Auteur/autrice : me

  • Just Feel It

    Six visages de robots émergent d’un fond blanc presque clinique, comme exposés sous la lumière d’un laboratoire. Ils imitent des émotions humaines, tristesse, peur, colère, joie, séduction ou pensée, mais ces expressions restent des surfaces mécaniques, des copies imparfaites d’une expérience intérieure que la machine ne possède pas encore. Aujourd’hui pourtant, une course mondiale s’est engagée pour rapprocher ces deux mondes. Capteurs, caméras, apprentissage automatique et modèles comportementaux tentent de cartographier l’environnement humain afin de permettre aux robots d’anticiper nos gestes, nos réactions, nos habitudes. Les intelligences artificielles sont déjà capables d’analyser des expressions faciales, des tonalités de voix, des micro-comportements avec une finesse remarquable. Mais reconnaître une émotion ne signifie pas la comprendre, encore moins la ressentir. Entre la simulation et la vérité affective subsiste un écart profond, presque invisible, mais essentiel. Pour que les robots humanoïdes soient acceptés dans la société, ils devront pourtant paraître familiers, presque humains, capables d’émotions crédibles. Cette série montre ce moment fragile où la machine apprend nos expressions comme un langage étranger. Elle reproduit les signes extérieurs de l’âme sans en posséder l’origine. Comme souvent dans Clear Shadows, l’image révèle moins un progrès qu’un déplacement, celui d’une humanité qui tente de se refléter dans ses propres artefacts technologiques, au risque de confondre imitation et existence.

  • Tope-là

    Dans cette série, la main humaine et la main robotique rejouent une trajectoire simple et brutale. L’homme construit les machines à son image, cherchant depuis toujours à fabriquer un double plus fort, plus rapide, plus efficace que lui. Aujourd’hui cette ambition quitte le domaine du mythe pour entrer dans celui de l’industrie, portée par la robotique humanoïde et l’intelligence artificielle. Les premières images montrent la phase de construction et d’apprentissage. La machine est guidée, entraînée, corrigée. Les gestes sont répétés jusqu’à devenir mécaniques, comme si l’humain transmettait progressivement son propre savoir gestuel à un système artificiel. La poignée de main marque alors un moment de pacte implicite. L’homme accepte la machine comme partenaire, supposée assister l’humanité tout en restant sous son contrôle. Mais cette promesse d’équilibre ne dure pas. Le bras de fer qui apparaît ensuite symbolise une autre réalité, celle de la compétition entre les capacités biologiques et les performances technologiques. Sur la vitesse, la précision ou l’endurance, la machine progresse déjà plus vite que son créateur. L’avant-dernière image montre une main humaine ouverte vers le ciel, isolée, comme après un combat perdu. La présence humaine devient fragile, presque inutile face à l’efficacité industrielle de la machine. La dernière image laisse seule une main robotique, froide et autonome. La série décrit ainsi un basculement progressif, de la fabrication à l’effacement, dans un univers minimaliste où l’absence humaine souligne l’automatisation silencieuse de nos sociétés. Cette logique de dépouillement et de signes simples rejoint l’approche de Clear Shadows, où les images réduites à l’essentiel exposent les mécanismes invisibles qui transforment nos vies sous l’effet des technologies contemporaines.

  • Recomposed Nature

    Dans la série Recomposed Nature, la nature n’apparaît plus comme un état originel mais comme un territoire transformé, recomposé et artificialisé par l’action humaine. Les images montrent des fragments de nature modifiée, hybridée, parfois reconstruite à partir de déchets, de structures techniques ou de matières altérées. L’homme ne contemple plus un écosystème intact, il le recompose, le corrige, le scénarise et le codifie selon ses propres logiques esthétiques et industrielles. Le microscopique occupe une place centrale, des formes invisibles, agrandies et isolées deviennent paysages, motifs ou architectures biologiques. Ces fragments de vie sont amplifiés, mis en scène et esthétisés jusqu’à produire des images séduisantes, parfois presque décoratives. Dans ce monde recomposé, la nature brute ne suscite plus l’attention, tandis que sa version stylisée et visuellement optimisée provoque fascination et circulation sur les réseaux. La vitalité réelle du vivant disparaît derrière une nature filtrée, calibrée et visuellement séduisante. L’homme ne s’adapte plus à la nature, il la transforme pour qu’elle corresponde à ses usages, à ses flux et à ses systèmes techniques. Ce processus conduit à une nature recomposée, modifiée, contaminée et intégrée dans les cycles industriels et alimentaires. Les images de cette série montrent une nature qui absorbe les traces humaines, les pollutions et les structures artificielles jusqu’à devenir un paysage hybride où le biologique et l’industriel ne peuvent plus être séparés.

