Catégorie : Serie : Screens

  • The dashboard

    Dashboard x body metrics x work automation

    Ce tableau de bord donne à voir une journée de travail comme une surface de contrôle total, où chaque geste devient une donnée, chaque pause une anomalie, chaque mouvement du corps une variable exploitable. L’image reprend les codes froids et séduisants des interfaces de start-up, ces environnements SaaS qui promettent la clarté, l’efficacité et la performance, mais produisent surtout une forme d’abrutissement graphique : trop de courbes, trop d’indicateurs, trop de mesures, jusqu’à rendre invisible ce qui devrait rester central, un corps humain en train de s’épuiser. Le salarié n’apparaît presque plus que sous forme de traces : clics, frappes, scrolls, balayages oculaires, temps assis, pauses biologiques, attention résiduelle. Sa journée active est découpée, absorbée, convertie en segments quantifiables, comme si vivre au travail consistait à alimenter une machine d’observation continue. Derrière la propreté apparente du dashboard, une violence discrète se révèle : celle des métiers automatiques, répétitifs, interchangeables, ces bullshit jobs dont l’utilité se dissout dans des boucles de mails, de réunions visio, de saisies et de micro-décisions sans épaisseur. L’intelligence artificielle plane sur l’ensemble comme la prochaine flèche ascendante du système : après avoir mesuré les gestes, elle viendra les remplacer, en supprimant d’abord la fatigue, puis le travailleur lui-même. L’absurdité est précisément là : on aura passé des années à optimiser des tâches que la machine finira par juger trop mécaniques pour être encore humaines. Les indicateurs corporels introduisent une autre lecture, plus sombre, celle des troubles musculo-squelettiques à venir, des yeux secs, des mains crispées, du dos immobilisé, des cervicales figées, du vivant contraint à tenir dans une ergonomie qui n’a jamais été pensée pour lui. Le corps n’est pas fait pour cette immobilité active, pour cette tension sans mouvement, pour cette attention fragmentée qui ne cesse d’être relancée par l’écran. L’image met ainsi en tension deux temporalités : celle, artificielle, de l’entreprise qui transforme chaque heure en rendement mesurable, et celle, biologique, d’un organisme qui résiste par la fatigue, la pause, la baisse d’attention, le besoin de marcher, d’uriner, de regarder ailleurs. Ce qui est volé ici n’est pas seulement du temps de travail, mais du temps de vie active, du temps nerveux, musculaire, mental, capturé puis restitué sous forme de graphiques élégants. L’interface paraît rationnelle, presque rassurante, mais elle documente en réalité une déshumanisation méthodique : l’employé devient un capteur, le bureau devient une cage douce, le logiciel devient le véritable sujet de la journée.

  • Automated joy

    Connected objects x Gears x colors bubbles

    Téléphone, smartphone, tablette, montre connectée, bague connectée, lunettes connectées : rien n’est représenté, sinon leur disparition. À leur place demeurent des réserves blanches, découpées dans une effervescence de points, de bulles, de projections et de trajectoires colorées. La couleur semble joyeuse, presque festive, mais elle décrit un état d’agitation continue : notifications, gestes répétés, réflexes conditionnés, impulsions minuscules. Les objets qui promettaient la connexion deviennent ici des absences, comme si leur fonction avait fini par absorber leur forme. Autour d’eux, tout circule, pulse, rebondit, s’accumule, sans direction véritable. Les bulles chères à Clear Shadows ne figurent pas une vitalité, mais une excitation automatique, une ronde sans centre, une dépense nerveuse. On ne regarde plus un outil, on regarde l’espace qu’il a contaminé. Le blanc des silhouettes n’est pas un repos, mais le négatif d’une présence devenue structure. La connexion ne relie plus seulement les corps : elle organise leurs réflexes, leurs attentes, leurs boucles. Cette image montre moins des objets absents qu’un monde entièrement travaillé par ce qu’ils ont rendu habituel.

