Catégorie : Serie : Brain Rot

La série Brain Rot explore la lente décomposition cognitive produite par l’écosystème numérique contemporain. Ici, le cerveau n’est plus seulement un organe biologique, mais un territoire disputé par des architectures économiques, des interfaces et des algorithmes conçus pour capter l’attention. Les images suivent une trajectoire progressive, depuis l’extraction du temps humain jusqu’à la transformation du corps lui-même. Notifications, scroll infini, récompenses dopaminergiques et automatisation des choix transforment la pensée en flux mesurable et exploitable. Le cerveau devient un terrain d’exploitation, fragmenté en micro-impulsions et en comportements prédictibles. Peu à peu, l’attention se dilue, la mémoire se fragilise, la concentration s’effrite. Les figures humaines apparaissent alors diminuées, courbées, parfois vidées de leur cerveau, comme si la pensée s’était déplacée hors du corps vers les infrastructures numériques. Brain Rot ne décrit pas une catastrophe brutale mais une érosion lente, presque imperceptible. Dans ce processus, la technologie n’agit pas seule. Elle amplifie des désirs humains déjà présents, transformés en mécanismes industriels. La série observe ainsi un basculement discret : celui d’une intelligence vivante vers un système d’automatisation cognitive auquel l’humain finit par consentir.

  • Fake True People

    AI images x Removed senses x Provence Sky x Engraving

    Vingt-huit visages apparaissent dans une lumière bleutée, suspendus dans un espace incertain. Ils émergent d’un fond diffus qui évoque un ciel artificiel, une brume numérique ou un champ de données. Les contours sont fragiles, presque dissous. Chaque visage semble flotter entre apparition et disparition, comme une présence instable.

    Ces visages ne correspondent à aucune personne réelle. Ils ont été générés par un système d’intelligence artificielle antérieur à l’ère actuelle des grands modèles conversationnels. Ce programme produisait des portraits humains plausibles à partir d’immenses bases d’images. Chaque visage résultait d’un calcul statistique, d’une recomposition de fragments visuels, d’une moyenne probabiliste de l’humanité.

    Aucun de ces individus n’a vécu. Ils n’ont ni passé, ni mémoire, ni corps. Pourtant leur présence est crédible. Ils pourraient être des voisins, des passants, des inconnus croisés dans une rue. Cette familiarité troublante constitue le cœur du dispositif. L’image humaine cesse d’être la trace d’une existence pour devenir une forme reproductible, générée par des algorithmes.

    À partir de ces portraits artificiels, un geste matériel intervient. Les visages sont gravés physiquement dans une plaque de plexiglas. La surface transparente est entaillée, rayée, creusée. La gravure agit comme une incision dans la matière. Elle transforme une image numérique immatérielle en trace physique, en cicatrice lumineuse.

    Chaque ligne est une perte de matière. Chaque contour résulte d’un retrait, d’une absence. Les visages apparaissent donc non pas par addition de traits mais par soustraction. Ils existent uniquement par les blessures inscrites dans la surface transparente.

    Dans cette version, les visages ont été volontairement privés de tous leurs sens. Les yeux disparaissent, les oreilles sont absentes, les bouches s’effacent. Aucune ouverture vers l’extérieur ne subsiste. Aucun regard, aucune écoute, aucune parole.

    Ces figures deviennent alors des entités closes. Elles ne perçoivent rien et ne peuvent rien exprimer. Elles sont enfermées dans leur propre surface, réduites à une pure apparence.

    La plaque gravée est ensuite éclairée par une lumière LED bleue. Cette lumière traverse les incisions et révèle les silhouettes. Les visages semblent flotter dans l’espace, comme des spectres. La lumière froide accentue leur dimension artificielle et les détache de toute matérialité humaine.

    La photographie capture ce moment précis où la gravure, la lumière et l’air produisent l’image. Les figures apparaissent comme des fantômes numériques suspendus dans un ciel translucide. Certaines sont nettes, d’autres se dissolvent dans la diffusion lumineuse. Leur présence devient presque atmosphérique.

    L’ensemble forme une étrange assemblée silencieuse. Vingt-huit visages plausibles, reconnaissables, mais totalement vides d’existence. Une population d’individus générés, crédibles mais impossibles.

    L’œuvre interroge la mutation profonde de la représentation humaine à l’ère algorithmique. Si une machine peut produire des visages convaincants sans qu’aucune personne ne leur corresponde, alors le visage cesse d’être une preuve d’identité. Il devient une structure visuelle calculable.

