Catégorie : Serie : The Fall

  • Octopuss

    L’installation explore l’emprise tentaculaire de l’intelligence artificielle sur nos existences, nos ressources et notre patrimoine culturel. À la manière d’une pieuvre, un réseau de câbles relie smartphones, caméras et appareils électroniques à un même centre névralgique. Derrière ces objets familiers se dissimule une infrastructure industrielle considérable. Des serveurs matérialisent la puissance de calcul nécessaire à cette intelligence supposément immatérielle. Une bonbonne d’eau rappelle les besoins en refroidissement de ces installations. Une montagne sculptée en spirale symbolise l’extraction intensive des terres rares. Mais l’exploitation ne concerne pas seulement les ressources naturelles. Une accumulation d’œuvres d’art évoque le pillage massif de la création humaine par les modèles d’intelligence artificielle. Images, textes, musiques et savoirs sont absorbés, analysés et réutilisés, souvent sans consentement ni rémunération de leurs auteurs. Le patrimoine culturel devient une matière première, au même titre que les minerais ou l’eau. L’œuvre révèle ainsi une double prédation, celle des ressources physiques et celle de l’intelligence collective. Les tentacules numériques captent indifféremment nos données, nos créations et nos comportements. Sous la promesse du progrès se dessine un système d’appropriation et de concentration des richesses et des savoirs. L’humain, pourtant créateur de ces technologies et des œuvres qui les nourrissent, risque de devenir une simple ressource parmi d’autres. L’oeuvre interroge cette nouvelle forme de pouvoir : jusqu’où accepterons-nous de nourrir ce qui pourrait finir par nous déposséder ?

  • Le râteau

    À gauche, un monticule de terre accueille quelques fleurs sauvages, fragiles et colorées. Au centre, une grande plaque de verre se dresse verticalement, fixée au sol. À droite, des pavés parisiens sont disposés en petits groupes, certains isolés, d’autres empilés. L’un d’eux a été projeté contre la vitre, laissant un impact étoilé et des fissures qui rayonnent dans le verre. Trois matières se confrontent : la terre, le verre et la pierre. Trois états du monde : le vivant, la transparence et la brutalité. Le pavé, objet ordinaire de la ville, devient instrument de rupture. La vitre, frontière invisible, révèle soudain sa présence par sa blessure. De l’autre côté, les fleurs poursuivent silencieusement leur croissance. L’installation convoque l’imaginaire des barricades, des révoltes et des espaces à conquérir. Elle interroge la violence comme moyen de franchir les frontières et de transformer l’ordre établi. Mais aussi la fragilité de ce que nous cherchons à protéger ou à atteindre. La beauté du vivant contraste avec la rudesse des matériaux urbains. Le geste de destruction semble suspendu entre promesse de libération et menace.

  • Balle perdue

    Ce mur d’entraînement de tennis porte des impacts qui excèdent le simple geste sportif. Les marques, concentrées à hauteur d’homme, évoquent une violence déplacée, presque punitive. Les éclats de béton tombés au sol prolongent la scène comme les restes d’un tir trop appuyé. L’ensemble peut faire penser à un peloton d’exécution, transposé dans l’univers banal du loisir. Quatre impacts se resserrent comme une visée collective, froide, méthodique, anonyme. Un cinquième, décalé sur la droite, suggère au contraire un écart, une hésitation, une désobéissance. Comme si l’un des tireurs avait volontairement évité sa cible au dernier moment. Les balles de tennis au sol deviennent alors des projectiles ambigus, entre jeu, discipline et menace. La frontalité du mur impose au regardeur une scène muette, sèche, presque judiciaire. Au sommet, le bleu réduit du ciel laisse subsister une lueur d’espoir, infime mais tenace.