  • Trois moustiques

    Mosquitos x Phone x Night

    Dans cette image de la série My Life, le téléphone n’éclaire presque plus. Il repose face contre la table de chevet, comme un objet momentanément vaincu, retourné contre la surface, privé de son image. Une courte victoire. Mais sous lui subsiste un halo mince, une fuite lumineuse, un reste de signal, comme si l’appareil continuait à agir même lorsqu’il ne se montre plus. La nuit n’est donc jamais complètement rendue à elle-même. Elle reste contaminée, traversée, occupée par une présence technique. Le corps, lui, a pris le relais. Allongé dans son lit, les yeux ouverts, il ne dort pas vraiment. Il devrait récupérer, s’abandonner, disparaître quelques heures du monde, quitter la tension sociale, productive et numérique de la journée. Au contraire, il irradie. Toute l’énergie absorbée par l’écran semble être passée en lui, comme si l’appareil avait déposé dans le système nerveux une lumière impossible à éteindre. Le téléphone a phagocyté nos nuits, nos vies, nos seuils de repos. Une part immense des dormeurs se réveille désormais pour consulter messages, alertes, notifications, fragments de présence et preuves minuscules d’existence sociale. Le sommeil devient discontinu, troué, négocié, toujours disponible. Chez les adolescents, cette capture nocturne prolonge les troubles de l’attention, l’agitation cognitive, l’anxiété de manquer quelque chose, l’impossibilité de décrocher. Il n’y a plus de vraie obscurité, plus de vraie coupure, plus de silence intérieur. La chambre, autrefois lieu de retrait, devient un espace de veille forcée, un poste de surveillance intime, traversé par une pleine lune permanente. En mode négatif, l’humain n’est plus simplement éclairé par le téléphone : il devient lui-même la lumière malade du dispositif. Il rayonne, mais d’une lumière bleue, artificielle, froide, abîmante. Cette clarté ne révèle rien, elle consume. Elle ne veille pas sur le corps, elle l’empêche de s’abandonner. Elle isole le personnage dans une solitude clinique, presque spectrale, où la connexion continue remplace la présence réelle. La désocialisation n’apparaît pas ici comme un retrait visible, mais comme une saturation intérieure. Le corps reste là, dans le lit, entouré de moustiques leurrés par la lumière et qui ne l’empêchent même plus de dormir, immobile, mais il n’est plus au repos. Il est habité par le flux, par l’attente, par la trace lumineuse de ce qui l’a capté. À force d’être connecté, le personnage devient l’ombre lumineuse de lui-même.

  • Autopsy

    Phone components

    Téléphone ouvert, disséqué, étalé sans logique de réparation mais comme une mise à plat d’un corps technique. Chaque fragment est classé par type de composant, non pour expliquer, mais pour révéler une organisation cachée. Cartes mères et filles, centre nerveux d’une machine devenue intime. Composants électroniques miniatures, invisibles à l’usage, essentiels au fonctionnement. L’optique, regard froid qui capte et archive sans mémoire. Les fils, lignes de circulation, veines sèches d’un système fermé. Les raccords, points de jonction où transitent les flux. Le feuilletage de l’écran, surface lisse devenue strate, peau démontée. Le vibreur, signal primaire, rappel physique d’une présence distante. Les micros, captation permanente, écoute diffuse. Tout est exposé, mais rien ne se livre vraiment. Une boîte noire rendue visible, mais toujours incompréhensible dans sa totalité. Objet tenu chaque jour, connu par usage, inconnu par structure. Et derrière cette précision, une matérialité lourde, terres rares, eau, plastiques, extraction, transformation, chaîne industrielle. Une empreinte écologique diffuse, invisible dans l’objet fini mais massive dans ses conditions d’existence. Une anatomie technique qui renvoie à notre propre dépendance.

  • 186

    Phone unlock x Mobile x Loneliness
    Cette image composée de 186 photographies montre toujours la même femme, saisie à des moments différents de sa journée, de sa semaine, de son année, mais enfermée dans une posture presque unique, celle de la consultation. Le téléphone y devient l’axe invisible de l’existence, l’objet qui capte, découpe et réécrit le temps vécu. L’habillement identique renforce l’effet de standardisation, comme si les jours, les lieux, les saisons et les circonstances n’étaient plus que des variantes secondaires d’un même geste répété. Les autres présences, lorsqu’elles apparaissent, sont floutées, reléguées à l’arrière-plan d’une vie dont le centre n’est plus le monde mais l’écran. Cette répétition visuelle fait basculer la scène intime dans une forme d’aliénation douce, banale, presque socialement admise. Selon une étude, le mobile serait consulté en moyenne 186 fois par jour, et ce chiffre donne ici sa structure à l’image, transformant la statistique en matière sensible. Ce qui affleure alors, ce sont tous les moments manqués, tous les fragments de réel absorbés par une attention déportée ailleurs. À force de micro-consultations, la vie se morcelle, se dilue, s’appauvrit, jusqu’à produire cet état de saturation mentale que l’on nomme aujourd’hui brain rot. Derrière la fluidité des usages numériques se dessine une existence calibrée, standardisée, où l’individu ne semble plus habiter pleinement sa propre vie mais exécuter, sans fin, le protocole de son époque. Quelques carrés blancs représentent les zones sans écran de déconnexion.