    Ces figures ressemblent à l’humanité.

    Mais aucune humanité ne les habite.

    Photo + Gravure sur Plexiglass – 30 x 40

  • Sins

    Deadly Sins x Flashy Pink x Couch x Invisible man x Tech Nech

    Sur des fonds saturés, presque agressifs, un homme se tient seul. Il ne regarde personne. Il se replie, se cambre, s’affaisse. Son cou se casse vers l’avant, déformé par l’écran invisible qu’il consulte sans cesse. Le corps devient symptôme. Le tech neck remplace la colonne vertébrale morale. Les péchés capitaux ne sont plus théologiques. Ils sont optimisés. L’orgueil devient mise en scène permanente de soi. L’envie devient comparaison algorithmique. La colère se déploie en commentaires. La luxure se consomme en flux infini. La gourmandise est une boulimie de notifications. L’avarice se mesure en données accumulées. La paresse prend la forme d’un canapé creusé, d’un coussin enfoncé, d’une empreinte laissée par un corps trop longtemps immobile. Dans certaines images, l’homme est encore là. Dans d’autres, il se réduit. Silhouette minuscule dans un espace trop vaste. Puis il disparaît presque entièrement. Il ne reste qu’une ombre. Une trace noire sur un fond uniforme. Cette ombre n’est pas une absence accidentelle. Elle est le résultat d’un choix collectif. L’homme a voulu l’automatisation, la fluidité, la délégation permanente. Il a confié ses désirs aux plateformes, ses décisions aux algorithmes, ses relations aux interfaces. Chaque service promettait un confort. Chaque automatisation supprimait un effort. Chaque optimisation renforçait un penchant. Les péchés ne sont plus combattus. Ils sont industrialisés. Sins montre un corps qui se retire du monde réel au profit d’un monde calculé. Le canapé devient territoire. Le coussin, preuve matérielle d’une présence excessive et d’une absence simultanée. Être là physiquement, ne plus être là symboliquement. L’homme s’efface à mesure qu’il externalise sa volonté. Il disparaît à force de vouloir tout simplifier. Il s’ombre lui-même. La série ne représente pas une fin brutale. Elle montre une évaporation lente. Un effacement progressif orchestré par celui qui en est la première cause. Dans ce théâtre monochrome, la figure humaine n’est plus héroïque. Elle est variable d’ajustement. Elle s’effondre sous le poids de ses propres désirs amplifiés. Sins n’accuse pas une machine autonome. Elle pointe une responsabilité diffuse. L’homme ne disparaît pas parce qu’il est dominé. Il disparaît parce qu’il consent.

  • Red Light

    Cette image montre des neurones dopaminergiques, irradiés d’un rouge sang, comme si la pensée elle-même était traversée par une inflammation lumineuse. On hésite entre des filaments d’ampoule surchauffés, des feux d’artifice mal maîtrisés, des éclairs figés dans la nuit ou des ramifications nerveuses prêtes à s’embraser. Les corps cellulaires brillent comme des noyaux incandescents, leurs prolongements s’étendent, se cherchent, se relient, tissant une cartographie fragile du désir et de l’impulsion. La dopamine circule ici comme une promesse, une récompense immédiate, un signal court et intense qui allume le cerveau avant de le laisser dans une pénombre plus lourde. La science établit désormais des liens précis entre ces décharges et les stimulations numériques répétées, la gratification instantanée, le défilement infini, la notification qui pulse comme une micro étincelle. À force d’excitation brève, le système s’emballe, puis s’épuise, et la motivation profonde se fragilise, comme si le feu intérieur ne savait plus brûler sans déclencheur externe. Cette image ne montre pas seulement des neurones, elle expose une économie du court terme inscrite dans la chair, une biologie du clic, où la lumière rouge oscille entre énergie vitale et colère électrique.

  • Respire

    Breathing x Sinus x Radiography x Obstruction

    Cette œuvre est une radiographie de mes propres sinus.
    Une image clinique, presque banale, mais ici déplacée vers le champ de l’intime.

    On y voit la congestion, la cloison nasale déviée, le passage de l’air entravé.
    Là où la respiration devrait être fluide, un obstacle.
    Là où le vide devrait circuler, une masse.