  • Bobologie

    Bobologie transforme les petits maux ordinaires en catégories à traiter. Fatigue, stress, douleur, sommeil ou vieillissement deviennent des problèmes appelant une réponse. Chaque symptôme est associé à des comprimés exposés comme des spécimens. Le dispositif emprunte à la pharmacie, au laboratoire et au musée. Médicaments, compléments et remèdes se retrouvent sur un même plan. L’écran central propose un autodiagnostic sans fin. Programmé pour tourner en boucle, il multiplie les hypothèses et les maladies possibles. Le visiteur passe ainsi du doute au diagnostic, puis du diagnostic au besoin de traitement. Certaines lames restent vides, là où aucune pilule ne peut réellement répondre. L’œuvre interroge notre dépendance au remède autant que celle aux industries qui le produisent.

  • LifeTime Waste

    LifeTime Waste 1 – Remaining Breaths


    A gauche le compteur comptabilise les respirations restantes à l’artiste jusqu’à sa mort présumée et à droite, le compteur de scrolls qui s’incrémente selon ses usages de temps passé sur son mobile.

    The counter app screencast on the 09/09/2026 – 18:09

    Deux compteurs mécaniques occupent une table de chevet comme deux horloges d’un temps désormais mesuré autrement. Au moment de la réalisation de l’œuvre, l’un affiche une estimation du nombre de respirations restant à l’artiste au cours de sa vie, l’autre une estimation du nombre de scrolls qu’il a déjà effectués. Deux cases blanches précèdent les chiffres, matérialisant silencieusement la part de vie déjà écoulée. Le temps n’est plus exprimé en heures, en jours ou en années, mais en automatismes corporels et numériques. Respirer relève du vivant, scroller d’un comportement acquis. Pourtant, les deux gestes deviennent ici comparables, comptables, presque interchangeables. La mécanique des anciennes horloges à lamelles renvoie à une époque où les machines se contentaient de mesurer le temps. Ici, elles comptabilisent désormais ce que nous faisons de ce temps. Placés près du lit, les compteurs accompagnent symboliquement chaque réveil et chaque endormissement. Ils mettent face à face ce qui reste à vivre et ce qui a déjà été consommé dans la répétition d’un geste numérique. L’œuvre confronte ainsi deux formes d’automatisation, celle indispensable du corps et celle progressivement intégrée à nos comportements. Entre respirer et scroller, elle interroge la manière dont notre existence se partage entre fonctions vitales et gestes machinaux.

    LifeTime Waste 2 – Black hole 2/12 

    Une horloge à laquelle il manque environ 2 h toutes les deux heures, la moyenne en France du temps passé en loisirs sur les écrans mobiles

    Une horloge classique est amputée d’une portion de son cadran, comme si une part du temps avait été physiquement retirée. Cette zone noire correspond au temps quotidien moyen consacré en France aux loisirs et réseaux sociaux sur écrans mobiles (environ 4 h par jour). Les chiffres et les repères subsistent en relief, mais disparaissent presque dans cette portion obscurcie. L’œuvre matérialise ainsi un temps bien réel mais difficilement perçu, absorbé par le défilement, les contenus et l’attention captée. L’horloge continue de fonctionner, tandis qu’une partie de la journée devient visuellement inaccessible. Ce manque transforme une statistique abstraite en expérience sensible : ce temps n’est pas seulement occupé, il est soustrait.

    Vidéo de l’app online liée à cette oeuvre. Durée 50 secondes, le temps d’un tour de cadran.

    Et si nous perdions 10 secondes toutes les minutes?

    LifeTime Waste 3 – The Weight of Time

    Cette œuvre met en scène une balance ancienne où se mesure moins la masse des objets que le déséquilibre de nos vies contemporaines. À gauche, un grand sablier dont la partie supérieure est désormais vide condense l’image d’un temps totalement écoulé, irréversible, déjà perdu. Dans sa base, les cailloux évoquent à la fois l’accumulation du temps gâché et, plus discrètement, les terres rares enfouies dans nos appareils. À droite, quatre smartphones seulement suffisent pourtant à faire pencher complètement la balance. Leur poids réel est faible, presque dérisoire, mais leur poids symbolique est immense, car ils absorbent l’attention, morcellent la durée et orientent nos existences. L’œuvre rend visible cette contradiction entre légèreté matérielle et gravité de l’usage. Ce qui paraît anodin devient décisif. Ce qui semble massif devient sans effet. La balance ne compare donc pas seulement des choses, elle matérialise la capture de notre temps.

