Catégorie : Serie : Sciences

  • Poussières urbaines

    City and interior dusts

    Cette œuvre rassemble quarante poussières collectées par l’artiste dans la ville et les espaces intérieurs, puis conservées dans des boîtes de Petri selon une classification volontairement pseudo-scientifique. Chaque échantillon est identifié par son origine, mais l’inventaire s’intéresse surtout à sa composition, à son devenir, à sa toxicité potentielle et à son degré d’artificialisation. Poussières de rue, de métro, de chantier, d’atelier, de logement, de meuble, de moquette, de ventilation, de voiture, d’appareil électronique, de rebord de fenêtre ou de commerce constituent les différentes strates de cette collection. On y trouve des fragments minéraux, des fibres textiles, des pollens, des cheveux, des cellules de peau, des suies, des pigments, des microplastiques, des métaux et des résidus chimiques. Ces matières mêlent ainsi le biologique, le naturel, l’industriel et le synthétique jusqu’à rendre leur séparation presque impossible. La poussière devient l’archive microscopique de nos gestes, de nos déplacements, de nos objets, de nos constructions et de nos modes de consommation. Habituellement effacée, aspirée ou rejetée, elle révèle ici ce que nos activités produisent en permanence sans que nous le voyions. Le sale et le déchet ne sont plus considérés comme des catégories fixes, mais comme des matières en attente d’un devenir incertain. Une fois dispersées, où vont ces particules, que contaminent-elles et dans quels organismes finissent-elles par entrer ? Peuvent-elles retourner au sol, se décomposer ou redevenir fertiles lorsque les éléments artificiels sont devenus indissociables des matières organiques ? La plupart de ces poussières restent difficiles à recycler, à valoriser ou même à identifier précisément. Elles forment un résidu hybride, persistant et potentiellement toxique, caractéristique des environnements contemporains. Un fixateur a été appliqué sur chaque prélèvement afin de ralentir sa dispersion et de le faire durer encore un peu plus longtemps. Ce geste de conservation crée un paradoxe : pour préserver ces déchets fragiles, l’artiste ajoute une nouvelle substance artificielle à leur composition. L’œuvre transforme ainsi l’invisible en collection et interroge ce que notre civilisation laisse derrière elle, non sous la forme de monuments, mais sous celle d’une poussière omniprésente, instable et presque impossible à rendre de nouveau vivante.

  • Vibrations

    Fly me to the moon – Sinatra

    Un projectile encré de colorant E133, contraint dans un espace réduit, vibre sous l’effet des basses d’une musique. Le son ne reste plus immatériel : il devient choc, déplacement, dépôt, empreinte. Chaque feuille enregistre une séquence physique où la vibration sonore met en mouvement un projectile chargé de matière. L’image obtenue n’est ni dessinée à la main, ni composée au sens classique : elle résulte d’un protocole instable, à la frontière de la partition, de l’expérience mécanique et de l’accident pictural.

    Les tracés, éclaboussures et concentrations d’encre traduisent les variations d’intensité, les ruptures, les rebonds et les résistances rencontrées par le projectile. La musique agit comme un moteur invisible. La feuille devient une surface d’enregistrement, presque un capteur analogique, où les basses inscrivent leurs secousses sous forme de formes organiques. La couleur peut changer d’une œuvre à l’autre, mais le principe demeure : convertir une énergie sonore en trace visuelle.

    La série interroge ce passage d’un régime à l’autre : du son vers l’image, de la vibration vers la matière, de l’écoute vers l’empreinte. Ce qui apparaît sur le papier est moins une représentation de la musique qu’un résidu de son passage, une cartographie imparfaite de ses forces.

  • The Price of Progress

    Obesity – Air quality – Biodiversity – Sedentarite – Loneliness – Pesticides x Major turnovers – Screen Time – Industry growth x Barcodes