    La science permet de révéler l’invisible.
    Elle pénètre l’os, traverse les chairs, éclaire les cavités.
    Elle montre ce que le corps tait.
    Mais voir n’est pas guérir.

    L’œuvre oscille entre précision médicale et introspection.
    La radiographie devient autoportrait.
    Non pas celui du visage, mais celui d’un flux interrompu.

    Respirer est un acte automatique, mécanique, inconscient.
    Quand il se dérègle, tout devient conscient.
    Chaque inspiration devient effort.
    Chaque nuit devient attente d’air.

    Faut-il opérer ?
    Corriger la matière pour restaurer le passage ?
    Redresser la cloison comme on redresse une ligne de code défaillante ?

    La question dépasse le geste chirurgical.
    Que fait l’âme quand le corps ne respire plus librement ?
    Se contracte-t-elle ?
    Cherche-t-elle un autre passage ?
    Se met-elle en apnée, elle aussi ?

    Il ne s’agit pas seulement d’un diagnostic.
    C’est une mise à nu.
    Une tentative de comprendre ce qui, en nous, entrave la circulation.

    Encres sur papier – 20 x 30

  • Mistral

    Samothrace x Pixel x Fall x Shortened wings

    La victoire ne guide rien, ne célèbre rien : elle a perdu sa tête, perdu son cerveau, perdu ce qui fait direction. Elle ne tient plus. Elle s’enfonce lentement. Elle semble prier malgré elle, penchée, affaissée, retenue au moment de tomber. Le souffle ne soulève plus mais pousse. Les ailes sont rognées, ont perdu toute idée de liberté. Elle est au point de chute.

    Chaque point est posé mécaniquement, d’un geste toujours le même, sans élan, sans choix. De  micro-impacts qui construisent par ce qu’ils détruisent.

    De loin : la draperie, l’inclinaison, la dynamique figée. De près : trous, manques, zones qui s’effacent sous leur propre trame, fragments.

    Le triomphe n’existe plus. Défaite silencieuse, corps sans élan, signal faible en voie d’extinction. 

    Encre sur papier, 30×40

  • The new phone

    Mobile phone x skin x senses

    Digital image 40×30

    Un hybride troublant : la chair devient interface, le smartphone se fond dans la peau humaine, et des organes sensoriels apparaissent, déformés, répartis sur sa surface. Une oreille, deux yeux, une bouche — déplacés, figés, à l’écoute. L’objet n’est plus un outil, c’est une entité. Ou peut-être sommes-nous devenus son extension.

    L’œuvre interroge la nature des dispositifs numériques comme prothèses de la perception et de l’identité. Le téléphone ne fait plus que connecter : il voit, écoute, parle, mémorise. En retour, nous lui donnons notre attention, notre voix, notre visage, nos gestes.

    Ce n’est pas un téléphone. C’est le reflet d’un sujet connecté, ayant externalisé ses sens et intériorisé la machine.

    A disconcerting hybrid: flesh becomes interface, the smartphone merges with human skin, and sensory organs emerge distorted across its surface. An ear, two eyes, a mouth—displaced, unblinking, listening. This object is no longer a tool but a being. Or perhaps we have become its extension.

    The piece questions the nature of modern devices as prostheses of perception and identity. It embodies how smartphones do not only connect us—they hear, watch, speak, and even remember for us. In return, we feed them attention, touch, voice, and face.

    This is not a phone. This is the mirror of a connected subject who has externalized their senses and internalized the machine.

  • Persephone

    Half Greek statue from Persephone x No Brain x Jewels x Closed eyes

    Drawing on paper 40 x 30 cm

    Cette apparition pâle de Perséphone n’émerge pas du marbre, mais de l’absence. Rendue visible par une constellation fantomatique de points, la figure flotte à mi-chemin entre la forme et le vide — inachevée, effacée, ou simplement en train de disparaître.

    L’allusion mythologique est explicite : Perséphone, déesse des deux mondes — lumière et souterrain, surface et ombre — est ici suspendue. Mais sa couronne a disparu, remplacée par le néant, son regard est clos, sa tête vide — une critique directe des icônes modernes, vidées de pensée, de conscience, de résistance.

    Les bijoux, encore visibles, brillent avec ironie — symboles de valeur sans identité, de beauté sans voix. Son cerveau manquant n’est pas une absence, mais une extraction — peut-être délibérée. Peut-être une stratégie de survie.

    Perséphone devient ainsi une allégorie du corps passif à l’ère de l’automatisation :
    Élégant, inerte, orné, aveugle.