  • Human Shortcuts

    Cette série transpose les commandes les plus banales du clavier dans l’espace physique du corps. Retour, suppression, pause, des gestes numériques deviennent ici des états humains. Les touches prennent une échelle démesurée, tandis que les figures semblent absorbées, coincées ou épuisées par elles. L’interface n’est plus un outil, elle devient environnement, contrainte, presque mobilier. Le corps, autrefois opérateur, se retrouve traité comme une fonction que l’on peut interrompre, effacer ou déplacer. Chaque raccourci promet un gain de temps, mais produit ici une forme de dépossession. L’efficacité technique glisse vers une économie où l’humain devient lui-même compressible, remplaçable, réversible. Les silhouettes blanches, anonymes, paraissent déjà en voie d’effacement dans le système qui les organise. L’humour visuel des touches contraste avec la fatigue et la vulnérabilité des corps. L’œuvre interroge ce moment où nos outils cessent de raccourcir les tâches et commencent à raccourcir l’humain.

  • Me -> We -> Me

    Une lettre tourne lentement autour de son axe, suspendue à une trotteuse qui ne mesure plus seulement le temps mais une hésitation. Selon sa position, le M devient W, le « me » bascule vers le « we », puis revient. Rien ne se fixe durablement. L’individu et le collectif apparaissent comme deux états d’une même forme, deux possibilités continuellement rejouées. Le mouvement circulaire inscrit cette oscillation dans le minutage ordinaire de nos vies : secondes, habitudes, répétitions, cycles. À mesure que la lettre tourne, la question revient, presque mécaniquement : moi ou nous ? Dans des sociétés où l’autonomie, la performance et l’affirmation de soi sont devenues des injonctions permanentes, le « me » tend à occuper tout l’espace. L’individualisme promet la liberté mais produit aussi ses propres enfermements. L’isolement peut alors apparaître non comme une rupture brutale, mais comme le résultat progressif d’un mouvement répété, presque imperceptible. Le « we » demeure pourtant toujours possible, inscrit dans la même matière, à quelques degrés seulement du « me ». Il suffit que le temps continue de tourner.

  • RxH7+, Deep Blue – Kasparov

    Cette pièce prend pour point d’ancrage un moment historique, presque imperceptible à l’échelle du temps, mais décisif dans l’imaginaire humain, celui où la machine cesse d’être seulement un outil pour devenir une force capable de vaincre son créateur sur le terrain même de l’intelligence symbolique. Le coup RxH7+ n’apparaît pas ici comme une simple notation échiquéenne, mais comme la trace d’une bascule. Il désigne l’instant où quelque chose cède, non seulement dans la partie, mais dans la représentation que l’homme se fait de sa propre suprématie. Le choix de l’encre diffusée sur papier humide donne à cette défaite une matière instable, vulnérable, presque organique. Rien n’est net, rien n’est clos. Les formes s’étendent, se défont, s’imprègnent du support comme une pensée qui entre lentement dans la conscience. L’image rejoue ainsi la fragilité de cet instant où Kasparov abandonne sans aller jusqu’au bout, comme si la fin était déjà là avant même d’être entièrement visible. Cet abandon importe autant que la défaite elle-même, car il porte une dimension psychique, presque narcissique, celle d’un sujet qui pressent sa perte avant son achèvement formel. Les auréoles, les cercles, les intensités variables disent cette propagation silencieuse du trouble. L’encre ne se pose pas, elle s’infuse. Elle gagne en profondeur à mesure qu’elle se dilue, comme si l’événement, d’abord ponctuel, était voué à pénétrer plus loin que le simple cadre du jeu. Ce qui se joue ici n’est donc pas seulement une partie d’échecs, mais l’apparition d’une blessure, discrète et durable, dans l’histoire des rapports entre l’homme et la machine.