    Cette image réunit six codes-barres aux intitulés marketing volontairement séduisants, Blue Oceans, Green Powder, Genious, Good Smell, Food for Life et Moove, comme autant de produits prêts à être vendus. Chacun superpose deux ou trois séries statistiques observées sur une vingtaine d’années : temps d’écran et solitude, chiffre d’affaires mondial des pesticides et indice de biodiversité, temps d’écran et performances cognitives, qualité de l’air, consommation énergétique de l’industrie et parc automobile, taux d’obésité et chiffre d’affaires de l’industrie agroalimentaire, chiffre d’affaires des GAFAM et niveau de sédentarité. La couleur, son intensité, la largeur ou l’espacement des bandes traduisent des données précises et leurs évolutions, mais la proximité graphique ne constitue jamais une preuve de causalité. L’image expose au contraire la facilité avec laquelle des séries distinctes peuvent être rapprochées, normalisées, interpolées et transformées en récit convaincant. Les données longues sont rarement parfaitement homogènes : les méthodes d’enquête changent, les définitions évoluent, certaines années sont manquantes, les périmètres géographiques ou industriels se déplacent et les indices peuvent être recalculés pour produire une lecture plus spectaculaire. Sous l’apparente objectivité du code-barres, les chiffres deviennent ainsi une matière plastique, susceptible d’être ordonnée pour suggérer presque n’importe quelle relation. Les noms commerciaux renforcent cette ambiguïté : ils promettent l’intelligence, le mouvement, la pureté ou la vitalité tandis que les séries représentées décrivent la dégradation cognitive, sanitaire et environnementale. Référence directe à la standardisation marchande, le code-barres relie ces phénomènes à une économie capitaliste qui mesure, classe et transforme chaque comportement, chaque ressource et chaque symptôme en valeur échangeable. L’image ne prétend pas démontrer que la croissance de ces industries provoque mécaniquement les dégradations observées ; elle montre plutôt comment la statistique, le marketing et la visualisation peuvent produire une apparence de vérité, masquer leurs propres limites et convertir des crises complexes en objets simples, lisibles et consommables.

  • The smiling lab

    Smile birth, biology, psychology, mussels, geometry and marketing x Saas

    Smiling Lab adopte les codes d’une plateforme de diagnostic pour soumettre le sourire à une expertise instantanée. Face à la webcam, une expression brève est captée, décomposée en images, convertie en repères faciaux, en mesures, en courbes et en probabilités. Le logiciel prétend analyser sa morphologie, sa dynamique et ses effets perceptifs, mais aussi révéler ce qu’elle transmet, ce qu’elle dissimule et ce qu’elle pourrait devenir. À partir de quelques secondes de mouvement, il attribue au sourire une typologie, des émotions, un degré de naturalité, une capacité de persuasion, une valeur sociale, professionnelle et marketing. Une manifestation corporelle passagère devient ainsi un profil durable, supposément capable de renseigner la personnalité, l’employabilité, le leadership ou la réussite future. L’œuvre ne cherche pas à établir la véracité de ces résultats, mais à montrer comment une vérité peut être produite par l’accumulation de chiffres, la précision graphique et l’apparence méthodique d’un rapport. La cohérence visuelle transforme des corrélations fragiles, des catégories arbitraires et des modèles spéculatifs en expertise crédible. Le sourire n’est plus seulement observé, il est comparé à une norme, évalué selon son rendement puis désigné comme perfectible. Le dispositif propose alors des programmes d’optimisation mêlant coaching expressif, rééducation faciale, orthodontie, blanchiment, injections et chirurgie. Chaque intervention reçoit un coût, un gain esthétique, un bénéfice social, un indice d’invasivité et un risque d’artificialisation. Même la spontanéité devient une compétence à entraîner et la naturalité un résultat à fabriquer. Derrière l’absurdité de certaines prédictions apparaît une logique déjà familière, celle d’un corps continuellement mesuré, interprété et corrigé pour mieux répondre aux attentes sociales et économiques. En réduisant successivement le visage à des points, un modèle, un profil puis un score, Smiling Lab met en scène la transformation d’une expression intime en ressource calculable. L’œuvre interroge moins ce que révèle réellement un sourire que notre disposition à croire une machine dès lors qu’elle parle le langage du laboratoire, du marché et de la performance, alors même que son rapport reconnaît reposer sur des modèles spéculatifs ne constituant ni un diagnostic médical, ni une évaluation psychologique, ni une prédiction fiable.normalise, le compare à des modèles, définit ses écarts puis propose de le corriger. Le sourire devient simultanément symptôme, interface, score, marchandise et instrument de contrôle. La section finale rappelle qu’en juin 2026, l’analyse automatisée des émotions, de la voix, des écrits, de la peau, du sommeil, du stress ou des paramètres sanguins appartient déjà au champ des services commerciaux, du coaching comportemental et de la médecine prédictive. Smile Factory ne décrit donc pas un futur lointain, mais l’extension déjà engagée d’une industrie qui transforme les manifestations les plus ordinaires du corps en informations mesurables, comparables, modifiables et vendables, tout en laissant ouverte une question centrale : que reste-t-il d’un sourire lorsque la technologie prétend en connaître la cause, la qualité, la fonction et la valeur mieux que celui qui le produit ?