  • Memory

    24 Magnets x Memory x Non Digital to do list x Fridge

    Une surface blanche, banale, domestique. Un réfrigérateur, centre logistique du quotidien, devient ici un tableau saturé d’injonctions. Vingt-quatre magnets carrés, disposés comme un jeu de memory laissé en suspens, alignent des fragments de vie ordinaire. Chaque pièce porte une tâche simple, presque anodine. Aller chercher le drive. Payer facture cantine. Remplir feuille impôts. Rien d’exceptionnel, rien de spectaculaire. Pourtant, leur accumulation compose une cartographie mentale dense, fragmentée, envahissante.

    Le jeu de Memory avec 24 magnets, est faussé dès le départ. Les cartes ne sont pas retournées. Il n’y a rien à découvrir, rien à associer, rien à retenir. La mémoire est devenue inutile. L’exercice cognitif est remplacé par une exécution continue. Lire, faire, passer à la suivante. Une boucle sans apprentissage, sans appropriation. L’intelligence n’est plus sollicitée, seule la conformité l’est.

    Aucun écran n’apparaît, et pourtant tout y renvoie. Chaque action est le symptôme d’un système invisible, entièrement médié par le mobile. L’objet a disparu, mais sa logique structure l’ensemble. Notifications implicites, rappels silencieux, pression diffuse. Le réel est fragmenté en micro-tâches, chacune optimisée, externalisée, déléguée à une interface absente mais omniprésente.

    Le réfrigérateur, autrefois lieu de stockage et de subsistance, devient interface passive. Il ne conserve plus la nourriture, mais les instructions. Il ne nourrit plus le corps, mais alimente la charge mentale. Les magnets, objets ludiques et décoratifs, deviennent les vecteurs d’une discipline douce, intégrée, presque invisible.

    Le temps se dissout dans ces actions discontinues. Quelques secondes par tâche, répétées, empilées, jusqu’à saturer l’espace mental. Une économie de l’attention fragmentée, où chaque geste est minime mais l’ensemble écrasant. L’autonomie s’efface au profit d’une gestion permanente de soi, pilotée par des impératifs extérieurs.

    Ce memory sans mémoire ne cherche pas à entraîner l’esprit, mais à révéler son épuisement. Il n’y a plus de jeu, plus de distance. Seulement une liste, infinie, qui s’auto-alimente.

  • T’inquiète!

    Micro-influencers x sorrow x plugs x pink & blue lights

    Sur un angle de mur, deux systèmes lumineux coexistent sans jamais se rencontrer. À gauche, le rose sature l’espace. Il met en scène une vie idéale, découpée en fragments simples, lisibles, immédiatement désirables. Corps performants, vacances, discipline alimentaire, soleil permanent. Tout est propre, réduit à des pictogrammes séduisants, calibrés pour être vus, likés, répétés. Le monde des influenceurs devient une grammaire visuelle minimale, sans friction, sans épaisseur, où chaque scène est une promesse.

    À droite, le bleu absorbe. Un corps replié, sans visage, sans projection possible. Il ne produit plus d’image, il subit. La lumière n’éclaire pas, elle isole. Elle rappelle celle des écrans, froide, nocturne, persistante. Ici, plus de narration, plus de performance. Seulement des états diffus, tristesse, anxiété, jalousie, haine, qui ne trouvent plus de forme partageable. Le corps se tourne, se retire, se place dans l’angle comme une variable sortie du système.

    Les deux champs sont proches, presque contigus, mais ne communiquent pas. Ils sont pourtant branchés sur une même source. Une seule prise alimente simultanément l’idéal et l’effondrement. Ce détail discret reconfigure toute la lecture. Ce qui produit la projection rose produit aussi la chute bleue. Même infrastructure, mêmes logiques, mêmes boucles.

    Le face-à-face est impossible. Les néons ne se voient pas. Ils opèrent dans des régimes distincts, mais synchrones. D’un côté, la mise en scène permanente d’une vie optimisée. De l’autre, les effets secondaires invisibles de cette exposition continue. La comparaison devient structurelle, automatique, intégrée.

    Le titre agit comme une injonction douce. T’inquiète. Il masque, il rassure, il neutralise. Il dit exactement l’inverse de ce qui se joue. Derrière la légèreté apparente, une mécanique psychique se met en place, documentée, répétée, mesurée. Une désestime lente, une fatigue émotionnelle, particulièrement chez les plus jeunes, pris dans ces flux d’images irréconciliables.

  • Peanuts

    Une partie filmée:

    La grille de points

    Gaming x Manipulation x Circuit x Rewards x Social networks x Lemmings x Maze x Shepard music x Vibe coding

    Un espace blanc, sans bord, sans profondeur, où quelques lignes noires imparfaites dessinent un enchevêtrement de plateformes suspendues, comme un labyrinthe ouvert qui ne laisse pourtant presque aucune sortie. Rien n’est fermé, tout est accessible, et pourtant tout ramène ailleurs, toujours dans le même circuit, dans la même dérive contrôlée. Des silhouettes noires apparaissent, régulières, presque mécaniques, glissent d’une plateforme à l’autre, hésitent brièvement, se trompent, se corrigent, se percutent, se dispersent, puis se réalignent, comme si chaque trajectoire contenait déjà sa propre rectification. Le mouvement ne s’interrompt jamais, il se recompose en permanence, absorbant chaque incident comme une simple variation interne.

