Catégorie : Bodies

  • No body

    A grid of twenty-eight faces. Smiling, neutral, expectant. None of them exist. These portraits were generated by neural networks before large language models and generative AI tools became household names.

    Each face suggests identity, culture, perhaps memory—but they are empty of history. The work anticipates the silent normalization of synthetic humans in media, politics, and communication. The absence of bodies reinforces their non-existence. No breath. No blood. No background.

    By freezing them in a stark black-and-white aesthetic, the image emphasizes erasure rather than creation: no names, no context, only simulated presence.

    It’s not just a warning—it’s documentation of a threshold. Before the tools exploded, before everyone could make anyone, these ghosts were already smiling.

  • Gluetton

    Mobile notification x Artist hands while scrolling x Flash Lights

    Ce glouton est une vidéo miroir de mes propres mains en train de scroller indéfiniment les fils d’actualité des réseaux sociaux. Récompenses sociales, murs infinis, notifications : ces mécanismes, inventés par les concepteurs des plateformes, sont les outils les plus efficaces pour capter la bande passante mentale et maintenir les utilisateurs captifs — générant ainsi des profits colossaux.

    Le monstre ne dort jamais très longtemps.
    Il s’éveille dès que les notifications s’emballent.

    Comme une entité vorace, The Glutton se nourrit du geste répétitif, de la tension musculaire, de la dépendance gestuelle. Ce n’est pas l’écran qui est filmé, mais ce qu’il fait au corps — aux mains qui glissent, se crispent, cliquent sans fin.
    La vidéo reflète moins une activité que sa ritualisation : un automatisme sans contenu, une chorégraphie imposée par l’économie de l’attention.

    Ce glouton, c’est le miroir de notre fatigue numérique.
    Et il grossit à chaque scroll.

    This glutton is a mirroring video of my hands while scrolling indefinitely social networks walls. Social rewards, infinite walls and notifications, invented by social networks creators are the best ways to capture brain bandwith and keep people glued to their services and thus generate cash massively. Like a monster this glutton awakes once notifications accelerate.

  • Nomophobia

    Tears / rain drops x Aspiration x Anxiety breath

    Nomophobia désigne cette angoisse contemporaine : la peur d’être séparé de son téléphone mobile.

    Cette installation vidéo simule un état de suffocation anxieuse. À première vue, la surface semble paisible — des gouttes de pluie glissent lentement sur une vitre. Mais à mesure que la boucle progresse, la respiration au centre devient irrégulière, presque convulsive. Ce qui était calme se transforme en une inspiration syncopée, accélérée. Un monstre silencieux — ni présent, ni visible — semble aspirer tout vers le vide. Les gouttes deviennent des larmes, le rythme devient détresse.

    Le titre fait écho à une pathologie moderne : l’absence de téléphone devient un manque émotionnel, comme une extension du soi perdue. L’œuvre explore les signes précoces de cette dépendance, à travers ses manifestations physiques : souffle, humidité de la peau, pulsation. On anticipe la panique avant même qu’elle n’explose.

    Le centre, qui respire comme un poumon mécanique, incarne l’illusion de sécurité que procurent ces objets qui gouvernent désormais notre calme.
    Mais ce souffle, devenu court et rapide, rappelle une vérité :
    Même dans la poche, le téléphone ne suffit pas.

    Nomophobia is a kind of fear of being separated from its mobile phone

    This video installation simulates a state of anxious suffocation. At first glance, the surface appears peaceful—raindrops softly clinging to a windowpane. But as the loop progresses, the breathing at the center becomes erratic, almost convulsive. What was calm becomes an accelerated, syncopated inhale. A silent monster—neither present nor visible—seems to pull everything toward the void. The drops become tears, the rhythm becomes distress.

    The title « Nomophobia » refers to the modern pathology of being without one’s phone—an emotional void, an extension of the self gone missing. This piece explores the early signs of that dependency, through physical manifestations: breath, skin moisture, pulse. We anticipate the panic before it unfolds.

    The center, which breathes like a mechanical lung, embodies the illusion of safety granted by devices that now govern our calm. But the breath, sped up and shallow, makes it clear: even in our pocket, the device is never enough.

  • Puppets

    Magnetic motion x dancing antic statues x brownian motion x disk sound

    Ces marionnettes métalliques suspendues s’inspirent des statues antiques et sont animées par des aimants, produisant un mouvement de rotation chaotique et aléatoire. Leur agitation mécanique, imprévisible, crée une chorégraphie de proximité sans contact.

