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Automation Bodies Installation Serie : My Life

Serie : MyLife

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Bodies Serie : My Life Tech for good

PAUSE

Couch x Remote Control x Pause

Le blanc éclaire tout, jusqu’à l’effacement.
La place est encore tiède, creusée, comme si le corps venait de se dissoudre dans la lumière. Rien ne bouge, rien ne parle, et pourtant quelque chose insiste. Une empreinte demeure, molle, silencieuse, irréfutable. Le sujet s’est levé, peut-être pour une absence brève, peut-être pour autre chose. Une pause triviale, ou une fuite plus profonde, indiscernable.

La télécommande repose là, non comme un oubli, mais comme une promesse de retour jamais formulée. Elle attend, inutile, témoin d’un temps suspendu. Le canapé garde la mémoire du poids, de l’abandon répété, de la fatigue accumulée. Ce n’est pas un vide, c’est une trace. Une preuve qu’un corps a choisi l’immobilité assez longtemps pour que le meuble s’y adapte.

Ici, l’absence n’est pas un manque, elle est une forme. Elle s’imprime, elle façonne, elle modifie l’espace. Le sujet n’est plus visible, mais il continue d’agir par ce qu’il a laissé. Une cavité douce, presque accueillante, qui semble attendre que quelqu’un revienne s’y dissoudre à nouveau.

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Automation Bodies Featured Photo Serie : My Life

MyLife

My couch, my desk, my sink, my friends, my home x My loneliness x Blue screens x Cavern Myth

Cette série rejoue le mythe de la caverne, mais en inversant la source de lumière. Ici, ce n’est pas l’écran qui éclaire. En négatif, l’écran devient une masse sombre, presque muette. La vraie émission lumineuse vient du corps lui-même, un corps surexposé, éblouissant, comme s’il avait été converti en signal. L’humain n’est plus celui qui regarde la projection, il devient le projecteur, la batterie, le combustible.

Ce renversement change tout. Le dispositif ne vole pas seulement l’attention, il transforme le sujet en surface lumineuse, en objet visible, en silhouette blanche qui irradie malgré elle. La lumière n’exprime pas une puissance, elle dit une fuite. Elle est l’effet d’une extraction, d’une consommation lente, d’une présence trop sollicitée jusqu’à devenir transparente.

Le face-à-face est d’abord un face-à-face avec soi. Le personnage se tient seul devant une surface qui ressemble à un miroir, mais qui fonctionne comme un écran. Il n’y cherche pas son reflet, il y cherche une version idéale, une ombre parfaite, droite, stable, presque héroïque. Or cette projection n’est pas vraie. Elle n’a ni poids, ni fatigue, ni contraintes. Elle est une vie rêvée, une posture corrigée, une existence qui ne se courbe pas.

En contrepoint, le corps réel est incliné, tête penchée, résigné. Le tech neck apparaît alors comme une écriture du renoncement. Un corps qui cède, qui se plie à l’angle imposé, qui vit en regardant vers le bas, même lorsqu’il est debout. La nuque cassée devient le signe physique d’une soumission douce, quotidienne, sans drame, mais irréversible.

La solitude n’est jamais un décor, c’est le mécanisme. Les espaces sont vides, les interactions impossibles. Même quand plusieurs figures coexistent, elles n’entrent pas en contact. Elles sont côte à côte comme des doubles, des clones, des instances d’un même être séparées par des parois invisibles. Le collectif devient une addition de solitudes lumineuses.

La dominante bleue renvoie à la lumière froide des interfaces, mais ici elle sert surtout à faire ressortir l’éblouissement des corps. Un bleu de veille, de nuit numérique, de pièce fermée, qui encadre des silhouettes trop blanches, presque fantomatiques. La photographie en négatif agit comme une preuve que quelque chose est inversé dans l’ordre des choses, le sujet n’est plus éclairé par le monde, il se consume pour maintenir l’image.

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Moi

Projection x blue screen x couch economy x cavern myth

Un corps assis.
Un canapé réduit à sa fonction minimale.
Un écran, face à lui.

La lumière ne vient pas de l’image. Elle vient d’ailleurs. Invisible, directive, elle projette sans éclairer. Ce qui apparaît sur l’écran n’est pas une représentation fidèle, mais une ombre recomposée, légèrement décalée, déjà séparée de celui qui la produit. Un infime glissement suffit à installer le trouble.

L’homme ne regarde rien d’extérieur.
Il assiste à sa propre projection.

Le corps est lisse, anonyme, sans signes distinctifs. Ni visage, ni regard identifiable. L’individu est là, présent physiquement, mais absent à lui-même. Il ne fait plus face au monde, il fait face à un système qui le lui renvoie sous une forme simplifiée, stabilisée, contrôlée.

Le canapé n’est pas un objet de repos. C’est un dispositif d’arrêt. Il accueille le corps pour mieux le fixer, pour installer la durée, pour rendre l’immobilité acceptable. Le confort devient une condition de la passivité.

L’écran ne raconte rien. Il confirme. Il boucle. Il renvoie l’individu à une version de lui-même déjà traitée, déjà normalisée. L’image ne ment pas, elle réduit.

La scène évoque une caverne sans murs, sans chaînes, sans contrainte visible. Une caverne domestique, douce, volontaire. Ici, l’ombre n’est pas imposée, elle est préférée. Elle rassure. Elle évite la confrontation. Elle protège du réel.

L’œuvre parle d’un basculement silencieux.
Celui d’un monde où l’on ne regarde plus ce qui est, mais ce que le système accepte de projeter de nous.
Une existence vécue par procuration, assise, stable, optimisée.