    La chute n’est pas un échec, elle est une production. Disparaître ne rompt rien, bien au contraire. Le système intègre la perte comme un carburant discret, une micro-optimisation silencieuse, une augmentation du score du jeu. Les corps s’accumulent parfois, s’engorgent sur une plateforme, attendent une élévation qui tarde, puis cèdent, débordent, tombent, et le flux reprend, intact, légèrement modifié mais jamais altéré. Une plateforme monte, sans câble, portée par une vis sans fin visible, pure mécanique sans finalité, image minimale d’un progrès circulaire.

    Au milieu de cette circulation, une figure rose subsiste, à peine distincte, presque noyée dans la masse, mais dont la disparition suffit à interrompre l’ensemble et marquer la fin du jeu. Le joueur agit, injecte des états, déclenche des anomalies locales, attire les corps, les ralentit, les alourdit, les excite, les suspend. Il peut provoquer des pleurs, de la colère, de l’immobilité, faire apparaître des charges, des objets, des ralentissements, créer des points d’attraction ou de friction. Mais chaque action, loin de rompre le cycle, l’épaissit, le densifie, le rend plus stable encore. Le pouvoir proposé est un pouvoir de modulation.

    Le score s’accumule sans plafond, s’étire vers l’infini comme une promesse qui ne s’achève pas. Il récompense la chute, la perturbation, l’émotion injectée, la désorganisation contrôlée. Plus le système est sollicité, plus il répond, plus il produit de points, plus il incite à continuer. Il n’y a plus de temps à battre, plus de fin à atteindre, seulement une progression abstraite, un chiffre qui monte, indépendamment de toute réussite réelle. Perdre est possible, mais assez rare sauf à le provoquer, presque accidentel, comme si le système préférait conserver le joueur à l’intérieur plutôt que de le sanctionner.

    Le rythme s’installe, répétitif, hypnotique, proche des architectures anciennes du jeu vidéo, mais vidé de leur logique de défi. Ici, on ne gagne pas, on prolonge. Une montée sonore continue comme une boucle de Shepard accompagne cette sensation, tension permanente qui ne se résout jamais, une ascension perceptive sans sommet, qui maintient le corps et l’attention dans un état intermédiaire, ni satisfaction, ni frustration totale.

    Vibecodé, produit rapidement, presque sans recul, le jeu conserve les traces de cette fabrication accélérée, lignes imparfaites, proportions instables, répétitions visibles. Cette économie de moyens n’est pas un manque, elle devient un langage, celui d’un secteur saturé, qui produit des boucles plus vite qu’il ne produit du sens. Le labyrinthe n’est pas un décor, c’est une structure mentale, une machine à capter, à retenir, à faire circuler. Chaque action du joueur confirme son appartenance au système, chaque tentative de contrôle renforce l’architecture qui l’englobe. On ne cherche plus à sortir, on apprend à rester, à optimiser sa présence, à accompagner le flux, dans un espace où tout semble ouvert, mais où rien ne s’échappe.

  • Keyboards

    Keyboard x Coder x Excel x Workers

    Dans une observation banale, presque domestique, nettoyer un clavier, apparaissent des zones d’usure différenciées, brillances localisées, matières lissées par le contact répété des doigts. Certaines touches résistent, d’autres se creusent, comme une topographie silencieuse des habitudes. Ce relevé matériel devient une lecture comportementale. Chaque surface raconte une fréquence, chaque patine une obsession.

    La série transpose cette trace physique en composition visuelle. Les touches ne sont plus organisées selon une logique standard, mais selon leur intensité d’usage. Elles sont isolées, réagencées, extraites de leur fonction première pour devenir signes. L’interface disparaît, ne reste qu’un résidu de gestes, une mémoire mécanique. Le clavier n’est plus un outil, mais une empreinte.

    Trois configurations émergent. Trois régimes d’attention. Trois corps face à la machine. L’utilisateur dit « normal » répète les mêmes séquences linguistiques, espace, voyelles, retour. Le programmeur active des structures, symboles, boucles, contrôles. Le travailleur sur tableur manipule chiffres, opérateurs, flux, corrections. Trois systèmes, trois rythmes, trois enfermements.

    La touche retour arrière, mise en tension chromatique, agit comme un point de rupture. Elle incarne l’erreur, la correction permanente, l’ajustement infini. Revenir, effacer, recommencer. Geste réflexe, presque inconscient, mais omniprésent. Une micro-violence répétée.