  • J’étouffais

    Deux mannequins anonymes portent deux phrases qui se répondent : « j’étouffais » et « j’ai tout fait ». Entre elles se tient une contradiction familière : vouloir vivre davantage et finir par saturer sa propre existence. Faire, remplir, avancer, cocher. Les expériences s’accumulent comme les lignes d’une liste dont on ne sait plus très bien qui l’a écrite. Ce qui devait ouvrir le monde finit parfois par le refermer. Lorsque tout devient accessible, prévu, accompli, le désir perd l’espace nécessaire pour apparaître. Le plaisir ne naît pas seulement de ce que l’on fait, mais aussi de ce qui manque, de ce qui résiste, de ce qui reste encore à attendre. L’attente creuse un vide, et dans ce vide peut se former l’envie. Les deux corps sans visage portent cette dualité : la peur de ne pas assez vivre et celle d’avoir trop rempli sa vie. Deux injonctions contemporaines qui se rejoignent dans une même fatigue. À force de transformer l’existence en succession d’expériences, de voyages, d’activités, d’objectifs et de cases cochées, l’événement attendu devient une tâche supplémentaire. Le désir cède alors la place à l’exécution. « J’étouffais » pourrait être la phrase de celui qui manquait d’espace ; « j’ai tout fait », celle de celui qui découvre que l’abondance n’a pas nécessairement produit davantage de plaisir.

  • Cracking the facade

    Cette œuvre assemble des fragments de fissures prélevés sur des façades sans lien entre elles pour composer un réseau fictif, à mi-chemin entre cartographie organique, réseau micellaire, système nerveux et image de dégradation. Ce qui semblait relever du simple détail architectural devient ici une trame commune, faite d’infiltrations lentes, de pressions invisibles, de craquellements, de failles et de non-entretien. L’eau agit en silence, creuse, gonfle, fend, puis révèle sous la surface une profondeur inquiétante. En raccordant ces blessures éparses, l’œuvre donne à voir les entrailles discrètes du bâti, mais aussi celles d’un monde qui se fissure sans bruit, par abandon progressif plus que par catastrophe spectaculaire.

    Facade x cracks

  • Smoked

    « Adam Creation » like hand x Cigarette Butt

    Cette sculpture saisit un geste minuscule, presque machinal, celui d’une main qui laisse tomber un mégot. Modelée en argile puis blanchie, la main reprend une pose qui évoque presque celle de la Création d’Adam, mais ici aucun contact sacré n’a lieu. Ce qui se joue n’est pas l’élan vers le divin, mais la banalité d’un abandon. Le mégot glisse dans un instant de relâchement. On pourrait croire que la main tente encore de le retenir, mais tout indique au contraire qu’elle le laisse partir. L’œuvre déplace ainsi un geste ordinaire vers le champ de la responsabilité collective. Jeter un mégot paraît insignifiant, presque invisible. Pourtant, cette négligence infime ouvre sur une pollution diffuse, lente et massive. La violence ici n’est ni spectaculaire ni immédiatement perceptible, elle agit à bas bruit dans les sols, l’eau, les corps et les milieux. Le blanc intégral neutralise l’anecdote et transforme l’objet en signe. Smoked parle de ces gestes quotidiens qui participent, sans bruit, à l’effondrement. Ce que la main abandonne, ce n’est pas seulement un reste, mais une part de monde.

  • Progress Optimized for Collapse

    Obesity – Air quality – Biodiversity – Sedentarite – Loneliness – Pesticides x Major turnovers – Screen Time – Industry growth x Barcodes

