

    The surface is torn, imperfect. The light is artificial. But the evocation is vast. This is not just a representation of a molecule. It is a screen—literal and metaphorical—through which an entire generation sees and feels, reacts and clicks. A poetic yet critical reflection on how digital environments hijack primal neurochemical circuits, from childhood on.

  • Me and My Couch

    Brain x Basic need x Couch x Laziness economy

    Ink on paper 30 x 40 cm

    Essaie de deviner qui sont les points sans étiquette, tu les connais tous !

    Cette œuvre se présente comme une carte cérébrale — mais elle fonctionne plutôt comme un miroir. Une neuroéconomie spéculative où le Moi n’est plus un sujet, mais un nœud. Un corps réduit à des besoins primaires : manger, penser, ressentir, jouer, aimer, se reposer. Tous ces élans — légitimes, profondément humains — sont désormais interceptés, détournés, optimisés.

    Le canapé n’est pas un confort : c’est un piège. Autour, des nœuds anonymes pulsent en silence des besoins primaires. Mais on peut deviner :

    – ce point rose près de Manger pourrait bien être les plateformes de livraison
    – celui proche de Penser ressemble fort aux moteurs de suggestion IA
    – celui qui gravite autour de Émotion évoque les algorithmes de recommandation de contenu
    – le point à peine visible entre Jouer et S’informer pourrait être les plateformes de streaming
    – et celui niché entre Sexe et Amis chuchote le nom des applis de rencontre ou des réseaux sociaux

    Cette cartographie ne montre pas un cerveau, mais un écosystème économique parasitant son hôte. Un monde où chaque besoin fondamental est intermédié, capté, converti en chiffre d’affaires.
    L’économie de la paresse n’est pas un accident : c’est l’aboutissement du capitalisme numérique — mouvement minimal, conversion maximale.

    L’intention ultime serait-elle de nous laisser sur notre canapé à scroller, en remplissant nos besoins primaires virtuellement

    Au centre : un individu.
    À la périphérie : une industrie à plusieurs milliards.
    Entre les deux : l’érosion lente de l’autonomie… et peut-être de la condition humaine elle-même.

    Try to guess who are unlabelized points!

    This work presents itself as a cerebral map—but it operates more like a mirror. A speculative neuroeconomy where Me is no longer a subject, but a node. A body reduced to primal needs: eat, think, feel, play, love, rest. All these impulses—legitimate, human—are now intercepted, diverted, optimised.

    The couch is not a comfort; it’s a trap. Around it, unnamed nodes pulse silently. But one can guess:
    – that pink dot near “Eat” might be food delivery platforms
    – that one by “Think” could well be AI suggestion engines
    – the one orbiting “Emotion” seems like content recommendation algorithms
    – the barely visible node linking “Play” and “Inform” could be streaming platforms
    – and the one tucked between “Sex” and “Friends” whispers dating apps

    This mapping doesn’t just show a brain. It reveals an economic ecosystem parasitising its host. One where every basic human need has been intermediated, captured, converted into revenue. The laziness economy is not accidental—it is the endgame of digital capitalism: minimal movement, maximal conversion.

    At the core: an individual.
    At the periphery: a billion-dollar industry.
    In between: the slow erosion of autonomy, and perhaps, of the human condition itself.

  • Plastic tree

    Pharmacy marketing plastic rubish x Light transparency x Low hanging fruit

    Plastic sculpture 90 x 50 x 50 cm

    Suspendue à une chaîne métallique, cette forme spectrale émerge d’un amas de fragments plastiques transparents — éléments d’étagères jetés, avant même d’être utilisés pour mettre en valeur des produits pharmaceutiques. Des rebuts. Des coproduits produits inutilement. La sculpture flotte comme un fruit contaminé de l’économie moderne : fragile, lumineux, mais saturé des résidus de l’hyperconsommation.

    La lumière traverse la structure, projetant un halo chaotique qui révèle la violence invisible des déchets marketing du quotidien. Plastic Tree se dresse comme un monument au cycle de vie invisible de la marchandisation — montrant comment même les structures censées « aider » sont vouées à l’excès, à la pollution, à l’effondrement.

    Un fossile de la logique promotionnelle, suspendu dans un silence stérile.

    Suspended by a metal chain, this ghostly form emerges from a mass of transparent plastic fragments—discarded shelving elements once used to promote pharmaceutical products. The sculpture hangs like a contaminated fruit of the modern economy: fragile, luminous, yet saturated with the residues of hyper-consumption. Light penetrates the structure, projecting a chaotic halo that reveals the invisible violence of everyday marketing debris. Plastic Tree stands as a monument to the unseen lifecycle of commodification—how even the structures meant to “help” are wasteful, polluting, and destined to collapse. A fossil of promotional logic suspended in sterile silence.

  • Dancing Puppets

    Iron puppets x Chaotic movement

    Iron sculpture & magnets 50 x 50 x 50 cm

    Trois silhouettes filiformes surgissent dans un mouvement spectral, façonnées en fil de fer torsadé — humanoïdes mais fracturées, comme sculptées en plein spasme. Leurs formes fantomatiques évoquent à la fois la vitalité et la déformation, prises dans une danse sans rythme ni intention.

    Dancing Puppets met en scène une chorégraphie du contrôle et du désordre : des corps animés par des forces invisibles, privés de volonté, dansant au rythme d’un algorithme. Ce chaos n’est pas aléatoire — il reflète nos gestes sous des systèmes que nous ne maîtrisons plus.

    Ces marionnettes, c’est nous : emmêlés, réactifs, déconnectés, mais synchronisés avec une machinerie devenue trop complexe pour être comprise.

    Three wiry figures emerge in spectral motion, crafted from twisted iron wire—humanoid but fractured, as if sculpted mid-twitch. Their ghostly forms suggest both vitality and distortion, caught in an endless dance without rhythm or intent. Dancing Puppets stages the choreography of control and disarray: bodies animated by invisible forces, stripped of agency, dancing to an algorithmic beat. The chaos is not random—it mirrors our movements under systems we no longer master. These puppets are us: tangled, reactive, disconnected yet in sync with a machinery too complex to grasp.

  • Baby don’t cry

    Hair x sorrow x brownian motion x bride

    Iron sculpture 50 x 30 x 30 cm

    Une cascade de fils métalliques, emmêlés et denses, flotte comme une tresse fantôme dans le vide. La forme évoque une tête penchée, accablée, voilée par son propre poids — à la fois absente et présente. Avoir de beaux cheveux est crucial, se comparer aux autres est devenu normal.

    Entièrement façonnée en fer, la sculpture reflète la lourdeur du chagrin numérique. Les cheveux, symbole de vitalité et d’expression de soi, deviennent ici un linceul inerte — rigide, enraciné dans la peine. Son enchevêtrement chaotique rappelle une trajectoire brownienne : sans direction, nerveuse, incontrôlable — comme les spirales émotionnelles provoquées par l’usage des réseaux sociaux.

    Cette pièce donne un poids visuel à ce que les plateformes s’efforcent de dissimuler : la tristesse post-consultation ressentie par une génération. Une tristesse reconnue, puis étouffée par ceux qui en tirent profit.

    Ce n’est pas un portrait, mais une conséquence.
    Pas une tête, mais un vide.

    A cascade of metallic threads, tangled and dense, floats like a phantom braid in the void. The form evokes a head bowed, overwhelmed, veiled in its own weight—both absent and present. Having nice hair is crucial, comparison to others is normal.

    Crafted entirely of iron, the sculpture echoes the heaviness of digital grief. The hair, symbol of vitality and self-expression, is here reduced to a lifeless shroud—rigid, rooted in sorrow. Its chaotic weave mirrors a Brownian path: directionless, nervous, impossible to control—just like the emotional spirals provoked by social media use.

    This piece gives visual weight to what platforms work hard to hide: the post-consultation sadness felt by a generation. A sadness acknowledged, then buried by those who benefit most.

    It’s not a portrait, but a consequence. Not a head, but a void.

  • Rat Race

    Engraving on plexiglas 20 x 30 cm

    Gravé sur une plaque de plexiglas transparent, un réseau neuronal détaillé flotte devant un ciel en dérive — à mi-chemin entre schéma scientifique et carte spirituelle. La structure évoque une coupe corticale, mais dans ce cadre aérien, elle devient métaphore du tapis roulant cognitif moderne : connexions infinies, aucune issue. Le ciel transperce les lignes synaptiques, transformant le cerveau en une prison de lumière et d’air.

    Rat Race incarne le paradoxe de notre intellect — capable d’émerveillement, mais piégé dans des boucles d’accélération, de performance et de bruit. Un esprit suspendu, exposé, rendu vain, à la poursuite de sens sous un ciel algorithmique.

    Cette gravure de cortex, inspirée des premières représentations neuronales, suspendue sur un fond de nuages mouvants, conjugue précision anatomique et enfermement existentiel. Le cerveau y apparaît disséqué mais flottant, ses circuits figés dans une complexité aussi brillante qu’inutile. À travers cette transparence, Rat Race devient une allégorie — non seulement de la surcharge mentale, mais de la culture start-up elle-même, où l’intelligence, la vitesse et l’innovation tournent à vide… jusqu’au burn-out. Et où de nombreuses start-up se trouvent piégées dans une rat race, une compétition sans fin pour émerger et un jour devenir une licorne, quoi qu’il en coûte!

    Le maillage neuronal reflète la logique du capital-risque : connexions accélérées, pensée performative, raisonnement scalable — jusqu’à l’effondrement. L’arrière-plan nuageux suggère la liberté, mais elle reste inaccessible, distordue par la grille. Voici le cerveau comme champ de bataille : là où chaque neurone rivalise, chaque idée se « pitche », et où penser n’est plus un processus — mais une course à la visibilité, au financement, à la survie.

    Engraved on a transparent plexiglass sheet, a detailed neural network floats against a drifting sky—part scientific diagram, part spiritual map. The structure resembles a slice of cortex, yet in this elevated setting it becomes a metaphor for the modern cognitive treadmill: endless connections, zero escape. The sky bleeds through the synaptic lines, turning the brain into a prison made of light and air. Rat Race evokes the paradox of our intellect—capable of wonder, yet trapped in loops of acceleration, performance, and noise. A suspended mind, exposed and futile, chasing meaning under an algorithmic sky.

    This plexiglass engraving of a cortical section, suspended against a backdrop of drifting clouds, evokes both anatomical precision and existential entrapment. The brain appears dissected yet hovering, its neural circuits frozen in a moment of futile complexity. Through this transparency, Rat Race becomes an allegory—not only of cognitive overload, but of the relentless startup culture where intellect, speed, and innovation spiral into burnout….and where start-up fight for immediate success

    The neural mesh mirrors the logic of venture capital: accelerated connections, performative thinking, scalable reasoning—until collapse. The cloudscape behind suggests freedom, but it remains unreachable, distorted through the grid. This is the brain as battleground: one where every neuron competes, every idea pitches itself, and where thinking is no longer a process, but a race for visibility, funding, and survival.

  • Plastic tree

    Drugs plastic commercial racks x shadows x sculpture

    Video of the dancing shadows of the sculpture

    Suspendue à une chaîne métallique, cette forme spectrale émerge d’un amas de fragments plastiques transparents — jetés même avant d’être des vestiges d’étagères publicitaires utilisés pour promouvoir des produits pharmaceutiques. La sculpture flotte comme un fruit contaminé de l’économie moderne : fragile, lumineux, mais saturé des résidus de l’hyperconsommation.

    La lumière traverse la structure, projetant un halo chaotique qui révèle la violence invisible des déchets marketing du quotidien. Plastic Tree se dresse comme un monument au cycle de vie invisible de la marchandisation — montrant comment même les structures censées « aider » sont fondamentalement vouées au gaspillage, à la pollution et à l’effondrement.

    Un fossile de la logique promotionnelle, suspendu dans un silence stérile.

    Suspended by a metal chain, this ghostly form emerges from a mass of transparent plastic fragments—discarded shelving elements once used to promote pharmaceutical products. The sculpture hangs like a contaminated fruit of the modern economy: fragile, luminous, yet saturated with the residues of hyper-consumption. Light penetrates the structure, projecting a chaotic halo that reveals the invisible violence of everyday marketing debris. Plastic Tree stands as a monument to the unseen lifecycle of commodification—how even the structures meant to “help” are wasteful, polluting, and destined to collapse. A fossil of promotional logic suspended in sterile silence.