    Ces images ne montrent pas des claviers. Elles exposent des boucles. Des automatismes. Une réduction progressive du geste humain à une série finie d’actions répétées. Le corps disparaît, remplacé par une statistique d’usage.

    L’ensemble s’inscrit dans une logique plus large où l’outil ne prolonge plus l’homme, mais le contraint. Les différences de profils ne sont que des variations d’un même système. Derrière la diversité apparente, une homogénéisation des comportements. Une standardisation des gestes.

    Le visible est minimal. Le réel est ailleurs. Dans la répétition. Dans l’usure. Dans l’invisible accumulation des frappes.

    Une cartographie froide de la présence humaine face à la machine, réduite à quelques touches.

  • Move it

    Mouse x Led X Vintage X Eye

    Move it capte une ambiguïté troublante où la LED de la souris, agrandie jusqu’à l’abstraction, prend la forme d’un œil incandescent, humide, presque organique, comme si la machine observait silencieusement le geste qu’elle provoque. Cette présence oculaire n’est pas neutre, elle suggère une surveillance diffuse, intégrée à l’outil lui-même, un regard sans conscience mais permanent. La surface rouge, vibrante, évoque à la fois une pupille dilatée et une irritation, une fatigue visuelle, un corps mis sous tension. La souris, absente de l’image mais omniprésente dans son usage, devient le prolongement direct de la main, répétant des kilomètres de micro-déplacements chaque jour, dans une frénésie discrète. Ce mouvement continu, quasi invisible, remplace les efforts physiques d’autrefois, substituant au port de charges une agitation nerveuse et répétitive. La question se glisse alors dans l’image, presque comme une évidence, ces kilomètres parcourus par la souris ne seraient-ils pas devenus un indicateur implicite de productivité, une métrique silencieuse du travail contemporain. Plus la main bouge, plus l’activité semble exister, même si rien de tangible n’est déplacé. L’énergie dépensée n’est plus mesurée en poids mais en friction, en clics, en glissements. L’œil lumineux persiste, témoin froid de cette agitation, sans jamais cligner, sans jamais juger, mais toujours présent. Le corps, lui, reste immobile, assigné au poste, tandis que seule la main simule l’action. Cette dissociation produit une illusion d’effort, une activité sans déplacement réel. La texture granuleuse, presque cellulaire, renvoie à une transformation plus profonde, où le geste devient réflexe, automatisme, signal. Move it n’ordonne pas de bouger, mais de continuer, de maintenir le flux, de nourrir la machine. L’œil regarde, la main exécute, et le mouvement devient la preuve minimale d’existence dans un système qui ne valorise plus que ce qui s’active.

  • You’ve done a Great Job

    Desktop x Desk x Computeur x Mouse x Chair x Keyboard

    La vidéo explore le poste de travail comme un écosystème clos, où le corps et la matière s’altèrent silencieusement sous l’effet de la répétition, de la sédentarité et de l’immobilité productive. La vidéo plonge au microscope dans les matériaux du quotidien, clavier, souris, bois, textile, écran, papier, pour révéler une archéologie invisible faite de poussières, de peaux mortes, de graisses, de miettes et de fibres tassées. La patine de la souris et celle du bureau ne relèvent pas seulement de l’usage, mais de l’usure du temps, comme si les gestes répétés gravaient peu à peu leur fatigue dans la matière. Le cache de la webcam, la lentille, les pixels filmés de très près, les interfaces et les signes techniques composent un environnement de travail à la fois banal, intrusif et saturé. La souris, avec sa LED, n’observe pas, mais pulse comme un signal artificiel, une présence lumineuse minimale, presque organique, au cœur de cet espace apparemment inerte. Les mains apparaissent, avec leurs poils, leur peau, leur contact direct avec la surface, dans une proximité presque trop forte avec la machine. Les yeux se dessèchent, la sécheresse oculaire s’installe, les canaux deviennent injectés de sang, et le corps laisse affleurer les symptômes discrets d’un usage prolongé de l’ordinateur. Le pantalon frotte le fauteuil, les fibres du siège se compriment, se plient, se déforment, gardant la mémoire d’une présence assise trop longtemps reconduite. Le parquet, le bois, la souris, le siège, tout montre la répétition, l’érosion, la pression d’un quotidien de travail qui use autant les objets que celui qui les habite. La bande-son repose sur une boucle volontairement répétitive, lancement de visio, glissement de la souris, clics, clavier, bugs de l’ordinateur, siège qui roule, siège qui craque, jusqu’à produire une mécanique sonore du travail contemporain. Cette répétition ne décrit pas seulement une ambiance, elle donne à entendre une condition, celle d’un corps rivé à son poste, soumis à des micro-gestes incessants et à une inactivité générale qui favorise les troubles musculosquelettiques, la fatigue, les douleurs, et parfois des atteintes durables de la santé. Le film montre ainsi moins l’activité que son envers, une forme d’occupation fixe, sédentaire, intensément connectée, mais physiquement appauvrie. Le corps n’est presque jamais montré comme un tout, il apparaît par fragments, par contacts, par traces, par altérations. Le bureau devient alors une surface d’enregistrement, un lieu de dépôt, d’écrasement et de transfert entre la chair, la machine et les matériaux. Ce qui semblait neutre, fonctionnel, presque invisible, se révèle chargé de contraintes, d’épuisement et d’indices biologiques. À mesure que l’image avance, le poste de travail cesse d’être un simple outil, il devient le décor microscopique d’une usure contemporaine. Et le film s’achève sur le tracé de l’encre sur le papier, geste physique, fragile, ralenti, presque archaïque, qui réintroduit une résistance matérielle dans un univers dominé par le clic, le pixel et la répétition.