  • Autopsy

    Phone components

    Téléphone ouvert, disséqué, étalé sans logique de réparation mais comme une mise à plat d’un corps technique. Chaque fragment est classé par type de composant, non pour expliquer, mais pour révéler une organisation cachée. Cartes mères et filles, centre nerveux d’une machine devenue intime. Composants électroniques miniatures, invisibles à l’usage, essentiels au fonctionnement. L’optique, regard froid qui capte et archive sans mémoire. Les fils, lignes de circulation, veines sèches d’un système fermé. Les raccords, points de jonction où transitent les flux. Le feuilletage de l’écran, surface lisse devenue strate, peau démontée. Le vibreur, signal primaire, rappel physique d’une présence distante. Les micros, captation permanente, écoute diffuse. Tout est exposé, mais rien ne se livre vraiment. Une boîte noire rendue visible, mais toujours incompréhensible dans sa totalité. Objet tenu chaque jour, connu par usage, inconnu par structure. Et derrière cette précision, une matérialité lourde, terres rares, eau, plastiques, extraction, transformation, chaîne industrielle. Une empreinte écologique diffuse, invisible dans l’objet fini mais massive dans ses conditions d’existence. Une anatomie technique qui renvoie à notre propre dépendance.

  • Cell party

    Microplastic x cells x party

    Cette image montre une cellule observée au microscope, un monde circulaire, vibrant, où chaque bulle colorée semble incarner une forme de joie primitive, une énergie douce, une promesse de vie, les ballons d’une fête. Les teintes éclatantes diffusent en dégradés fluides, comme si la matière elle-même respirait, comme si chaque sphère contenait un fragment d’élan vital. L’ensemble paraît léger, presque enfantin, et pourtant deux masses noires troublent cette harmonie. Elles ne vibrent pas, ne rayonnent pas, elles absorbent. Ces formes opaques sont des fragments de microplastiques, intrus silencieux ayant réussi à pénétrer l’espace cellulaire, à s’infiltrer au cœur même du vivant. Leur présence rompt l’équilibre chromatique, introduit une gravité étrangère, une densité sans vie au milieu de la transparence organique. De plus en plus d’études établissent des liens entre notre ingestion quotidienne de microplastiques et l’émergence de troubles, d’inflammations, de pathologies diffuses encore mal comprises. Ici, la cellule devient territoire contaminé, la couleur se confronte à l’ombre, et la joie microscopique se voit traversée par une matière issue de notre propre production. Cette image oppose la fragilité du vivant à la persistance artificielle du plastique, elle montre comment l’invisible industriel s’invite dans l’intime biologique, comment l’éclat de la vie cohabite désormais avec une présence qui ne se dégrade pas et qui s’accumule.

    Aquarelle 20 x 30

  • Red Light

    Cette image montre des neurones dopaminergiques, irradiés d’un rouge sang, comme si la pensée elle-même était traversée par une inflammation lumineuse. On hésite entre des filaments d’ampoule surchauffés, des feux d’artifice mal maîtrisés, des éclairs figés dans la nuit ou des ramifications nerveuses prêtes à s’embraser. Les corps cellulaires brillent comme des noyaux incandescents, leurs prolongements s’étendent, se cherchent, se relient, tissant une cartographie fragile du désir et de l’impulsion. La dopamine circule ici comme une promesse, une récompense immédiate, un signal court et intense qui allume le cerveau avant de le laisser dans une pénombre plus lourde. La science établit désormais des liens précis entre ces décharges et les stimulations numériques répétées, la gratification instantanée, le défilement infini, la notification qui pulse comme une micro étincelle. À force d’excitation brève, le système s’emballe, puis s’épuise, et la motivation profonde se fragilise, comme si le feu intérieur ne savait plus brûler sans déclencheur externe. Cette image ne montre pas seulement des neurones, elle expose une économie du court terme inscrite dans la chair, une biologie du clic, où la lumière rouge oscille entre énergie vitale et colère électrique.