  • The pendulum tree

    Dancing Metal Puppets x Magnetic motion x Dead tree x Daily flowers

    Sculpture iron – wood – flowers – magnets | 80 x 50 x 50 cm

    Dans cette séquence vidéo, des figures humanoïdes en fil de fer oscillent sous un arbre noueux et sans vie, animées non par des ficelles, mais par des forces magnétiques invisibles. Elles se balancent avec une grâce mécanique au-dessus d’un sol parsemé de pétales d’hypomées — ces fleurs qui ne durent qu’un jour avant de disparaître. Le pendule devient l’axe du contrôle, mesurant le temps non en heures, mais en gestes compulsifs et cycles fragiles.

    The Pendulum Tree met en scène un rituel de répétition : des êtres artificiels dansent sans fin pendant que la beauté organique se fane en silence. L’arbre, à la fois bourreau et vestige, encadre la scène comme une métaphore de l’existence moderne — où la vie quotidienne devient un mouvement performatif dicté par des systèmes invisibles, et où la nature n’est plus qu’un décor périmé.

    Une boucle discrète, fatale, où même la grâce est sous contrôle.

    In this video snapshot, wiry human-like figures oscillate beneath a gnarled, lifeless tree, animated not by strings but by invisible magnetic forces. They sway with mechanical grace above a ground scattered with ephemeral morning glory petals—hypomées, flowers that bloom for a single day before vanishing. The pendulum becomes the axis of control, marking time not in hours but in compulsive gestures and fragile cycles.

    The Pendulum Tree stages a ritual of repetition: artificial beings dance endlessly while organic beauty withers in silence. The tree, both executioner and relic, frames the scene as a metaphor of modern existence—where daily life becomes performative movement dictated by unseen systems, and nature serves only as expired décor. A quiet, fatal loop where even grace is governed.

  • Blue sky

    IA generated people x Provence sky x Engraving on plexiglass

    Plastic engraving – 20 x 30 cm

    Une grille suspendue de visages spectraux flotte entre nuages et lumière — chaque visage est unique, mais aucun n’est réel. Générés par un système d’intelligence artificielle précoce, ces portraits représentent des êtres qui n’ont jamais existé. Leurs traits, issus de motifs statistiques, n’ont jamais été façonnés par l’expérience ni traversés par l’émotion.

    Chacun de ces visages est volontairement privé de ses sens : pas d’yeux pour voir, pas de bouche pour parler, pas d’oreilles pour entendre. Dépouillés de leurs organes sensoriels, ils deviennent des avatars de la déconnexion — une pure surface sans perception. Gravés sur du plexiglas transparent, ils ne captent la lumière qu’à travers le vide, ne renvoyant que le ciel en arrière-plan.

    L’œuvre formule une critique silencieuse de la nature désincarnée des identités générées par les données. Ces humains artificiels, vidés de toute vie intérieure, flottent comme les symboles d’un monde façonné par la représentation sans réalité, la simulation sans âme.

    A suspended grid of spectral faces hovers between clouds and sunlight—each face unique, yet no face real. Generated by an early artificial intelligence system, these portraits are of people who never existed. Their features, derived from statistical patterns, were never sculpted by experience or emotion.

    Each face is deliberately deprived of its senses: no eyes to perceive, no mouth to speak, no ears to hear. Stripped of sensory organs, they become avatars of disconnection—pure surface without perception. Engraved on transparent plexiglass, the images catch light only through absence, reflecting back nothing but the sky behind them.

    The work quietly critiques the disembodied nature of data-generated identities. These artificial humans, emptied of all inner life, float as symbols of a world increasingly shaped by representation without reality, simulation without soul.

  • Metaboliks

    Metabolic processing x Mobile notifications x Chemistry swap & social depression x Boehringer

    Metaboliks réinterprète un fragment de la célèbre carte métabolique Boehringer Mannheim, conçue à l’origine pour représenter l’ensemble des réactions cellulaires humaines. Mais ici, la rigueur biochimique s’effondre dans un système dynamique et erratique — à mi-chemin entre carte mère et crise nerveuse.

    Les lignes animées évoquent les voies de la dopamine, du cortisol, de la sérotonine, mais aussi les pings des notifications mobiles, les boucles algorithmiques, la pression sociale. Des spirales perturbent la grille, symptômes visuels d’un trop-plein psychique — des boucles sans sortie. La structure devient l’interface d’un corps reprogrammé par rétroaction, d’un cerveau chimiquement modifié par des stimuli extérieurs.

    En empruntant le langage visuel de la pharmacologie, Metaboliks met en scène la violence silencieuse d’un métabolisme intérieur détourné par l’économie de l’attention. Il dévoile un nouveau territoire biopolitique, où les hormones ne sont plus de simples messagers internes, mais des instruments de contrôle social et de dette émotionnelle.

    L’œuvre se tient à la croisée du design de données, de l’anxiété numérique et de la vérité métabolique.
    Elle pose une question cruciale :
    Lorsque notre chimie s’aligne sur le rythme du flux, que reste-t-il de notre autonomie ?

    Metaboliks reinterprets a fragment of the iconic Boehringer Mannheim metabolic map, originally used to visualize the totality of human cellular reactions. But here, the precision of biochemical order collapses into a dynamic, erratic system—part circuit board, part nervous breakdown.

    The animated lines evoke pathways of dopamine, cortisol, serotonin, but also the pings of mobile notifications, algorithmic loops, and social pressure. Spirals disrupt the grid like symptoms of psychic overload—loops without exit. The structure becomes the interface of a body reprogrammed by feedback, a brain chemically modulated by external stimuli.

    Borrowing the visual language of pharmacology, Metaboliks stages the silent violence of an inner metabolism hijacked by attention economies. It exposes a new biopolitical terrain where hormones are no longer just internal messengers, but instruments of social control and emotional debt.

    The piece sits at the intersection of data design, digital anxiety, and metabolic truth. It asks: when our chemistry is synchronized with the rhythms of the feed, what remains of our autonomy?

  • The Clock

    Screen user daily life x Heart beat & Clock Sounds x 99 frames x Monsters x Digital Twins x vague Dreams

    Vidéo

    Une vie en 99 images. The Clock saisit le schéma existentiel d’un humain dépendant des écrans : se réveiller, scroller, se déplacer, s’asseoir, produire. L’animation se déploie comme un métronome numérique — chaque image, un fragment de soumission ritualisée au temps. Les lignes, à la fois symétriques et fracturées, dessinent des figures humaines, puis se déforment en monstres algorithmiques.

    Le tic-tac de l’horloge et les pulsations cardiaques fusionnent en un rythme mécanique unique. Ce qui ressemble à du progrès n’est en réalité qu’une dérive — vers l’épuisement, la désincarnation, la mort. Le monstre final n’est pas une créature : c’est le reflet déformé de l’utilisateur lui-même, multiplié, répliqué, érodé par la répétition.

    A life in 99 frames. The Clock captures the existential pattern of a screen-dependent human: waking, scrolling, commuting, sitting, producing. The animation unfolds like a digital metronome—each frame a fragment of ritualized submission to time. The lines, symmetrical and fractured, form human-like figures, then distort into algorithmic monsters.

    Clock ticks and heartbeat pulses merge into a single mechanical rhythm. What appears as progress is merely drift—toward exhaustion, disembodiment, death. The monster at the end isn’t a creature—it’s the distorted mirror of the user himself, multiplied, replicated, eroded by repetition.

    This is not a story. It’s a closed circuit. A day. A feed. A life.
    Drawn in silence, killed by rhythm.

  • Pink dancer

    Ice melting x slow dancing x La vie en rose

    Video

    Un enfant sans visage, silhouette rose en aplat, danse avec joie — maladroitement, innocemment — sur fond d’effondrement lent d’un glacier numérique. Des blocs de glace tombent, fondent, se dissolvent dans une mer montante, tandis qu’une version fragile de La Vie en Rose s’échappe d’un petit carrousel musical à lamelles métalliques : nostalgique, imparfaite, étrangement mécanique.

    Le contraste est chirurgical. La joie est automatisée. L’arrière-plan meurt.
    Pink Dancer met en scène une contradiction saisissante : un corps enfantin qui bouge avec grâce, pendant que la planète se désintègre. Le son, censé apaiser, devient une berceuse du déni. Le temps se fige, l’eau s’écoule, et la danse continue — inconsciente… ou incapable de s’arrêter.

    A faceless child in flat pink silhouette dances joyfully—awkwardly, innocently—against the slow collapse of a digital glacier. Blocks of ice fall, melt, dissolve into the rising sea, while a fragile version of La Vie en Rose plays from a metal-combed toy music box: nostalgic, imperfect, eerily mechanical.

    The contrast is surgical. The joy is automated. The background is dying.
    Pink Dancer stages a haunting contradiction: a childlike body moving with grace while the planet behind disintegrates. The sound, meant to soothe, becomes a lullaby of denial. Time freezes, water flows, and the dance continues—unaware, or unwilling to stop.

  • The anxiety machine

    Social rewards x Dopamine shot x Hatred x Notification x Nomophobia

    This is a 2 min. compilation of 5 other videos.

    The Anxiety Machine condense en deux minutes toute l’architecture émotionnelle de la vie numérique contemporaine. Composée de cinq séquences vidéo étroitement chorégraphiées, l’œuvre suit un crescendo affectif — de la validation à l’effondrement — cartographié à travers les boucles de rétroaction sociale.

    « You did a great job » : des larmes tombent doucement tandis que s’affichent des félicitations — simulant l’éclat creux de l’approbation sociale.
    « Dopamine Shot » : particules tourbillonnantes et mouvements browniens suggèrent l’excitation chimique, les cycles de récompense manipulés.
    « I hate you » : orages, éclairs, déclarations de haine violentes marquent le basculement du plaisir vers l’agression numérique.
    « Notification/Gunshot » : des bulles éclatent avec la violence de notifications devenues armes — likes et commentaires se transforment en attaques.
    « Anxious Breathing » : l’écran se couvre de buée, la respiration se condense, une silhouette monstrueuse consume silencieusement la présence — à la fois dans et hors de l’écran.

    Cette œuvre n’est pas une simple séquence : c’est un système. Une machine de rétroaction alimentée par la peur de l’absence, le besoin d’approbation, le rejet, et la surcharge. The Anxiety Machine révèle comment les plateformes transforment l’attention en névrose, et comment le moi se fragmente sous le poids de l’attente, de l’immédiateté et de la violence invisible.

    Ce n’est pas seulement une critique des réseaux sociaux.
    C’est une mise en lumière de ce qu’ils font à notre chimie intérieure.

    This overall processing and vicious circle may lead to mass anxiety

    The Anxiety Machine condenses in two minutes the complete emotional architecture of modern digital life. Constructed from five tightly choreographed video segments, the piece follows a crescendo of affect—from validation to collapse—mapped through social feedback loops.

    1. « You did a great job »: tears fall gently as congratulatory words flash—simulating the hollow glow of social affirmation.
    2. « Dopamine Shot »: swirling particles and Brownian motion suggest chemical excitation, manipulated reward cycles.
    3. « I hate you »: storms, flashes, and violent declarations of hate punctuate a shift from pleasure to digital aggression.
    4. « Notification/Gunshot »: bubbles explode with the sharpness of alerts turning into weapons—likes and comments become assaults.
    5. « Anxious Breathing »: the screen fogs, breath condenses, and a monstrous figure silently consumes presence—simultaneously inside and outside the screen.

    This work is not merely a sequence; it is a system. A feedback machine fueled by fear of absence, approval, rejection, and overload. The Anxiety Machine exposes how platforms convert attention into neurosis, and how the self fragments under the weight of expectation, immediacy, and invisible violence.

    It is not just about social networks. It is about what they are doing to our chemistry.

  • Hashima II

    Gafa stock exchange annual growth x Hokusai wave

    Engraving on Plexiglas x Led blue light20 x 30 cm

    Dans cette œuvre, une vague stylisée — qui évoque la célèbre Grande Vague de Kanagawa d’Hokusai — émerge de centaines de traits gravés, éclairés par une lumière LED froide. Mais ici, la vague est abstraite, algorithmique, presque numérique. À sa base : une silhouette dentelée qui rappelle l’île de Hashima, cité minière japonaise abandonnée, ville fantôme d’une ambition industrielle révolue.

    La courbe de la vague reprend les graphiques de croissance annuelle des GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft). Un tsunami de valeur cumulée, une forme de violence économique rendue avec une finesse poétique. La lumière anime les lignes à la manière de mouvements boursiers, évoquant à la fois séduction et menace.