  • Homo Cubile

    Dopamine shots x Laziness Economy x Couch

    Dans Homo Cubile, un corps assis sur un canapé devient le centre silencieux d’un dispositif beaucoup plus vaste. Le geste est simple, presque banal, le pouce qui scrolle, l’œil qui attend, l’écran qui promet la prochaine stimulation. Les likes apparaissent, les notifications surgissent, les contenus se succèdent. Chaque interaction agit comme une micro-récompense chimique, une brève décharge de dopamine qui relance l’attention et incite à recommencer. Très vite s’installe un ascenseur émotionnel parfaitement réglé. L’excitation d’un contenu, la validation d’un like, puis la frustration, parfois la colère, souvent une forme de fatigue diffuse. L’utilisateur oscille entre ces états, pris dans une mécanique où l’émotion devient le véritable carburant du système. Le corps, lui, reste immobile. L’agitation se déplace à l’intérieur. Cette fatigue émotionnelle n’est pas un dysfonctionnement, elle participe au contraire à la logique même de l’économie de l’attention. Plus l’utilisateur est stimulé, plus il reste. Plus il reste, plus son attention devient exploitable. Le canapé cesse alors d’être un simple meuble domestique pour devenir une infrastructure économique. Depuis ce point fixe, l’utilisateur peut regarder, binge-watcher, commenter, réagir, acheter, se faire livrer. Tout converge vers cette immobilité organisée. Le monde ne se parcourt plus, il se consomme depuis un point unique. Dans cette transformation lente apparaît une nouvelle figure humaine. Ni totalement active, ni totalement passive, mais installée durablement dans une position de réception permanente. Homo Cubile incarne cette mutation. Un individu allongé au cœur d’une machine invisible qui capte son attention, stimule sa chimie intérieure et transforme chaque émotion en valeur économique.

    Prolonger l’analyse avec L’essai : Nous, les Automates : la fabrique de l’homo cubile (2026, 324 p.)

  • Serie : MyLife

    La série My life explore une présence silencieuse, celle des négatifs qui traversent l’existence ordinaire. Les images ne cherchent pas l’événement spectaculaire mais révèlent un état, une atmosphère, une lenteur. Une vie immobile, souvent recluse, qui se déroule depuis le canapé, dans l’espace domestique fermé, où le temps s’étire et se dilue. La solitude y est diffuse, presque matérielle. Elle s’inscrit dans les surfaces, dans les gestes répétitifs, dans l’absence d’élan. La tristesse n’est pas déclarée, elle affleure, contenue, comme une vibration basse qui ne quitte jamais totalement le cadre. Il s’agit d’une existence connectée en apparence mais désancrée dans sa profondeur, une vie saturée d’images et pourtant appauvrie de sens. L’isolement ne crie pas, il s’installe. Il habite les objets, les espaces clos, les postures statiques. My life donne à voir cette condition contemporaine où l’intimité devient terrain d’usure. Une présence humaine réduite à l’attente, à la consommation passive, à la répétition des mêmes gestes. Derrière la banalité des scènes se dessine une fragilité, une perte progressive d’intensité. Une vie qui continue, mais dont la densité semble s’effacer.

  • MyLife

    My couch, my desk, my sink, my friends, my home x My loneliness x Blue screens x Cavern Myth

    Cette série rejoue le mythe de la caverne, mais en inversant la source de lumière. Ici, ce n’est pas l’écran qui éclaire. En négatif, l’écran devient une masse sombre, presque muette. La vraie émission lumineuse vient du corps lui-même, un corps surexposé, éblouissant, comme s’il avait été converti en signal. L’humain n’est plus celui qui regarde la projection, il devient le projecteur, la batterie, le combustible.

