Catégorie : Serie : Recomposed Nature

Dans la série Recomposed Nature, la nature n’apparaît plus comme un état originel mais comme un territoire transformé, recomposé et artificialisé par l’action humaine. Les images montrent des fragments de nature modifiée, hybridée, parfois reconstruite à partir de déchets, de structures techniques ou de matières altérées. L’homme ne contemple plus un écosystème intact, il le recompose, le corrige, le scénarise et le codifie selon ses propres logiques esthétiques et industrielles. Le microscopique occupe une place centrale, des formes invisibles, agrandies et isolées deviennent paysages, motifs ou architectures biologiques. Ces fragments de vie sont amplifiés, mis en scène et esthétisés jusqu’à produire des images séduisantes, parfois presque décoratives. Dans ce monde recomposé, la nature brute ne suscite plus l’attention, tandis que sa version stylisée et visuellement optimisée provoque fascination et circulation sur les réseaux. La vitalité réelle du vivant disparaît derrière une nature filtrée, calibrée et visuellement séduisante. L’homme ne s’adapte plus à la nature, il la transforme pour qu’elle corresponde à ses usages, à ses flux et à ses systèmes techniques. Ce processus conduit à une nature recomposée, modifiée, contaminée et intégrée dans les cycles industriels et alimentaires. Les images de cette série montrent une nature qui absorbe les traces humaines, les pollutions et les structures artificielles jusqu’à devenir un paysage hybride où le biologique et l’industriel ne peuvent plus être séparés.

  • The scream of the trees

    Sur une feuille blanche, presque nue, une constellation de points rouges semble flotter dans le vide. Ils sont alignés comme une partition fragile, une portée musicale qui se répète, se décale, s’amenuise. À mesure que l’œil descend, le rythme se raréfie, la phrase s’étiole, puis disparaît dans le silence du papier.

    L’encre n’est pas déposée en surface. Elle s’infiltre. Elle pénètre les entailles invisibles creusées au cutter. Par capillarité, elle suit les sillons, s’y love, s’y disperse comme un liquide vital cherchant sa voie. Le support est blessé avant d’être écrit. Le message naît d’une incision.

    La phrase est encodée en braille. Elle est donc invisible pour les humains , mais lisible en pensée pour ceux qui savent entendre les silences. Il n’y a aucun relief. Aucun braille. Les aveugles pourraient la voir, les voyants ne peuvent que la deviner. L’œuvre renverse les régimes de perception. Elle parle à ceux que l’on n’écoute pas.

    Le texte crypté est la voix d’un arbre qui supplie qu’on ne le coupe pas. Il énumère, dans un langage réduit à des impulsions, tout ce qu’il offre sans bruit. L’absorption du CO₂, la respiration qu’il restitue, la rétention des eaux, l’ombre, la fraîcheur, l’ancrage des sols, la lenteur du temps. Il rappelle qu’il est infrastructure invisible du vivant.

    Face à cela, l’homme avance aveuglément. Il tranche. Il déboise. Il nie ce qui le maintient en vie. La répétition des points rouges devient une petite musique entêtante, presque mécanique, comme un battement cardiaque qui s’affaiblit. La portée ne va pas jusqu’au bout. Elle se dissout avant la fin.

    Ce qui reste est une trace. Une respiration interrompue. Un message que personne ne lit.

  • supernature

    Real Parrots x Fake background

    Photo stolen behind iron fence 30 x 40 cm

    Deux perroquets fusionnent en une seule forme — miroir, cœur, flamme — perchés avec délicatesse sur une corde tendue, devant une illusion de ciel infini. Leurs têtes, pressées l’une contre l’autre, effacent toute séparation, dessinant une symétrie organique parfaite, qui aurait pu être conçue par une IA si elle n’était pas aussi accidentellement sublime.

    Mais ce n’est pas la nature sauvage. C’est la nature en captivité. Le ciel est un décor peint, la corde est un dispositif, et l’amour se vit sous surveillance, derrière des barreaux de métal. La tension de l’œuvre naît de cette contradiction : les oiseaux sont plus libres dans leur étreinte que nous en tant que spectateurs.

    Supernature évoque la sensation de surprendre un moment qu’on n’était pas censé voir — une faille dans un paradis fabriqué.
    Un habitat manufacturé donne naissance à un acte pur.

    Two parrots fuse into a single form—mirror, heart, flame—perched delicately on a taut rope with the illusion of infinite sky behind them. Their heads, pressed together, erase all separation, forming a perfect organic symmetry that could have been designed by AI if it weren’t so accidentally sublime.

    But this isn’t nature untouched. This is nature in captivity. The sky is a painted backdrop, the rope is engineered, and the love is watched through metal bars. The tension of the piece lies in this contradiction: the birds are more free in their embrace than we are as viewers.

    Supernature evokes the feeling of catching a moment you weren’t supposed to see, like a glitch in a fabricated paradise.
    A manufactured habitat gives rise to a pure act.

  • Pink Under the Sea

    Plastic bags x fishes x dead trees

    Plastic – Wood – Flowers | 70 x 50 x 50 cm

    Cette sculpture, faussement délicate, met en scène un drame écologique silencieux : une branche morte, tordue, évoque un bois flotté immergé ou un corail blanchi, tandis que des fragments de plastique rose vif imitent des poissons ou une flore dérivante. La tension réside dans leur ambiguïté — sont-ils vivants ou déjà des vestiges synthétiques ?

    Ces « créatures » en plastique dérivent sans but, prises dans une chorégraphie de disparition, suspendues dans un océan hors du temps. L’œuvre rend visible la violence poétique de la pollution, suggérant un futur où même la beauté est artificielle, détachée de toute racine.

