Nourrir tout le monde

Deux plantes sont placées au sommet d’un dispositif transparent rempli d’eau et de nutriments. Leurs racines se développent dans un espace contraint par des obstacles en plexiglas. Elles avancent, bifurquent, contournent, occupent les passages et se dirigent progressivement vers une même zone marquée par une cible rouge. Le dispositif transforme la croissance végétale en situation de compétition. Il évoque les protocoles de phénotypage, de sélection et d’optimisation utilisés pour observer, comparer et améliorer les plantes cultivées. Nourrir une population mondiale croissante suppose d’augmenter les rendements, d’adapter les espèces et de sélectionner certains caractères plutôt que d’autres. Ici, l’eau et les nutriments deviennent à la fois ressources vitales et instruments de mesure. La plante est nourrie, mais elle est aussi observée, contrainte et comparée. La croissance naturelle devient performance. La cible introduit un objectif qui n’existe pas pour la plante elle-même. Elle révèle la manière dont l’humain projette ses propres critères de réussite sur le vivant. L’œuvre met ainsi en tension soin et contrôle, abondance et compétition, diversité et sélection. Deux organismes partagent le même environnement, mais ne développent jamais exactement les mêmes stratégies. Nourrir devient alors moins un geste neutre qu’un choix : que favorise-t-on, que mesure-t-on, et selon quels critères décide-t-on qu’un organisme est plus adapté qu’un autre ?

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