    Ce renversement change tout. Le dispositif ne vole pas seulement l’attention, il transforme le sujet en surface lumineuse, en objet visible, en silhouette blanche qui irradie malgré elle. La lumière n’exprime pas une puissance, elle dit une fuite. Elle est l’effet d’une extraction, d’une consommation lente, d’une présence trop sollicitée jusqu’à devenir transparente.

    Le face-à-face est d’abord un face-à-face avec soi. Le personnage se tient seul devant une surface qui ressemble à un miroir, mais qui fonctionne comme un écran. Il n’y cherche pas son reflet, il y cherche une version idéale, une ombre parfaite, droite, stable, presque héroïque. Or cette projection n’est pas vraie. Elle n’a ni poids, ni fatigue, ni contraintes. Elle est une vie rêvée, une posture corrigée, une existence qui ne se courbe pas.

    En contrepoint, le corps réel est incliné, tête penchée, résigné. Le tech neck apparaît alors comme une écriture du renoncement. Un corps qui cède, qui se plie à l’angle imposé, qui vit en regardant vers le bas, même lorsqu’il est debout. La nuque cassée devient le signe physique d’une soumission douce, quotidienne, sans drame, mais irréversible.

    La solitude n’est jamais un décor, c’est le mécanisme. Les espaces sont vides, les interactions impossibles. Même quand plusieurs figures coexistent, elles n’entrent pas en contact. Elles sont côte à côte comme des doubles, des clones, des instances d’un même être séparées par des parois invisibles. Le collectif devient une addition de solitudes lumineuses.

    La dominante bleue renvoie à la lumière froide des interfaces, mais ici elle sert surtout à faire ressortir l’éblouissement des corps. Un bleu de veille, de nuit numérique, de pièce fermée, qui encadre des silhouettes trop blanches, presque fantomatiques. La photographie en négatif agit comme une preuve que quelque chose est inversé dans l’ordre des choses, le sujet n’est plus éclairé par le monde, il se consume pour maintenir l’image.

  • They stole it

    Prometheus x Olympic fire x Smartphone x Canvas x Negative x Phone

    Un écran monumental se tient debout dans l’espace. Sa forme rappelle immédiatement celle d’un smartphone, mais vidé de toute fonction, de toute interface, de tout usage. Il ne renvoie plus à un objet personnel, mais à une présence verticale, blanche, presque silencieuse.

    L’image est en négatif. La lumière n’éclaire plus, elle consume. Ce qui devrait révéler semble avoir déjà brûlé la surface qu’il habite.

    Au centre, une trace sombre apparaît. Une flamme, ou plutôt ce qu’il en reste. Un feu inversé, absorbé, comme s’il avait laissé son empreinte plutôt que sa lumière. Certains y reconnaissent le feu de Prométhée, d’autres la flamme olympique. Un feu censé unir, transmettre, élever. Un feu devenu image, rituel, symbole figé.

    Ici, le feu ne circule plus. Il ne passe plus de main en main. Il reste enfermé dans l’écran, stabilisé, contenu, neutralisé. Il n’éclaire pas l’espace réel. Il se suffit à lui-même.

    L’ombre qu’il laisse dessine une autre origine. Plus ancienne, plus organique. Une forme qui évoque l’Origine du monde, déplacée, désincarnée, technologisée. L’origine n’est plus le corps, elle est devenue surface.

    Mais une autre lecture demeure possible, plus triviale. Un matelas. Un mégot de cigarette. Une brûlure accidentelle, laissée là comme une trace de passage. Le feu n’est plus sacré. Il est devenu résidu.

    Le mythe de Prométhée affleure sans être raconté. La transgression a déjà eu lieu. Le feu a été pris. Mais le châtiment ne frappe plus un héros. Il s’est diffusé, dissous dans l’image, dans l’objet, dans le regard.

    Le feu n’éclaire plus le monde. Il éclaire l’écran. Et l’humanité, immobile, ne reçoit plus la flamme. Elle la contemple.Lighting

    Photo 40×60

  • Deadlight

    Moon x pixel art x Magnet

    La lune ne crée rien.
    Elle ne fait que renvoyer la lumière des autres.
    Un astre mort devenu influenceuse du vivant.

    Toujours visible, jamais entière :
    la moitié de son visage nous échappe.
    Cette face cachée — muette, opaque —
    rappelle tout ce qu’on ne veut pas voir dans nos propres reflets numériques.

    Comme elle, nos écrans brillent sans source,
    éclairent sans comprendre,
    attirent sans nourrir.
    Pixel après pixel, nous orbitons autour d’images mortes,
    convaincus qu’elles nous éclairent.

    The moon creates nothing.
    It only reflects the light of others —
    a dead star turned influencer of the living.

    Always visible, never whole:
    half of its face forever hidden.
    That dark side — silent, opaque —
    echoes everything we refuse to see in our own digital reflections.