    À l’image des réseaux sociaux, ces figures interagissent à distance : elles s’approchent, s’influencent, s’observent — mais ne se touchent jamais. Chacune reste enfermée dans son axe, comme dans une bulle algorithmique.

    L’œuvre met en scène l’illusion de lien : une société de silhouettes agitées, connectées sans intimité, actives sans ancrage.
    Le mouvement est continu, mais stérile.
    Comme si le chaos social était devenu une fonctionnalité.

    These hanged metallic puppets are inspired from antic statues and are animated thanks to magnets, thus creating a chaotic random rotation motion. Like for social networks, puppets have distant interactions and can not touch each others.

  • Faketrue people

    Encre sur papier

    Gravure sur Plexiglas & Led

    28 masks inspired by deep fake faces

    Ink on paper – 30 x 40 cm

    Ces 28 masques forment une galerie silencieuse d’identités générées — et immédiatement vidées de leur humanité. Produits à partir de visages synthétiques créés par intelligence artificielle (deep fake), ils présentent d’abord une illusion troublante de réalisme : proportions parfaites, lumière flatteuse, visages crédibles. Mais chaque regard a été effacé, chaque bouche éliminée, chaque oreille gommée. Il ne reste que des enveloppes.

    Ce processus d’annulation transforme l’image en masque : ce n’est plus un portrait, c’est une façade. Sans organes sensoriels, ces figures ne voient rien, n’entendent rien, ne parlent pas. Elles incarnent l’ère post-relationnelle où la ressemblance suffit, et où l’émotion est simulée sans origine.

    L’œuvre interroge : que reste-t-il d’un visage quand on lui retire la possibilité d’interagir ? Que devient une humanité sans échange, sans mémoire, sans altérité ? Ces masques sont beaux, peut-être. Mais ils ne nous regardent pas. Ils nous ignorent. Comme les algorithmes qui les ont créés.

    These faces have been conceived first thanks to an artificial intelligence able to generate randomly real-like faces of non existing people; then eyes, mouth, noses and ears have been removed for the final version of the drawing.

    Drawing & graving on plexiglass – 30×20 cm

  • Chemical hapiness

    Dopamine synthesis process

    Ce dessin reproduit avec minutie les étapes complexes de la biosynthèse de la dopamine — depuis la tyrosine jusqu’à la molécule finale. Mais ce n’est pas une simple illustration scientifique. C’est une cartographie politique et émotionnelle. Car aujourd’hui, cette voie biochimique ne relève plus uniquement de la neurobiologie : elle est exploitée, instrumentalisée, industrialisée.

    La dopamine est devenue l’un des leviers majeurs de l’économie de l’attention. Chaque “like”, chaque notification, chaque micro-interaction dans une application est conçu pour provoquer ce pic de récompense, cette micro-jubilation qui incite à rester connecté, à revenir, à consommer. Sans stratégie de stimulation dopaminergique, aucune plateforme ne tiendrait.

    Ce schéma moléculaire est donc aussi un plan d’attaque — celui des UX designers, des ingénieurs en captologie, des entreprises qui modèlent nos comportements via ces circuits primitifs. En activant dopamine et noradrénaline, ils ne se contentent pas de susciter du plaisir : ils pilotent nos états mentaux, notre vigilance, notre capacité à apprendre ou à mémoriser.

    Ce dessin, apparemment neutre, devient ainsi une image à double fond : à la fois miracle biologique et carte d’exploitation. Une machine à désir, détournée.

    This drawing is representing the complex synthesis of the dopamine molecule. Dopamine stimulation is a key element in the user experience optimisation for mobile and service applications providers. This is obvious that without a dopamine shot control strategy, social networks won’t be what they are. Dopamine and noradrenaline are crucial neuromodulators controlling brain states, vigilance, action, reward, learning, and memory processes.

  • The Shortener

    Some scientists think that screen addictions may result in the shortening of brain white substance.

    This drawing mimics the form of a brain section, but its inner structure collapses inward—a spiral of progressive contraction. The visual metaphor is anchored in a scientific hypothesis: that prolonged exposure to screens and digital overstimulation could lead to the reduction of white matter in the brain, the very substance responsible for communication between regions.

