Catégorie : Serie : Micropollute

Cette série explore ce que nos yeux ne voient pas mais que nos intérieurs accumulent. Sous le microscope, les surfaces familières se transforment en paysages, en constellations, en champs ou en matières organiques. Fibres arrachées, encres déposées, sciures agglomérées, fragments plastiques, résidus textiles ou industriels apparaissent comme des formes presque séduisantes, parfois lumineuses, parfois délicates. Pourtant ces structures sont les traces d’une production massive, d’objets à courte durée de vie, de matériaux transformés qui peuplent silencieusement nos maisons. À cette échelle, la frontière entre le vivant et le synthétique devient floue. Le beau côtoie le toxique. La douceur apparente masque la persistance chimique. Chaque image révèle une présence diffuse, issue du quotidien le plus banal, mais chargée d’une matérialité qui circule, se détache, s’accumule. Ce travail ne cherche pas à dramatiser mais à rendre visible. Il s’agit de montrer la beauté ambiguë de ces micro polluants, de confronter le regard à leur esthétique inattendue et à leur omniprésence silencieuse.

  • 8957

    Yellow bins x my total consumption x hallucination

    Cette image s’organise comme une accumulation méthodique qui prétend mesurer, classer, stabiliser quelque chose qui, par nature, échappe à toute stabilisation. Une grille de poubelles jaunes, répétées, alignées, chacune associée à un poids supposé. L’ensemble évoque une tentative d’inventaire, presque scientifique, mais dont la rigueur se fissure à mesure que l’on regarde.

    Le point de départ est concret, presque banal. Des poubelles photographiées dans une rue commerçante, saisies dans leur banalité fonctionnelle. Puis vient le glissement. L’image ne se contente pas de documenter, elle extrapole. L’artiste délègue à une intelligence artificielle la capacité de prolonger le réel, de produire d’autres poubelles, d’en dériver les formes, d’en estimer le contenu. Le protocole est simple en apparence. Il devient rapidement incontrôlable.

    Les formes commencent à dériver. Certaines restent crédibles, ancrées dans un imaginaire français identifiable. D’autres basculent. Les proportions changent, les volumes deviennent incohérents, les détails disparaissent. L’outil, entraîné sur des bases hétérogènes et insuffisantes, mélange des typologies de poubelles issues d’autres contextes géographiques. L’artiste tente de corriger, de recadrer, d’imposer une cohérence. La machine résiste. Elle simplifie, standardise, réduit la diversité. Elle impose sa propre définition de ce qu’est une poubelle.

    Ce conflit devient le cœur de l’image. Non pas une représentation des déchets, mais une représentation de l’impossibilité à représenter fidèlement le réel à travers un système génératif. Chaque série visible correspond à un ajustement, à un changement de prompt, à une tentative de reprise en main. L’image garde les traces de ces échecs successifs. Elle ne les corrige pas. Elle les expose.

    Les chiffres, eux aussi, participent à cette illusion de maîtrise. Chaque poubelle est associée à un poids. Une donnée chiffrée qui semble objective. Pourtant, elle est produite par une IA mal entraînée, incapable de calibrer correctement ses estimations. Le calcul global existe en creux. Il est théoriquement accessible, tout est visible. Et pourtant, ni la machine ni l’artiste ne le vérifient réellement. Le chiffre final est accepté, ajusté, presque bricolé, pour éviter de relancer une génération. La précision devient secondaire. Ce qui compte, c’est le processus.

    L’image glisse alors vers une forme de collection. Une accumulation presque trophée. Non pas des objets, mais des tentatives. Des erreurs répétées, industrialisées, produites à la chaîne. Une production d’emballages qui, par définition, est vouée à être jetée. L’œuvre elle-même s’inscrit dans cette logique. Une partie de ce qui est généré est déjà condamné à disparaître.

    Ce travail met en tension plusieurs niveaux. Le réel photographié, la simulation générée, la donnée calculée, et l’impossibilité de faire coïncider ces couches. Il ne s’agit pas de montrer des poubelles. Il s’agit de montrer un système qui prétend organiser le monde, mais qui produit du bruit, de l’approximation, de l’incohérence.