    Hashima Dead City est un monument à l’obsolescence. Ce qui autrefois s’élevait au nom du progrès repose désormais englouti sous l’accélération technologique. La vague s’écrasera.
    La ville a déjà disparu.
    Ne subsistent que les courbes — illuminées, suspendues.

    In this piece, a stylized wave—reminiscent of Hokusai’s iconic Great Wave off Kanagawa—emerges from hundreds of engraved dashes lit by cold LED light. But here, the wave is abstract, algorithmic, almost digital. At its base: a jagged silhouette echoing the island of Hashima, the abandoned Japanese mining city, ghost town of industrial ambition.

    The curvature of the wave mirrors the annual growth charts of the GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft). It is a tsunami of compounded value, a form of economic violence rendered with poetic finesse. The light animates the lines like stock movements, evoking both seduction and menace.

    Hashima Dead City is a monument to obsolescence. What once rose in the name of progress now lies sunken beneath technological acceleration. The wave will crash. The city has already disappeared. Only the metrics remain—lit and suspended.

  • Poppies

    Gafa turnover growth rate x Poppies

    Champ de coquelicots, d’abord perçu comme fragile et lumineux, presque apaisant. Une surface douce, organique, familière. Mais très vite, le regard accroche une anomalie de rythme. Les fleurs ne poussent pas selon une logique naturelle. Elles obéissent à une autre loi.

    Chaque tige devient une ligne de temps. Chaque corolle s’élargit en fonction d’un indicateur précis, le taux de croissance annuel du chiffre d’affaires des géants du numérique. De leurs débuts jusqu’à la date de création de l’image, la progression est traduite en expansion florale. Ce qui semble vivant est en réalité calculé.

    La composition bascule alors. Le végétal n’est plus qu’un masque. Derrière l’apparence d’un champ, se déploie une cartographie économique. Les coquelicots deviennent des signaux de domination, des excroissances de croissance continue. Plus la donnée s’accélère, plus la fleur s’impose, jusqu’à saturer l’espace.

    Aucune décroissance, aucun cycle. Ici, rien ne fane. Ces fleurs ne meurent pas, contrairement aux coquelicots. Elles sont conçues pour croître sans limite, pour occuper, pour persister. Une nature détournée, instrumentalisée, où l’organique simule l’expansion industrielle.

    Posée sur un tas de terre stérile, l’image accentue la rupture. Le sol ne nourrit rien. Il ne produit aucune vie réelle. Il devient simple support, substrat mort pour une croissance artificielle. Le contraste est frontal, entre la promesse visuelle du vivant et la réalité d’un système extractif, autonome, sans retour.

    Engraving on Plexiglas + Led light

    At first glance, a delicate field of luminous poppies stretches across the surface. But these flowers bloom according to a different rhythm—their size corresponds precisely to the annual turnover growth rate of the one of the tech giants, from their early years to the creation date of this work.

    What appears botanical is, in truth, economic. Each stem is a data timeline. Each flower head, a flourish of exponential expansion. From bud to overgrown bloom, the composition evokes both vitality and imbalance. Nature becomes a proxy for figures—living growth mimicking corporate domination.

    The progression suggests no plateau. This is not an allegory of natural life cycles, but of unchecked scaling. These flowers will not wilt. They are engineered to thrive endlessly.

  • Monsters

    IA fake faces x no sense

    Engraving on Plexi + Blue light Led – 30 x 20 cm

    Douze visages spectraux s’alignent tels des apôtres numériques — figures d’une nouvelle religion, codée en pixels et en probabilité. Aucun de ces individus n’existe. Leur dieu ne se voit pas. Générés par une IA d’avant l’ère ChatGPT&co lancée par un lanceur d’alerte issu de la Big Tech, ces portraits visaient à dénoncer la montée en puissance de l’illusion générative. Ici, ils reviennent privés de tous leurs sens : pas d’yeux, pas d’oreilles, pas de bouche — aucune entrée, aucune sortie.

    Monsters transfigure ces ensembles de données anonymes en icônes sacrées et vides. Illuminées par une lumière LED bleue, les gravures suggèrent une transcendance — mais n’offrent que l’absence. Il ne s’agit pas de présence divine, mais de vacuité synthétique. Ces « apôtres » ne prêchent pas — ils ne voient rien, n’entendent rien, ne disent rien.

    Ce sont les figures de remplacement d’un futur où l’humain est simulé, indexé, effacé — et vénéré comme artefact.

    Twelve (like apostle) spectral faces line up like digital apostles—figures of a new religion, one coded in pixels and probability. None of these individuals exist. Generated by a pre-ChatGPT-era AI launched by a Big Tech whistleblower, these portraits were meant to denounce the rising power of generative illusion. Here, they return stripped of all senses: no eyes, no ears, no mouths—no way in, no way out.

    Monsters transfigures these anonymous datasets into sacred, vacant icons. Illuminated by blue LED light, the engravings suggest transcendence—but offer only absence. This is not divine presence, but synthetic vacancy. The “apostles” here don’t preach—they observe nothing, hear nothing, say nothing.

    They are placeholders for a future where the human is simulated, indexed, erased—and worshipped as artifact.

  • I am your product

    Pigeons x Internet users categorization

    Quand vous ne payez pas pour un produit, c’est que vous êtes le produit.
    Les utilisateurs d’Internet sont devenus dépendants de leur fil personnalisé.

    Un essaim de pigeons pixellisés bat des ailes avec régularité, reflété et démultiplié en taches numériques abstraites. Au premier regard, ce sont des oiseaux. Au second, ce sont des usagers — conditionnés, catégorisés, convoqués par une main invisible. Le grain jeté n’est pas de la nourriture, mais du contenu. Ce qui suit est mécanique : attraction, alignement, addiction.

    Le chœur commence : « Nous sommes votre produit » — une ritournelle aussi absurde que précise. Les pigeons incarnent chacun de nous, attirés dans le flux, personnalisé, optimisé, monétisé. La voix de l’algorithme devient la faim du troupeau.

    Puis vient la supplique finale : « Please feed us. »
    Ce qui commence comme une récompense se termine en dépendance. L’humain devient pigeon. Le pigeon devient prototype. Et la boucle ne s’arrête jamais.

    Une allégorie condensée du design prédictif et de la faim comportementale.

    When you do not pay for a product, you may be the product. Internet users became addicted to their personnalized feed

    A swarm of pixelated pigeons flutters rhythmically, mirrored and multiplied into digital inkblots. At first glance, they are birds. At second, they are users—conditioned, categorized, and summoned by a hand they cannot see. The grain thrown is not food, but content. What follows is mechanical: attraction, alignment, addiction.

    The chorus begins: “We are your product”—a chant as absurd as it is accurate. The pigeons stand in for all of us, lured into the feed, personalized, optimized, monetized. The voice of the algorithm is now the hunger of the flock.

    Then the final plea: “Please feed us.”
    What begins as reward ends in dependency. The human becomes pigeon. The pigeon becomes prototype. And the loop never ends.

    A compressed allegory of predictive design and behavioral hunger.

  • The Bride II

    Hair x Brownian motion x Sorrow

    Led light engraving on plexiglass – 30 x 40 cm

    Une masse spectrale de lignes en cascade évoque une crinière lumineuse — dense, indomptable, presque céleste. Mais cette chevelure n’a pas de visage. Sa brillance est anonyme, sa perfection désincarnée. Elle s’élève comme de la fumée ou une charge électrostatique, une poussée brownienne d’angoisses invisibles.

    Ici, la beauté n’est pas un choix, mais une pression. Une apparition digitale sculptée par les attentes du flux. Dans cette œuvre, la féminité monumentale devient spectrale — une silhouette conçue pour être regardée, pas pour exister. Le bruit visuel vibre doucement à chaque like silencieux, à chaque scroll.

    Le résultat n’est pas la sérénité, mais le tremblement.

    La mise en lumière de la gravure résonne tel un flash, tels les feux de la rampe

    A ghostly mass of cascading lines evokes a glowing mane—dense, unruly, almost celestial. But this hair has no face. Its brilliance is anonymous, its perfection disembodied. It floats upward like smoke or static electricity, a Brownian surge of invisible anxieties.

    Here, beauty is pressure, not choice. A digital apparition sculpted by the expectations of the feed. In this piece, the monumental femininity becomes spectral—a silhouette built for gazes, not for grounding. The visual noise vibrates softly with every silent like, every scroll. The result is not serenity, but tremor. Beneath the sheen lies exhaustion.

  • The Bride

    Une cascade de filaments lumineux, suspendue dans un cadre de silence. Ce n’est pas un voile — c’est un torrent capillaire, fluide selon une logique brownienne, encodé dans la lumière. The Bride reste immobile, sans visage, définie uniquement par sa présence intangible. Son identité est perdue, son mouvement simulé. Son chagrin, en revanche, est bien réel.

    L’œuvre évoque le cercle vicieux entre apparence et réseaux sociaux. La chevelure devient donnée — filtrée, façonnée, jugée. Une métaphore visuelle de la féminité numérique, de la comparaison constante et de la perte de soi. La lumière bleue n’a rien de paisible : c’est la lueur froide d’un écran, la nuit.

    The Bride est à la fois intime et systémique. Derrière la douceur se cache une donnée brutale : 38 % des adolescentes se sentent plus mal dans leur peau après avoir été exposées à certains réseaux sociaux. Ce n’est pas juste de la lumière. C’est une érosion émotionnelle, une tristesse éditée, un dommage numérique — rendu silencieusement beau.

    A cascade of luminous filaments, suspended in a frame of silence. This is no veil—it’s a hair-like torrent, flowing in Brownian randomness, encoded in light. The Bride stands still, faceless, defined only by her intangible presence. Her identity is lost, her movement simulated. Her sorrow, however, is very real.

    The work evokes the troubling feedback loop of social media and appearance. Hair becomes data—filtered, shaped, judged. A visual metaphor for digital femininity, comparison, and loss of self. The blue light isn’t serene; it’s the cold glow of a screen at night.

    The Bride is both intimate and systemic. Behind the softness lies a hard statistic: 38% of teenage girls feel worse about themselves after being exposed to Instagram. This isn’t just light. It’s emotional erosion, curated sadness, and digital damage—made quietly beautiful.

  • The walking sleeper

    My heart rate x night duration x number of kms for one month

    Drawing – 30×20 cm

    J’ai utilisé un bracelet connecté pour suivre pendant 30 jours les principales données biométriques que mon corps pouvait produire. De nombreuses améliorations de santé pourraient théoriquement découler de cette collecte — ou pas — surtout avec l’ajout d’une couche d’intelligence artificielle.

    Ce dessin minimaliste a été généré à partir de ce suivi : fréquence cardiaque, durée du sommeil, distance quotidienne parcourue. Chaque trio de lignes représente une journée : une lune pour le sommeil, un cœur pour le rythme cardiaque, une empreinte pour le mouvement. Trente jours, trente récits muets — cartographiés sans mots.

    La géométrie semble propre, rationnelle. Mais la grille révèle autre chose : des rythmes de fatigue, un repos inégal, une anxiété discrète en mouvement. Malgré les promesses de santé optimisée, les données racontent une autre histoire — celle d’une surveillance déguisée en soin de soi, d’algorithmes qui promettent des éclairages mais récoltent des routines.

    The Walking Sleeper trace une frontière entre le soi quantifié et le soi marchandisé.
    Un journal sans narration.
    Une vie réduite à des signaux.
    De la beauté dans la retenue — mais une inquiétude profonde dans le silence.

    I used my wrist bracelet to monitor during 30 days precisely my main body metrics that it could capture. Lots of health improvements could be performed thanks to the collection of all these personal data & A.I on top of this….or not!

    This minimalist drawing was generated from one month of biometric tracking—captured through a wrist device that monitored heart rate, sleep duration, and daily distance walked. Each trio of lines encodes a day: a moon for sleep, a heart for pulse, a footstep for movement. Thirty days, thirty silent stories—mapped without words.

    The geometry seems clean, rational. But the grid reveals more: fatigue rhythms, uneven rest, quiet anxiety in motion. Despite the promise of optimized health, the data tells another story—one of surveillance disguised as self-care, and algorithms promising insight but harvesting routine.

    The Walking Sleeper draws a boundary between the quantified self and the commodified self. A diary without narrative. A life reduced to signals. Beauty in restraint—but disquiet in the silence.