    The title is a double entendre. It evokes both the neurological phenomenon and the digital tool—URL shorteners—that reduces complexity to minimal expression, often stripping away meaning. What happens when the mind, like information, is compressed for efficiency?

    The result is a distorted core, dense and frayed. A topography of decay, where cognitive capacity is thinned for the sake of immediacy.

    Drawing – 30×20 cm

  • The Bride

    One tier of teenagers may feel depressed after having checked their favorite social network which is just the perfect place for perfect people sometimes with perfect hairs. This hairy bride is also echoing and inspired by a real brownian motion where particules are colliding randomly.

    Drawing & engraving on plexiglass – 30×20 cm

  • Arthropod.e

    Hand x radiography x mobile addiction disease

    Ce dessin, inspiré d’une radiographie réelle, révèle une main qui n’est plus outil mais symptôme. Les lignes osseuses sont fidèles, mais la zone centrale — celle qui relie pouce et index — est marquée, soulignée, comme si elle brûlait d’un usage trop intense. Ici naît l’arthrite du XXIe siècle : non pas liée à l’âge, mais à l’interface.

    Des scientifiques alertent sur cette nouvelle forme de pathologie articulaire, provoquée par la surutilisation des smartphones. Ce n’est plus l’outil qui épouse la main, mais la main qui se déforme pour s’adapter à l’objet. Le pouce s’épaissit, l’index se crispe, la paume se courbe. Chaque jour, des heures de scroll, de tapotements et de positions statiques entraînent micro-traumatismes, inflammation et douleurs chroniques.

    L’image ne montre pas une main malade, mais une main transformée. L’arthrite devient ici une écriture — un signal gravé dans l’os de notre rapport au numérique. Le squelette épouse l’objet, jusqu’à s’y fondre. La technologie devient non seulement un prolongement, mais une altération du corps.

    Ce dessin, anatomique et critique, n’interroge pas la dépendance, mais ses traces physiques. Ce n’est plus la main humaine. C’est la main modifiée par usage. Une prothèse inversée, où l’outil déforme l’organique.

    Some scientists discovered a new kind of hand arthritis, caused by mobile phone addiction and time spent on such heavy mobile devices. This drawing made is inspired from a hand radiography with a special focus on the arthritis zone. Moreover in some cased it appears that some fingers may be distorted by mobile phone shapes.

  • Give me Five

    Amoeba x Hand

    Drawing – 30×20 cm

    En 1965, aux États-Unis, l’amoeba Naegleria fowleri fit les gros titres : une entité microscopique, invisible à l’œil nu, capable de remonter les nerfs olfactifs jusqu’au cerveau pour le consommer, littéralement. En quelques jours, elle détruisait la matière cérébrale, provoquant des décès brutaux, une trentaine cette année-là. Une horreur biologique.

    Aujourd’hui, cette figure revient — métaphoriquement — sous une forme bien plus sophistiquée : services numériques “gratuits”, scroll infini, notifications en rafale. Ce ne sont plus les eaux tièdes de lacs stagnants qui abritent la menace, mais nos poches, nos flux, nos interfaces. L’ennemi n’a plus de membrane : il est codé, designé, optimisé pour capter notre bande passante mentale.

    Les plateformes qui ont permis l’essor d’internet ne connectent pas — elles consomment. Elles creusent le cortex à coup de récompenses aléatoires, de stimuli visuels, de cycles d’engagement. Ce n’est plus une amibe : c’est une architecture comportementale. Une nouvelle espèce parasitaire, invisible et acceptée. Le cerveau ne fond plus par infection, mais par dissociation, surcharge et distraction constante.

    In 1965 in the U.S. there were a dangerous Amoeba bacteria that eat brains and caused more than 30 deaths. Arise of internet is made possible thanks to brain bandwith eater services.

  • Your brain is our brain

    G. Artificial Intelligence Code released

    De loin, la silhouette d’un cerveau, évanescente, presque translucide. De près, une marée de lignes de code. Pas de neurones, pas de synapses, mais des variables, des boucles, des fonctions. Ce n’est pas une métaphore: c’est une substitution. Le code se fait cortex, l’algorithme devient matière grise. L’intelligence n’est plus biologique mais textuelle, écrite dans un langage qui n’a rien de naturel. L’œuvre fait écho à ce moment fondateur où certaines entreprises ont ouvert leurs premiers modèles d’intelligence artificielle au monde, sous couvert d’«open source». L’ouverture n’était pas un partage, plutôt une invitation à participer à l’entraînement d’une machine qui apprend de nous pour mieux nous dépasser. Your Brain Is Our Brain expose ce glissement: en livrant nos usages, nos phrases, nos clics, nous avons offert notre réflexion, notre raisonnement. Nos cerveaux sont devenus ressource, matière première. Le cerveau collectif s’écrit désormais en lignes de commande. Ce n’est pas un dessin. C’est une radiographie inversée: l’humain décomposé en syntaxe, reprogrammé en code.

