Shrinked

Cette image part d’un geste devenu presque invisible dans les rayons : le rétrécissement discret des quantités alimentaires, sans réduction équivalente du prix. Après la crise du COVID, puis l’inflation, de nombreux industriels ont ajusté leurs marges non pas en affichant frontalement une hausse, mais en diminuant le contenu des paquets. Le phénomène, connu sous le nom de shrinkflation, transforme l’emballage en zone de dissimulation. Tout y demeure familier : couleurs saturées, typographies généreuses, promesse d’abondance, vocabulaire de tradition, de qualité, de plaisir. Pourtant, quelque chose manque déjà. La trace blanche déposée sur chaque paquet efface environ 10 à 20 % de sa surface, comme une mesure visuelle de ce qui disparaît du produit lui-même. Elle ne masque pas totalement l’image : elle laisse deviner, elle trouble, elle rature sans supprimer. Ce geste pictural agit comme une contre-étiquette, une révélation brutale posée sur le langage marketing. Là où l’industrie maquille le retrait par le design, la peinture rend la perte visible. Les paquets semblent encore pleins, séduisants, presque festifs, mais leur surface est entamée, amputée, contredite par cette bande claire. L’image met en tension la gourmandise, la nostalgie publicitaire et la violence douce d’une économie qui retire sans dire. Elle rejoint les luttes menées dans plusieurs pays contre la vie chère, l’opacité des prix et la manipulation des perceptions. Ici, le blanc n’est pas un vide décoratif : c’est la part manquante, la quantité absorbée, la confiance grignotée.

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