Me -> We -> Me

Une lettre tourne lentement autour de son axe, suspendue à une trotteuse qui ne mesure plus seulement le temps mais une hésitation. Selon sa position, le M devient W, le « me » bascule vers le « we », puis revient. Rien ne se fixe durablement. L’individu et le collectif apparaissent comme deux états d’une même forme, deux possibilités continuellement rejouées. Le mouvement circulaire inscrit cette oscillation dans le minutage ordinaire de nos vies : secondes, habitudes, répétitions, cycles. À mesure que la lettre tourne, la question revient, presque mécaniquement : moi ou nous ? Dans des sociétés où l’autonomie, la performance et l’affirmation de soi sont devenues des injonctions permanentes, le « me » tend à occuper tout l’espace. L’individualisme promet la liberté mais produit aussi ses propres enfermements. L’isolement peut alors apparaître non comme une rupture brutale, mais comme le résultat progressif d’un mouvement répété, presque imperceptible. Le « we » demeure pourtant toujours possible, inscrit dans la même matière, à quelques degrés seulement du « me ». Il suffit que le temps continue de tourner.

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