    This faint apparition of Persephone emerges not from marble, but from absence. Rendered through a ghostly constellation of dots, the figure floats halfway between form and void—unfinished, erased, or simply fading.

    The mythological allusion is clear: Persephone, goddess of dual worlds—light and underworld, surface and shadow—is caught in suspension. But here, her crown is replaced by nothingness, her gaze closed, her head empty—a critique of modern icons stripped of thought, awareness, or resistance.

    The jewels, still visible, mockingly gleam—symbols of value without identity, of beauty without voice. Her missing brain is not a lack, but a removal—perhaps deliberate. Perhaps a survival tactic.

    Persephone becomes a commentary on the passive body in the age of automation:
    Elegant, inert, adorned, blind.

  • Homo Cubile

    Vitruve man x Perfect man for e-commerce

    Ink on paper 30 x 40 cm

    À gauche, l’intemporel Homme de Vitruve de Léonard de Vinci — symbole d’harmonie, de symétrie, de proportion, d’intelligence et d’équilibre. À droite, son descendant dégénéré : Homo Cubile. Un corps non plus ouvert au monde, mais replié sur lui-même, enfermé dans des écrans, des calories et de l’automatisation.

    Dans ce diagramme satirique, le nouvel « homme parfait » pour l’e-commerce se résume à quelques fonctions :

    • Réduction du cerveau : effort cognitif minimal — l’IA et l’UX pensent à sa place.
    • Doigts agiles : assez vifs pour taper, scroller, cliquer, acheter.
    • Gros ventre : confort sédentaire optimisé pour consommer, non pour créer.
    • Jambes inexistantes : il peut rester sur son canapé

    Homo Cubile est à la fois critique et prophétie. Le corps idéal de l’économie numérique n’est plus sculpté ni transcendant — il est soumis, modulaire, rentable. Un humain compatible machine, façonné non par la nature ou l’esprit, mais par la logique marchande et l’ergonomie des écrans.

    Une anatomie de la décadence, enfermée dans un carré parfaitement dessiné.

    L’apogée de l’économie de la paresse

    On the left, da Vinci’s timeless Vitruvian Man—a symbol of harmony, symmetry, proportion, and balance. On the right, his degenerated descendant: Homo Cubile. A body no longer open to the world but closed in on itself, boxed by screens, calories, and automation.

    In this satirical diagram, the new “perfect man” for e-commerce is reduced to functions:

    • Shrink Brain: minimal cognitive effort required—AI and UX think for him.
    • Nimble Fingers: agile enough to tap, scroll, click, and buy.
    • Big Belly: sedentary comfort optimized for consumption, not creation.

    Homo Cubile is both critique and prophecy. The ideal body of the digital economy is no longer sculpted or transcendent—it is submissive, modular, and profitable. A machine-friendly human, shaped not by nature or spirit, but by market logic and screen ergonomics.

    Anatomy of decline, wrapped in a perfectly shaped square.

  • Uberlazied

    Old greek x Couch x Laziness economy

    Un corps néoclassique, idéalisé et lisse, repose sur un trône synthétique : le canapé. La virilité de la Grèce antique rencontre le confort de l’économie des plateformes. Ce n’est pas un héros au repos, c’est un monument à la passivité, façonné par l’hyper-efficacité et la sur-assistance. Tout est blanc. Tout est silencieux. La statue ne parle pas, ne bouge pas, n’a besoin de rien. L’homme « ubérisé par la paresse » n’est plus un penseur ni un guerrier, seulement un utilisateur, optimisé, immobile, esthétiquement stérile. La tension naît de cette contradiction : des muscles divins, sculptés pour l’action, pétrifiés par le confort. C’est le client parfait de l’économie de la paresse. Celui qui scrolle au lieu de chercher, qui commande au lieu de se déplacer, qui clique au lieu d’agir. Les géants du numérique n’ont aucun intérêt à l’éveiller. Son inertie est leur modèle économique. Tant qu’il reste assis, il produit : des données, de l’engagement, de l’argent. Un corps immobilisé, un esprit soumis, mais extrêmement rentable.