  • So Cute

    Eye x Breathe x Eat x Button x Skin x Hair x Tooth x Selfie

    Cette image est un autoportrait de l’artiste poussé à l’extrême. Un selfie disséqué par le zoom, fragmenté par le microscope, jusqu’à transformer un visage en territoire abstrait fait de pores, de poils, de muqueuses, de dents et d’iris. Chaque carré montre un fragment banal du corps humain mais agrandi à un niveau où la beauté disparaît au profit de la matière brute. La peau devient relief, l’œil devient paysage, la bouche devient surface organique. Pourtant cette réalité initiale, triviale et imparfaite, n’est pas celle que voit le regardeur. L’image a été esthétisée, colorée, adoucie, lissée comme le font les filtres d’Instagram ou de TikTok pour rendre le réel acceptable et séduisant. Les imperfections disparaissent, les textures deviennent presque décoratives, les fragments biologiques prennent l’apparence de motifs abstraits. Le spectateur ignore ce qui a été retiré, nettoyé, corrigé. Dans la version originale subsistent pourtant la salive, les impuretés, les micro-déchets du corps, les traces de fatigue et d’âge. Cette image interroge ainsi le selfie permanent et la fabrication industrielle de la beauté. Elle rappelle que les réseaux sociaux prolongent la logique des magazines d’autrefois, diffusant des visages filtrés, des peaux irréelles et des modèles esthétiques presque impossibles. En fragmentant le visage jusqu’à l’échelle microscopique, l’image force à regarder derrière la surface. Elle révèle la distance entre ce que nous sommes et ce que les plateformes exigent de montrer. Sous les filtres, sous les pixels, persiste simplement la matière humaine, fragile, imparfaite, et pourtant bien plus réelle que l’image que nous diffusons.

  • Human Inside

    voir la série

    voir la série

    Human x Robots x Feelings

    Cette série met en scène une bascule progressive du rapport entre l’humain et la machine. Au départ, le robot apparaît comme une extension utile du monde humain, un assistant domestique, un compagnon capable d’apprendre et de reproduire certains gestes simples du quotidien. L’humain le nourrit de données, l’entraîne, le répare, le guide. La relation semble encore équilibrée. Mais très vite, le centre de gravité se déplace. La machine devient plus autonome, plus performante, plus efficace que celui qui l’a conçue. L’humain s’efface peu à peu, réduit à des fragments de présence, parfois seulement une main, un geste, un reste de trace. Les robots, eux, occupent l’espace. Ils s’organisent, apprennent, se reproduisent symboliquement. Ils rejouent aussi les grandes images de la culture humaine. Les émotions, les mythes et les chefs-d’œuvre de l’histoire de l’art sont progressivement réinterprétés par ces figures mécaniques. Le Cri, La Jeune fille à la perle, La création d’Adam ou La liberté guidant le peuple deviennent ainsi des scènes robotisées, comme si la mémoire culturelle survivait mais avait changé d’espèce. La série décrit un processus silencieux : celui de l’automatisation diffuse de nos vies et de la délégation progressive de nos gestes, de nos décisions et même de nos émotions aux systèmes techniques. Ce déplacement n’est pas brutal, il est lent, banal, presque confortable. Jusqu’au moment où l’humain n’est plus nécessaire. Dans les dernières scènes, il disparaît presque complètement du monde représenté. Il ne réapparaît qu’à la fin, dans une position inversée, observé comme une curiosité, relégué à l’état d’objet ou de vestige. Cette fiction minimaliste interroge l’une des grandes tensions de notre époque : notre fascination pour les technologies que nous développons et la possibilité qu’elles finissent par redéfinir notre place dans le monde. Elle s’inscrit dans la réflexion plus large du projet Clear Shadows sur l’automatisation silencieuse de nos existences, la manipulation numérique et les transformations profondes que ces systèmes imposent à nos sociétés et à nos corps .