    Et pour l’histoire, 8957 est l’estimation sur la durée de vie de l’artiste, en prenant en compte les cycles de sa vie et les changements de mode, le nombre de kilos de poubelles jaunes qu’il aura fait produire, et partiellement recyclé….et c’est aussi le total théorique des kilos de chaque poubelle de l’image calculé par l’IA (une a approximé en donnant une fourchette, une autre IA a menti)

  • Small worlds

    Chemical vegetal growth x Outdoor sports x Nature sculpting x My Gardener

    Dans un fragment d’une de mes jardinières urbaines, réduit à une échelle presque macroscopique, une agitation persistante s’installe. Des silhouettes anonymes apparaissent, disparaissent, reviennent, prises dans une chorégraphie sans origine visible. Elles ne construisent pas un monde, elles le manipulent, le testent, le fragmentent. Le geste est ambigu, parfois protecteur, souvent destructeur, toujours répétitif. Le vivant est approché comme une matière à corriger.

    La nature n’est plus observée, elle est opérée. Coupée, percée, pulvérisée, recomposée. Les corps s’activent comme des outils, sans intention lisible, guidés par une logique extérieure, presque algorithmique. Une main invisible coordonne l’ensemble, distribue les actions, impose un rythme. Rien ne semble spontané, tout paraît inscrit dans une boucle fonctionnelle.

    Le sport en plein air devient ici une extension de cette emprise. Courir, grimper, manipuler, intervenir, autant de gestes qui miment une connexion au vivant tout en accélérant sa transformation. L’attachement à la nature coexiste avec sa dégradation progressive, lente, silencieuse, acceptée.

    Le chimique s’infiltre partout. Traitements, engrais, luttes contre les “nuisibles”, standardisation des cultures. Le sol se vide, devient support. La biodiversité recule, remplacée par des systèmes optimisés, stériles, contrôlés. Même la résistance du vivant, insectes, plantes, devient un paramètre à intégrer, à contourner.

    Ces vidéos condensent une tension centrale, aimer profondément ce que l’on altère. Observer, toucher, transformer, jusqu’à ne plus distinguer protection et destruction. À cette échelle réduite, tout devient lisible, presque clinique. Le monde n’est plus un paysage, mais un système manipulable, une surface d’intervention continue.

  • Just Grow

    Lab x Fertilizer x Pesticide x Grow Lighting x Dashboard

    Une paillasse blanche, froide, presque clinique, mais déjà traversée par une logique industrielle qui la dépasse, un espace de laboratoire qui n’est plus un lieu de recherche mais un poste de pilotage, une interface de production du vivant à grande échelle, où quatre boutons seulement suffisent à activer des chaînes entières de transformation, OGM, engrais, pesticides, lumière, quatre entrées simples pour une complexité biologique écrasée et réduite à des paramètres réglables, derrière l’écran, huit images, mais seulement quatre réellement actives ici, comme un système encore en construction, encore en expansion, où chaque levier enclenche une modification profonde du vivant, non plus observé mais programmé, optimisé, calibré pour produire plus, plus vite, nourrir des populations toujours plus nombreuses dans une logique de rendement maximal, quitte à perdre en route plus de 30% de cette production, gaspillée avant même d’atteindre l’assiette, absurdité structurelle intégrée au système lui-même, sur le paperboard, les traces d’un raisonnement scientifique devenu industriel, phénotypage des plantes, analyse des morphologies, sélection accélérée, flash lumineux pour lever la dormance, déclencher artificiellement ce que le cycle naturel aurait mis des semaines à produire, longueurs d’onde rouges, bleues, vertes, modulées avec précision pour activer ou inhiber certains mécanismes, jouer sur les ratios rouge / rouge lointain pour augmenter les rendements de plus de 30%, transformer la lumière en outil de productivité, la croissance en variable contrôlable, au fond, une usine d’engrais reconstruite en lego, réduction enfantine d’une infrastructure colossale, presque ironique, comme si la complexité chimique pouvait être manipulée comme un jeu, tandis qu’au premier plan, des plants de tomates hors sol, racines nues, baignées de lumière artificielle, grandissent sous perfusion spectrale, stimulées, accélérées, poussées, et dans l’air, une brume fine, presque invisible, diffusion de pesticides, geste banal devenu réflexe, couche supplémentaire de contrôle, de protection, ou de dépendance, tout est propre, trop propre, carrelage blanc, fioles alignées, mais derrière cette esthétique de maîtrise se lit une tension, celle d’un système agricole mécanisé, optimisé, automatisé, où l’homme n’intervient plus que par interface, en appuyant sur des boutons, en réglant des curseurs, en observant des indicateurs, et où le vivant devient un flux à gérer, une matière à transformer, une production à sécuriser, dans une logique qui ne tolère ni lenteur, ni incertitude, ni perte, sauf celle déjà intégrée, massive, silencieuse, acceptée.