    —–
    A neoclassical body, idealised and smooth, reclines on a synthetic throne: the couch.
    The virility of ancient Greece meets the comfort of the gig economy. This is not a hero resting—it’s a monument to passivity, shaped by hyper-efficiency and over-servicing.
    Everything is white. Everything is silent. The statue doesn’t speak, doesn’t move, doesn’t need to.
    The ‘Uberlazied’ man is no longer a thinker or a warrior, just a user—optimised, idle, aesthetically sterile.
    The tension lies in this contradiction: divine muscles, sculpted for action, petrified by convenience.

    This is the perfect client of the laziness economy.
    The one who scrolls instead of searching, who orders instead of moving, who clicks instead of acting.
    The digital giants have no interest in awakening him. His inertia is their business model.
    As long as he stays seated, he produces: data, engagement, money.
    A body immobilised, a mind subdued—yet hyperprofitable.

  • Data Beats Emotion

    Audio recording Z. at American Congress x Start-up Mantra
    This work unfolds in two registers. First, as a visual transcription: the tear-shaped forms are not human sorrow, but the soundwave of Z. public apology before the U.S. Congress. No visible emotion. No rupture. Just the smooth, calculated rhythm of a voice designed not to tremble.

    Second, as a title—Data Beats Emotion—the phrase echoes a dominant mantra in the startup world. In tech culture, feelings are noise. Growth requires data: measurable, scalable, testable. Emotion is seen as inefficiency—something to simulate perhaps, but never to follow.

    By overlapping these layers, the piece reveals a tension: between affect and performance, between sincerity and computation. The tear is not real—it is rendered.
    And the apology, like the system it represents, is more a metric than a moment.

  • Underwater

    Underwater private network cables x brain

    À première vue, le dessin évoque un cerveau humain. Une masse nerveuse, fragile, parcourue d’ondes et de synapses. Les tracés semblent organiques, presque vivants. En réalité, il ne s’agit pas de neurones mais de câbles sous-marins bien réels, posés au fond des océans, qui transportent l’intégralité de nos flux numériques. Les noms inscrits, Echo, Jupiter, Grace Hopper, Curie, ne désignent pas des zones cérébrales mais des infrastructures privées, appartenant aux géants technologiques. Leur cartographie reproduit involontairement la forme d’un cortex. Les continents sont reliés comme des hémisphères. Les océans deviennent un tissu conjonctif. Ce réseau compose un système nerveux artificiel, mondial, silencieux. Ce dessin interroge l’anatomie de la connexion au XXIᵉ siècle. Qui relie qui. Qui contrôle les flux. Qui possède la pensée en circulation. L’Internet n’est pas immatériel. Il n’est pas dans un nuage. Il est physique, enfoui, cartographié, financiarisé.  Il traverse les fonds marins comme une colonne vertébrale de fibre optique.Ce n’est plus une métaphore. C’est une structure.Un cerveau non biologique, constitué de câbles, où la circulation des données remplace l’influx nerveux. Un cerveau sous l’eau.

    At first glance, the drawing appears to be a crude sketch of a human brain—nervous, pulsing, alive. But a closer look reveals a different truth: these are the real-world underwater cables that transmit global internet data, linking continents through the ocean floor.

    Names like Echo, Jupiter, Grace Hopper, and Curie trace not neurons, but corporate arteries—private infrastructure owned by tech giants, invisible yet vital. Their layout unintentionally mimics a cerebral cortex, forming a new digital nervous system, artificial yet organic in form.

    Underwater Private Network Cables questions the anatomy of connection in the 21st century. Are we still the ones thinking—or have these cables begun to think for us? It’s no longer metaphor. It’s structure.
    The internet is not in the cloud.
    It’s underwater, wired, mapped—and increasingly privatized.
    A brain not of flesh, but of fiber.

  • Me and My Couch

    Brain x Basic need x Couch x Laziness economy

    Ink on paper 30 x 40 cm

    Essaie de deviner qui sont les points sans étiquette, tu les connais tous !

    Cette œuvre se présente comme une carte cérébrale — mais elle fonctionne plutôt comme un miroir. Une neuroéconomie spéculative où le Moi n’est plus un sujet, mais un nœud. Un corps réduit à des besoins primaires : manger, penser, ressentir, jouer, aimer, se reposer. Tous ces élans — légitimes, profondément humains — sont désormais interceptés, détournés, optimisés.