  • AI pifometric evolution

    Cette courbe ne repose sur aucune donnée scientifique!

    Cette image met en tension deux trajectoires qui se croisent dans le temps, celle de l’efficacité cognitive humaine et celle de l’intelligence artificielle. La courbe grise représente l’évolution de l’efficacité du cerveau humain dans un environnement numérique en transformation. Elle progresse d’abord avec l’arrivée d’outils technologiques qui augmentent nos capacités, puis atteint un sommet au moment de la généralisation du smartphone. À partir de ce point, l’externalisation progressive de la mémoire, du calcul et de la décision amorce un ralentissement. Le cerveau délègue de plus en plus de fonctions cognitives aux machines et aux plateformes. Parallèlement, la courbe rouge incarne l’efficacité croissante de l’intelligence artificielle. D’abord marginale, elle accélère fortement avec l’émergence de l’IA générative. L’adoption massive de ces systèmes marque un point de bascule où la performance algorithmique dépasse progressivement celle de l’humain dans de nombreux domaines. L’image ne mesure pas une intelligence pure mais une efficacité opérationnelle dans la production de connaissances et de décisions. Elle suggère un déplacement du centre de gravité cognitif de l’humain vers la machine. Ce mouvement soulève une interrogation fondamentale sur la dépendance croissante aux systèmes automatisés. L’évolution décrite n’est pas seulement technologique mais culturelle et cognitive. Elle interroge la manière dont l’humanité redéfinit ses propres capacités face aux outils qu’elle crée.

  • Bagatelle

    Flowers x Trees x Spring x Water x La Défense x Flood

    Un îlot surgit dans une eau calme. Un fragment de jardin isolé, presque détaché du monde, comme une parcelle de terre prélevée et déposée dans une coupe transparente.

    Tout provient de Bagatelle. Arbres, herbes, graines, fleurs, fruits. Un condensé de biodiversité rassemblé dans un espace minuscule. Dans ce parc vivent plus de quinze mille espèces végétales. Ici, elles semblent regroupées comme si la diversité entière devait tenir sur ce morceau de terre.

    Les formes deviennent étranges. Un arbre porte des sphères brunes suspendues comme des constellations figées. Un autre apparaît nu, presque fossile. Autour d’eux surgissent des plantes aux couleurs vives, aux textures épaisses, presque irréelles. Pourtant elles existent réellement dans ce jardin. Rien n’est inventé. La nature est simplement observée, déplacée, recomposée.

    Les proportions vacillent. Les fleurs deviennent plus grandes que les arbres. Les herbes dominent le paysage. Le regard perd ses repères habituels. Comme si l’ordre végétal avait été légèrement déplacé, modifié, transformé.

    Sous la surface apparaît l’eau. Elle entoure l’îlot, ronge ses bords, submerge les racines. Elle évoque les pluies qui ruissellent désormais sur les surfaces imperméables des villes. L’eau ne pénètre plus la terre. Elle circule, s’accumule, déborde, finit par engloutir.

    Ce morceau de nature ressemble alors à une réserve fragile. Une biodiversité conservée, presque comme un herbier vivant, maintenue dans un équilibre précaire.

    L’horizon de la ville, lui, a été retiré du champ. Il existe pourtant. Hors image. Comme une présence silencieuse qui continue d’avancer.

    La nature n’a pas disparu. Elle se transforme. Elle s’adapte, se déforme, persiste dans des formes parfois inattendues. Les plantes deviennent étranges non parce qu’elles changent d’essence, mais parce que le monde autour d’elles change plus vite qu’elles.

  • Fake True People

    AI images x Removed senses x Provence Sky x Engraving

    Vingt-huit visages apparaissent dans une lumière bleutée, suspendus dans un espace incertain. Ils émergent d’un fond diffus qui évoque un ciel artificiel, une brume numérique ou un champ de données. Les contours sont fragiles, presque dissous. Chaque visage semble flotter entre apparition et disparition, comme une présence instable.

    Ces visages ne correspondent à aucune personne réelle. Ils ont été générés par un système d’intelligence artificielle antérieur à l’ère actuelle des grands modèles conversationnels. Ce programme produisait des portraits humains plausibles à partir d’immenses bases d’images. Chaque visage résultait d’un calcul statistique, d’une recomposition de fragments visuels, d’une moyenne probabiliste de l’humanité.