  • And I’m sorry for this

    Z. public apologies at American Congress recording

    Ink of museum rubish – 15×100 cm

    Cette œuvre visualise les excuses publiques de Z. devant le Congrès américain — non par les mots, mais par la forme sonore. La gravure reproduit exactement l’onde audio de sa phrase : « …and it was my mistake… » Chaque pic est une déchirure de fréquence, chaque creux une rupture de ton, une hésitation, ou une trace de culpabilité — sincère ou calculée.

    Sous cette ligne froide, silencieuse, plane une bande-son fantôme : des notes de piano imaginées, qui suggèrent honte, stratégie et orchestration médiatique. Un rythme de tristesse qui n’appartient pas au locuteur, mais à ceux qui ont été touchés. Le piano ne joue pas. Et pourtant, on l’entend.

    And I’m Sorry for This Z recontextualise les excuses technologiques scénarisées comme à la fois spectacle et trace — où la voix devient artefact, et le repentir, un bruit mesurable.
    L’œuvre interroge : que signifie dire « pardon » quand même la contrition est programmée ?

    Un monument au regret fabriqué,
    et à l’impossibilité de la sincérité
    à l’ère du capitalisme de surveillance.

    This piece visualizes the public apology of Z. before the U.S. Congress, not in words—but in waveform. The engraved shape is the exact audio transcription of his voice uttering: “…and it was my mistake…” Each spike is a frequency tear, each dip a rupture of tone, hesitation, or guilt—real or performed.

    Beneath the cold line of sound lies a haunting soundtrack: silent, imagined piano notes that evoke shame, calculation, and PR orchestration. A rhythm of sadness that doesn’t belong to the speaker but to those affected. The piano doesn’t play. But we hear it.

    And I’m Sorry for This Z reframes a scripted tech apology as both spectacle and trace—where voice becomes artifact, and repentance becomes measurable noise. It asks: what does it mean to say sorry when everything—including contrition—is engineered?

    A monument to engineered regret, and the impossibility of sincerity in the age of surveillance capital.

  • Do not touch

    Endangered species x distorted mobile notifications

    « Cachez ce sein que je ne saurais voir »

    Flottant comme des coraux mous ou des algues gélatineuses, ces formes fragiles ondulent doucement dans des eaux sombres, entraînées par des courants invisibles — algorithmiques. Chaque élément est animé par un rythme circulaire, asynchrone : trop proche pour être ignoré, trop éloigné pour établir un lien. Le paysage sonore évoque la vie abyssale : des sons de notifications mobiles, ralentis, déformés, immergés jusqu’à devenir des bulles émises par une créature invisible.

    Do Not Touch efface la frontière entre extinction naturelle et saturation numérique. Les coraux deviennent une métaphore : nous protégeons les récifs, mais négligeons l’esprit humain — qui se dissout dans un silence comparable. Ces organismes spectraux reflètent la psyché connectée : surstimulée, isolée, flottant dans un espace sans contact réel.

    L’œuvre suggère que l’économie de l’attention est aussi un problème écologique — fait d’érosion émotionnelle, de surcharge sensorielle, d’asphyxie cognitive.
    Le récif est numérique.
    L’espèce menacée, c’est nous.
    Et l’avertissement est limpide :
    ne touchez pas, ne scrollez pas, ne détournez pas le regard.

    These corals are animated with random and circular motions by invisible currents, barely touching each others. Distorted mobile notifications sounds like fish noises in deep waters. Sometimes, more attention is paid to endangered species than to human beings mental health…

    Floating like soft corals or gelatinous algae, these fragile forms pulse gently in dark waters, swayed by unseen algorithmic currents. Each is animated in circular, asynchronous rhythm—too close to collide, too distant to connect. The accompanying sound mimics deep-sea life: mobile notification pings, slowed, bent, and submerged until they resemble bubbles from a creature we can’t see.

    Do Not Touch collapses the boundary between natural extinction and digital saturation. The corals become a metaphor: we protect reefs, but neglect the human mind—dissolving in a similar silence. These spectral organisms echo the overstimulated, isolated psyche of the connected user.

    This work suggests that our attention economy is an ecological issue—one of emotional erosion, sensory overload, and cognitive suffocation. The reef is digital. The endangered species is human. And the warning is clear: don’t touch, don’t scroll, don’t look away.

  • Burning Techs

    Top web & innovation technologies x Synthetic voice x Fire burning

    Depuis plus de vingt ans, chaque nouvelle technologie web est vendue comme la prochaine révolution, dans un cycle non vertueux où les individus ne sont plus que des utilisateurs — souvent sans comprendre qu’ils sont en réalité le produit, ou pire, la principale source d’enrichissement de ceux qui poussent à une adoption technologique accélérée.

    Burning Techs est une descente hypnotique dans ce cycle de techno-évangélisme. Sur un flux glitché de flammes noir et blanc, les noms des révolutions numériques passées et présentes — Web3, Bitcoin, IA, Blockchain, Streaming, Mobile, Crypto, AR — défilent en langue étrangère en mode crypté, accéléré, illisible. Derrière l’opacité, une voix synthétique murmure, comme pour vendre un salut.

    Mais ce n’est pas une utopie.
    C’est un brasier.
    Un rituel où la promesse remplace la compréhension, et où la vitesse écrase l’éthique.
    La flamme n’éclaire pas — elle consume.

    Chaque “next big thing” devient un bûcher, et derrière chaque lancement, une transaction silencieuse :
    les utilisateurs sont transformés en données brutes, puis en revenu.

    Burning Techs révèle cette boucle infernale — un marché de la distraction déguisé en progrès.
    Il ne s’agit pas de décrypter les mots.
    Il faut sentir la chaleur.
    La tech brûle.
    Et personne ne tient l’extincteur.

    Each web technology since more than 20 years is marketed like the next hot big thing and disruption, in a non virtuous cycle where people are just considered as users and they may do not understand that they are the product, or worst the main source of enrichment of these people pushing hardly for a speed techno adoption.

    Burning Techs is a hypnotic descent into the techno-evangelism cycle. Over a glitchy stream of black-and-white flames, the names of past and present digital revolutions—Web3, Bitcoin, AI, Blockchain, Streaming, Mobile, Crypto, AR—are flashed in encrypted in foreign language, accelerated and unreadable. Behind the opacity: a synthetic voice speaks softly, as if selling salvation.

    This isn’t utopia. It’s a bonfire. A ritual where hype replaces understanding, and speed overrides ethics. The flame doesn’t illuminate—it consumes. Each “next big thing” becomes a pyre, and behind every launch, a silent transaction: users turned into raw data, then into revenue.

    Burning Techs exposes this infernal loop—a market of distraction posing as progress. The viewer is not asked to decode the words, but to feel the heat. Tech is burning. And no one’s holding the extinguisher.

  • I like you

    Tear drops & rain x Main social rewards x Flash lights

    Des gouttes de pluie tombent comme des larmes, éparses mais synchronisées, tandis que des flashs d’appareil photo éclatent sur l’écran — n’éclairant rien d’autre qu’un instant d’approbation éphémère.
    I Like You met en scène la chorégraphie de la validation sociale : une tempête numérique où les louanges ne pleuvent pas pour nourrir, mais pour asservir.

    Une voix synthétique récite en boucle des compliments algorithmiques : « Tu es incroyable », « Tellement fier·e de toi », « Magnifique » — fragments d’affirmation publique conçus pour déclencher des décharges de dopamine. Cette affection manufacturée reflète les mécanismes de l’engagement sur les réseaux sociaux, où la flatterie devient feedback, et le feedback devient monnaie.

    Sous cette tempête scintillante, une vérité plus sombre affleure : des études montrent qu’un tiers des adolescents se sentent plus mal après avoir consulté leurs flux. Le flash aveugle. Les larmes tombent. Et dans ce silence surexposé, l’utilisateur se noie — en souriant.

    Ce n’est pas de la pluie.
    C’est une récompense.

    La course sans recul au like.
    Et elle tombe toujours vers le bas.

    Social reward is one of the main engine propulsing social networks growth. People addiction also come from the dopamine shot they receive when they are publicly congratulated. Some social studies, ignored by social network owners, show that around one tier of teenagers may feel depressed having checked their social network flows.

    Raindrops fall like tears, scattered and synchronized, while camera flashes erupt across the screen—illuminating nothing but fleeting approval. I Like You stages the choreography of social validation: a digital storm where praise rains down, not to nourish, but to addict.

    A synthetic voice recites a loop of algorithmic compliments: “You’re amazing,” “So proud of you,” “You look stunning,”—fragments of public affirmation designed to feed dopamine spikes. This manufactured affection echoes the mechanisms behind social media engagement, where flattery becomes feedback, and feedback becomes currency.

    Beneath the glittering storm, a darker reality emerges: studies show that one third of teens feel worse after scrolling. The flash blinds. The tears fall. And in this hyperexposed silence, the user drowns—smiling.

    This is not rain. It’s reward. And it always falls down.

  • Ice Flows

    Ice flow x Top tech leaders mantras

    Cette vidéo critique profondément les mythologies entrepreneuriales propagées par la culture start-up mondiale, en les comparant à la fonte des glaces : lente, inexorable, destructrice. L’oeuvre Ice Flows ne se contente pas d’illustrer une analogie visuelle entre idéologie technologique et crise climatique — elle les relie comme deux formes d’effondrement systémiques, portées par les mêmes mécanismes d’aveuglement collectif et d’auto-illusion.

    Les slogans répétés — Fail fast, Disrupt everything, Fake it till you make it ….— deviennent ici des prières toxiques, récitées en boucle par des générations d’entrepreneurs hypnotisés par la réussite de quelques figures emblématiques, sans voir le vide qu’elles laissent derrière elles. Ces mantras, loin d’être moteurs d’émancipation, sont perçus comme des forces d’érosion mentale, sociale et écologique.

    Le dispositif visuel — des nappes glaciaires qui se fissurent au rythme de ces injonctions — exprime avec une précision troublante l’impact cumulatif de ces idéologies : elles transforment l’ambition en ravage, la performance en autodestruction. L’innovation n’est plus un projet collectif, mais une course solitaire vers l’irréversible.

    Ce travail agit comme un chant funèbre : celui d’un monde qui se vend comme disruptif, mais ne fait que répéter les mêmes schémas d’accélération aveugle et de dépossession humaine.

    Tech worldwide community and innovative leaders are raising start-up founders with entrepreneurial & success insane mantras. Most of these mantras focused on success and self made man may have no consideration for human impacts of these innovations. These echoing entrepreneurs perpetuate the cycle indefinitely. The whole process where newbies try to imitate tech leaders cause they became rich rapidly seems like for ice flows totally irreversible and devastating for human beings.

    On screen, melting ice sheets ripple under the weight of invisible forces—rivers of time, ambition, and ideology. Layered across these glacial surfaces are the sacred incantations of the startup world: “Fail fast,” “Disrupt everything,” “Fake it till you make it.” Mantras looped by founders, mentors, and digital prophets like a hypnotic tide.

    In Ice Flows, Clear Shadows draws a stark parallel between climate collapse and ideological dogma. Both are irreversible. Both are sold as progress. Both leave devastation in their wake.

    The animation deconstructs these mantras into visual noise, their repetition forming cracks in the visual ice—a landscape of aspiration eroding itself. The tech community, in its obsession with speed and scale, forgets that what melts cannot be rebuilt. This piece is not just about innovation. It’s about what innovation melts through.

    A glacial requiem for the myth of the self-made man.

  • FOMOuse

    Social network scrolling x notifications x anxiety breath 

    Video

    Le scroll infini, les notifications sociales et le FOMO (fear of missing out) génèrent de l’anxiété chez la majorité des accros aux réseaux sociaux — et désormais chez une part croissante de la population. Au lieu d’éveiller à l’instant présent, les sons de notification détournent l’attention de la réalité. Cette vidéo a été générée à partir du mouvement réel de la souris de l’artiste pendant une session compulsive sur une plateforme sociale.

    FOMOUSE est une cartographie de la panique. Conçue à partir de la trajectoire réelle de la souris, l’œuvre documente ce que fait le corps sous pression algorithmique. Ce que l’on voit : du flou — fragments d’interface, textes coupés, boutons, chiffres. Ce que l’on entend : pire encore. Des sons de notifications transformés en gongs de temple, un battement de cœur qui s’accélère à chaque scroll.