    Cette image réunit six codes-barres aux intitulés marketing volontairement séduisants, Blue Oceans, Green Powder, Genious, Good Smell, Food for Life et Moove, comme autant de produits prêts à être vendus. Chacun superpose deux ou trois séries statistiques observées sur une vingtaine d’années : temps d’écran et solitude, chiffre d’affaires mondial des pesticides et indice de biodiversité, temps d’écran et performances cognitives, qualité de l’air, consommation énergétique de l’industrie et parc automobile, taux d’obésité et chiffre d’affaires de l’industrie agroalimentaire, chiffre d’affaires des GAFAM et niveau de sédentarité. La couleur, son intensité, la largeur ou l’espacement des bandes traduisent des données précises et leurs évolutions, mais la proximité graphique ne constitue jamais une preuve de causalité. L’image expose au contraire la facilité avec laquelle des séries distinctes peuvent être rapprochées, normalisées, interpolées et transformées en récit convaincant. Les données longues sont rarement parfaitement homogènes : les méthodes d’enquête changent, les définitions évoluent, certaines années sont manquantes, les périmètres géographiques ou industriels se déplacent et les indices peuvent être recalculés pour produire une lecture plus spectaculaire. Sous l’apparente objectivité du code-barres, les chiffres deviennent ainsi une matière plastique, susceptible d’être ordonnée pour suggérer presque n’importe quelle relation. Les noms commerciaux renforcent cette ambiguïté : ils promettent l’intelligence, le mouvement, la pureté ou la vitalité tandis que les séries représentées décrivent la dégradation cognitive, sanitaire et environnementale. Référence directe à la standardisation marchande, le code-barres relie ces phénomènes à une économie capitaliste qui mesure, classe et transforme chaque comportement, chaque ressource et chaque symptôme en valeur échangeable. L’image ne prétend pas démontrer que la croissance de ces industries provoque mécaniquement les dégradations observées ; elle montre plutôt comment la statistique, le marketing et la visualisation peuvent produire une apparence de vérité, masquer leurs propres limites et convertir des crises complexes en objets simples, lisibles et consommables.

  • Le silence des oiseaux

    birds x disappearance x bird sounds x ghosts x dust

    Cette sculpture met en scène quatre oiseaux encore debout et deux absences déjà consommées. À l’arrière du support, deux amas de poussière et de fragments blancs signalent la disparition matérielle des deux oiseaux manquants, dont subsistent seulement quelques débris, comme si la disparition s’était produite sous nos yeux. Un bouton intégré au socle déclenche une séquence sonore composée de six cris d’oiseaux, puis la trame se raréfie progressivement pour n’en laisser entendre plus que quatre. Le son traduit ainsi ce que la forme montre déjà, une réduction du vivant, lente, presque ordinaire, mais irréversible. La pièce s’appuie sur le constat, relayé par plusieurs organisations, d’un déclin massif des oiseaux communs en Europe, touchant autant les espèces des villes que celles des champs, sous l’effet de l’agriculture intensive, des pesticides, des traitements chimiques, de l’appauvrissement des milieux, de la raréfaction des ressources alimentaires et du manque de nichoirs en zone urbaine. Parmi les quatre présences restantes, l’une bombe le torse et semble chanter avec assurance, comme si persistait encore une vitalité presque insolente. Une autre, plus aplatie, apparaît fissurée, atteinte dans sa matière même, comme un corps fragilisé de l’intérieur. Deux autres enfin se détournent du spectateur et regardent vers l’arrière, en direction des débris, comme si leur attention se portait moins sur ce qui demeure que sur ce qui a déjà disparu. Par sa simplicité formelle, sa blancheur presque spectrale et l’articulation entre volume, manque et son, la sculpture fait sentir non seulement une disparition statistique, mais une scène de disparition concrète, perceptible, où le vide compte autant que les formes encore présentes.