  • Rainbow

    Dopamine x Serotonine x pixel

  • Dop

    Dopamine neurons x Thunder

    Encre noire, papier blanc, aucune enveloppe humaine. Seulement des ramifications nerveuses qui s’étirent comme des éclairs figés, des axones qui avancent malgré eux, portés par un cycle dopaminergique devenu mécanique. Le dessin suggère des neurones mais ne cherche jamais à les représenter fidèlement. Ils fonctionnent ici comme des silhouettes biologiques vidées de leur intimité, des circuits élémentaires, réduits à leurs impulsions.

    La dopamine n’a plus rien du messager de la récompense, elle devient ce flux imposé qui sourd en continu dans nos vies digitales. Sur le papier, les traits se propagent par capillarité comme le ferait une impulsion qui ne sait plus quand s’interrompre. Chaque branchement semble hésiter entre la croissance organique et la fracture, entre l’arborescence du vivant et la ligne cassée du réseau technique. L’encre avance en spasmes irréguliers, comme si le système nerveux lui-même avait été soumis aux logiques d’un algorithme trop simple et trop persistant.

    La lumière blanche du support laisse croire à une zone de liberté, puis disparaît en silence derrière les lignes qui se multiplient. Le dessin devient une cartographie minimale d’une chimie manipulée, un cycle biologique repris en main par des usages numériques répétés jusqu’à l’automatisme. Dans ces fissures d’encre, il n’y a plus de sujet, seulement des signaux. Plus de plaisir, seulement une boucle.

    Ink on paper 20×30

  • Full Moon Party

    Moon dark side x Attraction x Craters x Holes x Circles x Smoke

    Elle ne produit rien, elle renvoie. Elle éblouit. Elle attire. Comme l’écran que l’on fixe sans y penser. La lumière passe à travers les perforations du papier, agit comme un révélateur. Le dessin n’est pas déposé dessus, mais creusé dedans, vidé, révélé par ce qui disparaît. L’astre existe par des manques. On n’en voit qu’une face, l’autre reste dissimulée. Comme dans la réalité, la face cachée n’est dévoilée qu’avec de la technologie, tardivement, grâce aux instruments et à la science.

    L’astre agit sur les corps. À distance, il déplace les marées, règle des cycles, dérange les nuits, nourrit des légendes, métamorphose. Il est une force discrète mais constante, dont l’influence traverse l’espace.

    Le geste est répété, percée après percée, jusqu’à l’automatisme. La respiration est mécanique. Les impacts s’accumulent, s’organisent, se troublent. Ils forment des cratères, nets ou diffus. De loin, la surface semble lisse. De près, elle devient un relevé de chocs, une cartographie de cicatrices. Une peau marquée. La surface est paysage, épiderme marqué, matière sensible, traces, empreintes, ombres.

    Chaque trou est un minuscule déplacement, une pression, un impact muet.

    Présence lointaine qui modèle en silence. Attraction permanente, réfléchie, passive. Lumière que l’on regarde trop longtemps sans s’en rendre compte. 

    La Full Moon Party est ici vidée de son folklore. La fête n’est plus un moment d’excès collectif, mais une surface surexposée, blanchie par la lumière, saturée jusqu’à l’épuisement. Ce qui reste après la nuit, ce ne sont pas les corps, ni la musique, mais des traces, des impacts, des manques. La célébration s’est dissoute dans sa propre intensité. La fête est finie, il ne subsiste qu’un sol criblé, une lune cratérisée, témoin muet d’une attraction consommée jusqu’à l’usure. L’œuvre montre l’après, quand l’éblouissement retombe et que l’on découvre, dans le silence, les marques laissées par une fascination prolongée.

    50*70 – gravure – Led

  • Traffic Jam

    Flows x process x Life chemistry

    Inspirée de la célèbre carte métabolique de Boehringer, Traffic Jam transpose la complexité biochimique du corps humain dans une logique de congestion systémique. Ce qui, à l’origine, illustre la perfection des cycles vitaux devient ici une cartographie d’automatismes : un réseau saturé, une circulation continue où chaque molécule obéit à un trajet imposé.

