Catégorie : Data generated

  • Social Shitting

    Infinite scroll x eye tracking x Brain rot

    Ces formes molles, informes, rappellent des excréments flottant dans l’espace blanc. Ce ne sont pas des Brain Rots. Elles ne viennent pas du corps: elles proviennent de l’œil. Elles sont le produit d’un eye tracking, une cartographie de ce que le regard consomme, dévore, expulse sur une page Internet. Chaque trace visuelle devient dépôt, résidu. L’infinite scroll vertical, au lieu d’élever, se déverse comme une diarrhée numérique. Le réseau social n’est plus une agora, mais une fosse septique: on y défile, on y dépose, on y laisse des traces sans mémoire. L’opposition est claire. La lecture horizontale, avec ses points d’ancrage, construit un chemin; le scroll vertical, lui, engendre un flux sans fin, une vidange de sens. Social Shitting ne dit pas seulement l’indigestion d’images et de posts, montre le destin de nos regards happés, et l’enshittification du web: transformés en matière brute, expulsés sous forme de déchets attentionnels. L’écran n’est plus un lieu de savoir, mais un intestin collectif.

  • Please read me

    Eyes tracking reading VS infinite scroll

    Basés sur des résultats d’études d’eye tracking, ces points flottent, suspendus. Horizontalement, on devine un trajet, des haltes régulières: c’est la lecture horizontale, l’ancien rituel. Le regard avance par bonds, s’ancre, s’élève, respire. En face, d’autres formes se dispersent, tombent, glissent vers le bas. C’est le flux infini du scroll, la gravité du digital. Le geste vertical n’ancre pas, il entraîne, il aspire, il défile sans fin. Il se projette dans les tréfonds. Sont mises en tension deux temporalités du savoir:  celle du livre, linéaire, patiente, construite dans l’horizontalité;  celle de l’écran, interminable, avalant le temps en cascade verticale. Please, Read ME est une supplique. Celle d’un texte qui demande encore à être lu, plutôt que balayé. Celle d’un lecteur qui se souvient du plaisir d’habiter une phrase, au lieu de glisser d’image en image. Interrogation: lisons-nous encore, ou scrollons-nous seulement?

  • Home Flowers

    GPS tracks x Binary sentence x Flower

    Drawing – 30×20 cm

    À première vue, une fleur stylisée, délicate. Mais celle-ci ne pousse pas dans la terre : elle éclot sous la surveillance. Chaque pétale est un tracé GPS — les trajets réels, quotidiens, automatisés de l’artiste autour de son domicile, captés sans consentement explicite par une application de cartographie.

    Le cœur de la fleur — dense, anguleux, presque blessé — révèle l’attraction gravitationnelle du foyer : des boucles répétées, des allées et venues banales devenues structures de données. En arrière-plan, à peine perceptible, une phrase binaire tourne en boucle : un script fantôme de collecte silencieuse, tapie dans l’infrastructure numérique du quotidien.

    Ce qui semble être une abstraction florale est en réalité un diagramme médico-légal de la capture digitale.
    L’œuvre pose une question urgente :
    Et si nos gestes les plus ordinaires, nos habitudes anodines, nos trajets oubliés, ne nous appartenaient plus — devenus des ombres monétisées ?

    Oui, la fleur a éclos.
    Mais elle a poussé dans une serre de contrôle.

    My daily GPS paths around my home for a few days. G. maps spyed me for years without my explicit consent.

    At first glance, a stylised, delicate flower. But this one doesn’t grow in soil—it blossoms from surveillance. Each petal is a GPS path: the real-world, automatic traces of the artist’s movements around their home, tracked without explicit consent by a mapping app.

    The central core—dense, angular, almost wounded—maps the gravitational pull of home, repeated daily routes spiralling around it. The background, barely visible, is a binary sentence encoded endlessly: a ghost script of data collection, quietly running in the background of modern life.

    What looks like floral abstraction is, in fact, a forensic diagram of digital capture. The artwork confronts the viewer with a pressing question: what if our daily gestures, the most banal habits, the walks we don’t even remember, are no longer ours—but monetised shadows? The flower has bloomed, yes—but it’s one grown in a greenhouse of control.

  • Glue Town

    Gafam turnover x Screen time for child

    Sur la surface presque vide du papier, quelques traits émergent à peine. Des lignes fragiles, inclinées, d’épaisseurs différentes, se croisent en formant des figures ambiguës. Elles évoquent des croix, des repères, des signes gravés à la hâte. Leur taille varie, leur verticalité hésite, comme si ces marques étaient les restes d’un calcul ou les vestiges d’un système invisible.

    Cette image n’est pourtant pas dessinée au hasard. Elle est issue d’un croisement de données : le temps d’écran quotidien moyen des enfants et la croissance du chiffre d’affaires des grandes plateformes technologiques. Deux séries statistiques sans lien apparent, fusionnées pour générer une forme minimale.

    Le résultat est d’une sobriété troublante. Quelques signes suffisent pour matérialiser une corrélation silencieuse. Plus la structure grandit, plus la trace s’élève. Comme une série de stèles discrètes, plantées dans un paysage blanc.

    Le titre Glue Town renvoie à l’idée d’adhésion. Une ville collante où les regards restent fixés, capturés, retenus. Les plateformes numériques construisent leur croissance sur cette fixation prolongée de l’attention, particulièrement celle des plus jeunes.

    Les croix qui apparaissent dans l’image introduisent une ambiguïté supplémentaire. Elles peuvent évoquer des axes statistiques, des marqueurs de croissance, mais aussi des signes funéraires. Des repères silencieux dans un territoire où l’attention devient ressource.

    Dans cette composition presque vide, la donnée devient paysage. Quelques lignes suffisent à révéler une mécanique économique discrète, où le temps passé devant les écrans nourrit la croissance des empires numériques. Une relation simple, presque invisible, mais inscrite ici comme une série de traces légères, fragiles, et pourtant irréversibles.

    Cette logique de formes générées par des données s’inscrit dans une recherche artistique où les mécanismes numériques deviennent eux-mêmes matière visuelle, révélant l’architecture invisible des systèmes qui structurent nos vies quotidiennes.

    Drawing

  • Beat Coins

    Bitcoin search trend x heart rythm

    drawing 20 x 30 cm

    À première vue, beat coins semble une image minimale : deux courbes fines, sinueuses, se croisent sur un fond blanc. Mais cette apparente simplicité dissimule une superposition profondément signifiante. La première ligne est biomédicale : un électrocardiogramme, tracé de la vie, rythme du cœur. La seconde, extraite de Google Trends, trace la courbe d’intérêt pour le mot-clé “Bitcoin” sur l’année 2020.

    L’œuvre met en tension deux régimes de pulsation :

    • le battement biologique, irrégulier mais vital, ancré dans la matière vivante
    • la pulsation spéculative, frénétique, cyclique, abstraction algorithmique indexée sur le désir collectif

    Ce croisement n’est pas neutre : il évoque la manière dont les logiques financières et numériques colonisent jusqu’à nos rythmes internes. En confrontant corps organique et corps spéculatif, l’artiste suggère une économie émotionnelle dans laquelle le stress, la tension, l’espoir ou l’effondrement suivent les fluctuations d’une monnaie dématérialisée.

    Le titre lui-même, beat coins, opère un jeu de mots cruel : le battement vital (beat) est ici contaminé par l’économie crypto, transformé en métrique de marché. La vie devient courbe. Et le vivant s’aligne — malgré lui — sur les valeurs projetées d’un code.