  • First In Last Out

    28 Dominos x Fall

    Cette sculpture aligne 28 dominos de ciment blanc, calqués sur la forme d’une gomme, espacés d’e l’épaisseur d’un crayon,sur une étroite tablette, dans un équilibre presque clinique, classés par niveau d’abimement. La matière évoque d’abord la solidité, la durée, l’architecture, la permanence : le ciment est fait pour tenir, porter, résister. Pourtant, ici, il devient fragile, instable, vulnérable. La chaîne n’est pas encore entièrement tombée, mais l’image contient déjà sa fin. Quelques blocs se sont inclinés, d’autres se touchent, le mouvement a commencé, et le regard complète immédiatement ce qui manque : le cerveau anticipe la chute avant même qu’elle n’ait lieu. La sculpture montre moins un effondrement qu’un instant suspendu, le moment exact où la catastrophe devient inévitable sans être encore accomplie. Rien n’indique la cause. Aucun choc, aucune main, aucun événement extérieur n’est visible. Il ne reste que la conséquence, comme si le système portait en lui sa propre défaillance. Les premiers dominos tombés sont les plus fragiles, les plus abîmés, ceux dont la matière semble déjà usée ou fissurée. Le dernier, lui, n’est pas encore brisé, mais tout annonce qu’il le sera. Cette progression transforme une mécanique simple en allégorie de l’épuisement : ce qui semblait durable cède d’abord par ses points faibles. Le ciment blanc, presque silencieux, porte aussi une contradiction plus vaste. Le béton est l’un des matériaux les plus emblématiques du monde moderne, mais aussi l’une des grandes sources d’émissions de gaz à effet de serre. La sculpture met donc en scène une matière conçue pour durer, mais prise dans une logique de chute, d’usure et d’impact. Elle ne montre pas l’origine du désastre ; elle montre le moment où il devient lisible, quand la stabilité n’est déjà plus qu’un souvenir.

  • The Golden Bug

    PI x Gold number x symetries x broken symetry

    Cette sculpture en ciment blanc met en scène une dégradation progressive de l’ordre : à gauche, la forme est stable, frontale, presque primitive ; au centre, elle devient plus complexe, plus construite, traversée par des rapports de mesure ; à droite, elle se brise et se disperse. Le point de départ n’est pas un calcul froid imposé à la matière, mais une découverte : certaines formes sorties des moules présentaient, par le plus grand des hasards, des proportions proches du nombre d’or. À partir de cette coïncidence, l’image a été organisée comme si la matière révélait une structure déjà présente en elle. La nature comporte des mathématiques : dans les spirales, les rythmes, les symétries, les croissances, les équilibres imparfaits. Ici, ces mathématiques ne sont pas décoratives, elles servent de trame invisible. Le plan convoque Pi, Fibonacci, les barycentres, les équidistances, les cercles circonscrits, les rapports de longueur et de largeur. Mais cette précision reste presque secrète. Le spectateur, lui, ne perçoit d’abord ni Pi ni le nombre d’or : il voit une forme qui se tient, puis une forme qui se complique, puis une forme qui casse. C’est cette distance entre l’ordre caché et l’accident visible qui fait basculer la sculpture dans l’univers de Clear Shadows. L’image parle d’un monde obsédé par la mesure, la performance, l’optimisation, la construction de systèmes supposés parfaits. À gauche, la perfection rassure ; au centre, la complexité commence à fragiliser l’ensemble ; à droite, le bug devient la seule chose réellement lisible. La suite de Fibonacci organise alors le chaos lui-même : un carré, deux cercles, trois rectangles, cinq débris non ordonnés, huit débris ordonnés, treize éclats moyens, vingt et une poussières. Ce qui semblait naturel, harmonieux, presque idéal, accompagne finalement la fracture. Le ciment blanc renforce cette contradiction : matériau brut mais pur, fragile dans ses arêtes, minéral mais cassant. La sculpture ne montre donc pas seulement une destruction. Elle montre un ordre qui se retourne contre lui-même, une beauté mathématique devenue structure d’effondrement. Derrière la cassure apparente, il reste un plan ; derrière le bug, il reste une logique ; derrière le chaos, il reste la trace froide d’un système qui a trop voulu tenir.