    Drawing – 30×20 cm

  • What’s up kids?

    Millions of messages per minute growth (data centric graphic)

    Sculpture issue d’un flux invisible, What’s up kids? matérialise une croissance algorithmique, celle de millions de messages échangés chaque minute sur les plateformes sociales, transformée ici en forme organique et contrainte, une excroissance de données figée dans le métal. La structure évoque un ballon, gonflé non pas d’air mais de sollicitations numériques, de notifications, de fragments de langage qui s’accumulent sans jamais produire de sens durable. Pourtant, ce ballon ne s’élève pas. Il reste ancré, retenu au sol, comme incapable d’échapper à la gravité de ses propres mécanismes. Cette tension entre expansion et immobilité traduit l’impasse d’un système qui promet l’envol mais enferme dans la répétition. La croissance est réelle, mesurable, exponentielle, mais elle ne libère rien, elle sature. L’objet oscille entre dirigeable et ballon d’enfant, entre technologie lourde et innocence perdue, suggérant une captation progressive des esprits les plus jeunes, happés par ces flux continus. Chaque ligne métallique devient une trajectoire de message, une trace de connexion, une impulsion captée dans une boucle infinie. Le cerveau, exposé à cette densité, ne s’élargit pas, il se fragmente, il se disperse, il se fatigue. L’œuvre met en forme cette érosion silencieuse, déjà centrale dans Clear Shadows, où l’automatisation des comportements et la dépendance aux interfaces redessinent nos équilibres cognitifs . Ici, la donnée devient matière, mais une matière stérile, incapable de s’ancrer dans le réel autrement que par son propre poids. Le fil ne dessine pas une structure stable, il accumule, il entremêle, il perd sa lisibilité, à l’image de ces échanges incessants qui saturent l’attention. Le ballon devient alors métaphore d’une génération suspendue, maintenue dans un entre-deux, ni libre ni pleinement consciente de son attachement. Ce qui devait être un jeu devient une contrainte, ce qui devait connecter isole, ce qui devait faire grandir immobilise.

  • Toxic poppies

     Gafa turnover growth rate x Internet traffic x Time spent x Poppies

    À première vue, un champ délicat de coquelicots lumineux s’étend à perte de vue. Mais ces fleurs obéissent à un autre rythme: leur hauteur correspond exactement au taux de croissance annuel du chiffre d’affaires de l’un des géants de la tech, depuis ses premières années jusqu’à la date de création de cette image. Idem pour la taille du coeur ou des pétales, pour le trafic internet ou le temps passé sur internet. Ce qui semble botanique est en réalité économique. Chaque tige est une ligne temporelle de données. Chaque corolle, une flambée d’expansion exponentielle. Du bourgeon à l’éclosion démesurée, la composition évoque à la fois vitalité et déséquilibre. La nature devient un substitut des chiffres: une croissance vivante imitant la domination des entreprises. La progression ne suggère aucun plateau. Ce n’est pas une allégorie des cycles naturels de la vie, mais de l’expansion sans limite. Ces fleurs ne se faneront pas. Elles sont conçues pour prospérer indéfiniment. Rendre addict tel le pavot. Le dégradé de couleur laisse supposer que l’arc en ciel n’est plus

    Drawing & Engraving – 30×20 cm

  • Euphoric Scorpion

    Dopamine molecule x Trap x Scorpion

    Une structure noire, tendue, presque nerveuse, évoque d’abord un scorpion figé dans un instant d’alerte, prêt à se retourner contre lui-même. Les tiges métalliques, droites et froides, dessinent une mécanique précise, sans organicité, comme si le vivant avait été réduit à un schéma. Pourtant, derrière cette silhouette animale, c’est une autre réalité qui affleure, celle d’une molécule, celle de la dopamine, architecture invisible de nos élans. Le centre, fermé par un grillage dense, agit comme un noyau captif, un piège qui ne s’ouvre jamais vraiment. Rien ne s’échappe, tout circule en boucle. Les sphères aux extrémités semblent suspendues, comme des points de tension, des déclencheurs prêts à activer le système. L’ensemble ne raconte pas une attaque, mais une répétition, une boucle interne, une auto-stimulation sans fin. Le scorpion n’attaque pas, il se replie, il s’enferme. Le piège est déjà là, au cœur même de la structure. Ce qui semblait être un corps devient une prison. Ce qui semblait être un instinct devient un programme.