    Les flèches, dépouillées de leurs noms et de leurs légendes, ne signalent plus la vie mais la répétition aveugle du mouvement. Tout y circule, rien ne s’y incarne. La biologie se confond avec la logique algorithmique, le métabolisme devient protocole, l’humain s’efface derrière le processus.

    En jouant sur la métaphore de l’embouteillage métabolique, l’œuvre questionne la réduction de la vie à une somme de flux automatisés, le corps à un réseau de production sans conscience, et le monde vivant à une mécanique d’optimisation.
    Sous l’apparente neutralité scientifique, Traffic Jam évoque l’épuisement du vivant pris dans les circuits fermés de ses propres algorithmes.

  • Full Moon Party

    Moon hidden face x pixel art x craters x cells x map x coding x Full moon Party

    Face cachée, dessin d’ombre et de poussière.
    Un astre muet, disséqué en milliers de points, s’étire sur le papier comme une carte du silence.
    Aucune lumière, seulement la mémoire de ce qui frappe et s’efface.

    La Lune ne crée rien.
    Elle ne fait que renvoyer la lumière des autres.
    Un astre mort devenu influenceuse du vivant.

    Toujours visible, jamais entière :
    la moitié de son visage nous échappe.
    Cette face cachée — muette, opaque —
    rappelle tout ce qu’on ne veut pas voir dans nos propres reflets numériques.

    Comme elle, nos écrans brillent sans source,
    éclairent sans comprendre,
    attirent sans nourrir.
    Pixel après pixel, nous orbitons autour d’images mortes,
    convaincus qu’elles nous éclairent.

    Drawing on paper

  • Deadlight

    Moon x pixel art x Magnet

    La lune ne crée rien.
    Elle ne fait que renvoyer la lumière des autres.
    Un astre mort devenu influenceuse du vivant.

    Toujours visible, jamais entière :
    la moitié de son visage nous échappe.
    Cette face cachée — muette, opaque —
    rappelle tout ce qu’on ne veut pas voir dans nos propres reflets numériques.

    Comme elle, nos écrans brillent sans source,
    éclairent sans comprendre,
    attirent sans nourrir.
    Pixel après pixel, nous orbitons autour d’images mortes,
    convaincus qu’elles nous éclairent.

    The moon creates nothing.
    It only reflects the light of others —
    a dead star turned influencer of the living.

    Always visible, never whole:
    half of its face forever hidden.
    That dark side — silent, opaque —
    echoes everything we refuse to see in our own digital reflections.

    Like the moon, our screens shine without source,
    illuminate without understanding,
    attract without feeding.
    Pixel by pixel, we orbit around dead images,
    convinced they bring us light.

  • Twins

    Meiose  x smiley x globes x ghost x cry

    Ink on paper

    Deux formes globulaires flottent dans un espace blanc — floues, cellulaires, comme observées au microscope. À première vue, elles semblent identiques. Mais en y regardant de plus près : l’une porte la trace à peine visible d’un visage souriant, l’autre est disloquée, spectrale, marquée de traits verticaux — un code-barres de chagrin.

    Twins évoque la méiose, ce processus biologique de division cellulaire — mais ici, ce ne sont pas les chromosomes qui se divisent. C’est l’identité numérique. Deux “entités” émergent : l’une, agréable, commercialisable, exploitable — un smiley. L’autre, cryptée, émotionnelle, brisée — illisible, invendable. La métaphore du jumeau numérique est pervertie : nous sommes clonés, oui, mais de manière asymétrique — un soi pour les plateformes, l’autre pour l’oubli.

    Le jumeau de gauche simule la joie.
    Celui de droite en paie le prix.

    Tous deux hantent le système qui les a produits.
    Et ensemble, ils murmurent : nous ne sommes pas entiers.

    Two globular forms hover in white space—fuzzy, cellular, as if viewed under a microscope. At first glance, they appear identical. But look closer: one wears the faint trace of a smiley face, the other is disfigured, ghostlike, marked by vertical strokes—a barcode of sorrow.

    Twins evokes meiosis, the biological process of cellular division—but in this case, it’s not chromosomes that split. It’s digital identity. Two “entities” emerge: one palatable, marketable, usable—a smiley. The other, encrypted, emotional, broken—unreadable, unsellable. The digital twin metaphor is corrupted: we are cloned, yes, but asymmetrically—one self for platforms, the other for oblivion.