  • Silence, ça pousse!

    Fertilizer x Factory x Water x Lego

    Vue du ciel, une des plus vastes usines d’engrais au monde se recompose ici en une architecture de briques miniatures, comme si la complexité industrielle devenait un jeu d’assemblage. La rigueur géométrique des installations, pipelines et cuves est réduite à une trame ludique, presque innocente, où chaque élément semble maîtrisé, simplifié, domestiqué. Pourtant, cette réduction masque une réalité plus diffuse. L’eau, traitée en surface comme une matière plastique translucide, s’infiltre visuellement entre les structures, brouillant les limites entre production et environnement. Cette porosité suggère la circulation invisible des engrais au-delà du site, leur dispersion lente et globale dans les écosystèmes aquatiques. L’image oscille entre contrôle et fuite, entre précision industrielle et contamination diffuse. Le langage du jeu agit comme un filtre esthétique qui adoucit la violence systémique du modèle représenté. La miniature devient alors une métaphore du déni, une manière de rendre manipulable ce qui échappe en réalité à toute maîtrise. Derrière l’apparente neutralité du modèle, se dessine une cartographie silencieuse de la pollution mondiale.

  • You’ve done a Great Job

    Desktop x Desk x Computeur x Mouse x Chair x Keyboard

    La vidéo explore le poste de travail comme un écosystème clos, où le corps et la matière s’altèrent silencieusement sous l’effet de la répétition, de la sédentarité et de l’immobilité productive. La vidéo plonge au microscope dans les matériaux du quotidien, clavier, souris, bois, textile, écran, papier, pour révéler une archéologie invisible faite de poussières, de peaux mortes, de graisses, de miettes et de fibres tassées. La patine de la souris et celle du bureau ne relèvent pas seulement de l’usage, mais de l’usure du temps, comme si les gestes répétés gravaient peu à peu leur fatigue dans la matière. Le cache de la webcam, la lentille, les pixels filmés de très près, les interfaces et les signes techniques composent un environnement de travail à la fois banal, intrusif et saturé. La souris, avec sa LED, n’observe pas, mais pulse comme un signal artificiel, une présence lumineuse minimale, presque organique, au cœur de cet espace apparemment inerte. Les mains apparaissent, avec leurs poils, leur peau, leur contact direct avec la surface, dans une proximité presque trop forte avec la machine. Les yeux se dessèchent, la sécheresse oculaire s’installe, les canaux deviennent injectés de sang, et le corps laisse affleurer les symptômes discrets d’un usage prolongé de l’ordinateur. Le pantalon frotte le fauteuil, les fibres du siège se compriment, se plient, se déforment, gardant la mémoire d’une présence assise trop longtemps reconduite. Le parquet, le bois, la souris, le siège, tout montre la répétition, l’érosion, la pression d’un quotidien de travail qui use autant les objets que celui qui les habite. La bande-son repose sur une boucle volontairement répétitive, lancement de visio, glissement de la souris, clics, clavier, bugs de l’ordinateur, siège qui roule, siège qui craque, jusqu’à produire une mécanique sonore du travail contemporain. Cette répétition ne décrit pas seulement une ambiance, elle donne à entendre une condition, celle d’un corps rivé à son poste, soumis à des micro-gestes incessants et à une inactivité générale qui favorise les troubles musculosquelettiques, la fatigue, les douleurs, et parfois des atteintes durables de la santé. Le film montre ainsi moins l’activité que son envers, une forme d’occupation fixe, sédentaire, intensément connectée, mais physiquement appauvrie. Le corps n’est presque jamais montré comme un tout, il apparaît par fragments, par contacts, par traces, par altérations. Le bureau devient alors une surface d’enregistrement, un lieu de dépôt, d’écrasement et de transfert entre la chair, la machine et les matériaux. Ce qui semblait neutre, fonctionnel, presque invisible, se révèle chargé de contraintes, d’épuisement et d’indices biologiques. À mesure que l’image avance, le poste de travail cesse d’être un simple outil, il devient le décor microscopique d’une usure contemporaine. Et le film s’achève sur le tracé de l’encre sur le papier, geste physique, fragile, ralenti, presque archaïque, qui réintroduit une résistance matérielle dans un univers dominé par le clic, le pixel et la répétition.

