


Mobile phone x skin x senses
Un téléphone blanc, façonné en argile, semble avoir développé ses propres organes. Une oreille démesurée, un œil de verre bleu, une bouche entrouverte. La chair s’est installée dans la machine, sans que l’on sache laquelle a colonisé l’autre. Les formes imparfaites évoquent une mutation encore inachevée. L’objet écoute, regarde, parle, mais ne semble plus rien ressentir. Ses écouteurs pendent comme des prolongements nerveux abandonnés. Il possède désormais les sens que nous lui avons progressivement confiés. Nos oreilles pour écouter le monde, nos yeux pour le regarder, notre bouche pour nous exprimer. Nos souvenirs, nos conversations et nos désirs transitent par son corps. À force de déléguer nos perceptions, nous avons déplacé les frontières de notre identité. Le téléphone devient une prothèse, puis un organe, puis une créature autonome. Son unique œil bleu fixe le spectateur, inversant silencieusement les rôles. Qui observe qui ? Qui écoute qui ? Qui commande encore ? Cette étrange anatomie matérialise notre dépendance à une technologie devenue presque biologique. L’humain a donné ses sens à la machine, au risque de ne plus savoir ce qui lui appartient.