    The left twin performs joy.
    The right one bears the cost.

    Both haunt the system that created them.
    Together, they whisper: we are not whole.

    Ink on paper 40×30

  • Go Away

    Brownian motion x phone notifications x Intruder

    Video

    Dans un cadre sombre, presque étouffant, des éclats blancs et des pulsations violettes dérivent de façon erratique — de minuscules lumières sans direction, rebondissant en boucle dans une agitation brownienne. Mais ce ne sont pas des particules de poussière : ce sont des métaphores de notifications mobiles, surgissant sans fin, se heurtant, interrompant.

    Ce chaos lumineux gravite autour d’un vide croissant — une bouche, une plaie, un seuil — d’où semble résonner en silence un seul mot : « Va-t’en. »

    Go Away explore les micro-intrusions permanentes du monde connecté : des notifications comme parasites numériques, conçues pour fracturer l’attention et ancrer la dépendance. Leur mouvement est imprévisible, mais constant — comme des pensées non sollicitées, ou comme quelqu’un qui frapperait à l’intérieur du crâne.

    L’œuvre ne se clôt pas.
    L’intrus est déjà là.
    Et le cerveau ne sait plus ce qu’il a laissé entrer, ni ce qu’il voulait repousser.

    In a dim, almost claustrophobic frame, white flickers and purple pulses drift erratically across the screen—tiny, directionless lights bouncing in a loop of Brownian agitation. But these aren’t dust particles: they’re metaphors for mobile notifications, endlessly appearing, colliding, interrupting.

    The luminous chaos centers around a growing void—a mouth, a wound, a threshold—from which one word seems to echo silently: “Go Away.”

    Go Away explores the constant micro-intrusions of the connected world: notifications as digital parasites, designed to fracture attention and anchor dependency. Their motion is unpredictable, yet permanent—like thoughts we didn’t invite, or like someone knocking on your skull from the inside.

    The piece ends unresolved.
    The intruder is already inside.
    And the brain no longer knows what it asked to stay, or leave.

  • Addictions

    Mobile x Addiction molecules

    Iron – Wood – Pine balls | 70 x 40 x 40 cm

    Cette sculpture cinétique flotte avec délicatesse dans l’espace, mais son élégance dissimule une vérité brutale : chaque forme géométrique reproduit la structure moléculaire exacte de substances addictives — alcool, cocaïne, nicotine, opioïdes. Suspendue comme un mobile d’enfant, l’œuvre détourne son innocence en incarnant les mécanismes biochimiques de la dépendance.

    L’équilibre est trompeur : un simple mouvement dérègle l’ensemble, rappelant la fragilité du contrôle neurochimique. La lumière projette des ombres emmêlées, prolongeant l’emprise chimique au-delà de l’objet lui-même.

    L’œuvre met en scène l’addiction comme un système, une chorégraphie — silencieuse, belle, et profondément destructrice.

    Une innocence perdue

    This kinetic sculpture floats delicately in space, yet its elegance masks a brutal truth: each geometric shape reproduces the exact molecular structure of addictive substances—alcohol, cocaine, nicotine, opioids. Suspended like a child’s mobile, the piece subverts its innocence by embodying the biochemical mechanisms of dependency. The balance is deceptive: a single movement disrupts the whole, echoing the fragile equilibrium of neurochemical control. Light casts tangled shadows, extending the chemical grip beyond the object itself. The work stages addiction as both system and choreography—silent, beautiful, and deeply destructive.

  • Dopa Screen

    Dopamine synthesis x screen shadows x kids hands x universe x La nuit étoilée

    Photo 30 x 40 cm

    Des dizaines de petites perforations irrégulières illuminent une surface brun poussiéreux, comme une carte céleste. Pourtant, il ne s’agit pas d’une vision du cosmos, mais d’un plan biochimique : le motif reproduit avec exactitude la synthèse moléculaire de la dopamine, ce neurotransmetteur qui régule nos récompenses, nos pulsions, nos dépendances.

    Le carton est tenu par la main d’un enfant — à peine visible, mais essentielle. C’est ce geste qui transforme cette carte de signaux neuronaux en ciel étoilé. Une tension fragile émerge : entre l’innocence du jeu et l’omniprésence du conditionnement comportemental.