  • Unboxed

    Cardboard x Microscope x Delivery noises x Inks x e-commerce

    Filmé à l’échelle microscopique, le carton de livraison devient un territoire dense, traversé de fibres, d’encres, de colles et de strates recyclées, les codes-barres, les étiquettes, les fils d’ouverture et les surfaces abrasées ne sont plus des détails mais des structures, la matière s’organise en paysage, presque en cartographie, où chaque fragment révèle une chaîne industrielle comprimée dans quelques millimètres. À cette matière répond une autre surface, celle de l’écran, pixels, surbrillance, bouton d’achat, navigation rapide, gestes répétés, le flux numérique n’est pas montré frontalement mais affleure, perceptible dans la granularité de l’image et dans le rythme, le passage du digital au physique n’est pas une transition, c’est une continuité, le carton prolonge l’interface. La bande sonore installe une présence sans visage, bruits de pas, gestes domestiques, sonnette, manipulations, l’acheteur est là, sans être vu, le livreur aussi, réduit à des traces sonores, à des impacts, à des déplacements suggérés, aucun corps n’apparaît, mais tout agit, le système fonctionne sans représentation directe de ceux qu’il mobilise. Les sons se répètent, se dédoublent, se répondent en boucle, claquements, frottements, déchirures, scans implicites, la structure sonore devient mécanique, une répétition qui évoque la cadence, l’automatisation, l’absence de pause, l’ensemble produit une tension sourde, presque organique. Le carton traverse plusieurs états sans narration explicite, production, circulation, réception, ouverture puis dégradation, déchiré, compressé, jeté, ce moment n’est pas une fin mais un point de passage, derrière lui une accumulation invisible, des milliards de cartons produits, transportés, consommés, éliminés, une empreinte écologique massive, diffuse, silencieuse. La matière garde la trace de cette violence douce, chaque fibre, chaque résidu d’encre, chaque couche collée contient une mémoire logistique et énergétique, le geste d’achat rendu instantané externalise ses conséquences dans des chaînes éloignées, invisibles, fragmentées. L’image n’explique pas, elle expose, elle rapproche l’infime et le systémique, elle montre comment un objet banal concentre une infrastructure globale, et comment cette infrastructure s’inscrit jusque dans la texture même des choses.

