Disapperance

Missing shadows x Fox – Bees – Kid

Un renard s’approche des habitations parce que son territoire recule. Il ne vient pas vers l’homme, il est poussé hors de son monde. La route remplace le sous-bois, les phares remplacent la lune, le mur blanc d’une maison remplace l’horizon. L’animal est ébloui, vulnérable, déjà pris dans une scène d’accident possible. Son ombre manque, comme si le réel commençait à l’effacer avant même sa mort. Ailleurs, deux adultes et leur enfant regardent la mer depuis une corniche. Le soleil rasant projette les corps sur un mur blanc, mais l’enfant, lui, ne laisse aucune ombre. La scène reste calme, presque belle, et c’est précisément ce calme qui inquiète. La disparition ne surgit pas comme une catastrophe visible, elle se glisse dans un détail que l’on pourrait ne pas voir. Sur une fleur, des abeilles devraient être là, ou l’ont peut-être été. Leur absence devient une anomalie silencieuse, un vide minuscule au cœur du vivant. Elles ne font plus masse, ne bourdonnent plus, ne signalent plus la continuité fragile entre la fleur, le fruit, la saison et la nourriture. Le renard, l’enfant, les abeilles forment des présences menacées, des manières de disparaître sous nos yeux. L’animal est chassé de son habitat, l’enfantement décline dans nombre de sociétés, les pollinisateurs s’effacent du paysage. Ce que nous ne regardons plus cesse peu à peu d’exister pour nous. Nous avançons à grande vitesse vers un monde qui s’habitue à la perte, qui normalise l’absence, qui transforme l’extinction en simple détail d’image. Notre incapacité à être affectés par cette disparition semble croissante . Sans enfance, sans nature, sans biodiversité, ce n’est plus seulement le monde vivant qui recule, c’est notre propre possibilité d’habiter encore la Terre.

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