    Le canapé n’est pas un confort : c’est un piège. Autour, des nœuds anonymes pulsent en silence des besoins primaires. Mais on peut deviner :

    – ce point rose près de Manger pourrait bien être les plateformes de livraison
    – celui proche de Penser ressemble fort aux moteurs de suggestion IA
    – celui qui gravite autour de Émotion évoque les algorithmes de recommandation de contenu
    – le point à peine visible entre Jouer et S’informer pourrait être les plateformes de streaming
    – et celui niché entre Sexe et Amis chuchote le nom des applis de rencontre ou des réseaux sociaux

    Cette cartographie ne montre pas un cerveau, mais un écosystème économique parasitant son hôte. Un monde où chaque besoin fondamental est intermédié, capté, converti en chiffre d’affaires.
    L’économie de la paresse n’est pas un accident : c’est l’aboutissement du capitalisme numérique — mouvement minimal, conversion maximale.

    L’intention ultime serait-elle de nous laisser sur notre canapé à scroller, en remplissant nos besoins primaires virtuellement

    Au centre : un individu.
    À la périphérie : une industrie à plusieurs milliards.
    Entre les deux : l’érosion lente de l’autonomie… et peut-être de la condition humaine elle-même.

    Try to guess who are unlabelized points!

    This work presents itself as a cerebral map—but it operates more like a mirror. A speculative neuroeconomy where Me is no longer a subject, but a node. A body reduced to primal needs: eat, think, feel, play, love, rest. All these impulses—legitimate, human—are now intercepted, diverted, optimised.

    The couch is not a comfort; it’s a trap. Around it, unnamed nodes pulse silently. But one can guess:
    – that pink dot near “Eat” might be food delivery platforms
    – that one by “Think” could well be AI suggestion engines
    – the one orbiting “Emotion” seems like content recommendation algorithms
    – the barely visible node linking “Play” and “Inform” could be streaming platforms
    – and the one tucked between “Sex” and “Friends” whispers dating apps

    This mapping doesn’t just show a brain. It reveals an economic ecosystem parasitising its host. One where every basic human need has been intermediated, captured, converted into revenue. The laziness economy is not accidental—it is the endgame of digital capitalism: minimal movement, maximal conversion.

    At the core: an individual.
    At the periphery: a billion-dollar industry.
    In between: the slow erosion of autonomy, and perhaps, of the human condition itself.

  • Blue sky

    IA generated people x Provence sky x Engraving on plexiglass

    Plastic engraving – 20 x 30 cm

    Une grille suspendue de visages spectraux flotte entre nuages et lumière — chaque visage est unique, mais aucun n’est réel. Générés par un système d’intelligence artificielle précoce, ces portraits représentent des êtres qui n’ont jamais existé. Leurs traits, issus de motifs statistiques, n’ont jamais été façonnés par l’expérience ni traversés par l’émotion.

    Chacun de ces visages est volontairement privé de ses sens : pas d’yeux pour voir, pas de bouche pour parler, pas d’oreilles pour entendre. Dépouillés de leurs organes sensoriels, ils deviennent des avatars de la déconnexion — une pure surface sans perception. Gravés sur du plexiglas transparent, ils ne captent la lumière qu’à travers le vide, ne renvoyant que le ciel en arrière-plan.

    L’œuvre formule une critique silencieuse de la nature désincarnée des identités générées par les données. Ces humains artificiels, vidés de toute vie intérieure, flottent comme les symboles d’un monde façonné par la représentation sans réalité, la simulation sans âme.

    A suspended grid of spectral faces hovers between clouds and sunlight—each face unique, yet no face real. Generated by an early artificial intelligence system, these portraits are of people who never existed. Their features, derived from statistical patterns, were never sculpted by experience or emotion.

    Each face is deliberately deprived of its senses: no eyes to perceive, no mouth to speak, no ears to hear. Stripped of sensory organs, they become avatars of disconnection—pure surface without perception. Engraved on transparent plexiglass, the images catch light only through absence, reflecting back nothing but the sky behind them.

    The work quietly critiques the disembodied nature of data-generated identities. These artificial humans, emptied of all inner life, float as symbols of a world increasingly shaped by representation without reality, simulation without soul.

  • The Clock

    Screen user daily life x Heart beat & Clock Sounds x 99 frames x Monsters x Digital Twins x vague Dreams

    Vidéo

    Une vie en 99 images. The Clock saisit le schéma existentiel d’un humain dépendant des écrans : se réveiller, scroller, se déplacer, s’asseoir, produire. L’animation se déploie comme un métronome numérique — chaque image, un fragment de soumission ritualisée au temps. Les lignes, à la fois symétriques et fracturées, dessinent des figures humaines, puis se déforment en monstres algorithmiques.