    La surface est déchirée, imparfaite. La lumière est artificielle. Mais l’évocation est immense. Il ne s’agit pas simplement d’une molécule représentée. C’est un écran — au sens propre comme au figuré — à travers lequel toute une génération voit, ressent, réagit, clique. Une réflexion poétique mais incisive sur la manière dont les environnements numériques détournent, dès l’enfance, nos circuits neurochimiques les plus primitifs.

    Dozens of small, irregular punctures light up a dusty brown surface like a constellation map. Yet this isn’t a view of the cosmos—it’s a biochemical blueprint. The pattern mimics the exact molecular synthesis pathway of dopamine, the neurotransmitter that governs our rewards, urges, and dependencies.

    The cardboard is held by a child’s hand—barely visible, but crucial. Their gesture is what transforms this map of neuronal signals into a starry sky. A fragile tension appears: between the innocence of play and the omnipresence of behavioural conditioning.

    The surface is torn, imperfect. The light is artificial. But the evocation is vast. This is not just a representation of a molecule. It is a screen—literal and metaphorical—through which an entire generation sees and feels, reacts and clicks. A poetic yet critical reflection on how digital environments hijack primal neurochemical circuits, from childhood on.

  • Dopa

    Dopamine synthesis

    At first glance, Dopa resembles a minimalist circuit board: glowing nodes, clean intersections, crisp linearity. But beneath its aesthetic geometry lies a biological deception—this is the biochemical pathway of dopamine synthesis, redrawn in the language of electronic engineering.

    By merging molecular biology with digital systems design, Clear Shadows underscores a haunting truth: dopamine—the molecule of pleasure, motivation, reward—is no longer just biological. It has become a product, a KPI, a currency manipulated by algorithms designed to maximize engagement, scroll time, and dependence.

    This map is not neutral. It’s a weaponized diagram, a portrait of how Big Tech reengineers human behavior by hacking brain chemistry itself.

    Dopa is not just a circuit. It’s a trigger, drawn with surgical precision. You’re not addicted to your phone.
    You’re addicted to what it’s learned to release.

  • Chemical Happiness (circuit)

    Dopamine synthesis x Printed Circuit

    Ce circuit imprimé détourne le motif de la biosynthèse de la dopamine pour transformer un schéma biochimique en objet critique. Les lignes blanches ne dessinent pas un simple réseau électronique : elles reprennent la chaîne qui mène de la tyrosine à la dopamine, comme si la chimie du désir avait été gravée sur une carte mère. La surface verte, les trous, les connexions, les composants ajoutés et les diodes visibles donnent au dessin scientifique l’apparence d’un dispositif technique prêt à fonctionner. Le circuit devient alors une image double : à la fois représentation du vivant et architecture de sa capture. La dopamine, molécule associée au plaisir, à la motivation, à l’apprentissage et à la récompense, apparaît ici comme le point de contact entre le cerveau et les machines contemporaines. Le téléphone désossé, replacé par fragments sur la plaque, rend cette relation immédiatement concrète. Sa caméra, placée au cœur de la composition, devient un œil technique : elle rappelle que les plateformes ne se contentent pas de stimuler, elles observent, mesurent, enregistrent et ajustent en continu. Les cartes mères, transistors, connecteurs, modules, touches de télécommande et boutons d’avance (sans bouton de retour) évoquent une interface de commande appliquée au comportement humain. Ce qui semblait relever de la biologie devient un tableau de bord. Chaque trou, chaque diode, chaque branchement suggère une micro-interaction : notification, like, scroll, vibration, retour visuel, récompense sonore. L’économie de l’attention repose précisément sur cette mécanique : provoquer un signal bref, répété, suffisamment agréable pour produire l’habitude. Le circuit imprimé donne une forme matérielle à cette stratégie invisible. Il montre comment un mécanisme biologique ancien, nécessaire à l’élan et au désir, peut être capté par des objets conçus pour orienter nos gestes. La synthèse de la dopamine n’est plus seulement un processus moléculaire, elle devient ici le schéma d’une industrie. Les composants arrachés au téléphone et redisposés sur le dessin agissent comme des preuves matérielles. Ils contaminent la pureté du diagramme scientifique et révèlent ce qu’il cache désormais : une machine à capter l’attention, à piloter les impulsions, à transformer la récompense en dépendance douce.