  • xIAn 3.0 – Hardware Army

    1,7 trillions AI investment x Domino x rare Lands

    The New Xian prend la forme d’un graphique devenu sculpture : une armée de dominos en ciment blanc, alignée sur une planche comme une statistique pétrifiée. La référence à l’armée enterrée de Xi’an déplace l’imaginaire archéologique vers une guerre économique contemporaine, celle de l’intelligence artificielle, des infrastructures numériques et des terres rares chinoises nécessaires à leur matérialisation. Chaque rang semble abstrait, presque neutre, mais il renvoie à une répartition en centaines de milliards : data centers, puces, cloud, modèles, services, énergie, logiciels, équipements, toutes ces couches invisibles sans lesquelles l’IA ne fonctionne pas. En 2025, l’investissement mondial annoncé autour de l’IA atteint environ 1,7 trilliard de dollars selon plusieurs analystes, soit une masse financière qui ne relève plus seulement de l’innovation, mais d’un réarmement industriel. Les dominos ne sont pas ici des signes de jeu, mais des unités de capital, de calcul, de dette énergétique et de dépendance géopolitique. Leur alignement évoque à la fois l’ordre militaire, la planification, la compétition entre blocs et la fragilité d’un système où chaque pièce tient parce que les autres tiennent encore. The New Xian interroge la soutenabilité de cette accumulation : jusqu’à quand les entreprises pourront-elles investir à cette échelle sans demande payante équivalente des utilisateurs, des annonceurs ou des clients professionnels ? Que se passe-t-il si la promesse de productivité ne rembourse pas les infrastructures construites pour l’attendre ? Sous son apparente pureté formelle, la sculpture montre un monde qui transforme la croyance dans l’IA en architecture matérielle, en ciment, en énergie, en minerais, en machines. Le blanc efface les couleurs du marché pour ne garder que l’ossature d’une bataille. Comme dans Clear Shadows, l’image froide et minimale révèle ce que le numérique tente de rendre invisible : derrière l’automatisation, il y a une extraction, une logistique, une rivalité, une armée immobile prête à tomber en chaîne. Légende : 965 milliards $ : infrastructure, serveurs IA, capacité cloud, data centers, hardware spécialisé ; 439 milliards $ : services IA, conseil, intégration, services professionnels, déploiement ; 273 milliards $ : logiciels IA, applications, outils, logiciels intégrant l’IA.

  • Disappeared Shadows

    Missing shadows x Fox – Bees – Kid

    Un renard s’approche des habitations parce que son territoire recule. Il ne vient pas vers l’homme, il est poussé hors de son monde. La route remplace le sous-bois, les phares remplacent la lune, le mur blanc d’une maison remplace l’horizon. L’animal est ébloui, vulnérable, déjà pris dans une scène d’accident possible. Son ombre manque, comme si le réel commençait à l’effacer avant même sa mort. Ailleurs, deux adultes et leur enfant regardent la mer depuis une corniche. Le soleil rasant projette les corps sur un mur blanc, mais l’enfant, lui, ne laisse aucune ombre. La scène reste calme, presque belle, et c’est précisément ce calme qui inquiète. La disparition ne surgit pas comme une catastrophe visible, elle se glisse dans un détail que l’on pourrait ne pas voir. Sur une fleur, des abeilles devraient être là, ou l’ont peut-être été. Leur absence devient une anomalie silencieuse, un vide minuscule au cœur du vivant. Elles ne font plus masse, ne bourdonnent plus, ne signalent plus la continuité fragile entre la fleur, le fruit, la saison et la nourriture. Le renard, l’enfant, les abeilles forment des présences menacées, des manières de disparaître sous nos yeux. L’animal est chassé de son habitat, l’enfantement décline dans nombre de sociétés, les pollinisateurs s’effacent du paysage. Ce que nous ne regardons plus cesse peu à peu d’exister pour nous. Nous avançons à grande vitesse vers un monde qui s’habitue à la perte, qui normalise l’absence, qui transforme l’extinction en simple détail d’image. Notre incapacité à être affectés par cette disparition semble croissante . Sans enfance, sans nature, sans biodiversité, ce n’est plus seulement le monde vivant qui recule, c’est notre propre possibilité d’habiter encore la Terre.

  • Mistral, le vent en poupe

    Samothrace x Pixel x Fall x Shortened wings

    La victoire ne guide rien, ne célèbre rien : elle a perdu sa tête, perdu son cerveau, perdu ce qui fait direction. Elle ne tient plus. Elle s’enfonce lentement. Elle semble prier malgré elle, penchée, affaissée, retenue au moment de tomber. Le souffle ne soulève plus mais pousse. Les ailes sont rognées, ont perdu toute idée de liberté. Elle est au point de chute.