    L’effet est claustrophobique. Saturation d’informations. Aucune respiration. Les images ne communiquent plus — elles s’accumulent. Le spectateur ressent le poids du FOMO non comme une idée, mais comme un tremblement somatique, traversé par la saturation visuelle.

    FOMOUSE ne simule pas Internet. Il en restitue le coût physique : l’anxiété du manque, la montée puis la chute de dopamine, l’illusion de présence.
    Il n’y a pas de fin, pas de sommet.
    Seulement du mouvement.
    Seulement une angoisse.
    Vous ne naviguez pas.
    On est en train de naviguer en vous.

    Social infinite crawling, social notifications and Fomo (fear of missing out) may generate anxiety for most of social network addicts and a growing part of the population. Instead of awakening people to present instant like gongs, social notifications sounds are diverting them from reality. This video is generated with the exact motion of the area around my mouse while scrolling one of my social network.

    FOMOUSE is a cartography of panic. Generated from the artist’s actual mouse trajectory during a compulsive scroll session on a social platform, the video documents what the body does under algorithmic pressure. What we see is blur—interface, text fragments, play buttons, numbers. What we hear is worse: notification sounds distorted into temple gongs, and a heartbeat that speeds up with every scroll.

    The effect is claustrophobic. Information overload. No breath. The images no longer communicate—they accumulate. The viewer feels the weight of FOMO not as a concept, but as a somatic tremor, pulsing through visual saturation.

    Rather than simulate the internet, FOMOUSE replicates its physical cost: the anxiety of missing out, the dopamine crash, the illusion of presence. There’s no end, no climax. Only motion. Only dread.
    You are not browsing. You are being browsed.

  • Lacrima Rea

    Microscopic Lacrima x Coins shape x Rain / Tears x Stars

    Les réseaux sociaux génèrent d’immenses profits pour leurs propriétaires, mais bien souvent une profonde tristesse pour leurs utilisateurs. À la manière d’une spirale à la Modern Times, les « lacrima coins » tournent encore et encore, avant de revenir inlassablement à leur point de départ. Des études scientifiques ont montré que chaque larme observée au microscope possède une structure unique selon l’émotion qui l’a produite.

    Quatre disques rotatifs — à première vue, des pièces antiques. Mais dans Lacrima Capital, il ne s’agit pas de monnaies impériales. Ce sont des larmes humaines vues au microscope, cristallisées et classées selon l’émotion qui les a façonnées : chagrin, colère, soulagement, impuissance.

    Inspiré d’études scientifiques réelles révélant que chaque type de larme laisse une empreinte moléculaire distincte, Clear Shadows transforme ces résidus invisibles en jetons circulants — gravés de souffrance, mis en rotation comme des engrenages. Le mouvement mécanique est accompagné du son d’une pluie continue : non pas apaisante, mais orageuse, oppressante.

    Ces « pièces-larmes » incarnent la manière dont les réseaux sociaux capitalisent les émotions : le chagrin devient signal, la vulnérabilité devient produit, chaque larme un point de données dans une spirale monétisée.

    Le système boucle. Les roues tournent.
    La tristesse alimente la machine.

    Et quelque part, quelqu’un s’enrichit à chaque fois que nous « pleurons ».

    Social networks generate a lot of cash for their owners, but most of the time a lot of sadness for their users. Like a kind of Modern Times spiral, the lacrima coins are turning around and around, before coming back to the same departure position. Scientific studies observed that each microscopic view of a lacrima has specific forms depending on the cause of the tears.

    Four rotating discs—at first glance, ancient coins. But in Lacrima Capital, these aren’t currencies of empire. They are microscopic views of human tears, crystallized and categorized by the emotions that shaped them: grief, rage, relief, helplessness.

    Inspired by real scientific studies revealing that each type of tear leaves a distinct molecular imprint, Clear Shadows transforms these invisible residues into circulating tokens—engraved with suffering, spun like gears. The mechanical rotation is accompanied by the sound of rainfall, evoking not comfort but a storm of exploitation.

    These “lacrima coins” echo the capitalization of emotion by social networks: sorrow becomes signal, vulnerability becomes product, every tear a data point in a monetized spiral.
    The system loops. The wheels turn. The sadness feeds the machine.

    And somewhere, someone gets richer every time we « cry ».

  • Winter is coming

    Data cloud mapping

    Ink on paper – 30 x 40 cm

    Comme un flash lumineux ou un volcan en éruption, ce dessin repose sur la cartographie réelle des centres de données mondiaux et des flux entre les principales infrastructures de stockage cloud.

    Apparaissant comme un glacier fracturé, un éclair ou une cicatrice neuronale, Winter Is Coming trace la géographie concrète du cloud et des data centers à l’échelle planétaire. Chaque ligne représente un flux de données, chaque nœud un point d’hyper-concentration — presque toujours localisé dans le Nord global.

    Le résultat est à la fois abstrait et glaçant : une cartographie de la fragilité numérique, qui révèle l’architecture invisible soutenant notre quotidien connecté. Sous la métaphore hivernale se dissimule un avertissement discret : à mesure que les tensions géopolitiques s’intensifient et que les monopoles d’infrastructure se renforcent, ce réseau devient un point de pression — non seulement pour le stockage, mais pour le contrôle, la vulnérabilité, l’opacité.

    Winter Is Coming évoque à la fois l’effondrement et la consolidation. À l’heure de l’angoisse climatique et de l’accélération technologique, l’œuvre nous rappelle que même le cloud a une géographie — et qu’elle est tout sauf équitable.

    Like a flash light or erupting volcano, this drawing is based on main cloud storage and data centers positionnings and data flows between them.

    Appearing like a fractured glacier, a flash of lightning, or a neural scar, this drawing traces the real-world geography of cloud storage and global data centers. Every line represents a data flow, every knot a point of hyper-concentration—most often in the global North.

    The result is both abstract and chilling: a cartography of digital fragility, revealing the invisible architecture that powers our daily lives. Beneath the metaphor of winter lies a quiet warning: as geopolitical tensions rise and infrastructural monopolies grow, this network becomes a pressure point—not only of storage, but of control, vulnerability, and opacity.

    Winter Is Coming echoes both collapse and consolidation. In the age of climate anxiety and techno-acceleration, it reminds us that even the cloud has a geography—and it is not evenly distributed.

  • Gluetton

    Mobile notification x Artist hands while scrolling x Flash Lights

    Ce glouton est une vidéo miroir de mes propres mains en train de scroller indéfiniment les fils d’actualité des réseaux sociaux. Récompenses sociales, murs infinis, notifications : ces mécanismes, inventés par les concepteurs des plateformes, sont les outils les plus efficaces pour capter la bande passante mentale et maintenir les utilisateurs captifs — générant ainsi des profits colossaux.

    Le monstre ne dort jamais très longtemps.
    Il s’éveille dès que les notifications s’emballent.

    Comme une entité vorace, The Glutton se nourrit du geste répétitif, de la tension musculaire, de la dépendance gestuelle. Ce n’est pas l’écran qui est filmé, mais ce qu’il fait au corps — aux mains qui glissent, se crispent, cliquent sans fin.
    La vidéo reflète moins une activité que sa ritualisation : un automatisme sans contenu, une chorégraphie imposée par l’économie de l’attention.

    Ce glouton, c’est le miroir de notre fatigue numérique.
    Et il grossit à chaque scroll.

    This glutton is a mirroring video of my hands while scrolling indefinitely social networks walls. Social rewards, infinite walls and notifications, invented by social networks creators are the best ways to capture brain bandwith and keep people glued to their services and thus generate cash massively. Like a monster this glutton awakes once notifications accelerate.

  • Nomophobia

    Tears / rain drops x Aspiration x Anxiety breath

    Nomophobia désigne cette angoisse contemporaine : la peur d’être séparé de son téléphone mobile.

    Cette installation vidéo simule un état de suffocation anxieuse. À première vue, la surface semble paisible — des gouttes de pluie glissent lentement sur une vitre. Mais à mesure que la boucle progresse, la respiration au centre devient irrégulière, presque convulsive. Ce qui était calme se transforme en une inspiration syncopée, accélérée. Un monstre silencieux — ni présent, ni visible — semble aspirer tout vers le vide. Les gouttes deviennent des larmes, le rythme devient détresse.

    Le titre fait écho à une pathologie moderne : l’absence de téléphone devient un manque émotionnel, comme une extension du soi perdue. L’œuvre explore les signes précoces de cette dépendance, à travers ses manifestations physiques : souffle, humidité de la peau, pulsation. On anticipe la panique avant même qu’elle n’explose.

    Le centre, qui respire comme un poumon mécanique, incarne l’illusion de sécurité que procurent ces objets qui gouvernent désormais notre calme.
    Mais ce souffle, devenu court et rapide, rappelle une vérité :
    Même dans la poche, le téléphone ne suffit pas.

    Nomophobia is a kind of fear of being separated from its mobile phone

    This video installation simulates a state of anxious suffocation. At first glance, the surface appears peaceful—raindrops softly clinging to a windowpane. But as the loop progresses, the breathing at the center becomes erratic, almost convulsive. What was calm becomes an accelerated, syncopated inhale. A silent monster—neither present nor visible—seems to pull everything toward the void. The drops become tears, the rhythm becomes distress.

    The title « Nomophobia » refers to the modern pathology of being without one’s phone—an emotional void, an extension of the self gone missing. This piece explores the early signs of that dependency, through physical manifestations: breath, skin moisture, pulse. We anticipate the panic before it unfolds.

    The center, which breathes like a mechanical lung, embodies the illusion of safety granted by devices that now govern our calm. But the breath, sped up and shallow, makes it clear: even in our pocket, the device is never enough.

  • Puppets

    Magnetic motion x dancing antic statues x brownian motion x disk sound

    Ces marionnettes métalliques suspendues s’inspirent des statues antiques et sont animées par des aimants, produisant un mouvement de rotation chaotique et aléatoire. Leur agitation mécanique, imprévisible, crée une chorégraphie de proximité sans contact.

    À l’image des réseaux sociaux, ces figures interagissent à distance : elles s’approchent, s’influencent, s’observent — mais ne se touchent jamais. Chacune reste enfermée dans son axe, comme dans une bulle algorithmique.

    L’œuvre met en scène l’illusion de lien : une société de silhouettes agitées, connectées sans intimité, actives sans ancrage.
    Le mouvement est continu, mais stérile.
    Comme si le chaos social était devenu une fonctionnalité.

    These hanged metallic puppets are inspired from antic statues and are animated thanks to magnets, thus creating a chaotic random rotation motion. Like for social networks, puppets have distant interactions and can not touch each others.

  • Bubbles

    Deep diving x mobile notification x Gun shot x Flash lights

    Les notifications mobiles peuvent rendre fous, anxieux, dépressifs… Les individus y cherchent des récompenses sociales, des connexions, un signe qu’ils existent aux yeux des autres — mais restent souvent désespérément seuls face à leur écran.

    Dans cette œuvre, des bulles d’air isolées flottent aléatoirement vers la surface, comme autant d’attentes suspendues. À chaque explosion de notification, une bulle éclate : fragile, fugace, inaudible… jusqu’à ce que le rythme s’emballe.

    Plus la scène plonge, plus les notifications s’accélèrent, jusqu’à ce que leur son se métamorphose en détonation sèche — un coup de feu. Ce crescendo sonore marque la bascule : la recherche de lien se retourne en violence, la connexion promise devient attaque.

    Ce n’est plus une interface.
    C’est un espace de tension.
    Et chaque ping est une pression de plus dans la chambre close de la solitude numérique.


    Mobile notifications may make people crazy, anxious, depressed…they are seeking for social rewards and connections but often remain desesperatly alone in front of their screens. Isolated air bubbles are floating randomly towards surface once mobile notifications burst. Whereas the scene is diving deeper and deeper, notifications accelerate till transforming their sound into a gun shot.

  • I hate you

    Main hatred sentences x storm x synthetic voice

    Les réseaux sociaux sont aujourd’hui l’un des principaux terrains d’expression de la haine — souvent sous couvert d’anonymat. Ils permettent aux haters de se répandre sans filtre, sans conséquences immédiates, dans un espace conçu pour maximiser la diffusion, pas la responsabilité.

    Insultes, menaces, harcèlement, diffamation : cette haine en ligne engendre des conséquences bien réelles — maladies psychiques, dépressions, suicides, ruptures, violences, radicalisations. Ce qui hier aurait été contenu dans des cercles privés ou désamorcé par la distance, devient aujourd’hui viral, amplifié par les algorithmes et la logique du buzz.