    Aucun de ces individus n’a vécu. Ils n’ont ni passé, ni mémoire, ni corps. Pourtant leur présence est crédible. Ils pourraient être des voisins, des passants, des inconnus croisés dans une rue. Cette familiarité troublante constitue le cœur du dispositif. L’image humaine cesse d’être la trace d’une existence pour devenir une forme reproductible, générée par des algorithmes.

    À partir de ces portraits artificiels, un geste matériel intervient. Les visages sont gravés physiquement dans une plaque de plexiglas. La surface transparente est entaillée, rayée, creusée. La gravure agit comme une incision dans la matière. Elle transforme une image numérique immatérielle en trace physique, en cicatrice lumineuse.

    Chaque ligne est une perte de matière. Chaque contour résulte d’un retrait, d’une absence. Les visages apparaissent donc non pas par addition de traits mais par soustraction. Ils existent uniquement par les blessures inscrites dans la surface transparente.

    Dans cette version, les visages ont été volontairement privés de tous leurs sens. Les yeux disparaissent, les oreilles sont absentes, les bouches s’effacent. Aucune ouverture vers l’extérieur ne subsiste. Aucun regard, aucune écoute, aucune parole.

    Ces figures deviennent alors des entités closes. Elles ne perçoivent rien et ne peuvent rien exprimer. Elles sont enfermées dans leur propre surface, réduites à une pure apparence.

    La plaque gravée est ensuite éclairée par une lumière LED bleue. Cette lumière traverse les incisions et révèle les silhouettes. Les visages semblent flotter dans l’espace, comme des spectres. La lumière froide accentue leur dimension artificielle et les détache de toute matérialité humaine.

    La photographie capture ce moment précis où la gravure, la lumière et l’air produisent l’image. Les figures apparaissent comme des fantômes numériques suspendus dans un ciel translucide. Certaines sont nettes, d’autres se dissolvent dans la diffusion lumineuse. Leur présence devient presque atmosphérique.

    L’ensemble forme une étrange assemblée silencieuse. Vingt-huit visages plausibles, reconnaissables, mais totalement vides d’existence. Une population d’individus générés, crédibles mais impossibles.

    L’œuvre interroge la mutation profonde de la représentation humaine à l’ère algorithmique. Si une machine peut produire des visages convaincants sans qu’aucune personne ne leur corresponde, alors le visage cesse d’être une preuve d’identité. Il devient une structure visuelle calculable.

    Ces figures ressemblent à l’humanité.

    Mais aucune humanité ne les habite.

    Photo + Gravure sur Plexiglass – 30 x 40

  • Flooded

    Microplastics x Food x Delivery boxes x Carpet x Camelia x Wood dust

    Flooded met en scène une ligne fragile entre deux mondes, celui qui respire encore et celui que nous fabriquons sans le voir. À la surface de l’eau, des pistils de camélia de mon jardin se dressent avec une obstination silencieuse, porteurs d’un élan vital intact, presque candide. Autour d’eux s’entrelacent des végétaux réels, des filaments encore verts, promesse de croissance, de lumière, d’enracinement. Mais cette poussée vers le haut est déjà menacée. L’eau monte, envahit, suspend les tiges dans une transparence trompeuse. Sous la surface affleurent d’autres matières, moins avouables : poussières textiles arrachées à la machine à laver, microfibres issues du tapis plastifié, particules synthétiques déposées sur les meubles, résidus domestiques devenus pollution microscopique. Le foyer déborde dans le jardin. Le plastique se mêle aux fibres naturelles au point de les singer, de les imiter presque parfaitement. Dans cette confusion, la nature ne disparaît pas brutalement : elle est lentement submergée, saturée, hybridée. À l’horizon, un soleil aux allures de vue microscopique rayonne encore, cellule géante ou organisme flottant, rappel d’une énergie première qui persiste. Flooded confronte ainsi deux forces contradictoires : la vitalité obstinée des pistils qui ne demandent qu’à pousser, et l’environnement plastique qui colonise, infiltre, étouffe. L’eau n’est plus seulement source de vie, elle devient vecteur de dispersion, de propagation invisible. Ce paysage semble paisible, presque esthétique, pourtant il raconte une lente noyade : celle d’un vivant envahi par nos déchets minuscules, celle d’une nature qui continue de croître alors même que nous la saturons de nos traces.

