



ENVYYE détourne les codes visuels de la publicité alimentaire et du luxe pour mettre en scène quatre produits familiers : une glace, une cuisse de poulet, des céréales du petit-déjeuner et un steak végétal. Chaque image reprend la grammaire de la désirabilité commerciale : mannequin, lumière parfaite, typographie élégante, produit magnifié et slogan séduisant. Mais sous cette surface impeccable apparaît une composition volontairement hypertrophiée, faite de colorants, sucres, sirops, liants, émulsifiants, arômes, médicaments ou ingrédients ultra-transformés. L’œuvre crée ainsi un décalage entre ce que l’image promet et ce que la liste révèle. Le produit devient presque abstrait, reconstruit par sa formulation davantage que par son origine naturelle. La nourriture n’est plus montrée comme issue d’un animal, d’une plante ou d’une matière première, mais comme le résultat d’un assemblage industriel. Les pourcentages donnent à cette fiction l’apparence froide et rassurante d’une information objective. À l’inverse, le mannequin transforme l’aliment en objet de mode, de statut et de désir. ENVYYE emprunte ainsi aux campagnes de parfum ou de haute couture leur pouvoir de fascination pour l’appliquer à des aliments volontairement inquiétants. La série interroge la manière dont le marketing peut rendre désirable presque n’importe quelle formulation. Elle joue également avec les injonctions sanitaires placées au bas des publicités alimentaires, devenues presque invisibles à force d’être répétées. Entre attraction et répulsion, transparence affichée et manipulation visuelle, les quatre œuvres construisent des produits impossibles mais étrangement crédibles. ENVYYE pousse simplement la logique de l’ultra-transformation jusqu’à son point de rupture, lorsque l’image du produit devient plus importante que ce dont il est réellement composé.