    Le tic-tac de l’horloge et les pulsations cardiaques fusionnent en un rythme mécanique unique. Ce qui ressemble à du progrès n’est en réalité qu’une dérive — vers l’épuisement, la désincarnation, la mort. Le monstre final n’est pas une créature : c’est le reflet déformé de l’utilisateur lui-même, multiplié, répliqué, érodé par la répétition.

    A life in 99 frames. The Clock captures the existential pattern of a screen-dependent human: waking, scrolling, commuting, sitting, producing. The animation unfolds like a digital metronome—each frame a fragment of ritualized submission to time. The lines, symmetrical and fractured, form human-like figures, then distort into algorithmic monsters.

    Clock ticks and heartbeat pulses merge into a single mechanical rhythm. What appears as progress is merely drift—toward exhaustion, disembodiment, death. The monster at the end isn’t a creature—it’s the distorted mirror of the user himself, multiplied, replicated, eroded by repetition.

    This is not a story. It’s a closed circuit. A day. A feed. A life.
    Drawn in silence, killed by rhythm.

  • The Shortener

    Some scientists think that screen addictions may result in the shortening of brain white substance.

    This drawing mimics the form of a brain section, but its inner structure collapses inward—a spiral of progressive contraction. The visual metaphor is anchored in a scientific hypothesis: that prolonged exposure to screens and digital overstimulation could lead to the reduction of white matter in the brain, the very substance responsible for communication between regions.

    The title is a double entendre. It evokes both the neurological phenomenon and the digital tool—URL shorteners—that reduces complexity to minimal expression, often stripping away meaning. What happens when the mind, like information, is compressed for efficiency?

    The result is a distorted core, dense and frayed. A topography of decay, where cognitive capacity is thinned for the sake of immediacy.

    Drawing – 30×20 cm

  • Give me Five

    Amoeba x Hand

    Drawing – 30×20 cm

    En 1965, aux États-Unis, l’amoeba Naegleria fowleri fit les gros titres : une entité microscopique, invisible à l’œil nu, capable de remonter les nerfs olfactifs jusqu’au cerveau pour le consommer, littéralement. En quelques jours, elle détruisait la matière cérébrale, provoquant des décès brutaux, une trentaine cette année-là. Une horreur biologique.

    Aujourd’hui, cette figure revient — métaphoriquement — sous une forme bien plus sophistiquée : services numériques “gratuits”, scroll infini, notifications en rafale. Ce ne sont plus les eaux tièdes de lacs stagnants qui abritent la menace, mais nos poches, nos flux, nos interfaces. L’ennemi n’a plus de membrane : il est codé, designé, optimisé pour capter notre bande passante mentale.

    Les plateformes qui ont permis l’essor d’internet ne connectent pas — elles consomment. Elles creusent le cortex à coup de récompenses aléatoires, de stimuli visuels, de cycles d’engagement. Ce n’est plus une amibe : c’est une architecture comportementale. Une nouvelle espèce parasitaire, invisible et acceptée. Le cerveau ne fond plus par infection, mais par dissociation, surcharge et distraction constante.

    In 1965 in the U.S. there were a dangerous Amoeba bacteria that eat brains and caused more than 30 deaths. Arise of internet is made possible thanks to brain bandwith eater services.

  • Your brain is our brain

    G. Artificial Intelligence Code released

    De loin, la silhouette d’un cerveau, évanescente, presque translucide. De près, une marée de lignes de code. Pas de neurones, pas de synapses, mais des variables, des boucles, des fonctions. Ce n’est pas une métaphore: c’est une substitution. Le code se fait cortex, l’algorithme devient matière grise. L’intelligence n’est plus biologique mais textuelle, écrite dans un langage qui n’a rien de naturel. L’œuvre fait écho à ce moment fondateur où certaines entreprises ont ouvert leurs premiers modèles d’intelligence artificielle au monde, sous couvert d’«open source». L’ouverture n’était pas un partage, plutôt une invitation à participer à l’entraînement d’une machine qui apprend de nous pour mieux nous dépasser. Your Brain Is Our Brain expose ce glissement: en livrant nos usages, nos phrases, nos clics, nous avons offert notre réflexion, notre raisonnement. Nos cerveaux sont devenus ressource, matière première. Le cerveau collectif s’écrit désormais en lignes de commande. Ce n’est pas un dessin. C’est une radiographie inversée: l’humain décomposé en syntaxe, reprogrammé en code.