    Ici, la nature ne renaît plus. Elle est mise en scène. Et lentement, elle s’étouffe.

    This deceptively delicate sculpture stages a silent ecological drama: a twisted dead branch evokes submerged driftwood or bleached coral, while fragments of bright pink plastic mimic fish or floating flora. The tension lies in their ambiguity—are they alive or already synthetic remains? The plastic « creatures » drift aimlessly, caught in a choreography of disappearance, suspended in a timeless ocean. The piece renders visible the poetic violence of pollution, suggesting a future where even beauty is artificial, detached from all roots. Nature here is no longer reborn, only staged, and slowly suffocated.

  • Poppies

    Gafa turnover growth rate x Poppies

    Champ de coquelicots, d’abord perçu comme fragile et lumineux, presque apaisant. Une surface douce, organique, familière. Mais très vite, le regard accroche une anomalie de rythme. Les fleurs ne poussent pas selon une logique naturelle. Elles obéissent à une autre loi.

    Chaque tige devient une ligne de temps. Chaque corolle s’élargit en fonction d’un indicateur précis, le taux de croissance annuel du chiffre d’affaires des géants du numérique. De leurs débuts jusqu’à la date de création de l’image, la progression est traduite en expansion florale. Ce qui semble vivant est en réalité calculé.

    La composition bascule alors. Le végétal n’est plus qu’un masque. Derrière l’apparence d’un champ, se déploie une cartographie économique. Les coquelicots deviennent des signaux de domination, des excroissances de croissance continue. Plus la donnée s’accélère, plus la fleur s’impose, jusqu’à saturer l’espace.

    Aucune décroissance, aucun cycle. Ici, rien ne fane. Ces fleurs ne meurent pas, contrairement aux coquelicots. Elles sont conçues pour croître sans limite, pour occuper, pour persister. Une nature détournée, instrumentalisée, où l’organique simule l’expansion industrielle.

    Posée sur un tas de terre stérile, l’image accentue la rupture. Le sol ne nourrit rien. Il ne produit aucune vie réelle. Il devient simple support, substrat mort pour une croissance artificielle. Le contraste est frontal, entre la promesse visuelle du vivant et la réalité d’un système extractif, autonome, sans retour.

    Engraving on Plexiglas + Led light

    At first glance, a delicate field of luminous poppies stretches across the surface. But these flowers bloom according to a different rhythm—their size corresponds precisely to the annual turnover growth rate of the one of the tech giants, from their early years to the creation date of this work.

    What appears botanical is, in truth, economic. Each stem is a data timeline. Each flower head, a flourish of exponential expansion. From bud to overgrown bloom, the composition evokes both vitality and imbalance. Nature becomes a proxy for figures—living growth mimicking corporate domination.

    The progression suggests no plateau. This is not an allegory of natural life cycles, but of unchecked scaling. These flowers will not wilt. They are engineered to thrive endlessly.

  • My Valentine

    Necropole dead tree x Time on mobile per day x Lindenmayer

    My Valentine a été créée en hommage au 14 février, un jour théoriquement dédié à l’attention, à la présence, au lien. Ici pourtant, aucun symbole romantique: seulement des lignes fines, des strates d’usage, des relevés de temps passé sur mon mobile durant les semaines qui précèdent et suivent la date. Chaque trait correspond à un temps d’usage du mobile dans une journée. Le trait rose en néon, plus marqué, est celui de la Saint-Valentin. Rien ne s’y distingue. Rien ne change. Le temps d’écran reste identique, comme si la journée n’avait aucune singularité. Cet aplatissement raconte l’essentiel: l’érosion progressive de relations humaines dissoutes dans la routine numérique. La Saint-Valentin n’est plus un événement, seulement un point dans une série statistique, une donnée parmi d’autres. L’émotion disparaît dans la courbe. La présence s’efface derrière la continuité du geste. Le motif visuel évoque un arbre mort, repéré dans une nécropole ardéchoise, réduit à un réseau de branches desséchées. Une nécropole graphique, où chaque ligne représente une. La forme de barres l’arbre, photographié dans une Nécropole antique en Ardèche, fait penser à des L-systems, modèles mathématiques de développement organique des plantes développé par Lindenmayer 

    I photographied this dead tree in an ancient necropole situated in south of France. Each bar is my precise daily time spend on my mobile phone for several weeks. The darker bar is the valentine’s day.

  • Euphoric Scorpion

    Dopamine molecule x Trap x Scorpion

    Une structure noire, tendue, presque nerveuse, évoque d’abord un scorpion figé dans un instant d’alerte, prêt à se retourner contre lui-même. Les tiges métalliques, droites et froides, dessinent une mécanique précise, sans organicité, comme si le vivant avait été réduit à un schéma. Pourtant, derrière cette silhouette animale, c’est une autre réalité qui affleure, celle d’une molécule, celle de la dopamine, architecture invisible de nos élans. Le centre, fermé par un grillage dense, agit comme un noyau captif, un piège qui ne s’ouvre jamais vraiment. Rien ne s’échappe, tout circule en boucle. Les sphères aux extrémités semblent suspendues, comme des points de tension, des déclencheurs prêts à activer le système. L’ensemble ne raconte pas une attaque, mais une répétition, une boucle interne, une auto-stimulation sans fin. Le scorpion n’attaque pas, il se replie, il s’enferme. Le piège est déjà là, au cœur même de la structure. Ce qui semblait être un corps devient une prison. Ce qui semblait être un instinct devient un programme.