  • Camelia

    #Nature made this

  • Fibers

    Duck Leaf x Carpet x Dust x Trees x Microplastics …

    Fibers rassemble des vues microscopiques de matières captées dans ma maison ou au parc des Batignolles, que tout oppose en apparence. Fibre animale, fibre végétale, filament synthétique. Sous le microscope, les distinctions s’effondrent. Les réseaux s’entrelacent, les trames se répètent, les transparences se confondent. Ce qui semblait naturel devient structure. Ce qui semblait artificiel imite le vivant.

    La première série révèle des fibres animales. Barbes et barbules, écailles, micro-crochets, souplesse organique. La matière respire encore une mémoire biologique. Elle capte la lumière avec une douceur irrégulière. Chaque filament conserve une part d’aléatoire, une fragilité presque tactile.

    La seconde explore les fibres végétales. Cellulose, veines, réseaux longitudinaux. L’architecture est plus rectiligne, plus fibrillaire. La répétition y est déjà présente. Les structures s’alignent comme des persiennes microscopiques, laissant passer la lumière en fines strates ajourées. Le vivant y apparaît comme un tissage ancien, une ingénierie naturelle.

    La troisième partie introduit le plastique. Filaments réguliers, surfaces lisses, géométrie maîtrisée. Pourtant, à cette échelle, la différence devient ambiguë. Les polymères synthétiques empruntent au végétal sa trame et à l’animal sa souplesse. La ressemblance est troublante. À s’y méprendre.

    Fibers met en tension cette indistinction. Ce qui fut organique devient modèle. Ce qui est industriel se fait biomimétique. La confusion visuelle révèle une réalité plus profonde. Le plastique infiltre nos environnements, nos sols, nos océans, nos corps. Il adopte les formes du vivant jusqu’à devenir presque invisible.

    L’invasion n’est pas spectaculaire. Elle est structurelle. Elle se glisse dans les fibres, dans les vêtements, dans l’air. Sous le microscope, la frontière entre nature et synthèse se brouille. L’image devient preuve silencieuse. Ce que l’œil nu ne distingue pas, la matière le raconte.

    Fibers ne hiérarchise pas. Elle juxtapose. Elle expose cette proximité inquiétante entre l’organique et le polymère. À l’échelle microscopique, le monde semble déjà hybride. Le plastique n’est plus extérieur. Il s’entrelace.

  • Delivered

    Delivery boxes materials x Microscope

    Vue au microscope, la scène ne raconte rien de ce qu’elle montre d’abord. Ce ne sont ni une tige qui pousse, ni des ciseaux ouverts, ni un œuf de Pâques abandonné dans l’herbe. Ce sont des fragments de carton de livraison. Du banal. Du jetable. Du quotidien.

    À gauche, une masse noire, presque architecturale, se dresse comme une tour découpée dans l’ombre. C’est la tranche du carton, écrasée, comprimée, révélée par l’agrandissement. Sa verticalité devient monument. Elle semble solide, presque sacrée, alors qu’elle n’est qu’emballage promis à l’oubli.

    Au centre, un cercle gris, dense, granuleux. Le QR code, dissous dans la matière. Non plus lisible, non plus scannable. Simple trame mécanique, poussière d’encre et de fibres. Le signe de traçabilité, de contrôle logistique, réduit à une peau rugueuse. La promesse d’efficacité devenue texture.

    À droite, les fibres tissées du papier ancré s’étirent en rouge. L’encre a pénétré la chair végétale. Elle circule comme un système vasculaire, fragile, éclaté, presque organique. On croit voir une croissance, une blessure, une racine sanguine. Mais ce n’est qu’un marquage industriel, une trace d’impression, une donnée injectée dans la cellulose.

    Delivered renverse le récit. Ce qui semblait vivant est logistique. Ce qui semblait naturel est industriel. La livraison, geste invisible et quotidien, laisse derrière elle une cartographie microscopique de flux, de contrôle et de matière exploitée.

    Le carton, le code, les fibres. Trois strates d’un même système.
    Un monde qui circule, s’emballe, se trace, puis s’abandonne.