  • Recomposed Nature

    Dans la série Recomposed Nature, la nature n’apparaît plus comme un état originel mais comme un territoire transformé, recomposé et artificialisé par l’action humaine. Les images montrent des fragments de nature modifiée, hybridée, parfois reconstruite à partir de déchets, de structures techniques ou de matières altérées. L’homme ne contemple plus un écosystème intact, il le recompose, le corrige, le scénarise et le codifie selon ses propres logiques esthétiques et industrielles. Le microscopique occupe une place centrale, des formes invisibles, agrandies et isolées deviennent paysages, motifs ou architectures biologiques. Ces fragments de vie sont amplifiés, mis en scène et esthétisés jusqu’à produire des images séduisantes, parfois presque décoratives. Dans ce monde recomposé, la nature brute ne suscite plus l’attention, tandis que sa version stylisée et visuellement optimisée provoque fascination et circulation sur les réseaux. La vitalité réelle du vivant disparaît derrière une nature filtrée, calibrée et visuellement séduisante. L’homme ne s’adapte plus à la nature, il la transforme pour qu’elle corresponde à ses usages, à ses flux et à ses systèmes techniques. Ce processus conduit à une nature recomposée, modifiée, contaminée et intégrée dans les cycles industriels et alimentaires. Les images de cette série montrent une nature qui absorbe les traces humaines, les pollutions et les structures artificielles jusqu’à devenir un paysage hybride où le biologique et l’industriel ne peuvent plus être séparés.

  • Flooded

    Microplastics x Food x Delivery boxes x Carpet x Camelia x Wood dust

    Flooded met en scène une ligne fragile entre deux mondes, celui qui respire encore et celui que nous fabriquons sans le voir. À la surface de l’eau, des pistils de camélia de mon jardin se dressent avec une obstination silencieuse, porteurs d’un élan vital intact, presque candide. Autour d’eux s’entrelacent des végétaux réels, des filaments encore verts, promesse de croissance, de lumière, d’enracinement. Mais cette poussée vers le haut est déjà menacée. L’eau monte, envahit, suspend les tiges dans une transparence trompeuse. Sous la surface affleurent d’autres matières, moins avouables : poussières textiles arrachées à la machine à laver, microfibres issues du tapis plastifié, particules synthétiques déposées sur les meubles, résidus domestiques devenus pollution microscopique. Le foyer déborde dans le jardin. Le plastique se mêle aux fibres naturelles au point de les singer, de les imiter presque parfaitement. Dans cette confusion, la nature ne disparaît pas brutalement : elle est lentement submergée, saturée, hybridée. À l’horizon, un soleil aux allures de vue microscopique rayonne encore, cellule géante ou organisme flottant, rappel d’une énergie première qui persiste. Flooded confronte ainsi deux forces contradictoires : la vitalité obstinée des pistils qui ne demandent qu’à pousser, et l’environnement plastique qui colonise, infiltre, étouffe. L’eau n’est plus seulement source de vie, elle devient vecteur de dispersion, de propagation invisible. Ce paysage semble paisible, presque esthétique, pourtant il raconte une lente noyade : celle d’un vivant envahi par nos déchets minuscules, celle d’une nature qui continue de croître alors même que nous la saturons de nos traces.

  • Fibers

    Duck Leaf x Carpet x Dust x Trees x Microplastics …

    Fibers rassemble des vues microscopiques de matières captées dans ma maison ou au parc des Batignolles, que tout oppose en apparence. Fibre animale, fibre végétale, filament synthétique. Sous le microscope, les distinctions s’effondrent. Les réseaux s’entrelacent, les trames se répètent, les transparences se confondent. Ce qui semblait naturel devient structure. Ce qui semblait artificiel imite le vivant.

    La première série révèle des fibres animales. Barbes et barbules, écailles, micro-crochets, souplesse organique. La matière respire encore une mémoire biologique. Elle capte la lumière avec une douceur irrégulière. Chaque filament conserve une part d’aléatoire, une fragilité presque tactile.

    La seconde explore les fibres végétales. Cellulose, veines, réseaux longitudinaux. L’architecture est plus rectiligne, plus fibrillaire. La répétition y est déjà présente. Les structures s’alignent comme des persiennes microscopiques, laissant passer la lumière en fines strates ajourées. Le vivant y apparaît comme un tissage ancien, une ingénierie naturelle.

    La troisième partie introduit le plastique. Filaments réguliers, surfaces lisses, géométrie maîtrisée. Pourtant, à cette échelle, la différence devient ambiguë. Les polymères synthétiques empruntent au végétal sa trame et à l’animal sa souplesse. La ressemblance est troublante. À s’y méprendre.