    La haine ne naît pas des réseaux sociaux.
    Mais elle s’y propage comme un incendie dans une structure prévue pour brûler vite.

    Les plateformes ne sont pas neutres : elles facilitent, amplifient, monétisent cette violence émotionnelle.
    Ce ne sont pas seulement des outils. Ce sont des accélérateurs de catastrophe sociale.
    Et chaque commentaire haineux partagé, chaque « like » sous un contenu toxique, alimente une machine qui transforme la douleur humaine en flux.

    Social networks are one of the main places where haters can express themselves, often anonimously, causing sickness, depressions, suicides, conflicts,…Hatred spread rapidly, creating social disasters and may not have occured without social networks as facilitators.

  • Faketrue people

    Encre sur papier

    Gravure sur Plexiglas & Led

    28 masks inspired by deep fake faces

    Ink on paper – 30 x 40 cm

    Ces 28 masques forment une galerie silencieuse d’identités générées — et immédiatement vidées de leur humanité. Produits à partir de visages synthétiques créés par intelligence artificielle (deep fake), ils présentent d’abord une illusion troublante de réalisme : proportions parfaites, lumière flatteuse, visages crédibles. Mais chaque regard a été effacé, chaque bouche éliminée, chaque oreille gommée. Il ne reste que des enveloppes.

    Ce processus d’annulation transforme l’image en masque : ce n’est plus un portrait, c’est une façade. Sans organes sensoriels, ces figures ne voient rien, n’entendent rien, ne parlent pas. Elles incarnent l’ère post-relationnelle où la ressemblance suffit, et où l’émotion est simulée sans origine.

    L’œuvre interroge : que reste-t-il d’un visage quand on lui retire la possibilité d’interagir ? Que devient une humanité sans échange, sans mémoire, sans altérité ? Ces masques sont beaux, peut-être. Mais ils ne nous regardent pas. Ils nous ignorent. Comme les algorithmes qui les ont créés.

    These faces have been conceived first thanks to an artificial intelligence able to generate randomly real-like faces of non existing people; then eyes, mouth, noses and ears have been removed for the final version of the drawing.

    Drawing & graving on plexiglass – 30×20 cm

  • Modern Times

    Boehringer metabolics

    Drawing – 40×40 cm

    Ce fragment réinterprété de la célèbre carte métabolique Boehringer ne vise plus à expliquer, mais à désorienter. Ce qui, dans le schéma original, représentait l’élégance et la précision des processus biochimiques devient ici une architecture close, en surcharge, sans issue. Les chemins de transformation du glucose, de l’ATP, ou des acides aminés semblent tourner à vide, piégés dans des boucles auto-référentielles.

    Le clin d’œil au film Modern Times de Chaplin n’est pas anodin : dans cette œuvre aussi, l’humain est absorbé par une mécanique trop grande pour lui, broyé par le rythme d’une chaîne de production. Ici, c’est la cellule elle-même qui devient usine. Le vivant n’est plus mouvement, mais maintenance. L’énergie ne circule plus — elle stagne, ou s’épuise à reproduire des motifs absurdes.

    Certaines spirales s’ouvrent comme des vertiges. D’autres s’enroulent sur elles-mêmes jusqu’à l’asphyxie. Le corps est toujours là, quelque part — mais il ne fonctionne plus : il gère, il corrige, il compense. Et dans ce réseau en surcharge, c’est l’idée même de finalité biologique qui s’effondre.

    Une cartographie de la fatigue. Un diagramme de la survie automatique.

    Boehringer matrix is a kind of chemical explanation of life and metabolics

    This piece reinterprets a section of the Boehringer metabolic chart, a scientific diagram meant to represent the chemical reactions at the core of life. But here, the elegant precision of biochemistry is stripped of clarity—turned instead into a chaotic grid of repetitions, spirals, dead ends, and closed circuits.

    The title nods to Charlie Chaplin’s iconic film, where man is crushed under the weight of industrial rhythm and mechanized labor. Similarly, this metabolic labyrinth reflects a form of modern biological alienation: life processes reduced to loops, human movement trapped in invisible pathways, and purpose buried beneath over-optimization.

    Some spirals here don’t end. Others regress. Amidst the pseudo-functional architecture, the shapes betray confusion rather than flow—entropy instead of energy. The system is alive, but barely breathing.

  • Chemical happiness

    Dopamine synthesis process

    Ce dessin reproduit avec minutie les étapes complexes de la biosynthèse de la dopamine — depuis la tyrosine jusqu’à la molécule finale. Mais ce n’est pas une simple illustration scientifique. C’est une cartographie politique et émotionnelle. Car aujourd’hui, cette voie biochimique ne relève plus uniquement de la neurobiologie : elle est exploitée, instrumentalisée, industrialisée.

    La dopamine est devenue l’un des leviers majeurs de l’économie de l’attention. Chaque “like”, chaque notification, chaque micro-interaction dans une application est conçu pour provoquer ce pic de récompense, cette micro-jubilation qui incite à rester connecté, à revenir, à consommer. Sans stratégie de stimulation dopaminergique, aucune plateforme ne tiendrait.

    Ce schéma moléculaire est donc aussi un plan d’attaque — celui des UX designers, des ingénieurs en captologie, des entreprises qui modèlent nos comportements via ces circuits primitifs. En activant dopamine et noradrénaline, ils ne se contentent pas de susciter du plaisir : ils pilotent nos états mentaux, notre vigilance, notre capacité à apprendre ou à mémoriser.

    Ce dessin, apparemment neutre, devient ainsi une image à double fond : à la fois miracle biologique et carte d’exploitation. Une machine à désir, détournée.

    This drawing is representing the complex synthesis of the dopamine molecule. Dopamine stimulation is a key element in the user experience optimisation for mobile and service applications providers. This is obvious that without a dopamine shot control strategy, social networks won’t be what they are. Dopamine and noradrenaline are crucial neuromodulators controlling brain states, vigilance, action, reward, learning, and memory processes.

  • The Bride

    One tier of teenagers may feel depressed after having checked their favorite social network which is just the perfect place for perfect people sometimes with perfect hairs. This hairy bride is also echoing and inspired by a real brownian motion where particules are colliding randomly.

    Drawing & engraving on plexiglass – 30×20 cm

  • Arthropod.e

    Hand x radiography x mobile addiction disease

    Ce dessin, inspiré d’une radiographie réelle, révèle une main qui n’est plus outil mais symptôme. Les lignes osseuses sont fidèles, mais la zone centrale — celle qui relie pouce et index — est marquée, soulignée, comme si elle brûlait d’un usage trop intense. Ici naît l’arthrite du XXIe siècle : non pas liée à l’âge, mais à l’interface.

    Des scientifiques alertent sur cette nouvelle forme de pathologie articulaire, provoquée par la surutilisation des smartphones. Ce n’est plus l’outil qui épouse la main, mais la main qui se déforme pour s’adapter à l’objet. Le pouce s’épaissit, l’index se crispe, la paume se courbe. Chaque jour, des heures de scroll, de tapotements et de positions statiques entraînent micro-traumatismes, inflammation et douleurs chroniques.

    L’image ne montre pas une main malade, mais une main transformée. L’arthrite devient ici une écriture — un signal gravé dans l’os de notre rapport au numérique. Le squelette épouse l’objet, jusqu’à s’y fondre. La technologie devient non seulement un prolongement, mais une altération du corps.

    Ce dessin, anatomique et critique, n’interroge pas la dépendance, mais ses traces physiques. Ce n’est plus la main humaine. C’est la main modifiée par usage. Une prothèse inversée, où l’outil déforme l’organique.

    Some scientists discovered a new kind of hand arthritis, caused by mobile phone addiction and time spent on such heavy mobile devices. This drawing made is inspired from a hand radiography with a special focus on the arthritis zone. Moreover in some cased it appears that some fingers may be distorted by mobile phone shapes.

  • Give me Five

    Amoeba x Hand

    Drawing – 30×20 cm

    En 1965, aux États-Unis, l’amoeba Naegleria fowleri fit les gros titres : une entité microscopique, invisible à l’œil nu, capable de remonter les nerfs olfactifs jusqu’au cerveau pour le consommer, littéralement. En quelques jours, elle détruisait la matière cérébrale, provoquant des décès brutaux, une trentaine cette année-là. Une horreur biologique.

    Aujourd’hui, cette figure revient — métaphoriquement — sous une forme bien plus sophistiquée : services numériques “gratuits”, scroll infini, notifications en rafale. Ce ne sont plus les eaux tièdes de lacs stagnants qui abritent la menace, mais nos poches, nos flux, nos interfaces. L’ennemi n’a plus de membrane : il est codé, designé, optimisé pour capter notre bande passante mentale.

    Les plateformes qui ont permis l’essor d’internet ne connectent pas — elles consomment. Elles creusent le cortex à coup de récompenses aléatoires, de stimuli visuels, de cycles d’engagement. Ce n’est plus une amibe : c’est une architecture comportementale. Une nouvelle espèce parasitaire, invisible et acceptée. Le cerveau ne fond plus par infection, mais par dissociation, surcharge et distraction constante.

    In 1965 in the U.S. there were a dangerous Amoeba bacteria that eat brains and caused more than 30 deaths. Arise of internet is made possible thanks to brain bandwith eater services.

  • Home Flowers

    GPS tracks x Binary sentence x Flower

    Drawing – 30×20 cm

    À première vue, une fleur stylisée, délicate. Mais celle-ci ne pousse pas dans la terre : elle éclot sous la surveillance. Chaque pétale est un tracé GPS — les trajets réels, quotidiens, automatisés de l’artiste autour de son domicile, captés sans consentement explicite par une application de cartographie.

    Le cœur de la fleur — dense, anguleux, presque blessé — révèle l’attraction gravitationnelle du foyer : des boucles répétées, des allées et venues banales devenues structures de données. En arrière-plan, à peine perceptible, une phrase binaire tourne en boucle : un script fantôme de collecte silencieuse, tapie dans l’infrastructure numérique du quotidien.

    Ce qui semble être une abstraction florale est en réalité un diagramme médico-légal de la capture digitale.
    L’œuvre pose une question urgente :
    Et si nos gestes les plus ordinaires, nos habitudes anodines, nos trajets oubliés, ne nous appartenaient plus — devenus des ombres monétisées ?

    Oui, la fleur a éclos.
    Mais elle a poussé dans une serre de contrôle.

    My daily GPS paths around my home for a few days. G. maps spyed me for years without my explicit consent.

    At first glance, a stylised, delicate flower. But this one doesn’t grow in soil—it blossoms from surveillance. Each petal is a GPS path: the real-world, automatic traces of the artist’s movements around their home, tracked without explicit consent by a mapping app.

    The central core—dense, angular, almost wounded—maps the gravitational pull of home, repeated daily routes spiralling around it. The background, barely visible, is a binary sentence encoded endlessly: a ghost script of data collection, quietly running in the background of modern life.

    What looks like floral abstraction is, in fact, a forensic diagram of digital capture. The artwork confronts the viewer with a pressing question: what if our daily gestures, the most banal habits, the walks we don’t even remember, are no longer ours—but monetised shadows? The flower has bloomed, yes—but it’s one grown in a greenhouse of control.

  • Gafaholic

    Gafam letters mapping

    Drawing 30 x 40 cm

    Dans gafaholic, un enchevêtrement de lignes fines et continues semble dessiner un chaos abstrait, organique et indéchiffrable. Pourtant, derrière ce désordre apparent, se cache une structure méthodique : l’artiste a disposé les 26 lettres de l’alphabet autour d’un cercle, puis relié les lettres successives formant les noms des cinq géants du numérique — Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft — les « GAFAM ».

    Le résultat visuel est une cartographie mentale et obsessionnelle, une calligraphie du pouvoir algorithmique. Chaque ligne est une trajectoire, chaque boucle un nom propre devenu sigle, chaque croisement une interférence dans notre quotidien numérique. Ces noms sont partout, mais illisibles ici — ils perdent leur lisibilité pour devenir forme pure, intrusion esthétique.

    Ce qui frappe, c’est l’effet de dépendance implicite : le geste répétitif de tracer les lettres des GAFAM, leur interconnexion circulaire, traduit une obsession contemporaine. On ne lit plus « Google », on tourne autour. L’œuvre devient ainsi un portrait inconscient de l’utilisateur moderne : pris dans une boucle comportementale, hypnotisé par les géants qu’il alimente.

    gafaholic n’est pas seulement un mot-valise. C’est un diagnostic graphique.