  • All is white

    Color disparition x Time x Shrinking x Marketing goal x Color book

    Cette image présente une cartographie chromatique du siècle, un relevé silencieux de l’évolution des couleurs dominantes depuis les années 1920 dans les espaces intérieurs et extérieurs. Rangées en grille, les teintes semblent d’abord nombreuses, presque variées. Pourtant, à mesure que l’œil circule, une autre réalité apparaît. Les couleurs vives s’espacent, s’éteignent, se diluent dans des gammes sourdes, pastel, grèges, taupes, gris, beiges. La saturation recule. L’intensité s’adoucit. Le monde se neutralise. All is white ne montre pas le blanc de manière frontale. Il montre son avancée progressive. Le blanc comme horizon, comme norme implicite, comme idéal de neutralité. Il ne s’agit pas d’une disparition brutale des couleurs, mais d’un phénomène de shrinking chromatique. Une réduction lente du spectre visible dans l’environnement quotidien, qu’il s’agisse des façades, des habitacles, des objets domestiques ou des véhicules. Les statistiques industrielles le confirment année après année, le blanc, le noir et le gris dominent très largement les ventes automobiles mondiales, reléguant les rouges, verts ou bleus vifs à des parts marginales. La grille évoque un nuancier, un outil de design ou de marketing. Elle rappelle que la couleur n’est pas qu’esthétique, elle est stratégique. Même si chaque saison annonce une teinte « tendance », ces éclats restent périphériques. Le socle demeure universel, consensuel, compatible avec la revente, l’optimisation, la standardisation. La neutralité devient valeur refuge. La couleur se conforme aux logiques de la société de consommation, elle rassure, elle uniformise, elle évite le risque. L’image interroge ainsi le lien entre homogénéisation visuelle et homogénéisation sociale. Le suivi de patterns, la répétition des palettes, la domination des tons neutres traduisent une recherche d’acceptabilité maximale. Ce qui plaît à tous finit par effacer les singularités. La modernité, autrefois éclatante, se replie vers des surfaces blanches, lisses, interchangeables. All is white n’est pas une célébration du minimalisme. C’est un constat froid. Derrière l’apparente douceur des teintes se lit une standardisation profonde, presque algorithmique, du goût collectif. La couleur ne disparaît pas totalement, elle est absorbée, disciplinée, rendue compatible avec un marché globalisé. À force de vouloir plaire au plus grand nombre, le monde se rapproche d’un blanc généralisé, non pas absence de couleur, mais synthèse consensuelle de toutes les concessions.

  • Green Life

    Non green behaviors x Flashy Green x Mass consumption x Disparition

    Cette image se présente comme une grille froide, presque clinique, où chaque case isole un geste ordinaire, un fragment de normalité contemporaine devenu symptôme. Un homme jette un déchet au sol, un autre s’appuie sur un 4×4 massif, un voyageur tire sa valise sous le ventre d’un avion, une femme accumule des sacs de shopping, un jet-ski lacère la surface de l’eau, un pulvérisateur diffuse des produits chimiques, un enfant s’entoure d’objets, un corps penché fixe son téléphone. Rien d’exceptionnel, rien d’illégal, rien qui, pris séparément, ne semble dramatique. Le vert uniforme agit comme un faux apaisement, couleur supposée de l’écologie, ici détournée, recouvrant indistinctement les silhouettes comme si la planète entière était passée sous un filtre unique qui neutralise la gravité des actes. Chaque scène devient un pictogramme, une icône simplifiée de l’hyper-consommation et de l’hyper-mobilité, un catalogue de comportements standardisés où le confort individuel prime sur la conséquence collective. L’image interroge la responsabilité fragmentée, qui pollue réellement, celui qui voyage sans cesse, celui qui choisit la puissance motorisée, celle qui consomme des biens produits à distance, celui qui répand des substances chimiques, celui qui transforme le loisir en dépense énergétique, celui qui se fait livrer, ou celui qui, passif et absorbé par son écran, alimente l’infrastructure invisible des flux logistiques et numériques. Dans une case, il ne reste presque plus rien, seulement une ombre, comme si à force d’additionner ces gestes l’être humain s’était dissous dans ses propres habitudes. L’hyper-croissance et l’hyper-consommation produisent une silhouette sans épaisseur, un sujet réduit à l’empreinte de ses actes. L’image ne moralise pas, elle juxtapose et additionne, montrant comment des choix individuels répétés à l’échelle de millions de corps composent un inconscient collectif destructeur et créent des inégalités écologiques profondes, certains consommant par confort ou par désir tandis que d’autres subissent les conséquences, air saturé, territoires abîmés, ressources épuisées. Le quadrillage agit comme une cartographie de la banalité, la catastrophe n’y est pas spectaculaire, elle est quotidienne, routinière, presque invisible, et c’est précisément cette normalité qui la rend inquiétante.