    Fibers met en tension cette indistinction. Ce qui fut organique devient modèle. Ce qui est industriel se fait biomimétique. La confusion visuelle révèle une réalité plus profonde. Le plastique infiltre nos environnements, nos sols, nos océans, nos corps. Il adopte les formes du vivant jusqu’à devenir presque invisible.

    L’invasion n’est pas spectaculaire. Elle est structurelle. Elle se glisse dans les fibres, dans les vêtements, dans l’air. Sous le microscope, la frontière entre nature et synthèse se brouille. L’image devient preuve silencieuse. Ce que l’œil nu ne distingue pas, la matière le raconte.

    Fibers ne hiérarchise pas. Elle juxtapose. Elle expose cette proximité inquiétante entre l’organique et le polymère. À l’échelle microscopique, le monde semble déjà hybride. Le plastique n’est plus extérieur. Il s’entrelace.

  • Delivered

    Delivery boxes materials x Microscope

    Vue au microscope, la scène ne raconte rien de ce qu’elle montre d’abord. Ce ne sont ni une tige qui pousse, ni des ciseaux ouverts, ni un œuf de Pâques abandonné dans l’herbe. Ce sont des fragments de carton de livraison. Du banal. Du jetable. Du quotidien.

    À gauche, une masse noire, presque architecturale, se dresse comme une tour découpée dans l’ombre. C’est la tranche du carton, écrasée, comprimée, révélée par l’agrandissement. Sa verticalité devient monument. Elle semble solide, presque sacrée, alors qu’elle n’est qu’emballage promis à l’oubli.

    Au centre, un cercle gris, dense, granuleux. Le QR code, dissous dans la matière. Non plus lisible, non plus scannable. Simple trame mécanique, poussière d’encre et de fibres. Le signe de traçabilité, de contrôle logistique, réduit à une peau rugueuse. La promesse d’efficacité devenue texture.

    À droite, les fibres tissées du papier ancré s’étirent en rouge. L’encre a pénétré la chair végétale. Elle circule comme un système vasculaire, fragile, éclaté, presque organique. On croit voir une croissance, une blessure, une racine sanguine. Mais ce n’est qu’un marquage industriel, une trace d’impression, une donnée injectée dans la cellulose.

    Delivered renverse le récit. Ce qui semblait vivant est logistique. Ce qui semblait naturel est industriel. La livraison, geste invisible et quotidien, laisse derrière elle une cartographie microscopique de flux, de contrôle et de matière exploitée.

    Le carton, le code, les fibres. Trois strates d’un même système.
    Un monde qui circule, s’emballe, se trace, puis s’abandonne.

  • ABCD

    Ces sphères brillantes semblent précieuses, presque cosmiques, posées en constellation régulière sur une surface granuleuse. Leur éclat rouge, vert ou orangé capte la lumière, donne une impression de pureté, de signal clair, d’information maîtrisée. Elles paraissent délicates, calibrées, presque esthétiques dans leur répétition. Pourtant ce ne sont que des gouttes d’encre déposées sur le plastique d’un sachet de salade, issues d’un code nutritionnel imprimé en surface, avec ses lettres et ses couleurs rassurantes. Ces points colorés prétendent orienter, informer, simplifier, mais participent aussi à une mise en scène visuelle qui masque la complexité de ce que l’on consomme. Parfois outil utile, parfois argument marketing, parfois simple vernis rassurant, ces marques imprimées deviennent une couche supplémentaire entre le produit et le regard. Elles ne pénètrent pas la matière, restent en suspension à la surface du plastique, comme une promesse flottante. Elles sont omniprésentes, répétées à l’infini sur des millions d’emballages. Ces gouttes d’encre que personne ne choisirait pour elles mêmes, qu’il faudra pourtant produire, imprimer, jeter, recycler.