  • Vibrations

    Fly me to the moon – Sinatra

    Un projectile encré de colorant E133, contraint dans un espace réduit, vibre sous l’effet des basses d’une musique. Le son ne reste plus immatériel : il devient choc, déplacement, dépôt, empreinte. Chaque feuille enregistre une séquence physique où la vibration sonore met en mouvement un projectile chargé de matière. L’image obtenue n’est ni dessinée à la main, ni composée au sens classique : elle résulte d’un protocole instable, à la frontière de la partition, de l’expérience mécanique et de l’accident pictural.

    Les tracés, éclaboussures et concentrations d’encre traduisent les variations d’intensité, les ruptures, les rebonds et les résistances rencontrées par le projectile. La musique agit comme un moteur invisible. La feuille devient une surface d’enregistrement, presque un capteur analogique, où les basses inscrivent leurs secousses sous forme de formes organiques. La couleur peut changer d’une œuvre à l’autre, mais le principe demeure : convertir une énergie sonore en trace visuelle.

    La série interroge ce passage d’un régime à l’autre : du son vers l’image, de la vibration vers la matière, de l’écoute vers l’empreinte. Ce qui apparaît sur le papier est moins une représentation de la musique qu’un résidu de son passage, une cartographie imparfaite de ses forces.

  • La bibliothèque

    Couch x loneliness x Parcels x Librairy

    Dans un décor évoquant les grands salons littéraires télévisés, presque à la manière d’Apostrophes, le canapé devient ici le véritable sujet. Son creux central, marqué par une présence absente, garde la trace d’un corps installé longtemps, entre confort, immobilité et solitude. Derrière lui, la bibliothèque ne contient plus de savoirs mais des cartons de livraison plats, substituts silencieux des livres. L’image fait basculer l’univers de la culture vers celui de la consommation et de la logistique, comme si l’économie du canapé avait peu à peu remplacé l’échange, la lecture et la vie sociale par l’attente, la réception et le repli.

  • The Price of Progress

    Obesity – Air quality – Biodiversity – Sedentarite – Loneliness – Pesticides x Major turnovers – Screen Time – Industry growth x Barcodes

    Cette image réunit six codes-barres aux intitulés marketing volontairement séduisants, Blue Oceans, Green Powder, Genious, Good Smell, Food for Life et Moove, comme autant de produits prêts à être vendus. Chacun superpose deux ou trois séries statistiques observées sur une vingtaine d’années : temps d’écran et solitude, chiffre d’affaires mondial des pesticides et indice de biodiversité, temps d’écran et performances cognitives, qualité de l’air, consommation énergétique de l’industrie et parc automobile, taux d’obésité et chiffre d’affaires de l’industrie agroalimentaire, chiffre d’affaires des GAFAM et niveau de sédentarité. La couleur, son intensité, la largeur ou l’espacement des bandes traduisent des données précises et leurs évolutions, mais la proximité graphique ne constitue jamais une preuve de causalité. L’image expose au contraire la facilité avec laquelle des séries distinctes peuvent être rapprochées, normalisées, interpolées et transformées en récit convaincant. Les données longues sont rarement parfaitement homogènes : les méthodes d’enquête changent, les définitions évoluent, certaines années sont manquantes, les périmètres géographiques ou industriels se déplacent et les indices peuvent être recalculés pour produire une lecture plus spectaculaire. Sous l’apparente objectivité du code-barres, les chiffres deviennent ainsi une matière plastique, susceptible d’être ordonnée pour suggérer presque n’importe quelle relation. Les noms commerciaux renforcent cette ambiguïté : ils promettent l’intelligence, le mouvement, la pureté ou la vitalité tandis que les séries représentées décrivent la dégradation cognitive, sanitaire et environnementale. Référence directe à la standardisation marchande, le code-barres relie ces phénomènes à une économie capitaliste qui mesure, classe et transforme chaque comportement, chaque ressource et chaque symptôme en valeur échangeable. L’image ne prétend pas démontrer que la croissance de ces industries provoque mécaniquement les dégradations observées ; elle montre plutôt comment la statistique, le marketing et la visualisation peuvent produire une apparence de vérité, masquer leurs propres limites et convertir des crises complexes en objets simples, lisibles et consommables.

  • Water drops 102, 133, 466

    E 102 x E 133 x E 466 in water drops

    Cette image organise une grille de plus de 400 gouttes réalisées à partir d’eau et de colorants alimentaires, dosés à des concentrations variables. Produite avec moins de dix gouttes de mélange seulement, elle déploie pourtant un champ visuel d’accumulation, de prolifération et de dissémination. Chaque goutte est d’abord posée comme une forme ronde, presque parfaite, à la manière d’un relevé méthodique ou d’un protocole quasi scientifique. Mais au contact du papier, cette apparente stabilité se trouble aussitôt : la matière s’imprègne, se diffuse, se déforme, ses contours se modifient, comme si la forme se fragmentait de l’intérieur, à la manière d’une propagation dans un corps. La classification rigoureuse de l’ensemble entre ainsi en tension avec le comportement instable du liquide, qui échappe toujours partiellement au contrôle. Les teintes obtenues à partir des additifs E102, E133 et E466 renvoient au monde de la nourriture industrialisée, de la chimie ordinaire et de l’ingestion banalisée, tandis que l’eau, support vital, apparaît ici comme un milieu traversé par des substances qui la colorent, l’altèrent et la contaminent symboliquement. L’image met en relation pollution de l’eau et transformation de l’alimentation, en montrant comment une quantité infime de matière peut produire un effet étendu, diffus et durable. Le nombre, ici, est central : 400 formes, c’est l’accumulation devenue visible, presque comptable, presque clinique, mais aussi la répétition silencieuse de micro-altérations qui finissent par composer un paysage global d’imprégnation.

  • Hard rubbish

    Polystyrene rubbish x cement
    Cette sculpture naît d’un fragment de polystyrène trouvé dans la rue, rebut banal issu de la protection industrielle des objets et immédiatement destiné à l’abandon. Sa forme creuse, pensée pour épouser un produit aujourd’hui absent, devient le moule involontaire d’un volume en ciment blanc. Le négatif léger, fragile et presque sans valeur se transforme ainsi en masse minérale dense, durable et difficile à déplacer. La pièce associe deux matériaux emblématiques de la production contemporaine : le polystyrène, plastique issu de ressources fossiles, persistant dans l’environnement et susceptible de se fragmenter en particules, et le ciment, dont la fabrication exige de très hautes températures et libère d’importantes quantités de dioxyde de carbone. Ce passage du vide au plein ne répare donc pas le déchet, il le monumentalise tout en reproduisant une autre forme de pollution. La précision géométrique du moulage conserve la mémoire d’un objet industriel disparu, sans révéler sa fonction initiale. Le ciment enregistre chaque cavité, chaque renfort et chaque contrainte conçus uniquement pour le transport et la protection d’un produit de consommation. En réunissant plasturgie, emballage jetable et matière de construction, la sculpture expose aussi l’impasse du recyclage lorsque les matériaux sont souillés, cassés, collés ou associés. Leur séparation devient complexe, coûteuse et parfois impossible, tandis que leur durée d’existence dépasse largement celle de l’objet qu’ils devaient servir. La forme blanche, apparemment neutre et minimale, condense ainsi une chaîne invisible d’extraction, d’énergie, de transport et de déchets. Ce qui devait disparaître après quelques minutes d’usage acquiert ici la solidité d’un vestige archéologique, comme si notre époque ne laissait derrière elle que les empreintes minérales et plastiques de ses systèmes logistiques.

  • Shy

    Shy B77 , arbres du bois de Boulogne

    Bois Boulogne, semi-aléatoire

    Bois de Boulogne

    Bois Boulogne, semi-aléatoire

    Quand c’est l’IA qui décide et exécute…

    Shy crowns from various forests x Circuits assembling

    Ces images, sous forme de planches contacts, recompose une couronne de timidité à partir de canopées de forêts, fragmentée puis réorganisée en 100 photos. Le phénomène désigne ces espaces étroits que certaines cimes maintiennent entre elles, comme si les arbres refusaient le contact direct de leurs feuillages. Ses causes restent discutées, entre frottement des branches sous l’effet du vent, compétition pour la lumière et limitation de la circulation des parasites. Ici, cette distance biologique devient une bulle d’intimité, une frontière souple qui protège chaque présence sans l’isoler entièrement. Les arbres perçoivent l’autre, ajustent leur croissance et construisent collectivement une séparation qui n’a besoin ni de mur ni de règle visible. Le ciel apparaît alors moins comme un fond que comme un réseau actif, composé de passages, de bifurcations, de clairières et d’impasses. La recomposition cherche à rendre perceptibles ces circuits naturels, habituellement dispersés dans le regard et difficiles à saisir dans leur globalité. Le quadrillage confronte l’organisation humaine à la complexité du vivant, sans parvenir à la réduire à une logique parfaitement régulière. Les variations de lumière, d’essences, de densité et de forme rappellent qu’aucun fragment de nature n’est véritablement interchangeable. Quelques oiseaux, presque perdus dans l’étendue, signalent une présence animale devenue rare et fragile au sein de cette architecture végétale. Leur discrétion renforce le silence du ciel et la sensation d’un écosystème observé à distance. La grille transforme la canopée en labyrinthe, mais un labyrinthe sans centre, sans sortie imposée et sans itinéraire unique. Chaque ouverture devient une possibilité de circulation, chaque rupture de feuillage une respiration. La beauté de la nature tient ici autant à ses formes visibles qu’à ses stratégies invisibles de coexistence, d’évitement et d’adaptation. Cette tentative de recomposition ne cherche pas à corriger le vivant, mais à montrer combien son désordre apparent contient déjà une intelligence spatiale, relationnelle et collective.

  • Smile Autopsy

    Smile x radiography
    Cette image décompose un sourire, celui de son auteur, en cent instants successifs, organisés selon une grille régulière qui transforme un mouvement familier en protocole d’observation. La bouche s’entrouvre, découvre progressivement les dents, atteint une expression maximale, puis se referme jusqu’à retrouver son état initial. Le traitement bleuté, proche de la radiographie, retire au visage sa chaleur naturelle et donne aux lèvres, aux dents et à la peau l’apparence de structures internes mises à nu. Le sourire n’est plus seulement une manifestation de joie ou de sociabilité, mais un mécanisme anatomique, une succession de contractions et de relâchements que l’image semble examiner avec une précision clinique. L’absence du regard et du reste du visage empêche pourtant d’identifier clairement l’émotion exprimée. Le sourire devient un signe autonome, potentiellement sincère, forcé, commercial ou automatique. La répétition des cases rappelle les planches scientifiques, les séquences chronophotographiques et les dispositifs contemporains d’analyse faciale. Chaque fragment paraît presque identique au précédent, mais les microvariations révèlent la complexité d’un geste que nous percevons habituellement comme immédiat. En isolant et en refroidissant cette expression humaine, l’image interroge la frontière entre émotion vécue, performance sociale et donnée biométrique. Le sourire devient simultanément corps, masque, mouvement et information mesurable.

  • Squared

    Quatre figures vêtues de blanc se tiennent debout, de dos, chacune enfermée dans une structure métallique presque identique. Les cages dessinent des volumes orthogonaux qui transforment les corps en unités mesurables, classables et reproductibles. Leur géométrie évoque tour à tour le bureau, la cabine, le casier, l’architecture standardisée et la grille numérique. Aucun verrou n’est visible, mais l’immobilité des personnages suffit à rendre l’enfermement manifeste. Les variations de hauteur et de position donnent l’illusion d’une individualité, alors que le dispositif impose partout la même posture et la même contrainte. Le blanc des vêtements se confond avec celui de la galerie, comme si les identités avaient été progressivement neutralisées. À l’inverse, les lignes noires découpent brutalement l’espace et rendent chaque limite immédiatement perceptible. Les personnages ne se regardent pas, ne communiquent pas et semblent ignorer la proximité des autres. Cette solitude collective rappelle les formes contemporaines d’isolement produites par le travail, les écrans, les procédures et l’organisation rationnelle des comportements. Le carré devient ici moins une forme qu’un principe de gestion, une manière de réduire le vivant à une place attribuée. Chaque corps paraît correctement rangé, mais cette organisation impeccable contient une violence silencieuse. L’installation interroge ainsi les systèmes qui promettent efficacité, protection et autonomie tout en multipliant les cadres invisibles. Les cages pourraient être physiques, mentales, sociales ou algorithmiques, sans que leur effet soit fondamentalement différent. La répétition ne fabrique pas un groupe, mais une série d’individus séparés, soumis à la même architecture de contrôle. Squarred donne finalement à voir une humanité mise en cases, présente mais inactive, visible mais déjà transformée en donnée.