  • Digital NAtive

    DNA sequence x gaming console

    Cette hélice n’appartient plus au vivant. Elle imite la structure de l’ADN, mais son code est contaminé. À la place des bases fondamentales, ce sont les touches d’une manette de jeu qui s’insèrent dans la chaîne: triangle, croix, rond, carré. Un alphabet étranger, importé au cœur même de ce qui devrait rester organique. Le dessin montre comment la logique du jeu vidéo ne se contente plus de capter l’attention: elle infiltre la structure intime des comportements. Le réflexe remplace la décision. Les gestes codifiés (appuyer, valider, tirer, recommencer) deviennent des mutations silencieuses qui réécrivent peu à peu le rapport au monde. Une séquence génétique parasitée par des commandes. Les rondes grises qui composent l’hélice évoquent une neutralité anesthésiante, un tissu sans relief, entièrement standardisé. C’est la matière première d’un “digital native”: une subjectivité façonnée dès l’enfance par des environnements interactifs qui redéfinissent la récompense, l’effort, la frustration, le risque, la répétition. Le triangle ne signifie plus un choix, mais une réaction. Le carré ne symbolise plus une forme, mais une impulsion apprise. La distorsion visuelle de la double hélice traduit cette dérive: un ADN qui conserve l’apparence du vivant mais dont la logique interne a été détournée. Il mute. Le naturel persiste en surface; le conditionnement opère en profondeur. L’enfant qui joue ne manipule pas seulement une console: c’est la console qui façonne ses circuits de réponse, son rapport à l’attente, au plaisir, au manque. L’œuvre met à nu ce glissement: quand la mécanique du jeu ne reste plus un divertissement mais devient une matrice comportementale. Une génétique symbolique, modifiée non par l’évolution, mais par la répétition automatisée des mêmes gestes. Une descendance qui naît connectée, et dont l’ADN porte déjà la trace de la dépendance.

  • Addicted

    La forme évoque une gélule. Un comprimé gris, neutre, parfaitement calibré. Mais au lieu d’une poudre active, l’intérieur est rempli d’icônes: des « like » et des « love », répétés des centaines de fois, identiques, sans variation. Une pharmacologie du social.

    L’œuvre révèle une métamorphose silencieuse: les gestes numériques — liker, aimer, réagir — ont glissé du registre symbolique au registre addictif. Ils n’agissent plus comme des signes, mais comme des micro-doses. Chaque pouce levé stimule, chaque cœur récompense, chaque interaction déclenche un effet mesurable sur l’attention et la dopamine. Le réseau social devient une prescription involontaire.

    La capsule est divisée en deux moitiés parfaitement symétriques, comme un médicament à libération immédiate et prolongée. D’un côté, la gratification simple: le like, mécanique, rapide, sans engagement. De l’autre, l’apparence de l’attachement: le cœur, plus valorisant, plus intrusif, plus coûteux pour celui qui le reçoit. Deux molécules de la même addiction, deux intensités d’une dépendance émotionnelle fabriquée.

    La répétition des icônes traduit le véritable moteur de ces plateformes: la standardisation du désir. Rien n’est spontané, rien n’est personnel. Les émotions sont réduites à des symboles reproductibles, ingérés en continu. Au fil du temps, ce comprimé visuel remplace la relation réelle par un protocole automatique: aimer devient un geste réflexe, une décharge programmée, un mouvement appris.

    Dans Addicted — Pill × Like × Love, la gélule n’est plus un objet médical: c’est un miroir. Elle expose comment les systèmes de récompense intégrés aux plateformes ont colonisé notre intimité, jusqu’à en redéfinir les contours. Une pharmacologie du lien, distribuée à volonté, sans ordonnance, mais avec des effets secondaires majeurs: dépendance, anxiété, comparaison, besoin continu de validation.

    Le médicament, ici, n’est pas avalé. Il est cliqué. Et il agit tout autant.