    Photos

  • Saw

    Saw – sawdust x microscope x honey

    On dirait une matière mielleuse qui coule, des filaments de caramel fondu étirés dans la lumière, une structure sucrée, presque gourmande, aux reflets dorés et translucides. Les fibres semblent se lier, se coller, former des nappes brillantes comme une confiserie en suspension. Mais il n’en est rien. Ce sont des résidus de sciure issus de meubles industriels, des particules agglomérées par des colles ajoutées, omniprésentes dans les intérieurs contemporains. Ces panneaux recomposés, ces surfaces lisses et bon marché peuplent les maisons, libérant lentement des micro particules invisibles. Ces filaments translucides, si esthétiques sous le microscope, ne sont pas innocents. Ils témoignent d’une matière transformée, collée, compressée, qui prolonge sa présence dans l’air domestique bien après son installation. Derrière l’apparence chaleureuse et dorée, une autre réalité circule, diffuse, persistante.

  • Wash me

    Textile rubbish x Washing machine x Microscope

    On dirait des cheveux, des filaments fins, souples, emmêlés, presque organiques, traversés de petites gouttes brillantes qui évoquent une matière vivante et intime. Ils se croisent, s’accrochent, flottent dans un espace blanc comme une trace corporelle suspendue. Pourtant rien ici ne pousse, rien ne provient d’un corps. Ces fibres ne tombent pas, elles s’arrachent, se fragmentent, se dispersent sans bruit dans nos espaces clos. Les textiles synthétiques s’effritent à chaque frottement, à chaque lavage, libérant des particules invisibles qui circulent dans l’eau et dans l’air. Ce que l’on croit propre et maîtrisé diffuse en permanence une poussière plastique imperceptible à l’œil nu. L’image entretient volontairement l’ambiguïté du vivant, elle ressemble à une matière humaine mais provient d’un objet industriel banal. Ce sont des résidus plastiques trouvés dans ma machine à laver. Fibre textile qui s’arrache. Pour payer moins cher, tout le monde achète fibres plastique.

  • Closed grass

    Closed grass – Wheat field x plastic carpet x water drops

    Sous le microscope, un paysage apparaît. Des fibres dressées comme des tiges fines composent une étendue dorée qui évoque un champ de blé balayé par le vent. La lumière circule entre les filaments, glisse le long des surfaces lisses, transforme la matière en horizon vibrant. L’illusion est presque parfaite, celle d’une croissance silencieuse, d’une nature ordonnée, domestiquée par le cadre. Des gouttes d’eau demeurent suspendues entre les fibres. Elles roulent, s’accrochent, restent intactes. Elles ne pénètrent pas. Elles ne nourrissent rien. La surface les retient comme une peau fermée, imperméable. Rien ici n’absorbe, rien ne transforme. La verticalité rassure, la texture semble organique, mais la matière est synthétique. Elle imite la souplesse du vivant sans en posséder la capacité d’échange. Ce paysage est composé de textiles chimiques qui envahissent notre quotidien. Nos intérieurs en sont saturés. Les maisons accumulent ces fibres, ces fragments, ces micro particules invisibles qui circulent dans l’air, se déposent, persistent. Ce champ doré n’est pas un sol fertile. Ce n’est pas une plante. Ce n’est pas un paysage. C’est un tapis.

  • Short Life

    Microscope x Biscuit packaging scratches

    Fragments d’emballage de biscuit, agrandis jusqu’à perdre leur fonction première. L’encre orange se répand en filaments, en amas, en poussières colorées. Ce qui devait séduire l’œil du consommateur devient ici un réseau fragile, presque organique, suspendu sur fond blanc. La matière est fine, légère, nerveuse. Elle s’étire, se déchire, se ramifie comme un système vivant. Pourtant, elle n’a pas vocation à durer. Elle protège, encapsule, isole un produit industriel quelques jours, quelques semaines tout au plus. Sa raison d’être est brève, utilitaire, strictement fonctionnelle. Une fois le contenu consommé, l’enveloppe perd son sens. Elle devient résidu. Déchet destiné à être jeté, oublié, enfoui ou dispersé. Cette image suspend le moment où l’objet cesse d’être utile sans encore disparaître. La question demeure en filigrane. L’emballage est-il nécessaire ou simplement devenu réflexe systématique ? Il promet hygiène, conservation, transport, mais génère une matière sans mémoire, sans avenir, produite en masse pour une existence éphémère. Grossi par le regard, l’emballage révèle sa propre fragilité. Ce qui semblait neutre et anodin apparaît comme une trace. Une empreinte d’un cycle court, rapide, consommé. Une matière née pour mourir presque aussitôt.