  • Sins

    Deadly Sins x Flashy Pink x Couch x Invisible man x Tech Nech

    Sur des fonds saturés, presque agressifs, un homme se tient seul. Il ne regarde personne. Il se replie, se cambre, s’affaisse. Son cou se casse vers l’avant, déformé par l’écran invisible qu’il consulte sans cesse. Le corps devient symptôme. Le tech neck remplace la colonne vertébrale morale. Les péchés capitaux ne sont plus théologiques. Ils sont optimisés. L’orgueil devient mise en scène permanente de soi. L’envie devient comparaison algorithmique. La colère se déploie en commentaires. La luxure se consomme en flux infini. La gourmandise est une boulimie de notifications. L’avarice se mesure en données accumulées. La paresse prend la forme d’un canapé creusé, d’un coussin enfoncé, d’une empreinte laissée par un corps trop longtemps immobile. Dans certaines images, l’homme est encore là. Dans d’autres, il se réduit. Silhouette minuscule dans un espace trop vaste. Puis il disparaît presque entièrement. Il ne reste qu’une ombre. Une trace noire sur un fond uniforme. Cette ombre n’est pas une absence accidentelle. Elle est le résultat d’un choix collectif. L’homme a voulu l’automatisation, la fluidité, la délégation permanente. Il a confié ses désirs aux plateformes, ses décisions aux algorithmes, ses relations aux interfaces. Chaque service promettait un confort. Chaque automatisation supprimait un effort. Chaque optimisation renforçait un penchant. Les péchés ne sont plus combattus. Ils sont industrialisés. Sins montre un corps qui se retire du monde réel au profit d’un monde calculé. Le canapé devient territoire. Le coussin, preuve matérielle d’une présence excessive et d’une absence simultanée. Être là physiquement, ne plus être là symboliquement. L’homme s’efface à mesure qu’il externalise sa volonté. Il disparaît à force de vouloir tout simplifier. Il s’ombre lui-même. La série ne représente pas une fin brutale. Elle montre une évaporation lente. Un effacement progressif orchestré par celui qui en est la première cause. Dans ce théâtre monochrome, la figure humaine n’est plus héroïque. Elle est variable d’ajustement. Elle s’effondre sous le poids de ses propres désirs amplifiés. Sins n’accuse pas une machine autonome. Elle pointe une responsabilité diffuse. L’homme ne disparaît pas parce qu’il est dominé. Il disparaît parce qu’il consent.

  • ABCD

    Ces sphères brillantes semblent précieuses, presque cosmiques, posées en constellation régulière sur une surface granuleuse. Leur éclat rouge, vert ou orangé capte la lumière, donne une impression de pureté, de signal clair, d’information maîtrisée. Elles paraissent délicates, calibrées, presque esthétiques dans leur répétition. Pourtant ce ne sont que des gouttes d’encre déposées sur le plastique d’un sachet de salade, issues d’un code nutritionnel imprimé en surface, avec ses lettres et ses couleurs rassurantes. Ces points colorés prétendent orienter, informer, simplifier, mais participent aussi à une mise en scène visuelle qui masque la complexité de ce que l’on consomme. Parfois outil utile, parfois argument marketing, parfois simple vernis rassurant, ces marques imprimées deviennent une couche supplémentaire entre le produit et le regard. Elles ne pénètrent pas la matière, restent en suspension à la surface du plastique, comme une promesse flottante. Elles sont omniprésentes, répétées à l’infini sur des millions d’emballages. Ces gouttes d’encre que personne ne choisirait pour elles mêmes, qu’il faudra pourtant produire, imprimer, jeter, recycler.