    Like the moon, our screens shine without source,
    illuminate without understanding,
    attract without feeding.
    Pixel by pixel, we orbit around dead images,
    convinced they bring us light.

  • The new phone

    Mobile phone x skin x senses

    Digital image 40×30

    Un hybride troublant : la chair devient interface, le smartphone se fond dans la peau humaine, et des organes sensoriels apparaissent, déformés, répartis sur sa surface. Une oreille, deux yeux, une bouche — déplacés, figés, à l’écoute. L’objet n’est plus un outil, c’est une entité. Ou peut-être sommes-nous devenus son extension.

    L’œuvre interroge la nature des dispositifs numériques comme prothèses de la perception et de l’identité. Le téléphone ne fait plus que connecter : il voit, écoute, parle, mémorise. En retour, nous lui donnons notre attention, notre voix, notre visage, nos gestes.

    Ce n’est pas un téléphone. C’est le reflet d’un sujet connecté, ayant externalisé ses sens et intériorisé la machine.

    A disconcerting hybrid: flesh becomes interface, the smartphone merges with human skin, and sensory organs emerge distorted across its surface. An ear, two eyes, a mouth—displaced, unblinking, listening. This object is no longer a tool but a being. Or perhaps we have become its extension.

    The piece questions the nature of modern devices as prostheses of perception and identity. It embodies how smartphones do not only connect us—they hear, watch, speak, and even remember for us. In return, we feed them attention, touch, voice, and face.

    This is not a phone. This is the mirror of a connected subject who has externalized their senses and internalized the machine.

  • Spiderman

    Broken screens x neural network

    A web of fractures mimicking a nervous system, or maybe the inverse — nerves mimicking the breaks in our machines. This figure is composed from three actual broken smartphone screens, reassembled into the silhouette of a human head and torso, spidering from a dense wound in the chest.

    The cracks become neurons. The neurons become vulnerability. The device, once a window to the world, now becomes a shattered mirror. The reference to Spiderman is neither heroic nor nostalgic — it’s anatomical, visceral. The power isn’t superhuman; it’s damage, perfectly mapped.

    There is no repair here, only exposure.

  • Handroid

    Glass hand x Printed circuit x Empty smartphone

    A transparent hand, filled with printed circuitry, holds an immaculate smartphone—yet the screen is blank. No app. No notification. No signal.

    This synthetic body-part, part-prosthesis, part-avatar, is not simply a hand: it’s an interface. Designed for the gesture of grasping the device, its entire architecture serves the object it holds. But what happens when the object is hollowed out?

    By exposing the internal wiring and rendering the phone as a void, Handroid questions who holds what—or whom. Is the hand using the phone, or is the phone defining the hand? The piece echoes our current state of symbiosis: where the body becomes optimized for digital consumption, and the tool becomes the master.

    The future is already here, and it’s holding on tight.

  • Dopa Screen

    Dopamine synthesis x screen shadows x kids hands x universe x La nuit étoilée

    Photo 30 x 40 cm

    Des dizaines de petites perforations irrégulières illuminent une surface brun poussiéreux, comme une carte céleste. Pourtant, il ne s’agit pas d’une vision du cosmos, mais d’un plan biochimique : le motif reproduit avec exactitude la synthèse moléculaire de la dopamine, ce neurotransmetteur qui régule nos récompenses, nos pulsions, nos dépendances.

    Le carton est tenu par la main d’un enfant — à peine visible, mais essentielle. C’est ce geste qui transforme cette carte de signaux neuronaux en ciel étoilé. Une tension fragile émerge : entre l’innocence du jeu et l’omniprésence du conditionnement comportemental.

    La surface est déchirée, imparfaite. La lumière est artificielle. Mais l’évocation est immense. Il ne s’agit pas simplement d’une molécule représentée. C’est un écran — au sens propre comme au figuré — à travers lequel toute une génération voit, ressent, réagit, clique. Une réflexion poétique mais incisive sur la manière dont les environnements numériques détournent, dès l’enfance, nos circuits neurochimiques les plus primitifs.

    Dozens of small, irregular punctures light up a dusty brown surface like a constellation map. Yet this isn’t a view of the cosmos—it’s a biochemical blueprint. The pattern mimics the exact molecular synthesis pathway of dopamine, the neurotransmitter that governs our rewards, urges, and dependencies.

    The cardboard is held by a child’s hand—barely visible, but crucial. Their gesture is what transforms this map of neuronal signals into a starry sky. A fragile tension appears: between the innocence of play and the omnipresence of behavioural conditioning.

    The surface is torn, imperfect. The light is artificial. But the evocation is vast. This is not just a representation of a molecule. It is a screen—literal and metaphorical—through which an entire generation sees and feels, reacts and clicks. A poetic yet critical reflection on how digital environments hijack primal neurochemical circuits, from childhood on.