  • End of the game?

    Steel factory x earth view x smoke x water x Lego

    Vue du ciel, l’image compose un plateau parfaitement quadrillé, presque abstrait. À gauche, des entrepôts bleus rangés comme des briques de Lego, ludiques, plastiques, rassurantes. À droite, la masse sombre d’une des plus grandes usines d’acier au monde, ses tours à charbon, ses cheminées, ses fumées blanches malgré les efforts annoncés pour limiter les émissions. L’eau longe le site, ressource captée, utilisée, transformée. Deux pollutions coexistent sans se confondre, celle du plastique diffus et celle du charbon brûlé, lourde et atmosphérique. La vue aérienne rend l’ensemble presque esthétique, maîtrisé, comme si la destruction pouvait être organisée avec méthode. Dans ce décor qui ressemble à un jeu de construction géant, la satisfaction immédiate prime sur le collectif. End of the Game? suggère que la partie continue, même lorsque les règles semblent déjà nous échapper.

  • Cell party

    Microplastic x cells x party

    Cette image montre une cellule observée au microscope, un monde circulaire, vibrant, où chaque bulle colorée semble incarner une forme de joie primitive, une énergie douce, une promesse de vie, les ballons d’une fête. Les teintes éclatantes diffusent en dégradés fluides, comme si la matière elle-même respirait, comme si chaque sphère contenait un fragment d’élan vital. L’ensemble paraît léger, presque enfantin, et pourtant deux masses noires troublent cette harmonie. Elles ne vibrent pas, ne rayonnent pas, elles absorbent. Ces formes opaques sont des fragments de microplastiques, intrus silencieux ayant réussi à pénétrer l’espace cellulaire, à s’infiltrer au cœur même du vivant. Leur présence rompt l’équilibre chromatique, introduit une gravité étrangère, une densité sans vie au milieu de la transparence organique. De plus en plus d’études établissent des liens entre notre ingestion quotidienne de microplastiques et l’émergence de troubles, d’inflammations, de pathologies diffuses encore mal comprises. Ici, la cellule devient territoire contaminé, la couleur se confronte à l’ombre, et la joie microscopique se voit traversée par une matière issue de notre propre production. Cette image oppose la fragilité du vivant à la persistance artificielle du plastique, elle montre comment l’invisible industriel s’invite dans l’intime biologique, comment l’éclat de la vie cohabite désormais avec une présence qui ne se dégrade pas et qui s’accumule.

    Aquarelle 20 x 30

  • Nature is watching you

    Eye watch x snow melt in Paris x pollution x wood

  • Under the sea

    Plastic bags x fishes x dead trees

    Plastic – Wood – Flowers | 70 x 50 x 50 cm

    Cette sculpture, faussement délicate, met en scène un drame écologique silencieux : une branche morte, tordue, évoque un bois flotté immergé ou un corail blanchi, tandis que des fragments de plastique rose vif imitent des poissons ou une flore dérivante. La tension réside dans leur ambiguïté — sont-ils vivants ou déjà des vestiges synthétiques ?

    Ces « créatures » en plastique dérivent sans but, prises dans une chorégraphie de disparition, suspendues dans un océan hors du temps. L’œuvre rend visible la violence poétique de la pollution, suggérant un futur où même la beauté est artificielle, détachée de toute racine.

    Ici, la nature ne renaît plus. Elle est mise en scène. Et lentement, elle s’étouffe.

    This deceptively delicate sculpture stages a silent ecological drama: a twisted dead branch evokes submerged driftwood or bleached coral, while fragments of bright pink plastic mimic fish or floating flora. The tension lies in their ambiguity—are they alive or already synthetic remains? The plastic « creatures » drift aimlessly, caught in a choreography of disappearance, suspended in a timeless ocean. The piece renders visible the poetic violence of pollution, suggesting a future where even beauty is artificial, detached from all roots. Nature here is no longer reborn, only staged, and slowly suffocated.