    Photos

  • Saw

    Saw – sawdust x microscope x honey

    On dirait une matière mielleuse qui coule, des filaments de caramel fondu étirés dans la lumière, une structure sucrée, presque gourmande, aux reflets dorés et translucides. Les fibres semblent se lier, se coller, former des nappes brillantes comme une confiserie en suspension. Mais il n’en est rien. Ce sont des résidus de sciure issus de meubles industriels, des particules agglomérées par des colles ajoutées, omniprésentes dans les intérieurs contemporains. Ces panneaux recomposés, ces surfaces lisses et bon marché peuplent les maisons, libérant lentement des micro particules invisibles. Ces filaments translucides, si esthétiques sous le microscope, ne sont pas innocents. Ils témoignent d’une matière transformée, collée, compressée, qui prolonge sa présence dans l’air domestique bien après son installation. Derrière l’apparence chaleureuse et dorée, une autre réalité circule, diffuse, persistante.

  • Wash me

    Textile rubbish x Washing machine x Microscope

    On dirait des cheveux, des filaments fins, souples, emmêlés, presque organiques, traversés de petites gouttes brillantes qui évoquent une matière vivante et intime. Ils se croisent, s’accrochent, flottent dans un espace blanc comme une trace corporelle suspendue. Pourtant rien ici ne pousse, rien ne provient d’un corps. Ces fibres ne tombent pas, elles s’arrachent, se fragmentent, se dispersent sans bruit dans nos espaces clos. Les textiles synthétiques s’effritent à chaque frottement, à chaque lavage, libérant des particules invisibles qui circulent dans l’eau et dans l’air. Ce que l’on croit propre et maîtrisé diffuse en permanence une poussière plastique imperceptible à l’œil nu. L’image entretient volontairement l’ambiguïté du vivant, elle ressemble à une matière humaine mais provient d’un objet industriel banal. Ce sont des résidus plastiques trouvés dans ma machine à laver. Fibre textile qui s’arrache. Pour payer moins cher, tout le monde achète fibres plastique.

  • Closed grass

    Closed grass – Wheat field x plastic carpet x water drops

    Sous le microscope, un paysage apparaît. Des fibres dressées comme des tiges fines composent une étendue dorée qui évoque un champ de blé balayé par le vent. La lumière circule entre les filaments, glisse le long des surfaces lisses, transforme la matière en horizon vibrant. L’illusion est presque parfaite, celle d’une croissance silencieuse, d’une nature ordonnée, domestiquée par le cadre. Des gouttes d’eau demeurent suspendues entre les fibres. Elles roulent, s’accrochent, restent intactes. Elles ne pénètrent pas. Elles ne nourrissent rien. La surface les retient comme une peau fermée, imperméable. Rien ici n’absorbe, rien ne transforme. La verticalité rassure, la texture semble organique, mais la matière est synthétique. Elle imite la souplesse du vivant sans en posséder la capacité d’échange. Ce paysage est composé de textiles chimiques qui envahissent notre quotidien. Nos intérieurs en sont saturés. Les maisons accumulent ces fibres, ces fragments, ces micro particules invisibles qui circulent dans l’air, se déposent, persistent. Ce champ doré n’est pas un sol fertile. Ce n’est pas une plante. Ce n’est pas un paysage. C’est un tapis.

  • Short Life

    Microscope x Biscuit packaging scratches

    Fragments d’emballage de biscuit, agrandis jusqu’à perdre leur fonction première. L’encre orange se répand en filaments, en amas, en poussières colorées. Ce qui devait séduire l’œil du consommateur devient ici un réseau fragile, presque organique, suspendu sur fond blanc. La matière est fine, légère, nerveuse. Elle s’étire, se déchire, se ramifie comme un système vivant. Pourtant, elle n’a pas vocation à durer. Elle protège, encapsule, isole un produit industriel quelques jours, quelques semaines tout au plus. Sa raison d’être est brève, utilitaire, strictement fonctionnelle. Une fois le contenu consommé, l’enveloppe perd son sens. Elle devient résidu. Déchet destiné à être jeté, oublié, enfoui ou dispersé. Cette image suspend le moment où l’objet cesse d’être utile sans encore disparaître. La question demeure en filigrane. L’emballage est-il nécessaire ou simplement devenu réflexe systématique ? Il promet hygiène, conservation, transport, mais génère une matière sans mémoire, sans avenir, produite en masse pour une existence éphémère. Grossi par le regard, l’emballage révèle sa propre fragilité. Ce qui semblait neutre et anodin apparaît comme une trace. Une empreinte d’un cycle court, rapide, consommé. Une matière née pour mourir presque aussitôt.