  • Ta(â)ches

    Kanban x taches x tâches

    Cette image est composée de fragments de papier marqués au colorant alimentaire, issus de quatre taches initiales totalement aléatoires. Rien n’a été dessiné au départ : la forme naît d’un accident liquide, d’une diffusion incontrôlée, puis d’un patient travail de découpe, de sélection et de réassemblage. Les morceaux rouges, parfois saturés, parfois presque effacés, sont recomposés pour former une seule masse instable, proche d’une cellule déformée, d’un organisme fragile ou d’une cartographie biologique en mutation. L’image tente de structurer le chaos sans le nier : les bords restent irréguliers, les intensités varient, les vides persistent, mais l’ensemble cherche une cohérence globale. Seuls environ 90 % des quatre taches d’origine ont été utilisés, ce qui introduit une contrainte d’adaptation : la forme finale ne vient pas d’un ajout extérieur, elle se construit uniquement avec l’existant, avec ses manques, ses excès et ses accidents. Le jeu entre taches et tâches ouvre aussi une analogie avec le monde du travail contemporain, où il faut trier, hiérarchiser, regrouper, déplacer, recomposer des priorités dispersées pour produire une organisation lisible. La disposition évoque alors un kanban organique, une méthode de planification industrielle contaminée par le vivant, comme si la gestion rationnelle des tâches rencontrait la logique imprévisible de la matière.

  • Plants

    Hybridation x hallucination x Industrial plants


    Cette série d’images reprend l’apparence rassurante des planches de dictionnaire et des encyclopédies botaniques anciennes pour mieux en déplacer le sens. Produites avec l’IA, elles montrent des plantes qui n’existent pas, mais qui paraissent presque plausibles, comme si l’hallucination algorithmique prolongeait les vieux rêves de classification du vivant. Chaque spécimen met en scène une hybridation forcée, où des espèces éloignées se combinent selon une logique de rendement, de sélection et de simplification. Le regard reconnaît des feuilles, des fleurs, des fruits, des gousses, des tiges, puis comprend que l’ensemble relève d’un phénotypage fictionnel, d’une projection visuelle de caractères choisis, retenus, optimisés. L’image emprunte au langage savant de la botanique pour faire apparaître une manipulation du vivant devenue projet industriel. Certaines plantes semblent déjà prêtes à l’emploi, comme si l’agroalimentaire pouvait faire pousser sur un seul plant tous les ingrédients d’un produit ultratransformé, tomate et basilic pour une sauce, cacao et blé pour un gâteau, citron, menthe et canne à sucre pour une boisson. Derrière leur élégance documentaire, ces planches montrent un monde où l’espèce n’est plus héritée mais conçue, corrigée, orientée vers l’usage. Le dictionnaire ancien, autrefois outil de savoir, devient ici le décor d’une nature recomposée, où l’archive, l’hallucination visuelle et l’économie du vivant se confondent dans une même image.

  • Bestiaire

    Fantasy x hallucination x bestiaire

    Cette image rassemble douze chimères comme les fragments d’un dictionnaire disparu, où la science, la fable et l’erreur se confondent jusqu’à devenir une méthode. L’auteur recourt à l’IA non pour corriger ses hallucinations, mais pour les pousser à exceller dans leur propre domaine : fabriquer du vraisemblable avec de l’impossible. Chaque planche emprunte aux anciens bestiaires, aux gravures naturalistes, aux nomenclatures latines et aux planches pédagogiques, mais le savoir qu’elles imitent n’a plus de source stable. Le grand absent est précisément le dictionnaire : il reste la forme de l’autorité, les cadres, les légendes, les coupes anatomiques, les noms savants, mais le contenu s’est détaché de toute vérification. Ces animaux composites semblent issus d’un conte pour enfants, d’un laboratoire victorien et d’un logiciel contemporain ayant trop bien appris les codes de la connaissance. La série rend visible la facilité nouvelle de produire des images crédibles, là où il fallait autrefois du temps, de l’observation, de la gravure, de la classification, des archives et des années de métier. Ce qui demandait un savoir lent devient ici une opération rapide, presque ludique, mais cette vitesse laisse apparaître une inquiétude plus profonde. Les créatures ne sont pas seulement inventées, elles donnent l’impression d’avoir été sélectionnées par un nouvel environnement visuel, où survivent les formes les plus lisibles, les plus séduisantes, les plus immédiatement reconnaissables. L’IA recombine la nature comme une machine de reproduction sans monde naturel, croisant les espèces non selon les lois du vivant, mais selon les probabilités de l’image. La sélection naturelle revient alors sous une autre forme, plus présente que jamais : sélection des motifs, des textures, des signes, des silhouettes, des hybridations capables de retenir le regard. Les chimères deviennent les fossiles anticipés d’un monde où la nature n’est plus observée, mais générée, triée, optimisée et rendue plausible. Leur beauté vient de cette ambiguïté : elles semblent anciennes, alors qu’elles sont radicalement contemporaines ; elles paraissent documentaires, alors qu’elles cartographient l’hallucination. L’accrochage transforme le mur en encyclopédie impossible, à la fois cabinet de curiosités, archive fictive et démonstration froide de la puissance générative. Derrière l’humour apparent des combinaisons animales, l’image interroge la disparition progressive des médiations, des savoir-faire et des autorités qui donnaient forme au réel. Ce bestiaire n’invente pas seulement des monstres, il montre un monde où la fabrication du savoir peut désormais imiter le savoir lui-même, jusqu’à rendre l’absence de vérité presque décorative.

  • En tension

    Cette image assemble des fragments de papier comme les restes d’une expérience physique devenue cartographie mentale. L’encre ne dessine pas directement : elle flotte, dérive, se contracte, exploite la tension superficielle de l’eau avant de se déposer en auréoles, bulles, nappes troubles et accidents organiques et s’écarte lorsque le détergent est apposé. Chaque morceau conserve la trace d’un phénomène instable, entre tache psychique, cellule, brûlure, nuage, prélèvement ou apparition microscopique. Le collage papier sur papier tente ensuite de reprendre la main sur cette matière échappée : les éléments séparés, nés de la sérendipité, sont réorganisés dans un ensemble plus vaste, comme si une pensée cherchait à reconstruire un ordre à partir de fragments incontrôlables. La surface devient alors un territoire ambigu, à la fois scientifique et mental, où l’eau, l’encre et le hasard produisent des formes que l’on reconnaît sans pouvoir les nommer. L’image met en tension deux forces contraires : l’abandon au processus liquide, aux bulles, aux débordements, aux coagulations, et le geste de composition qui classe, espace, rapproche, relie. Elle parle moins d’un motif que d’un état : celui d’une matière dispersée que l’on tente de faire tenir ensemble, d’un chaos intime transformé en constellation fragile.

  • Polyphonie aviaire

    birds x disappearance x bird sounds x ghosts x dust

    Cette sculpture met en scène quatre oiseaux encore debout et deux absences déjà consommées. À l’arrière du support, deux amas de poussière et de fragments blancs signalent la disparition matérielle des deux oiseaux manquants, dont subsistent seulement quelques débris, comme si la disparition s’était produite sous nos yeux. Un bouton intégré au socle déclenche une séquence sonore composée de six cris d’oiseaux, puis la trame se raréfie progressivement pour n’en laisser entendre plus que quatre. Le son traduit ainsi ce que la forme montre déjà, une réduction du vivant, lente, presque ordinaire, mais irréversible. La pièce s’appuie sur le constat, relayé par plusieurs organisations, d’un déclin massif des oiseaux communs en Europe, touchant autant les espèces des villes que celles des champs, sous l’effet de l’agriculture intensive, des pesticides, des traitements chimiques, de l’appauvrissement des milieux, de la raréfaction des ressources alimentaires et du manque de nichoirs en zone urbaine. Parmi les quatre présences restantes, l’une bombe le torse et semble chanter avec assurance, comme si persistait encore une vitalité presque insolente. Une autre, plus aplatie, apparaît fissurée, atteinte dans sa matière même, comme un corps fragilisé de l’intérieur. Deux autres enfin se détournent du spectateur et regardent vers l’arrière, en direction des débris, comme si leur attention se portait moins sur ce qui demeure que sur ce qui a déjà disparu. Par sa simplicité formelle, sa blancheur presque spectrale et l’articulation entre volume, manque et son, la sculpture fait sentir non seulement une disparition statistique, mais une scène de disparition concrète, perceptible, où le vide compte autant que les formes encore présentes.

  • SofIA

    Pro and Anti-AI pitches x Ear and Mouth x Sound x AI generation

    Avec SofIA, une bouche et une oreille se font face comme les deux pôles d’un même système de persuasion. La voix qui s’en échappe n’est pas humaine, mais comme sur toutes les plateformes de text-to-speech elle porte un prénom, une douceur, une présence presque intime. Les discours ont été rédigés par intelligence artificielle au caractère près, après un entraînement préalable par l’auteur, puis contraints, condensés et synthétisés en text-to-speech pour entrer à la seconde près dans le dispositif audio qui ne peut accepter plus de 3 minutes. La bouche diffuse le récit officiel, optimiste, fluide, marketing, celui d’une IA salvatrice, éducative, médicale, productive, capable de rendre l’intelligence abondante. L’oreille répond par un discours plus lucide, attentif aux effets sociaux, cognitifs, écologiques et politiques de cette même technologie. Une seule voix dit ainsi tout et son contraire, avec la même assurance, la même douceur, la même capacité à rendre acceptable n’importe quelle position. La bouche et l’oreille sont des copies de celles de l’auteur, modelées en terre, comme pour rattacher cette parole artificielle à une matière fragile, organique, archaïque. Chaque sculpture comporte un petit trou: le son vient de l’arrière, traverse la cavité, résonne dans le volume, puis s’échappe faiblement. Il faut s’approcher, tendre l’oreille, presque se soumettre au dispositif pour entendre. L’installation met en tension ce qu’il reste d’humain, parler, écouter, douter, comprendre, avec une production entièrement artificielle, calibrée, persuasive, techniquement parfaite. Viviane n’est pas seulement une voix : c’est une présence fabriquée, une autorité sans corps, un double sonore qui emprunte nos organes pour mieux révéler leur possible dépossession.

  • IA fatigue

    AI leader speech x fatigue x blind scripts

    Cette image prend la forme d’une partition inquiète, d’un relevé presque musical où l’encre noire, déposée par gouttes, se diffuse par capillarité dans le papier comme une pensée qui déborde son propre cadre. Le motif n’illustre pas un texte de manière décorative, il en absorbe la charge politique et mentale, celle d’un discours prononcé par l’un des grands dirigeants de la technologie, annonçant la montée brutale de l’intelligence artificielle comme un raz-de-marée déjà en cours. Ce qui se donne ici à voir, c’est la traduction matérielle d’une parole de bascule, une parole qui ne promet plus seulement l’innovation, mais la substitution, l’accélération, l’instabilité. Les points, les micro-amas, les vides et les reprises dessinent une écriture trouée, un langage sous tension, à la fois code, braille, notation et souffle haché. La petite musique qui traverse l’ensemble n’a rien de léger, elle ressemble à la bande-son d’une époque qui s’automatise, où chaque avancée technique impose son rythme, sa cadence, sa discipline. Le support lui-même est attaqué, lacé au cutter, traversé de coupes franches, nettes, sans lyrisme, comme si la surface du papier portait physiquement la violence froide de cette mutation. Ces entailles introduisent une rupture dans la lecture, elles empêchent toute réception lisse, toute adhésion tranquille au récit du progrès. Dans ce champ graphique saturé de signes affleure aussi une résistance contemporaine, celle d’une partie de la jeunesse qui perçoit l’IA non comme une promesse abstraite, mais comme une menace directe sur le travail, l’autonomie, la valeur même de l’effort humain. Le discours triomphant des leaders de la tech rencontre ici sa contre-forme, une matière fragile, perforée, inquiète, où l’annonce du futur apparaît déjà comme une blessure dans le présent.