    Chaque point est posé mécaniquement, d’un geste toujours le même, sans élan, sans choix. De  micro-impacts qui construisent par ce qu’ils détruisent.

    De loin : la draperie, l’inclinaison, la dynamique figée. De près : trous, manques, zones qui s’effacent sous leur propre trame, fragments.

    Le triomphe n’existe plus. Défaite silencieuse, corps sans élan, signal faible en voie d’extinction. 

    Encre sur papier, 30×40

  • Uberlazied

    Old greek x Couch x Laziness economy

    Un corps néoclassique, idéalisé et lisse, repose sur un trône synthétique : le canapé. La virilité de la Grèce antique rencontre le confort de l’économie des plateformes. Ce n’est pas un héros au repos, c’est un monument à la passivité, façonné par l’hyper-efficacité et la sur-assistance. Tout est blanc. Tout est silencieux. La statue ne parle pas, ne bouge pas, n’a besoin de rien. L’homme « ubérisé par la paresse » n’est plus un penseur ni un guerrier, seulement un utilisateur, optimisé, immobile, esthétiquement stérile. La tension naît de cette contradiction : des muscles divins, sculptés pour l’action, pétrifiés par le confort. C’est le client parfait de l’économie de la paresse. Celui qui scrolle au lieu de chercher, qui commande au lieu de se déplacer, qui clique au lieu d’agir. Les géants du numérique n’ont aucun intérêt à l’éveiller. Son inertie est leur modèle économique. Tant qu’il reste assis, il produit : des données, de l’engagement, de l’argent. Un corps immobilisé, un esprit soumis, mais extrêmement rentable.

    —–
    A neoclassical body, idealised and smooth, reclines on a synthetic throne: the couch.
    The virility of ancient Greece meets the comfort of the gig economy. This is not a hero resting—it’s a monument to passivity, shaped by hyper-efficiency and over-servicing.
    Everything is white. Everything is silent. The statue doesn’t speak, doesn’t move, doesn’t need to.
    The ‘Uberlazied’ man is no longer a thinker or a warrior, just a user—optimised, idle, aesthetically sterile.
    The tension lies in this contradiction: divine muscles, sculpted for action, petrified by convenience.

    This is the perfect client of the laziness economy.
    The one who scrolls instead of searching, who orders instead of moving, who clicks instead of acting.
    The digital giants have no interest in awakening him. His inertia is their business model.
    As long as he stays seated, he produces: data, engagement, money.
    A body immobilised, a mind subdued—yet hyperprofitable.

  • Human Clockwork

    Screen user daily life x Heart beat & Clock Sounds x 99 frames x Monsters x Digital Twins x vague Dreams

    Vidéo

    Une vie en 99 images. The Clock saisit le schéma existentiel d’un humain dépendant des écrans : se réveiller, scroller, se déplacer, s’asseoir, produire. L’animation se déploie comme un métronome numérique — chaque image, un fragment de soumission ritualisée au temps. Les lignes, à la fois symétriques et fracturées, dessinent des figures humaines, puis se déforment en monstres algorithmiques.

    Le tic-tac de l’horloge et les pulsations cardiaques fusionnent en un rythme mécanique unique. Ce qui ressemble à du progrès n’est en réalité qu’une dérive — vers l’épuisement, la désincarnation, la mort. Le monstre final n’est pas une créature : c’est le reflet déformé de l’utilisateur lui-même, multiplié, répliqué, érodé par la répétition.

    —

    A life in 99 frames. The Clock captures the existential pattern of a screen-dependent human: waking, scrolling, commuting, sitting, producing. The animation unfolds like a digital metronome—each frame a fragment of ritualized submission to time. The lines, symmetrical and fractured, form human-like figures, then distort into algorithmic monsters.

    Clock ticks and heartbeat pulses merge into a single mechanical rhythm. What appears as progress is merely drift—toward exhaustion, disembodiment, death. The monster at the end isn’t a creature—it’s the distorted mirror of the user himself, multiplied, replicated, eroded by repetition.

    This is not a story. It’s a closed circuit. A day. A feed. A life.
    Drawn in silence, killed by rhythm.