    Drawing – 30×20 cm

  • What’s up kids?

    Millions of messages per minute growth (data centric graphic)

    Sculpture issue d’un flux invisible, What’s up kids? matérialise une croissance algorithmique, celle de millions de messages échangés chaque minute sur les plateformes sociales, transformée ici en forme organique et contrainte, une excroissance de données figée dans le métal. La structure évoque un ballon, gonflé non pas d’air mais de sollicitations numériques, de notifications, de fragments de langage qui s’accumulent sans jamais produire de sens durable. Pourtant, ce ballon ne s’élève pas. Il reste ancré, retenu au sol, comme incapable d’échapper à la gravité de ses propres mécanismes. Cette tension entre expansion et immobilité traduit l’impasse d’un système qui promet l’envol mais enferme dans la répétition. La croissance est réelle, mesurable, exponentielle, mais elle ne libère rien, elle sature. L’objet oscille entre dirigeable et ballon d’enfant, entre technologie lourde et innocence perdue, suggérant une captation progressive des esprits les plus jeunes, happés par ces flux continus. Chaque ligne métallique devient une trajectoire de message, une trace de connexion, une impulsion captée dans une boucle infinie. Le cerveau, exposé à cette densité, ne s’élargit pas, il se fragmente, il se disperse, il se fatigue. L’œuvre met en forme cette érosion silencieuse, déjà centrale dans Clear Shadows, où l’automatisation des comportements et la dépendance aux interfaces redessinent nos équilibres cognitifs . Ici, la donnée devient matière, mais une matière stérile, incapable de s’ancrer dans le réel autrement que par son propre poids. Le fil ne dessine pas une structure stable, il accumule, il entremêle, il perd sa lisibilité, à l’image de ces échanges incessants qui saturent l’attention. Le ballon devient alors métaphore d’une génération suspendue, maintenue dans un entre-deux, ni libre ni pleinement consciente de son attachement. Ce qui devait être un jeu devient une contrainte, ce qui devait connecter isole, ce qui devait faire grandir immobilise.

  • Social Shitting

    Infinite scroll x eye tracking x Brain rot

    Ces formes molles, informes, rappellent des excréments flottant dans l’espace blanc. Ce ne sont pas des Brain Rots. Elles ne viennent pas du corps: elles proviennent de l’œil. Elles sont le produit d’un eye tracking, une cartographie de ce que le regard consomme, dévore, expulse sur une page Internet. Chaque trace visuelle devient dépôt, résidu. L’infinite scroll vertical, au lieu d’élever, se déverse comme une diarrhée numérique. Le réseau social n’est plus une agora, mais une fosse septique: on y défile, on y dépose, on y laisse des traces sans mémoire. L’opposition est claire. La lecture horizontale, avec ses points d’ancrage, construit un chemin; le scroll vertical, lui, engendre un flux sans fin, une vidange de sens. Social Shitting ne dit pas seulement l’indigestion d’images et de posts, montre le destin de nos regards happés, et l’enshittification du web: transformés en matière brute, expulsés sous forme de déchets attentionnels. L’écran n’est plus un lieu de savoir, mais un intestin collectif.

  • Precious Time

    Millions of (per minute) : Google Translate words x Weather channel x Snap videos x Netflix x Facebook users

    Un carré, fermé, rigide. Une surface qui évoque un écran. À l’intérieur, des lignes se croisent, s’accumulent, s’enchevêtrent jusqu’à saturer l’espace.

    Chaque trajectoire correspond à un flux réel mesuré par minute dans l’économie numérique mondiale. Mots traduits sur Google Translate, consultations météo, vidéos regardées sur Snap, heures de Netflix consommées, utilisateurs actifs sur Facebook. Des millions d’actions invisibles, répétées sans interruption.

    Chaque ligne devient ainsi la trace graphique d’un comportement collectif. Une activité fragmentée, continue, presque automatique.

    Mais l’image ne montre pas des utilisateurs. Elle montre seulement des trajectoires. Des mouvements enfermés dans un carré.

    Le carré devient alors l’écran lui-même. Un cadre fermé où se concentrent des milliards de fragments d’attention humaine.

    Le temps circule, s’agite, se heurte, mais il ne sort jamais du cadre.

    Un temps précieux, capturé.